Juillet 2019, le plus chaud de tous les temps et « notre maison brûle » // July 2019, the hottest ever and « our house is on fire »

On vient d’en avoir la confirmation officielle : Juillet 2019 a été le mois de juillet le plus chaud de tous les temps. La température moyenne de la planète a été supérieure de 0,577°C à la moyenne du 20ème siècle. Juillet 2019 a été le mois de juillet le plus chaud des 140 dernières années, selon les dernières données de la NOAA. Jusqu’à présent, le mois le plus chaud était juillet 2016. Neuf des 10 mois de juillet les plus chauds ont été enregistrés depuis 2005, et les cinq dernières années ont été les cinq années les plus chaudes. Le mois de juillet 2019 a également été le 43ème mois de juillet consécutif et le 415ème mois consécutif avec des températures globales supérieures à la moyenne.

Causés par des températures anormalement élevées, des incendies de forêt brûlent dans le monde entier, avec des fumées qui envahissent le ciel depuis l’Alaska jusqu’à l’Amazonie. La fumée de certains incendies est si épaisse que les satellites peuvent la photographier depuis l’espace.

Les incendies ont provoqué des évacuations, en particulier sur l’île espagnole de Gran Canaria où plus de 8 000 personnes ont dû fuir les flammes. Les autorités ont déclaré que le feu qui ravage des zones boisées générait des flammes pouvant atteindre 50 mètres de hauteur dans la zone du parc naturel de Tamadaba. L’île est très fréquentée par les touristes, mais les autorités ont déclaré que les zones de villégiature n’avaient pas été touchées, même si la fumée était parfaitement visible.

L’Arctique dans son ensemble a connu des feux de forêt particulièrement intenses cet été, notamment dans des régions comme le Groenland où il n’y a généralement pas d’incendies. On estime que la quantité de dioxyde de carbone émise par les incendies dans les régions du cercle polaire arctique en juin 2019 dépassait la totalité du CO2 émis au cours de ce même mois de 2010 à 2018. Les incendies ont tendance à se situer plus au nord que d’habitude, et certains ont enflammé des sols tourbeux où le feu peut couver pendant des mois.
Les forêts boréales arctiques sont particulièrement menacées. On assiste à une espèce de cycle infernal. En effet, plus il y a d’incendies, plus de terres se trouvent découvertes ; ces terres vont davantage se réchauffer dans les années à venir car les arbres ne sont plus là pour faire de l’ombre, ce qui fera fondre le pergélisol qui, à son tour, va libérer du carbone et du méthane, des gaz à effet de serre qui contribuent à des étés plus chauds et à davantage d’incendies.

L’incendie de la région du Mont McKinley en Alaska, qui a détruit une cinquantaine de structures à environ 160 kilomètres au nord d’Anchorage, préoccupe les autorités. Au printemps, les scientifiques avaient prédit une longue saison de feux de forêts en Alaska car la neige avait fondu plusieurs semaines plus tôt que d’habitude dans de nombreuses régions de l’État. Le mois de juillet en Alaska a été le plus chaud de tous les temps et le feu qui couvait depuis longtemps au Swan Lake au sud d’Anchorage a repris de la vigueur. Une épaisse fumée a envahi la Péninsule du Kenai, obligeant les autorités à utiliser des voitures pilotes pour guider les véhicules sur les routes de la région. Les Alaskiens sont inquiets car cette année les incendies se rapprochent des zones habitées.

Selon des scientifiques américains, la forêt amazonienne résiste généralement assez bien au feu, mais à cause du réchauffement climatique, elle est plus sèche que d’habitude. Les fermiers pratiquent souvent de l’écobuage à cette période de l’année pour défricher des zones destinées à l’agriculture, mais la forêt amazonienne a connu en 2019 un nombre record d’incendies. Selon l’Institut national de la recherche spatiale (INPE), les données satellitaires ont détecté plus de 72 000 incendies depuis janvier, soit une augmentation de 83% par rapport à 2018. La hausse a été particulièrement significative dans les Etats occupés en totalité ou partiellement par la forêt amazonienne, comme celui du Mato Grosso, avec 13 682 départs de feu, soit une hausse de 87% par rapport à toute l’année 2018. Les émissions de fumées pour le mois d’août pour l’ensemble de l’Amazonie sont les plus élevées depuis 2010.
Source: USA Today.

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It has just been officially confirmed that July 2019 was the hottest month of July of all times. The average global temperature in July was 0.577°C above the 20th century average, making it the hottest July in the 140-year record, according to NOAA’s latest data. The previous hottest month on record was July 2016. Nine of the 10 hottest recorded Julys have occurred since 2005; the last five years have ranked as the five hottest. Last month was also the 43rd consecutive July and 415th consecutive month with above-average global temperatures.

Caused by unusually high temperatures, wildfires are burning across the globe, clogging the sky with smoke from Alaska to the Amazon. Smoke from some of the fires is so bad satellites can see it from space.

The fires have forced evacuations, most recently on Spain’s Gran Canaria in the Canary Islands, where more than 8,000 people have been forced to flee. Authorities said the fire burning in forested areas was generating flames up to 50 metres tall in the area of Tamadaba Natural Park. The island is popular with tourists, but officials said the resort areas were so far unaffected, although smoke was widely visible.

The Arctic as a whole has seen unusually high wildfire activity this summer, including areas such as Greenland that typically don’t see fires. One estimate found that the amount of carbon dioxide emitted from fires burning within the Arctic Circle in June 2019 was greater than all of the CO2 released in the same month from 2010 through to 2018 put together. The fires appear to be further north than usual, and some appear to have ignited peat soils where fires can smolder for months.

The Arctic’s boreal forests are particularly at risk. Indeed, there is a reinforcing loop: The more fires you have, the more land you open up, so in future years you are going to warm that land more because the trees are not there to shade it, which will in turn melt permafrost, which will then release carbon and methane, which are greenhouse gases, which contribute to warmer summers and more fires.

One of the biggest concerns is the McKinley Fire in Alaska, which has destroyed at least 50 structures about 160 kilometres north of Anchorage. Experts this spring predicted a long fire season in Alaska because the snow melted several weeks earlier than usual in many parts of the state. July was Alaska’s hottest month ever, and the long-smoldering Swan Lake Fire roared back to life, clogging the area with smoke and forcing officials to use pilot cars to lead vehicles through the smoky area on the Kenai Peninsula. Alaskans have become concerned because this year’s fires burned close to populated areas.

U.S. scientists say the Amazonian rain forest is typically resistant to fire, but climate changes have left it drier than usual. And while this is the time of year when farmers often set fires in the area to clear off areas for agriculture, the Amazon rain forest has experienced a record number of fires this year. The country’s space agency, the National Institute for Space Research (INPE) said its satellite data detected more than 72,000 fires since January, an 83% increase over the same period of 2018. The August emissions for the overall Amazonia areas are the highest since 2010.

Source: USA Today.

Anomalies de température globale en juillet par rapport à la période 1981-2010 (Source : RSS, UAH, ERA5, NCEP-NCAR, via le site global-climat)

La fumée amazonienne vue depuis l’espace (Source: NASA)

A l’assaut de l’Arctique ! // Storming the Arctic !

Au cours de ma conférence « Glaciers en péril », j’explique que la fonte de la glace dans l’Arctique est une aubaine pour les pays riverains qui n’hésiteront pas à aller y puise des ressources minérales et pétrolières jusqu’à présent inaccessibles. J’explique aussi que la fonte de la glace arctique va ouvrir les passages du nord-est et du nord-ouest. Des pays comme les Etats Unis, la Russie, la Chine ou le Japon vont se précipiter vers ces nouvelles voies de navigation, avec toute la pollution que ce trafic maritime va forcément générer.

Mes propos viennent d’être confirmés par la conférence « Arctic Frontiers » qui se tient cette semaine en Norvège. On y apprend que les géants du pétrole et du gaz ont bien l’intention de profiter de la fonte de la glace arctique qui libère l’accès à d’immenses ressources énergétiques: 13% des réserves mondiales de pétrole et 30% de celles de gaz se trouvent au-delà du cercle polaire.

Les représentants du norvégien Statoil, notamment, ont été très clairs lors de cette conférence. Ils prennent bien note du message de la COP 21, mais expliquent qu’il n’est pas question pour autant d’arrêter leurs activités en mer de Barents ou autour de l’Océan Arctique. Les réserves de pétrole diminuent partout dans le monde, c’est donc en Arctique selon eux qu’il faut aller chercher les derniers gisements.

Les écologistes dénoncent ce raisonnement car ces nouvelles explorations vont renforcer encore davantage le réchauffement global de la planète. Les ONG environnementales craignent aussi une marée noire dans la région. Elle serait désastreuse pour un écosystème déjà très fragilisée par le changement climatique.

A votre avis, qui du climat et des intérêts économiques va gagner la partie?

Source : France Info.

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During my conference « Glaciers at Risk », I explain that the melting of the ice in the Arctic is a boon for the neighbouring countries that will not hesitate to go and exploit mineral and oil resources that have been inaccessible until now . I also explain that the melting of Arctic ice will open the northeastern and northwestern passages. Countries such as the United States, Russia, China or Japan will rush to these new shipping routes, with all the pollution that maritime traffic will inevitably generate.
My words have just been confirmed by the conference « Arctic Frontiers » being held this week in Norway. We learn learned that the oil and gas giants are intent on taking advantage of the melting of Arctic ice, which frees access to immense energy resources: 13% of world oil reserves and 30% of gas are beyond the Arctic Circle.
Statoil’s representatives from Norway were very clear at the conference. They take note of the message of COP 21, but explain that there is no question of stopping their activities in the Barents Sea or around the Arctic Ocean. Oil reserves are decreasing all over the world, so it is in the Arctic that we should exploit the last deposits.
Environmentalists denounce this reasoning because these new explorations will further strengthen global warming. Environmental NGOs also fear an oil spill in the region. It would be disastrous for an ecosystem already weakened by climate change.

In your opinion, who will win the game? Climate and economic interests?
Source: France Info.

La fonte de la glace arctique va ouvrir de nouvelles voies maritimes (Source: Wikipedia)

Les lacs cachés du Groenland // Greenland’s hidden lakes

Les scientifiques ont identifié 54 nouveaux lacs sous-glaciaires sous la calotte du Groenland. Jusqu’à maintenant, à peine quatre d’entre eux avaient été recensés.Les observations ont été effectuées par des chercheurs des universités de Lancaster et de Sheffield. Les résultats ont été publiés dans la revue Nature Communications. Les chercheurs ont passé au peigne fin 570 000 kilomètres carrés de données radar recueillies par le programme IceBridge de la NASA qui cartographie les couches internes de la calotte glaciaire et le substrat rocheux. En plus de 54 lacs subglaciaires, deux lacs actifs ont été identifiés. Leur rôle est loin d’être négligeable car de tels lacs se remplissent en faisant monter et descendre la glace qui les surmonte.
Contrairement aux 470 lacs de l’Antarctique, les lacs groenlandais sont de petite taille. Par exemple, le lac Vostok en Antarctique a une longueur de 250 km alors que le plus grand lac au Groenland n’a que 6 km de long. Au Groenland, les lacs se trouvent principalement en bordure de la calotte glaciaire, sous des glaces relativement lentes et stables. Les scientifiques pensent qu’ils sont aussi plus récents car la calotte a beaucoup évolué au cours du dernier cycle glaciaire.
Ces lacs sous-glaciaires intéressent les scientifiques car ils renseignent sur l’hydrologie et la dynamique de la calotte glaciaire. L’eau agit comme un lubrifiant et, avec le réchauffement climatique, accélère le glissement de la glace vers l’océan. Connaître la vitesse de ce glissement permettra de faire des projections sur l’effet de la fonte de la glace du Groenland sur le niveau des océans. On sait d’ores et déjà que la fonte intégrale de la glace du Groenland ferait monter ce niveau d’environ 7 mètres. Une récente étude de 2019 montre que la fonte du Groenland a connu une forte accélération à partir des années 2000; elle atteint en moyenne 286 gigatonnes par an.
Source: Presse internationale.

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Scientists have identified 54 new subglacial lakes under the Greenland ice sheet. So far, only four of them had been identified. The observations were made by researchers at Lancaster University and Sheffield University. The results were published in Nature Communications. The researchers combed 570,000 square kilometres of radar data collected by NASA’s IceBridge program, which maps the inner layers of the ice sheet and the bedrock. In addition to 54 subglacial lakes, two active lakes have been identified. Their role is far from negligible because while filling up, such lakes raise and lower the ice above them.
Unlike the 470 lakes in Antarctica, Greenland lakes are small. For example, Lake Vostok in Antarctica is 250 km long while the largest lake in Greenland is only 6 km long. In Greenland, the lakes are mainly at the edge of the ice sheet, under relatively slow and stable ice. Scientists think they are also newer because the ice cap has evolved a lot during the last ice cycle.
These subglacial lakes are of interest to scientists as they provide information on the hydrology and dynamics of the ice sheet. Water acts as a lubricant and, with global warming, accelerates the sliding of the ice towards the ocean. Knowing the speed of this slide will help make projections on the effect of the melting of Greenland ice on the level of the oceans. It is already known that the total melting of Greenland ice would raise this level by about 7 metres. A recent study of 2019 shows that the melting of Greenland has greatly accelerated since the 2000s; it averages 286 gigatonnes a year.
Source: International Press.

Photo: C. Grandpey

L’Arctique est en feu // The Arctic is on fire

Dans une note publiée le 21 juillet 2019, j’écrivais: « L’Arctique est en feu. Rien qu’en juin, les incendies de forêt en Alaska et en Sibérie ont émis 50 mégatonnes de CO2 dans l’atmosphère, soit l’équivalent des émissions annuelles totales de la Suède. C’est plus que ce qui a été libéré par les incendies dans l’Arctique pendant tous les mois de juin réunis de 2010 à 2018. »

De nouvelles images proposées par l’Earth Observatory de la NASA montrent des feux de forêt en train de ravager de vastes étendues en Russie. Ils produisent tellement de fumée qu’ils sont visibles depuis l’espace. Depuis le mois de juin, plus de 100 feux de forêt brûlent dans l’Arctique où il fait particulièrement sec et chaud cet été. Rien qu’en Russie, les incendies de forêt ont affecté 11 des 49 régions du pays, ce qui signifie que même dans les zones sans incendie, les gens subissent les effets de la fumée qui a envahi le pays.
Les plus importants incendies – probablement allumées par la foudre – se trouvent dans les régions d’Irkoutsk, de Krasnoïarsk et de Bouriatie. Le 22 juillet, ils avaient déjà brûlé 829 kilomètres carrés, 388 kilomètres carrés et 106 kilomètres carrés dans chacune de ces régions.
L’image satellite ci-dessous, prise le 21 juillet, montre les panaches générés par un incendie sur la partie droite de la photo. Le vent emporte la fumée vers le sud-ouest, où elle se mélange à une perturbation orageuse.

Des incendies de forêt brûlent également au Groenland et dans certaines parties de l’Alaska, à la suite du mois de juin le plus chaud de l’histoire. Des incendies se déclarent souvent pendant les mois d’été dans l’Arctique, mais la NASA explique que leur nombre et leur étendue cette année sont du jamais vu.
Ces incendies polluent l’atmosphère. Ils ont émis quelque 100 mégatonnes de dioxyde de carbone du 1er juin au 21 juillet, ce qui correspond à peu près à la quantité de dioxyde de carbone générée par un pays comme la Belgique en 2017.
De nombreux incendies brûlent sur des sols tourbeux plutôt que dans les forêts. Il s’agit d’une situation dangereuse car, alors que les forêts brûlent généralement pendant quelques heures, les sols tourbeux peuvent brûler pendant des jours, voire des mois. De plus, les sols tourbeux sont des réservoirs de carbone bien connus. Il s’agit d’un cercle vicieux: lorsqu’ils brûlent, ils libèrent du carbone, ce qui aggrave le réchauffement par effet de serre et provoque ensuite de nouveaux incendies.
Source: NASA.

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In a post released on July 21st, 2019, I wrote: “The Arctic is on fire. In June 2019, the wildfires in Alaska and Siberia have released 50 megatons of CO2 in the atmosphere, which is the equivalent of the total annual emissions of Sweden. It is more than what has been emitted by all the wildfires in the Arctic during all the months of June between 2010 and 2018.”

New images from NASA’s Earth Observatory show wildfires burning large swaths of Russia and generating so much smoke that they are visible from space. Since June, more than 100 wildfires have raged across the Arctic, which is especially dry and hot this summer. In Russia alone, wildfires are burning in 11 of the country’s 49 regions, meaning that even in fire-free areas, people are choking on smoke that is blowing across the country.

The largest fires — blazes likely ignited by lightning — are located in the regions of Irkutsk, Krasnoyarsk and Buryatia. They had already burnt 829 square kilometres, 388 square kilometres and 106 square kilometres in these regions, respectively, on July 22nd.

The satellite image below, taken on July 21st, shows plumes rising from fires on the right side of the photo. Winds carry the smoke toward the southwest, where it mixes with a storm system.

Wildfires are also burning in Greenland and parts of Alaska, following what was the hottest June in recorded history. It is common for fires to burn during the Arctic’s summer months, but NASA says the number and extent this year are unusual and unprecedented.

These fires are polluting the atmosphere. They have released about 100 megatons of carbon dioxide from June 1st to July 21st, which is roughly equivalent to the amount of carbon dioxide a country like Belgium released in 2017.

Many of the fires are burning in peat soils, rather than in forests. This is a dangerous situation, because whereas forests might typically burn for a few hours, peat soils can blaze for days or even months. Moreover, peat soils are known carbon reservoirs. It is a vicious circle: As they burn, they release carbon, which will further exacerbate greenhouse warming, leading to more fires.

Source: NASA.

Source: NASA