Eruptions volcaniques et réchauffement climatique // Volcanic eruptions and global warming

Il y a quelques jours, mon attention a été attirée par le titre d’un article paru sur le site du magazine GEO : «Pourquoi les fortes éruptions volcaniques sont-elles accentuées par le réchauffement climatique ?»

Même en me creusant les méninges, je n’arrivais pas à comprendre comment des éruptions pouvaient être amplifiées par la réchauffement climatique actuel.

En fait, en lisant l’article, on se rend compte que le contenu ne correspond pas au titre. On nous explique que « le réchauffement climatique va accentuer les conséquences des éruptions volcaniques de grande ampleur, amplifiant le refroidissement temporaire suivant ce type d’événements. » Il ne s’agit donc pas d’un scoop car le phénomène est étudié depuis plusieurs années.

Des chercheurs de l’université de Cambridge expliquent que « les éruptions de grande magnitude auront des effets plus importants à mesure que le climat continuera à se réchauffer. » Les panaches de cendres et de gaz émis par les éruptions volcaniques importantes s’élèveront de plus en plus haut dans l’atmosphère et ils se répandront répandront plus rapidement à la surface du globe. Cela empêchera la lumière du soleil d’atteindre la surface de la Terre, ce qui amplifiera l’effet de refroidissement temporaire survenant après une éruption, comme cela a été observé après celle du Pinatubo (Philippines) en 1991. Le panache éruptif avait alors provoqué une baisse globale de température de 0,5°C en 1992.

En revanche, selon les chercheurs anglais, pour les éruptions moins importantes qui sont les plus fréquentes,, un fort réchauffement climatique réduira de 75% les effets de refroidissement temporaire.

Selon les chercheurs, la fonte des calottes glaciaires devrait par ailleurs augmenter la fréquence et la taille des éruptions volcaniques dans des endroits comme l’Islande. Les scientifiques font référence au « rebond isostatique », mais à ce jour, aucun effet significatif n’a été observé en Islande.

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A few days ago, my attention was drawn to the title of an article that appeared on the website of the GEO magazine: « Why are strong volcanic eruptions accentuated by global warming? »  »
Even racking my brains, I couldn’t understand how eruptions could be magnified by the current global warming.
In fact, reading the article, you realize that the content does not match the title. We are told that “global warming will accentuate the consequences of large-scale volcanic eruptions, amplifying the temporary cooling following this type of event. This is not a scoop because the phenomenon has been studied for several years.
Researchers at Cambridge University explain that « large-scale eruptions will have greater effects as the climate continues to warm. » Plumes of ash and gas emitted by major volcanic eruptions will rise higher and higher in the atmosphere and will spread more rapidly over the surface of the globe. This will prevent sunlight from reaching the surface of the Earth, which will amplify the temporary cooling effect occurring after an eruption, as was observed after that of Pinatubo (Philippines) in 1991. The eruptive plume had then caused an overall temperature drop of 0.5°C in 1992.
On the other hand, according to the English researchers, for the smaller eruptions which are more frequent, a strong global warming will reduce by 75% the effects of temporary cooling.
Melting ice caps are also expected to increase the frequency and size of volcanic eruptions in places like Iceland, the researchers say. Scientists refer to “isostatic rebound”, but to date no significant effect has been observed in Iceland.

Eruption du Pinatubo en 1991 et couche d’aérosols générée par cet événement (Source: Wikipedia et NASA)

Juillet 2021 a été très chaud ! July 2021 was very hot !

La nouvelle n’est pas vraiment une surprise : pour la NOAA, juillet 2021 a été le mois de juillet le plus chaud depuis le début des relevés en 1880 ; il se situe 0,93 °C au-dessus de la moyenne du 20ème siècle. Juillet 2021 a été à peine 0,01°C plus chaud que juillet 2016, 2019 et 2020.
La chaleur record de juillet est d’autant plus remarquable que la planète se trouve dans un cycle La Niña modéré. La Niña provoque généralement un refroidissement global d’environ 0,1°C.
La NASA, quant à elle, a classé juillet 2021 au deuxième rang des mois de juillet les plus chauds, avec 1,16 °C au-dessus de la période 1880-1920. Le mois de juillet le plus chaud dans la base de données de la NASA est juillet 2019, qui avait 0,02 °C de plus que juillet 2021. Des différences mineures se produisent entre les chiffres de la NOAA et de la NASA en raison de la façon dont les agences traitent les régions où les données sont rares, comme l’Arctique.
La chaleur exceptionnelle du mois de juillet 2021 s’est concentrée davantage sur les zones terrestres que sur les zones océaniques, ce qui confirme l’impact humain : selon la NOAA, la température des océans en juillet 2021 a été la sixième plus chaude jamais enregistrée, tandis que les zones terrestres ont connu leur mois de juillet le plus chaud de tous les temps.
Janvier-juillet 2021est la sixième période la plus chaude jamais enregistrée sur Terre. L’année 2021 est pratiquement certaine de se classer parmi les 10 années les plus chaudes de tous les temps.
Une chaleur extrême a affecté l’ouest des États-Unis en juillet. Quatre États – la Californie, l’Oregon, Washington et le Nevada – ont connu leur mois de juillet le plus chaud jamais enregistré.
L’étendue de la banquise arctique en juillet 2021 a été la quatrième la plus faible des 43 années de données satellitaires. L’étendue de la banquise antarctique en juillet s’est classée au huitième rang.
Comme je l’ai écrit précédemment, les températures exceptionnellement chaudes au Groenland ont entraîné deux grandes fontes de la calotte glaciaire au cours de la seconde moitié de juillet. Cependant, la couverture neigeuse apportée par des chutes de neige au début de l’été a atténué l’impact potentiel de la fonte en limitant l’exposition de la glace et en réduisant le ruissellement. Cependant, une nouvelle fonte est prévue jusqu’en septembre.
Source : NOAA, NASA.

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The piece of news comes as no surprise : according to NOAA, July 2021 was Earth’s hottest July since global record-keeping began in 1880, 0.93°C above the 20th-century average. July 2021 was just 0.01°C hotter than July of 2016, 2019, and 2020.

The record July warmth is all the more remarkable as the planet is in a moderate La Niña event. La Niña events typically cause global cooling of about 0.1°C.

NASA rated July 2021 the second warmest July on record, 1.16°C above the 1880-1920 period. The record warmest July in the NASA database is July 2019, which was 0.02°C warmer than July 2021. Minor differences occur between the NOAA and NASA numbers because of how they handle data-sparse regions such as the Arctic.

The month’s exceptional heat was focused more on land areas than ocean areas, heightening its human impact: July 2021 global ocean temperatures were the sixth warmest on record, according to NOAA, while global land areas experienced their warmest July on record.

January-July ranked as Earth’s sixth warmest such period on record. The year 2021 is virtually certain to rank among the 10 warmest years on record.

Extreme heat engulfed the western U.S. in July, bringing four western states – California, Oregon, Washington, and Nevada – their hottest July on record.

Arctic sea ice extent during July 2021 was the fourth-lowest in the 43-year satellite record.

Antarctic sea-ice extent during July ranked as the eighth-highest on record.

As I put it before,exceptionally warm temperatures in Greenland caused the Greenland Ice Sheet to suffer two extensive melt events in the second half of July. However, snow cover from earlier snowfall in early summer blunted the potential impact of the melting by limiting the exposure of bare ice and reducing runoff. However, more melting is forecast through September.

Source : NOAA, NASA.

Source: NOAA

L’agonie de la Mer de Glace (France)

Je ne sais pas s’il s’agit d’une coïncidence, mais au moment où le GIEC publiait son inquiétant rapport sur le réchauffement climatique, la chaîne LCI diffusait un reportage tout aussi inquiétant sur la Mer de Glace. Il ne fait que confirmer mes dernières visites. Il ne faut pas se voiler la face : la Mer de Glace est morte. Elle ressemble aujourd’hui davantage à un désert de pierre qu’à un glacier, et d’ici quelques années elle aura totalement disparu.

Les glaciologues locaux expliquent que la Mer de Glace perd quatre à cinq mètres d’épaisseur chaque année. Les repères affichés le long de l’escalier qui descend vers la grotte permettent aux touristes de se rendre compte de la vitesse de fonte de la glace et donc de sa perte d’épaisseur. Depuis 1986, le plus grand glacier des Alpes françaises a perdu 146 mètres d’épaisseur !

La baisse de niveau de la Mer de Glace provoque des effondrements de son encaissant et les matériaux sombres qui jonchent la surface de la glace accélèrent sa fonte en supprimant l’albédo, autrement dit son pouvoir réfléchissant.

Dans les Alpes, comme dans tout l’Arctique – les glaciers d’Alaska sont dans la même galère – la fonte s’accélère à cause du réchauffement climatique ; elle est deux à trois fois plus rapide dans ces régions que dans le reste de la planète.

Le glaciologue Luc Moreau – que je salue ici – explique que la fonte s’observe même sur un temps très court, ce qui est confirmé par les ouvriers en charge de la grotte de glace qui est recouverte d’une bâche blanche pour tenter de ralentir la fonte de la voûte. La même technique est utilisée en Suisse pour essayer de freiner l’agonie de la grotte percée dans le Glacier du Rhône. On estime que ces bâches permettent de réduire la fonte d’environ 75%. Il est toutefois impossible d’étendre le dispositif à toute la Mer de glace car le coût serait trop important.

Le réchauffement climatique dans les Alpes ne se limite pas aux glaciers. Comme je l’ai écrit précédemment, c’est tout le massif qui transpire, à commencer par le permafrost de roche qui assure la solidité et la stabilité des parois rocheuses. Ludovic Ravanel, autre glaciologue alpin, explique que les mesures à l’Aiguille du Midi révèlent une hausse de température de 0,15°C tous les ans. Je me pose beaucoup de questions quand je regarde les pylônes ancrés dans la roche qui supportent le téléphérique de l’Aiguille du Midi.

Dans leur conclusion, les glaciologues sont aussi pessimistes que les rédacteurs du rapport du GIEC. D’ici à la fin du siècle et dans le pire scénario, ils prévoient la fonte de 95% du volume des glaciers alpins.

Une fonte vertigineuse!

Mer de Glace et Glacier du Rhône, on bâche!

Photos: C. Grandpey

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En Italie, inquiétude pour le glacier de Planpincieux…

Le 25 septembre 2019 et le 6 août 2020, j’attirais l’attention sur le risque d’effondrement du glacier de Planpincieux, dans le Val d’Aoste, sur le versant italien du Mont Blanc, sous la face sud des Grandes Jorasses..
Avec les fortes températures de ces derniers jours, le glacier perché à 2700 mètres d’altitude, avance dangereusement, parfois à une vitesse de 1,50 m par jour. La raison de cette accélération est facile à comprendre : l’eau de fonte glisse sous le glacier et joue un rôle de lubrifiant, ce qui accélère la progression de la masse de glace. Le danger serait que quelque 800 000 mètres cubes de glace se détachent et tombent sur le village de Planpincieux. Pour éviter une telle catastrophe, des radars et capteurs surveillent le comportement du glacier.

 Glacier de Planpincieux (Crédit photo: Wikipedia)

 

La Terre en déséquilibre // Earth’s imbalance

La stabilité du climat sur Terre dépend d’un équilibre fragile entre la quantité d’énergie que la planète absorbe du soleil et la quantité d’énergie qu’elle renvoie dans l’espace. Cet équilibre a été rompu au cours des dernières années, et le déséquilibre s’accentue. C’est la conclusion d’un article publié dans la revue Nature Communications.le 28 août 2021 par des chercheurs de l’Université de Princeton.
Les changements dans la répartition de l’énergie sur Terre auront des ramifications majeures sur le climat futur de la planète et sur la compréhension du changement climatique par l’Homme. L’étude met à mal les arguments utilisés par ceux qui ne croient pas que les activités humaines sont responsables du changement climatique. Elle démontre que le déséquilibre énergétique de la planète ne peut pas être expliqué uniquement par les variations naturelles. Les chercheurs proposent des informations importantes sur la façon dont les émissions de gaz à effet de serre d’origine anthropique perturbent l’équilibre de la planète et entraînent le réchauffement climatique, l’élévation du niveau de la mer et les phénomènes météorologiques extrêmes.
Les émissions de dioxyde de carbone, de méthane et d’autres gaz à effet de serre provenant des activités humaines piègent la chaleur dans l’atmosphère, ce qui signifie que la planète absorbe le rayonnement infrarouge qui serait normalement libéré dans l’espace. La fonte de la glace de mer, les modifications de la couverture nuageuse et les différences de concentration d’aérosols – phénomènes qui sont tous affectés par le changement climatique – signifient également que la Terre réfléchit moins de rayonnement solaire dans le cosmos.
Les chercheurs ont utilisé des observations satellitaires de 2001 à 2020 pour démontrer que le déséquilibre énergétique de la Terre augmente. Ils ont ensuite utilisé une série de modèles climatiques pour simuler les effets sur le système énergétique de la Terre si le changement climatique causé par l’homme était retiré de l’équation. Les scientifiques ont alors découvert que les fluctuations naturelles ne pouvaient pas à elles seules expliquer la tendance observée sur la période de 20 ans.
Les océans absorbent environ 90 pour cent de l’excès de chaleur de la planète, ce qui provoque la montée des mers et peut déclencher la formation d’ouragans et d’autres événements météorologiques extrêmes. La chaleur restante est absorbée par l’atmosphère et par la terre émergée, ce qui augmente la température de surface globale et contribue à la fonte de la neige et de la glace.
Si le déséquilibre énergétique de la Terre continue, les conséquences qui se font déjà sentir aujourd’hui seront probablement exacerbées. Nous allons assister à une hausse des températures, une élévation du niveau de la mer, une fonte plus importante de la neige et de la glace, et tout va empirer si nous envoyons encore plus de chaleur dans l’atmosphère. Une étude de la NASA et de la NOAA a révélé que le déséquilibre énergétique de la Terre avait pratiquement doublé de 2005 à 2019.
L’étude de Princeton confirme celle de la NASA de la NOAA qui a utilisé 14 années d’observations fournies par des capteurs satellites et un ensemble d’instruments dans l’océan. Les auteurs expliquent que les activités humaines, ce que l’on appelle le forçage anthropique, jouent indéniablement un rôle important, même si une certaine variation naturelle entre probablement également en jeu. Par exemple, certaines oscillations planétaires peuvent s’étaler sur des cycles qui durent plusieurs décennies, ce qui peut rendre difficile l’identification des empreintes numériques du changement climatique.
Source : NBC news, Yahoo News.

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The stability of the Earth’s climate depends on a delicate balance between the amount of energy the planet absorbs from the sun and the amount of energy it emits back into space. But that equilibrium has been thrown off in recent years, and the imbalance is growing. This is the conclusion of a paper published on August 28th, 2021by Princeton University researchers in the journal Nature Communications.

The changes to Earth’s energy system have major ramifications for the planet’s future climate and humanity’s understanding of climate change. The study undercuts a key argument used by people who do not believe human activity is responsible for climate change. It demonstrates that the planet’s energy imbalance cannot be explained just by Earth’s own natural variations.The research offers important insights into how greenhouse gas emissions of human origin are upsetting the planet’s equilibrium and driving global warming, sea-level rise and extreme weather events.

Emissions of carbon dioxide, methane and other greenhouse gases from human activities trap heat in the atmosphere, meaning the planet absorbs infrared radiation that would normally be released into space. Melting sea ice, changing cloud cover and differences in the concentration of aerosols – all of which are affected by climate change – also mean Earth is reflecting less of the sun’s radiation back into the cosmos.

The researchers used satellite observations from 2001 to 2020 to determine that Earth’s energy imbalance is growing. They then used a series of climate models to simulate the effects on Earth’s energy system if human-caused climate change was taken out of the equation. The scientists found that natural fluctuations alone could not explain the trend observed over the 20-year period.

Oceans store approximately 90 percent of the planet’s excess heat, which causes rising seas and can trigger hurricane formation and other extreme weather events. The remaining heat is taken up by the atmosphere and land, which increases global surface temperatures and contributes to melting snow and ice.

If Earth’s energy imbalance continues to grow, consequences that are already being felt today will likely be exacerbated,. We are going to see temperatures rise, sea levels rise, more snow and ice melting, and everything will get worse if we add more heat. A study by NASA and NOAA has found Earth’s energy imbalance approximately doubled from 2005 to 2019.

The Princeton research confirms this study which used 14 years of observations from satellite sensors and an array of instruments in the ocean. The authors explain that human activities, or what’s known as anthropogenic forcing, are undeniably having an effect, although some natural variation is likely also at play. For instance, some planetary oscillations can operate on cycles that last multiple decades, which can make it tricky to tease out the fingerprints of climate change.

Source : NBC News, Yahoo News.

Le déséquilibre énergétique de la Terre est dû à la réduction du rayonnement infrarouge émis suite à l’augmentation des concentrations de gaz à effet de serre. Plus de 90 % de ce déséquilibre contribue au réchauffement de l’océan, tandis que des quantités plus faibles entraînent la fonte des glaces et le réchauffement de la terre et de l’atmosphère. [Source : Schuckmann & al. (2016)]

Earth’s energy imbalance arises due to reduction in the emitted infrared radiation in response to increases in greenhouse gas concentrations. More than 90% of this imbalance goes into heating the ocean, with much smaller amounts going into melting of ice and heating of the land and atmosphere. [Source : Schuckmann & al. (2016)]