Le réchauffement climatique tue les oiseaux dans l’Arctique // Global warming kills birds in the Arctic

drapeau-francaisDepuis la mi-octobre, les habitants de l’île St. Paul dans les Iles Pribilof, au cœur de la Mer de Béring (voir la carte ci-dessous), ont découvert plus de 200 macareux huppés morts sur le rivage, ainsi que des cadavres de macareux cornus et de guillemots. Le nombre important de cadavres d’oiseaux – 217 macareux étaient recensés le 4 novembre – est très inquiétant et semble lié à une chaleur inhabituelle qui règne dans la région.
Les derniers chiffres sont particulièrement inquiétants. Le nombre de cadavres sur le rivage n’est probablement qu’une petite fraction du nombre total de macareux qui ont péri dans la région. La population de macareux huppés dans les  Iles Pribilof est estimée à 6 000 individus ; une perte de plusieurs milliers d’oiseaux serait donc considérable. La présence des macareux à St. Paul à cette époque de l’année est très inhabituelle car les oiseaux ont généralement déjà migré vers le sud.
Les cadavres des macareux sont pour la plupart intacts et ne montrent aucun signe de prédation, mais les oiseaux sont émaciés, ce qui est la preuve de graves pénuries alimentaires dans leur habitat. Des nécropsies ont confirmé que les oiseaux sont morts de faim.
Il est probable que la mort est liée aux températures beaucoup plus élevées que la normale dans cette partie de la Mer de Béring. Une chaleur inhabituelle a été observée cet automne sur et autour de l’île St. Paul. Selon la NOAA, la température de l’eau dans la Mer de Béring se situe bien au-dessus de la moyenne depuis le mois d’août et la température de l’air est également bien supérieure à la normale. Vingt journées d’octobre ont connu des températures record ou proches des records à Saint-Paul, et la température moyenne d’octobre a été de 6,2 ° F supérieure à la normale sur le long terme. La température moyenne de septembre à Saint-Paul était déjà de 4,6 ° F supérieure à la normale, et la température moyenne d’août était de 4,1 ° F au-dessus de la normale.
Le réchauffement climatique, attribué en grande partie à l’utilisation des combustibles fossiles, provoque une élévation de la température de la surface de la mer. Le Président Obama a fait de la lutte contre le réchauffement climatique une priorité de son administration, mais Donald Trump considère le réchauffement climatique comme une conspiration chinoise et il a nommé Myron Ebell, un climato-sceptique, à la tête de l’Agence pour la Protection de l’Environnement.

La mortalité des macareux huppés fait suite à une longue liste d’animaux marins ayant connu le même sort en Alaska. Le nombre de guillemots morts découverts l’année dernière est le plus important jamais enregistré en Alaska pour cette espèce (voir ma note du 19 mai 2016). Beaucoup d’oiseaux ont été retrouvés vivants mais affamés et loin de leur habitat marin normal, parfois loin à l’intérieur des terres.
Selon la NOAA, les cadavres de baleines découverts dans le Golfe de l’Alaska en mai 2015 sont un «événement de mortalité inhabituel» justifiant une enquête spéciale. La prolifération d’algues toxiques – liée à la température trop élevée de l’eau de mer – est probablement responsable de la mort des cétacés.
Source: Alaska Dispatch News.

L’article ne mentionne pas les ours polaires et les morses qui, eux aussi, doivent faire face au réchauffement climatique et à ses conséquences pour l’environnement arctique.

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drapeau-anglaisSince mid-October, residents of St. Paul Island in the Pribilofs (see map below) have found over 200 dead tufted puffins washed ashore on the Bering Sea beach, along with additional dead horned puffins and murres. The extent of the die-off – 217 dead tufted puffins found as of November 4th – is alarming and appears to be linked to unusual warmth in the region.

Put in context, the numbers are particularly worrisome. What is washing ashore is likely only a small fraction of the total number of puffins dying in the area. The Pribilof-breeding population of tufted puffins totals only about 6,000, so a death toll in the thousands represents a large portion of that. Also significant is the presence of puffins as far north as St. Paul so late in year, highly unusual because the birds usually disperse to the south in the season.

The puffins’ carcasses are mostly intact, showing no evidence of predation, but they are emaciated, indicating severe food shortages in their habitat. Necropsies of puffins revealed the birds died of starvation.

It is believed the die-off is linked to the much higher-than-normal temperatures in that part of the Bering Sea. Unusual warmth has been documented this autumn on and around St. Paul Island. Sea-surface temperatures in the Bering Sea have soared well above average since August, according to NOAA. Air temperatures have also been much higher than normal. Twenty of the days in October had record-breaking or record-tying high temperatures in St. Paul, and the month’s average temperature there was 6.2°F higher than the long-term normal. September’s average temperature in St. Paul was 4.6°F higher than the long-term normal for the month, and August’s average temperature was 4.1°F higher than normal for that month,

Overall global warming, blamed in part on humans’ use of fossil fuels, is linked to a rise in sea-surface temperatures. President Barack Obama has made addressing climate change a central focus of his administration, but President-elect Donald Trump has dismissed global warming as a Chinese conspiracy and has put a climate change doubter, Myron Ebell, in charge of his Environmental Protection Agency transition.

The tufted puffin die-off echoes other recent mass mortality events for Alaska marine animals.

A die-off of common murres first reported last year is now classified as Alaska’s biggest ever recorded for that species (see my note of 19 May 2016). Along with the beaches littered with dead murres, many of the birds have been found alive but starving and far away from their normal marine habitat, sometimes well inland.

In the Gulf of Alaska, a die-off of large whales first discovered in May of 2015 has been classified by NOAA as an « unusual mortality event » warranting special investigation.

Toxicity from harmful algal blooms — events associated with warm-water conditions — has emerged as a leading suspect in the whale deaths.

Source: Alaska Dispatch News.

The article does not mention the polar bears and the walruses which are confronted with the changes in their environment because of climate change.

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Iles St Paul et St George dans la Mer de Béring (Source: Google Maps)

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Macareux huppé (Crédit photo: Wikipedia)

Le Vendée Globe, les satellites et le réchauffement climatique

Il y a quelques jours, je me suis rendu aux Sables-d’Olonne afin de voir les bateaux qui vont participer au prochain Vendée Globe, course autour du monde en solitaire et sans assistance, dont le départ sera donné le 6 novembre prochain.

Je ne suis pas vraiment un amoureux de la mer et des foules qui s’y pressent, mais le côté sportif de cette compétition et l’affrontement des éléments m’ont toujours fasciné. Pas évident de se retrouver seul sur un bateau dans les 40èmes Rugissants ou les 50èmes Hurlants !

Dans le Village du Vendée Globe, j’ai remarqué et apprécié les explications données au grand public sur le rôle joué par les satellites en dehors de la course proprement dite :

« …. Tout au long de la course, les skippers du Vendée Globe parcourent les zones impactées par le réchauffement climatique. Des changements mesurés et mis en avant par les satellites.

Le niveau moyen des mers est un très bon indicateur du réchauffement climatique,  sans doute meilleur que la température moyenne de la Terre. Les émissions de gaz à effet de serre générées par les activités humaines provoquent un déséquilibre énergétique de notre planète. Elle accumule de la chaleur dont 93% est stockée dans les océans. Le reste fait fondre les glaces et réchauffe l’atmosphère.

L’accent est également mis sur la menace qui pèse sur les espèces marines dont l’évolution est, elle aussi, contrôlée grâce aux données satellitaires… »

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Photo: C. Grandpey

Officiel: Le CO2 a battu tous les records en 2015 ! // Official: CO2 broke all records in 2015 !

drapeau-francaisJe l’ai annoncé il y a déjà pas mal de temps, mais la presse française semble le découvrir seulement maintenant : L’année 2015 a été marquée par une nouvelle hausse du dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère.

Le plus grave, c’est que pour la première fois, la concentration de ce gaz à effet de serre a dépassé durant toute l’année le seuil symbolique de 400 ppm (parties par million). Le relevé du 22 octobre 2016, communiqué par l’observatoire du Mauna Loa à Hawaii, fait état de 401,77 ppm. On reste donc sur une tendance à la hausse depuis le début des relevés dans les années 1960, avec une accélération au cours des dernières décennies (voir la courbe de Keeling ci-dessous).

Il faut noter que la barre des 400 ppm avait déjà été atteinte auparavant par le CO2, en certains endroits et durant certains mois de l’année, mais jamais encore à l’échelle du globe et pour une année entière. Il ne faudrait pas oublier, parmi les responsables du réchauffement climatique, le méthane (CH4), qui a aussi atteint un nouveau pic en 2015, et le protoxyde d’azote (N02), dont les concentrations représentent désormais 121% de leur niveau à l’ère pré-industrielle.

Pour expliquer le pic de CO2 en 2015, on accuse fréquemment le phénomène El Niño qui surgit tous les 4 à 5 ans et qui a un effet de réchauffement climatique. Selon l’Organisation Météorologique Mondiale, El Niño aurait contribué à déclencher des sécheresses dans les régions tropicales et  réduit la capacité d’absorption du CO2 par les forêts et les océans. Le problème, c’est que El Niño a disparu, mais le changement climatique est toujours là ! Quelle excuse va-t-on trouver maintenant ?

Les climatologues s’accordent pour dire que la tendance à la hausse du CO2 va encore se poursuivre en 2016, avec des concentrations de CO2 qui demeureront supérieures à 400 ppm pour toute l’année. Les promesses de réduction de la température formulées au cours de la COP 21 de Paris et sa « standing ovation » semblent bien loin…!

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drapeau-anglaisI announced it quite a long time ago, but the French press seems to discover the piece of news right now: The year 2015 was marked by a further increase in carbon dioxide (CO2) in the atmosphere.
The most serious is that for the first time, the concentration of this greenhouse gas has exceeded throughout the year the symbolic threshold of 400 ppm (parts per million). The measurements of October 22nd 2016, communicated by the Mauna Loa Observatory in Hawaii, reported 401.77 ppm., confirming the upward trend that began in the1960s, with a steady increase since that time and an acceleration in recent decades (see the Keeling curve below).
One should remember that the 400 ppm CO2 threshold had already been reached before in certain places and during certain months of the year, but never across the globe and for a whole year. One should not forget, among the contributors to global warming, methane (CH4), which also reached a new peak in 2015, and nitrous oxide (N02) whose concentrations now represent 121% of their tre-industrial level.
The El Niño weather phenomenon that arises every 4 to 5 years and has a warming effect is often cited as the main culprit to explain the peak of CO2 in 2015. According to the World Meteorological Organization, El Niño helped trigger droughts in tropical regions and reduced the CO2 absorption capacity of forests and oceans. The problem is that El Niño has disappeared, but climate change is still there! What excuse shall we find now?
Climatologists agree that the trend of increase of CO2 will still continue in 2016, with CO2 levels that will remain above 400 ppm for the entire year. The temperature reduction pledges made during the COP 21 in Paris and its « standing ovation » seem to be far away …!

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La courbe de Keeling actualisée le 22 octobre 2016.

(Source: Scripps Institution of Oceanography)

Fonte des glaciers en Suisse et en Autriche // Glacier melting in Switzerland and Austria

drapeau-francaisComme je l’ai écrit à maintes reprises, la situation glaciaire dans le monde est très inquiétante. Sous l’effet du réchauffement climatique, les rivières de glace fondent à vue d’œil. J’ai eu l’occasion de l’observer dans l’Arctique, en Alaska en particulier, mais aussi dans le massif du Mont Blanc, au cœur des Alpes françaises.

En Europe, les scientifiques estiment que les glaciers ont perdu plus des deux tiers de leur volume en un peu plus d’un siècle. Un exemple frappant est le glacier du Rhône en Suisse qui a reculé de presque 1,5 km.

En Autriche, le plus long glacier du pays, le Pasterze, a diminué de moitié en l’espace de 150 ans et, comme ailleurs en Europe, le processus s’accélère de manière inquiétante.

Au cours de la seule année 2015, 92 glaciers des Alpes ont reculé en moyenne de presque 25 mètres, soit deux fois plus qu’en 2014. En Suisse, les glaciers d’Aletsch et du Rhône sont les plus touchés par le phénomène. On estime leur recul à 6 à 8 cm par jour.

La Suisse pourrait perdre dans les 50 années à venir un grand nombre de ses 140 glaciers. Il ne fait guère de doute que la hausse des températures est la cause principale de leur fonte. En 2015, les glaciologues ont enregistré des températures supérieures de 2°C à la moyenne. Par ailleurs, 2015 fut une année marquée par de nombreux anticyclones installés dans la durée et une faiblesse des chutes de neige hivernales, deux ingrédients dont l’effet conjugué explique le fort recul des glaciers sur cette période.

La fonte des glaciers pourrait, dans les prochaines décennies, être à l’origine de la formation de nouveaux lacs. Le point positif est que ces nouvelles étendues d’eau offriront de nombreuses possibilités d’exploitation, notamment en matière d’économie d’énergie et de tourisme. Le revers de la médaille, c’est que ces lacs d’altitude nouvellement formés constitueront une véritable épée de Damoclès pour les villages situés en aval qui risquent de subir inondations et glissements de terrain. En Amérique du Sud, le Pérou a été confronté à plusieurs reprises à une telle situation, avec de fréquentes inondations glaciaires. En outre, la disparition des glaciers rendra certaines pratiques sportives extrêmement dangereuses. Avec la disparition de la glace, certains terrains deviendront instables, avec chutes de pierres, affaissement du sol, crevasses, etc. Le ski d’été, si prisé en Suisse, deviendra impossible à pratiquer par manque de terrains propices.

La fonte et le recul des glaciers libèrent des hommes et des objets parfois disparus depuis plusieurs millénaires. Ils nous apprennent qui étaient ceux qui fréquentaient les montagnes. Toutefois, si la glace permet la conservation des matières organiques, sa fonte conduit à une destruction rapide des vestiges. Les tissus se désagrègent sous l’effet de la chaleur et de l’humidité, et les animaux dispersent les os. Comme l’a fait remarquer un géographe, « avec la disparition rapide de la glace, le temps où les glaciers crachent leurs trésors sera court et unique ».

Source : Presse suisse.

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drapeau-anglaisAs I have written many times, the situation of glaciers around the world is very disturbing. Under the effect of global warming, these rivers of ice are melting at an incredible speed. I had the opportunity to observe them in the Arctic and in Alaska, but also in the Mont Blanc area, in the heart of the French Alps.
In Europe, scientists estimate that glaciers lost more than two thirds of their volume in just over a century. A striking example is the Rhone Glacier in Switzerland which has retreated by nearly 1.5 km.
In Austria, the longest glacier in the country, the Pasterze, has halved in the space of 150 years and, as elsewhere in Europe, the process is accelerating alarmingly.
In 2015 alone, 92 Alpine glaciers retreated on average by nearly 25 meters, twice more than in 2014. In Switzerland, the Aletsch and Rhone glaciers are most affected by the phenomenon. It is estimated they are retreating 6-8 cm per day.

In the next 50 years, Switzerland could lose many of its 140 glaciers. There is little doubt that rising temperatures are the main cause of the melting of glaciers. In 2015, glaciologists recorded temperatures 2°C above average. Moreover, 2015 was a year marked by many highs installed in the length and the weakness of the winter snowfall, two ingredients whose combined effect explains the strong glacier retreat during this period.
The melting of glaciers could, in coming decades, be responsible for the formation of new lakes. The good thing is that these bodies of water offer many new opportunities, particularly in terms of energy and tourism. The downside is that these newly formed mountain lakes constitute a sword of Damocles for the villages located downstream as they may suffer flooding and landslides. In South America, Peru has repeatedly been confronted with such a situation, with frequent glacial floods. In addition, the disappearance of glaciers will make some mountain sports extremely dangerous. Indeed, with the disappearance of the ice, some land will become unstable, with rock falls, subsidence, cracks, etc. Summer skiing, so popular in Switzerland, will become impossible to perform due to lack of suitable land.
The melting and receding glaciers sometimes bring to the open air men and objects that had been missing for several millennia. They teach us who were the people who lived in the mountains. However, if the ice allows the preservation of organic matter, its melting leads to the rapid destruction of the remains. Tissues disintegrate under the effect of heat and moisture, and the animals disperse the bones. As noted a geographer, « with the rapid disappearance of the ice time, the time when glaciers spit their treasures will be short and unique. »
Source: Swiss newspapers.

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Vue du glacier d’Aletsch (Crédit photo: Dirk Beyer / Wikipedia).