Le Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) et la prévision volcanique // Piton de la Fournaise and volcanic prediction

drapeau francaisDans des bulletins diffusés à la mi-journée et en soirée le 30 avril 2015, l’Observatoire dresse un bilan de la sismicité, des déformations et des mesures de gaz sur le Piton de la Fournaise. Il y a des signes certains qu’il se passe des choses sous le volcan mais les scientifiques ne peuvent guère en dire plus. La conclusion du dernier bulletin est la suivante :

« Au regard des signaux enregistrés et de l’expérience tirée de l’observation par l’OVPF du Piton de la Fournaise, nous pouvons conclure que nous sommes dans un contexte très sensible où la probabilité de la survenance d’une crise sismique suivie d’une crise éruptive est grande ».

La conclusion du bulletin du 1er mai à la mi-journée était rédigée comme suit:

« Le bilan des observations tend à monter que durant journée du 30 avril 2015 l’activité s’est atténuée significativement. Rappelons néanmoins que les variations d’activité sont fréquentes. Depuis 0h00 TU (4H00 locale le 1er mai), 8 séismes volcano-tectoniques profonds et 1 séisme volcano-tectonique superficiels ont été enregistrés« .

La situation actuelle reflète parfaitement le niveau de la prévision volcanique à l’heure actuelle. Le Piton de la Fournaise a beau être truffé d’instruments de mesures de toutes sortes, nous sommes encore incapables de définir exactement le déclenchement d’une éruption. Nous sommes pratiquement certains qu’elle va avoir lieu mais nous ne pouvons pas dire dans quel secteur du volcan et à quel moment.

Il faut tout de même reconnaître que de gros progrès ont été réalisés au cours des dernières décennies. Dans le cas du Piton, aucune population n’est menacée, du moins pour le moment. Il en va différemment sur des volcans explosifs comme le Mayon. On a vu récemment que des dizaines de milliers de personnes ont été évacuées lorsque ce volcan a manifesté des signes de réveil en octobre 2014. Quelques semaines plus tard, alors qu’aucun événement éruptif ne s’était produit, on a autorisé ces personnes à revenir chez elles. On ne peut maintenir éternellement des individus dans des camps de réfugiés aux conditions sanitaires souvent précaires.

C’est dans de telles situations que la prévision volcanique doit être améliorée. En attendant, on met en œuvre le principe de précaution, une décision que j’approuve car on connaît le passé historique dévastateur d’un volcan comme le Mayon.

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drapeau anglaisIn two bulletins released in mid-day and evening on April 30th, 2015, the Observatory gives information abou the seismicity, deformation and gas measurements on the Piton de la Fournaise. There are certain signs that things are happening under the volcano, but scientists can not say more. The conclusion of the last bulletin is as follows:
« In view of the recorded signals and the experience of observation by OVPF, we can conclude that we are in a very sensitive situation where the probability of the occurrence of a seismic crisis followed by an eruptive crisis is high.  »
This perfectly reflects the current level of volcanic prediction. The Piton de la Fournaise may well be riddled with measuring instruments of all kinds, we are still unable to define exactly the triggering of an eruption. We are almost certain that it will occur but we can not say where and when.
However, we must admit that much progress has been made over the past decades. In the case of the Piton, no population is threatened, at least for now. It is different on explosive volcanoes like Mayon. Tens of thousands of people were recently evacuated when the volcano showed new signs of activity in October 2014. A few weeks later, while no eruptive event had occurred, these people were allowed to return home. Individuals can not be kept forever in refugee camps, in often precarious sanitary conditions.
It is in such situations that volcanic prediction must be improved. Meanwhile, authorities are implementing the precautionary principle, a decision with which I agree, because we know the devastating historical past of Mayon volcano.

Dolomieu-blog

Tout est relativement calme en ce moment dans le cratère du Dolomieu  ((Webcam OVPF)

Calbuco (Chili)

Alors que le Calbuco semble s’être calmé et que les Chiliens s’affairent à déblayer la cendre du volcan, voici quelques réflexions personnelles qui m’ont été demandées par Rozenn Le Carboulec, journaliste au Nouvel Observateur:

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1358472-photos-le-volcan-calbuco-en-eruption-au-chili-la-prevision-parfaite-reste-compliquee.html

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Le panache éruptif du Calbuco le 23 avril 2015 (Crédit photo: D.MAIN/SIPA)

 

Prévoir la durée d’une éruption, ça sert à quoi? // What’s the point of predicting the duration of an eruption?

Comme je l’ai écrit précédemment, le volcanologue islandais Haraldur Sigurðsson avait vu juste en prévoyant  la fin de l’éruption dans l’Holuhraun le 4 mars 2015. La lave a cessé de s’écouler le 28 février. La marge d’erreur est donc très faible.

On peut toutefois se poser la question : Prévoir la durée d’une éruption effusive, ça sert à quoi ? A mon avis, à pas grand-chose dans le cas de l’éruption islandaise ! Il n’y avait aucun danger immédiat vu que l’effusion de lave avait lieu en plein désert. Par contre, si le raisonnement de Sigurðsson était valable pour tous les volcans effusifs, on pourrait essayer de prévoir la longueur empruntée par les coulées et voir si la lave menace des zones habitées. Toutefois, une telle prévision exige certaines conditions. Elle suppose de connaître le volume de lave stockée dans le réservoir magmatique ainsi que le débit effusif – en supposant qu’il est constant – comme ce fut le cas avec la source sur le Barðarbunga. Il faudra voir si la prévision de Sigurðsson peut s’appliquer à un autre volcan islandais du même type, le Krafla par exemple.

Si les paramètres ci-dessus avaient été connus lors de l’éruption du Fogo, on aurait pu savoir si d’autres villages étaient sous la menace des coulées. Malheureusement, le Pico do Fogo ne bénéficie pas de la même surveillance que ses homologues islandais.

Je pense que la prévision de Sigurðsson ne peut s’appliquer qu’à des volcans dont la chambre magmatique est de taille modeste. Il n’est pas certain qu’en 1983 les scientifiques américains auraient pu prévoir que l’éruption du Kilauea durerait plus de 30 ans !

La prévision de Sigurðsson peut-elle être tentée sur l’Etna ? A voir ! Dans le cas du volcan sicilien, des villages sont susceptibles d’être menacés par la lave, comme Zafferana Etnea en 1991-1993. Connaître la durée possible de l’éruption pourrait permettre de prendre les mesures nécessaires, mais l’Etna est un volcan assez complexe qui a déjà déjoué à plusieurs reprises les pronostics des scientifiques de l’INGV et d’ailleurs. En plus, sa morphologie n’a rien à voir avec celle des volcans islandais.

Plus que la durée de l’éruption, il serait utile de savoir où, quand et comment elle va débuter, ce que n’ont pas su faire les volcanologues islandais. La sortie de lave dans l’Holuhraun ne faisait pas partie des hypothèses les plus probables à la fin du mois d’août 2014.

Etna-coulee-blog

Pourrait-on prévoir la durée d’une émission de lave sur l’Etna?  (Photo:  C.  Grandpey)

Islande et prévision volcanique

4 mars 2015 !! Voici une date que j’attendais avec impatience puisque c’est aujourd’hui même que devait prendre fin l’éruption dans l’Holuhraun ! C’est du moins ce qu’affirmait le  volcanologue islandais Haraldur Sigurðsson au mois d’octobre 2014 (voir ma note du 14 de ce même mois). Son pronostic s’appuyait sur l’évolution de l’affaissement de la caldeira du Bárðarbunga. Il expliquait que l’affaissement répondait à une évolution en ligne, pas en courbe, ce qui voulait dire que l’affaissement de la caldeira allait progressivement ralentir. Son petit-fils, Gabriel Sölvi, avait utilisé une formule prédisant que l’éruption dans l’Holuhraun prendrait fin 173 jours après le 12 septembre.

Aujourd’hui 4 mars, l’éruption est officiellement terminée depuis le 28 février.  La prévision du volcanologue islandais est donc relativement exacte.

Lorsque Haraldur Sigurðsson a fait part de sa prévision au mois d’octobre, je l’ai accueillie avec beaucoup de scepticisme car une éruption n’est pas une science exacte et de nombreux facteurs peuvent intervenir pour perturber son déroulement. Dans le cas présent, il semble que la poche magmatique qui a alimenté l’éruption se soit vidée très progressivement et très régulièrement, de sorte que la théorie de l’« évolution en ligne » de l’affaissement de la caldeira du Barðarbunga a bien fonctionné. La prévision de Haraldur Sigurðsson pourrait être utilisée à l’avenir pour essayer de déterminer la durée d’une éruption du même type en Islande, sur le Krafla, par exemple, en sachant qu’aucune éruption ne ressemble vraiment à une autre. .

Il faut tout de même relativiser la prévision de Haraldur Sigurðsson qui concerne la durée d’écoulement de la lave et non la prévision éruptive. Il ne faudrait pas oublier les tergiversations (auxquelles a participé Sigurðsson) dont elle a fait l’objet à partir du moment où les instruments ont commencé à s’affoler. Personne ne savait ce qui allait se passer : Eruption du Barðarbunga semblable à celle de l’Eyjafjallajökull en 2010 ? Sortie de lave à la limite du glacier ? Eruption avortée sans émission de lave ? Contact de la lave avec celle de l’Askja ? Au final, les scientifiques n’ont pu que constater la sortie de la lave dans la plaine désertique de l’Holuhraun !

Tant que nous sommes en Islande, remontons au 18 mars 2014. Ce jour-là, j’écrivais dans mon blog que selon Páll Einarsson, professeur de géophysique à l’Université d’Islande, la chambre magmatique sous l’Hekla était maintenant presque remplie, ce qui signifiait que le volcan «pourrait bientôt entrer en éruption» et qu’il était fortement déconseillé d’escalader la montagne car une éruption avait pour habitude de démarrer rapidement. La police avait même recommandé aux personnes ayant l’intention de grimper sur l’Hekla de ne pas oublier leurs téléphones portables afin de pouvoir être contactées rapidement en cas d’urgence volcanique. Pour le moment, comme aurait dit le regretté Robert Lamourueux, « le canard est toujours vivant » et aucune éruption n’est venue le plumer !

Plaisanterie à part, l’Holuhraun et l’Hekla montrent que nous sommes encore démunis en matière de prévision volcanique. Ces volcans sont truffés d’équipements et ne figurent pas parmi les plus dangereux de la planète. Notre capacité à prévoir est encore plus faible pour les volcans gris comme est venue nous le rappeler l’éruption du Mont Ontake et sa soixantaine de victimes.

Hekla-blog

L’Hekla en 2014  (Crédit photo:  Wikipedia)