La menace des lacs de fonte glaciaire au Népal // The threat of glacial melt lakes in Nepal

On peut lire actuellement dans la presse des articles faisant état d’une menace pour les hautes vallées du Népal suite à la fonte et au recul des glaciers sous l’effet du réchauffement climatique. J’ai développé ce problème dans le chapitre de mon dernier livre « Glaciers en péril » consacré à l’Himalaya.

Avec le réchauffement climatique, la fonte et le recul des glaciers népalais entraînent la formation de lacs glaciaires toujours plus nombreux. L’eau de fonte s’accumule derrière des moraines qui peuvent se rompre à tout moment sous la pression de cette eau. Ces masses liquides sont susceptibles de dévaler les montagnes et provoquer des inondations dévastatrices.

Le risque est d’autant plus élevé que le Népal est situé sur une ligne de faille tectonique, comme est venu le rappeler le séisme de magnitude M 7,8 qui a fait plus de 9000 morts en avril 2015.

Cela peut paraître surprenant, mais le Népal est l’un des pays les plus vulnérables et les plus affectés par le changement climatique. Il subit en particulier la pollution en provenance de l’Inde et on relève dans la neige et la glace des traces importantes de carbone noir.

Le site web Science et Avenir donne l’exemple d’un village situé en contrebas du lac glaciaire Imja qui s’est formé à seulement 10 kilomètres au sud de l’Everest. Là où l’on n’observait que quelques mares de glace fondue dans les années 1980, le lac s’étire aujourd’hui sur près de deux kilomètres. Plus de 12 000 personnes vivent dans les 50 kilomètres en aval de cette pièce d’eau dont la vidange brutale pourrait déclencher des torrents capables d’atteindre les plaines du sud du pays. Le lac est donc une épée de Damoclès au-dessus de la tête des gens qui habitent dans cette région.

On a recensé 1466 lacs glaciaires au Népal en 2014, dont 21 potentiellement dangereux. On estime qu’il y en a aujourd’hui plus de 2000. La hausse des températures amplifie le phénomène en accentuant la fonte des glaciers. Le Népal en a perdu près d’un quart entre 1997 et 2010. Ceux qui se trouvent en haute altitude résistent encore bien, mais ceux qui sont situés en moyenne et basse altitude fondent rapidement.

Il y a deux ans, les habitants de la région du lac Imja ont poussé un soupir de soulagement lorsque les autorités ont fait baisser le niveau de ses eaux de 3,40 mètres grâce à un canal et mis en place un système d’alerte. Aujourd’hui, toute eau qui s’accumule est drainée. Imja est le second lac glaciaire à être équipé de la sorte. En 2000, le Népal avait déjà fait baisser le niveau du Tsho Rolpa dans le nord-est du pays. Tous les lacs d’altitude nés de la fonte des glaciers ne peuvent pas être mis en sécurité car leur accès est difficile et le processus de mise en sécurité est coûteux.

————————————————–

There are currently reports in the press about a threat to the high valleys of Nepal due to the melting and retreat of glaciers as a result of global warming. I developed this problem in the chapter of my latest book « Glaciers en péril » devoted to the Himalayas..
With global warming, the melting and retreating Nepali glaciers are leading to the formation of ever larger glacial lakes. Indeed, meltwater accumulates behind moraines that can break open under the pressure of this water. These liquid masses are likely to rush down the mountains and cause devastating floods.
The risk is even higher as Nepal is located on a tectonic fault line, as evidenced by the M 7.8 earthquake which killed more than 9,000 people in April 2015.
This may seem surprising, but Nepal is one of the most vulnerable countries and the most affected by climate change. In particular, it is subject to pollution from India and there are significant traces of black carbon in the snow and ice.
The Science et Avenir website gives the example of a village located below Imja Glacier Lake, which was formed just 10 kilometres south of Mt Everest. From a few pools of melted ice in the 1980s, the lake now stretches over nearly two kilometres. More than 12,000 people live within 50 kilometres downslope of this body of water whose sudden drainage could release torrents capable of reaching the plains to the south of the country. The lake is therefore a sword of Damocles above the heads of the people who live in this region.
There were 1,466 glacial lakes in Nepal in 2014, of which 21 were potentially dangerous. It is estimated that there are more than 2,000 today. The rise in temperatures amplifies the phenomenon by increasing the melting of glaciers. Nepal lost nearly a quarter of them between 1997 and 2010. Those at high altitude are still resilient, but those at low and medium altitudes are melting rapidly.
Two years ago, the people in the Lake Imja region breathed a sigh of relief when the authorities lowered the water level by 3.40 metres through a canal and set up an alert system. . Today, any water that accumulates is drained. Imja is the second glacial lake to be equipped in this way. In 2000, Nepal had already lowered the level of Tsho Rolpa in the north-east of the country. All high altitude lakes filled by melting glaciers can not be secured because access to them is difficult and the process of securing is expensive.

Vue du lac Imja au Népal (Crédit photo: Daniel Alton Byers / Wikipedia)

Début du chapitre consacré à l’Himalaya dans le livre « Glaciers en péril »…. :

La glace de mer en novembre 2018 // Sea ice in November 2018

Le National Snow and Ice Data Center (NSIDC), Centre National de Données sur la Neige et la Glace (NSIDC) vient de livrer des informations intéressantes sur la situation de la glace de mer dans l’Arctique et l’Antarctique en novembre 2018.
Alors que la saison de gel a débuté dans l’Arctique, les dernières données indiquent que l’étendue de glace de mer en novembre dans cette partie du monde était en moyenne de 9,80 millions de km2. Il s’agit du 9ème surface la plus basse enregistrée grâce aux données satellitaires de 1979 à 2018. Cela représente 900 000 km2 de moins que la moyenne de 1981 à 2010 (voir graphique ci-dessous), mais 1,14 million de km2 de plus que le record de novembre 2016.

Evolution de l’étendue de glace de mer arctique en novembre entre 1978 et 2018 (Source: NSIDC)


Évolution globale de l’étendue de glace de mer dans l’Arctique (Source: NSIDC)

Des exceptions sont toutefois observées dans les mers des Tchouktches et de Barents, où la glace a été lente à se former. En général, la mer des Tchouktches était complètement recouverte de glace à la fin du mois de novembre dans les années 1980 et au début des années 2000. La mer de Barents, quant à elle, reste en grande partie libre de glace. Cela fait partie d’une évolution plus globale apparue au cours de la dernière décennie, avec une étendue de glace considérablement réduite dans cette zone en toutes saisons, en particulier de l’automne au printemps. Cette réduction de l’étendue de glace de mer semble être fortement influencée par un afflux d’eau de l’Atlantique dans la région.
Les dernières recherches montrent que la température de surface de la mer de Barents a augmenté ces dernières années, car les eaux plus chaudes de l’Atlantique ont commencé à se mélanger à la surface. Un facteur clé de ce brassage semble être le déclin de la glace de mer elle-même et la diminution correspondante d’eau douce à la surface lorsque la glace fond en été. Cela se traduit par une stratification plus faible de la densité de l’océan, ce qui permet un mélange plus facile des eaux chaudes et salées de l’Atlantique.

Evolution de la température de surface de l’eau de mer en mer de Barents (Source: NSIDC)

 Evolution de la banquise en mer de Barents (Source: NSIDC)

L’étendue de glace de mer antarctique a diminué plus lentement que la moyenne en novembre 2018, mais de vastes zones situées dans la partie nord de la mer de Weddell et dans l’océan au nord de la Terre de la Reine-Maud présentent une faible concentration de glace de mer.
Des températures plus élevées que la moyenne ont régné dans la mer de Ross et la mer de Weddell, supérieures de 1 à 3°C par rapport à la moyenne de 1981 à 2010.
Dans le même temps, des conditions plus froides étaient enregistrées près du glacier Thwaites et de la région de la plateforme glaciaire Amery, avec des températures inférieures de 1,5°C à la moyenne.
Source: NSIDC.

————————————————-

The National Snow and Ice Data Center (NSIDC) has just given interesting information about the situation in the Arctic and in the Antarctic in November 2018.

While the Arctic freeze-up season is underway, the latest data reveal that the sea ice extent for November in that part of the world averaged 9.80 million km2. This is the 9th lowest November in the 1979 to 2018 satellite record, falling 900 000 km2 below the 1981 to 2010 average (see chart below), yet 1.14 million km2 above the record November low in 2016.

See charts above

Exceptions to this extent are observed in the Chukchi and Barents Seas, where the ice has been slow to form. The Chukchi Sea was in general completely ice covered by the end of November in the 1980s through to the early 2000s. The Barents Sea continues to be largely ice-free. This is part of a broader pattern emerging over the last decade of greatly reduced ice extent in this area in all seasons, especially from autumn through spring. These reductions in ice extent appear to be heavily influenced by the inflow of Atlantic water into the region.

New research suggests that the sea surface temperatures in the Barents Sea have increased in recent years as this warm Atlantic water has started to mix with the surface. A key factor driving this mixing appears to be the decline in sea ice itself and corresponding less freshwater at the surface when that ice melts in summer. This leads to a weaker ocean density stratification, making it easier to mix warm, salty Atlantic waters upwards.

See charts above

Antarctic sea ice extent declined much more slowly than average in November 2018, but large areas in the northern Weddell Sea and the ocean north of Dronning Maud Land have open, low-concentration pack ice.

Higher-than-average temperatures prevailed in the Ross Sea and Weddell Sea, up 1 to 3°C from the 1981 to 2010 average.

Meanwhile, cool conditions were present near Thwaites Glacier and the Amery Ice Shelf region, with temperatures 1.5°C below average.

Source: NSIDC.

La COP 24 va au charbon // COP 24 and coal

La COP 24 ne pèse pas lourd en France en ce moment à côté des manifestations des ‘gilets jaunes’ et les médias n’en parlent guère. Elle continue pourtant à se dérouler en Pologne, en Silésie, région qui fournit le charbon aux centrales électriques du pays. La Pologne a signé l’Accord de Paris sur le climat en 2015, mais le pays continue à extraire le charbon comme si de rien n’était. Il est vrai que le président de l’Inde avait déclaré à l’issue de la COP 21 que son pays allait augmenter sa production de charbon. En Pologne, le secteur emploie 100 000 personnes et tout le monde est d’accord pour dire que s’il n’y avait pas le charbon, c’est toute l’économie qui s’effondrerait. Plus de 80% de l’électricité provient de cette énergie fossile bon marché. Une nouvelle centrale géante de 1 000 mégawatts est même en chantier.

L’Allemagne voisine a décidé de sortir du nucléaire en 2022. En attendant cette date, 40% de l’électricité allemande est produite grâce au charbon, contre 30% pour les énergies renouvelables.

L’Amérique non plus n’a pas l’intention de se passer du charbon. Donald Trump a fièrement annoncé qu’il allait « remettre ses mineurs au travail ».

La Chine avait promis de lever le pied sur le charbon et semble vouloir se tourner timidement vers les centrales nucléaires, mais le charbon reste largement majoritaire dans la production d’électricité. .

Après trois années de déclin, la consommation mondiale de charbon est repartie à la hausse. Cette énergie est responsable à elle seule de 45% des émissions mondiales de CO2.

La France n’est pas dépendante du charbon pour sa production d’électricité, mais le pays n’est pas un très bon élève non plus car ses émissions de gaz à effet de serre ont augmenté en 2017.

Ces derniers temps, on a beaucoup parlé du contrôle technique des véhicules. Dans ce domaine, la France est en avance sur d’autres pays comme les Etats-Unis où les contrôles dépendent des Etats. En Alaska, par exemple, il n’y a pas de contrôle technique. Dans d’autres Etats, le contrôle ne se fait qu’à l’occasion de la vente du véhicule. D’autres Etats enfin sont plus respectueux de l’environnement et procèdent aux contrôles comme en France.

Je ne me fais guère d’illusions sur l’issue de la COP 24. Il y aura de beaux discours pour se donner bonne conscience, mais les émissions de CO2 continueront à croître ; les événements climatiques extrêmes se multiplieront dans le monde ; la banquise et les glaciers continueront à fondre.

————————————————–

COP 24 is not given a great importance in France these days compared with the demonstrations of the ‘yellow vests’ and the media do not talk much about it. It is still taking place in Poland, in Silesia, a region that supplies coal to the country’s power plants. Poland signed the Paris Climate Agreement in 2015, but the country continues to extract coal as if nothing had happened. It is true that the President of India declared at the end of COP 21 that his country was going to increase its coal production. In Poland, the coal industry employs 100,000 people and everyone agrees that if there were no coal, the whole economy would collapse. More than 80% of the electricity comes from this cheap fossil energy. A giant new 1,000-megawatt plant is even under construction.
The neighbouring Germany has decided to abandon nuclear power in 2022. Meanwhile, 40% of German electricity is produced by coal, against 30% for renewable energy.
America does not intend to do without coal either. Donald Trump proudly announced that he would « put his miners back to work ».
China has promised to turn its back on coal and seems to be turning shyly towards nuclear power plants, but coal remains largely in the production of electricity. .
After three years of decline, global coal consumption has started to rise again. This energy alone accounts for 45% of global CO2 emissions.
France is not a very good pupil either because its emissions of greenhouse gases increased in 2017.
In recent times, there has been a lot of talk about the technical control of vehicles. In this area, France is ahead of other countries like the United States where controls depend on the States. In Alaska, for example, there is no technical control. In other States, the check is made only when the vehicle is sold. Finally, other States are more respectful of the environment and carry out controls like in France.
I have no illusions about the outcome of COP 24. There will be some good speeches to raise awareness, but CO2 emissions will continue to grow; extreme events will multiply in the world; the ice sheet and the glaciers will continue to melt.

Livre…et conférence !

Comme je l’ai indiqué dans la présentation de mon nouveau livre Glaciers en péril, les effets du réchauffement climatique, mes pérégrinations à travers notre planète m’ont permis de me rendre compte de la vitesse à laquelle fondent les glaciers. J’ai décidé de m’éloigner un peu du monde chaud des volcans pour tirer la sonnette d’alarme au travers du livre que je propose désormais à l’issue d’une conférence qui porte le même titre.
La banquise et les glaciers fondent… Aucun continent ne semble épargné. Une prise de conscience est urgente, faute de quoi notre société sera confrontée à de graves problèmes.
Ma conférence est illustrée par un diaporama en fondu-enchaîné sonorisé : « Glaciers d’Alaska, un monde en péril. »

Si votre commune, votre association ou votre comité d’entreprise sont intéressés, ils peuvent me contacter par mail pour connaître les conditions de mon intervention :

grandpeyc@club-internet.fr

Photo: C. Grandpey