Nouvelles de l’Etna, de l’Anak Krakatau, du Merapi, de Manam et du Kilauea

Outre les émissions de gaz habituelles, l’activité de l’Etna (Sicile / Italie) au cours des derniers jours a consisté en une activité strombolienne, des émissions de cendre et de petites coulées de lave au niveau des cratères sommitaux.
Des explosions stromboliennes ont été observées à partir des bouches dans la Bocca Nuova et le Cratère NE (CNE). L’activité dans le Nouveau Cratère SE (NCSE) a été marquée par des explosions stromboliennes modestes et sporadiques. Le 23 août, l’activité strombolienne du cône situé dans la dépression entre le Cratère Sud-Est (CSE) et le NCSE s’est intensifiée, avec des explosions qui ont éjecté des téphra à 100-150 mètres au-dessus de la lèvre du cône. Dans la soirée de ce même jour, une activité strombolienne est apparue dans la bouche E du NSEC et une coulée de lave a avancé sur quelques centaines de mètres vers la Valle del Bove. La lave a également débordé du cône mentionné ci-dessus et une petite coulée s’est dirigée vers le nord. L’activité strombolienne au niveau du cône a continué toute la nuit et s’est arrêtée tôt le matin du 24 août. L’activité strombolienne d’une bouche sur le flanc S du NSEC a donné naissance à une petite coulée de lave qui a parcouru quelques dizaines de mètres. Les jours suivants, l’activité du cône a progressivement diminué et les émissions de cendre sont devenues faibles et peu fréquentes.
Source: INGV.

L’activité à l’Anak Krakatau (Indonésie) est assez intense, sans être exceptionnelle. Selon le VAAC de Darwin, les explosions génèrent des panaches de cendre pouvant atteindre 1,5 km d’altitude. Le niveau d’alerte reste à 2 (sur une échelle de 1 à 4). Il est demandé aux habitants at aux touristes de ne pas s’approcher à moins de 2 km du cratère.
Toujours en Indonésie, le volume du nouveau dôme de lave apparu dans la fracture du dôme de 2010 du Merapi a augmenté de 4 300 mètres cubes par jour entre le 18 et le 28 août. Le 28 août, le volume du dôme était estimé à 44 000 mètres cubes. Le niveau d’alerte reste à 2 (sur une échelle de 1 à 4). Il est demandé aux habitants et aux touristes de rester en dehors de la zone d’exclusion de 3 km.
Source: VSI.

Comme je l’ai écrit dans une note précédente, une éruption a débuté à Manam (Papouasie-Nouvelle-Guinée) le 25 août vers 6 heures, après que les habitants de l’île aient signalé une intensification de l’activité une heure avant l’événement. Selon les données du VAAC de Darwin, les panaches de cendre sont montés à 15,2 km d’altitude. Des retombées de cendre ont été signalées dans des zones allant de Dangale au NNE à Jogari dans la partie sud-ouest de l’île. Les zones les plus touchées sont Baliau et Kuluguma. Les habitants ont signalé des branches d’arbres brisées sous le poids de la cendre et des conditions si sombres que des lampes étaient nécessaires pour se déplacer. Des coulées pyroclastiques ont dévalé la vallée du NE jusqu’à la mer. Elles ont enseveli six maisons dans le village de Boakure ; les habitants avaient eu le temps de se réfugier dans le village voisin d’Abaria. Selon un article de presse, environ 2 000 personnes ont été évacuées. L’éruption a cessé vers 10h30.
Source: Observatoire Volcanologique de Rabaul.

La sismicité reste faible et la déformation du sol est négligeable au sommet du Kilauea. Les répliques du séisme de magnitude M 6,9 enregistré début mai se poursuivent sur les failles du flanc sud du volcan. Sur la Lower East Rift Zone (LERZ), aucune incandescence n’était visible au fond de la Fracture n° 8 et aucune lave ne pénétrait dans l’océan lors d’un survol effectué le 29 août 2018. Les émissions de SO2 sont extrêmement réduites au sommet du Kilauea et sont trop faibles pour pouvoir être mesurées le long de la LERZ. Bien que le HVO affirme que l’éruption pourrait reprendre à tout moment, il est de plus en plus évident qu’elle se trouve en phase terminale.
Source: HVO.

—————————————————–

Beside the usual gas emissions, activity at Mt Etna in the past days was characterised by strombolian activity, ash emissions and small lava flows at the summit craters. Strombolian explosions continued from vents in Bocca Nuova and Northeast Crater (NEC). Activity at New Southeast Crater (NSEC) was characterized by modest and occasional explosions and strombolian activity. On August 23rd, strombolian activity from the cone in the saddle between the Southeast Crater (SEC) and NSEC intensified, with explosions ejecting tephra 100-150 metres above the vent rim. In the evening of that same day, strombolian activity occurred at NSEC’s E vent, and a lava flow from the same vent travelled a few hundred metres towards the Valle del Bove. Lava overflowed the vent in the saddle cone and flowed N. Strombolian activity at that vent continued through the night and then stopped in the early morning of August 24th. Then, strombolian activity from a vent on the S flank of NSEC produced a small lava flow that travelled a few dozen metres. In the following days, activity at the saddle cone gradually decreased, and ash emissions were weak and occasional.

Source: INGV.

Activity at Anak Krakatau is still quite high, although not exceptional. Explosions generate ash plumes that may rise up to 1.5 km a.s.l., according to the Darwin VAAC. The alert level remains at 2 (on a scale of 1-4). Residents and visitors are warned not to approach the volcano within 2 km of the crater.

Still in Indonesia, the new lava dome within the fracture of Merapi’s 2010 dome grew at a rate of 4,300 cubic metres per day between August 18th and 28th. By August 28th, the volume of the lava dome was an estimated 44,000 cubic metres. The Alert Level remains at 2 (on a scale of 1-4). Resident and visitors are warned to remain outside of the 3-km exclusion zone.

Source: VSI.

As I put it in a previous post, an eruption at Manam began at 06:00 on August 25th, after island residents reported increased activity beginning an hour before. According to the Darwin VAAC ash plumes rose to 15.2 km a.s.l. Ashfall was reported in areas from Dangale in the NNE to Jogari in the SW part of the island. The most affected areas were Baliau and Kuluguma. Residents reported fallen tree branches from the deposits, and conditions so dark that flashlights were needed to move around. Pyroclastic-flow deposits were observed in the NE valley all the way to the sea. The pyroclastic flows buried six houses in Boakure village though the occupants escaped to the nearby Abaria village. According to a news article, about 2,000 people evacuated. The eruption ceased around 10:30.

Source: Rabaul Volcano Observatory.

Seismicity remains low and ground deformation is negligible at the summit of Kilauea. Aftershocks of the M 6.9 earthquake in early May continue on South Flank faults. On the Lower East Rift Zone (LERZ), no incandescence was visible in the fissure 8 cone nor was there any lava entering the ocean during an overflight performed on August 29th, 2018. SO2 emissions are extremely low at the summit of Kilauea and are too low to be measured along the LERZ. Even though, HVO says the eruption could resume any time, it seems more and more evident that it is coming to an end.

Source: HVO.

Anak Krakatau (Photo: C. Grandpey)

Manam (Papouasie-Nouvelle-Guinée / Papua-New-Guinea)

Selon le site web The Watchers, une violente éruption a eu lieu sur le Manam (sur l’île du même nom) le 25 août 2018 à 06h00 (heure locale). L’événement a propulsé des nuages de cendre jusqu’à 15 km d’altitude et généré des coulées de lave qui ont provoqué la fuite de 2 000 villageois. Selon la population locale, les nuages de cendre étaient si épais que la lumière du soleil est restée totalement bloquée pendant quelques heures. Le directeur du Centre National de Gestion des Catastrophes de Papousie-Nouvelle-Guinée a déclaré que trois villages avaient été directement touchés par les coulées de lave et que les habitants avaient dû être évacués. Les zones les plus touchées sont Baliau et Kuluguma. A cause de la très mauvaise visibilité à cause de la cendre, les gens devaient utiliser des lampes pour se déplacer
Il n’y a pas de blessés, mais il est demandé aux gens de se tenir loin des vallées pour éviter les coulées de boue. Il y a une épaisse couche de cendre sur les flancs du volcan et s’il y a de fortes pluies, il y aura une forte menace de lahars.
Selon l’Observatoire Volcanologique de Rabaul, la phase initiale de l’éruption est maintenant terminée mais une nouvelle bouche s’est ouverte, ide sorte que l’on peut s’attendre à une poursuite de l’activité.
Source: The Watchers.

—————————————–

According to the website The Watchers, a powerful eruption took place at Manam volcano (on the island with the same name) on August 25th, 2018 at 06:00 (local time). The event sent volcanic ash up to 15 km above sea level and produced lava flows that forced 2 000 villagers to flee. According to the local population, the ash was so thick that sunlight was totally blocked for a few hours. The director of the PNG National Disaster Center said three villages were directly impacted by the lava flows and residents had to be evacuated.The most affected areas were Baliau and Kuluguma and due to the very poor visibility caused by the ash fall, people were using torchlight to move around.
There are no casualties but people are told to keep away from valleys for risk of mudflows. There is a heavy thick blanket of ash on the flanks of the volcano and if there is heavy rainfall, there will be a high threat of lahars..
According the the Rabaul Volcano Observatory, the initial phase of the eruption is now over but a new vent had opened, indicating more activity could be expected.
Source: The Watchers.

Activité éruptive à Manam (Crédit photo/ Wikipedia)

Manam (Papouasie-Nouvelle-Guinée // Papua-New-Guinea) : Intensification de l’activité et évacuations

L’Observatoire Volcanologique de Rabaul a informé la Protection Civile à Madang que le niveau d’alerte du Manam a été élevé à 3. Cela signifie que les habitants de l’île doivent être évacuées. L’activité volcanique a augmenté dimanche soir, avec des explosions et des émissions de cendre plus intenses.
Certains habitants de Manam sont retournés dans l’île après des conflits avec les propriétaires fonciers sur le continent. La plupart d’entre eux étaient originaires des villages de Baliau et de Dugulava. Les autorités locales ont commencé à transférer des femmes et des enfants vers le dispensaire Potsdam à Bogia.
Le volcan est entré en éruption vers 19 heures le 16 avril 2017 alors que les habitants de Manam étaient en train de dîner.
Source: The National.

—————————————–

The Rabaul Volcanic Observatory has informed the Disaster Office officials in Madang that the alert level for Manam volcano has been raised to three. This means that people on the island have to be evacuated. Activity at the volcano increased on Sunday, with more explosions and ash emissions.
Some Manam people had moved back to the island after conflicts with landowners on the mainland. Most of them were from Baliau and Dugulava villages. Local authorities have begun moving women and children to the Potsdam Care Centre in Bogia.
The volcano started erupting at about 7 pm on April 16th 2017 while the Manam islanders were having dinner.

Source: The National.

Le Manam en 2017 (Crédit photo: NASA)

Manam (Papouasie-Nouvelle-Guinée): L’île de la misère // The island of misery

drapeau francaisCela fait 11 ans que les habitants de l’île de Manam attendent d’être relogés suite aux éruptions dévastatrices qui les ont fait fuir en 2004. Au mois de jillet de cette année, une nouvelle éruption a infligé encore plus de souffrances aux milliers de personnes qui étaient retournées sur l’île après avoir quitté des camps plus en sécurité sur le continent. Une nouvelle zone de relogement leur a été attribuée dans la région d’Andarum sur le continent, mais la situation est actuellement au point mort. En effet, un accord a bien été signé avec les propriétaires fonciers d’Andarum en 2013, mais il faut attendre qu’une loi de réinstallation soit adoptée par le Parlement avant que la terre puisse être définitivement acquise.
Plus de 100 000 personnes ont été contraintes de quitter leurs habitations à l’intérieur de la Papouasie-Nouvelle-Guinée (PNG) en raison de catastrophes naturelles et de guerres tribales. D’une manière générale, le risque de déplacement de la population pour des raisons climatiques et/ou géophysiques (séismes et volcans, par exemple) a augmenté de quelque 60 pour cent au cours des 40 dernières années. Les chiffres devraient être revus à la hausse car les changements démographiques (avec l’urbanisation) et les événements météorologiques extrêmes liés au changement climatique exposent de plus en plus les populations à des catastrophes. Il y a 44 volcans en PNG, qui menacent la vie de 250 000 personnes.
L’éruption du volcan Manam continue et les insulaires vivent dans des camps rudimentaires où règnent la pauvreté, le chômage et la faim alors que le pays est en proie à une grave sécheresse. Les gens sont confrontés à des pénuries d’eau et ils doivent faire des pieds et des mains auprès des populations locales pour obtenir les matériaux nécessaires à la construction de logements décents. La plupart des enfants ne vont pas à l’école. Il n’y a pas assez de terres dans les camps pour faire des cultures de subsistence. Cela signifie que de nombreuses familles ne peuvent pas payer la scolarité de leurs enfants et n’ont pas les moyens d’acheter de la nourriture alors que leurs jardins ravagés par la sécheresse ne parvienent pas à produire de légumes.
La lutte pour la survie conduit à des conflits avec les propriétaires fonciers locaux pour l’accès aux terres arables et à la nourriture. Cette situation a empiré car la population déplacée a presque doublé au cours de la dernière décennie et atteint maintenant le chiffre de 15 000. En PNG, la terre est principalement détenue par les particuliers et non par l’État. En conséquence, si le gouvernement veut réinstaller les personnes déplacées, il doit négocier avec les propriétaires fonciers, ce qui peut prendre beaucoup de temps.
Aujourd’hui, 60 000 hectares de terres à Andarum attendent d’être occupés par une nouvelle population, avec les services de base qui vont de pair. Ce sera une zone de réinstallation non seulement pour les habitants de Manam, mais aussi pour les personnes qui ont été déplacées dans d’autres régions de la province en raison du changement climatique et de l’élévation du niveau de la mer. Il est prévu de réinstaller les insulaires en plusieurs fois. Les jeunes auront la priorité, avec mission de travailler à la construction d’habitations et d’infrastructures.
Source: Reuters.

———————————————

drapeau-anglaisFor 11 years, the people of Manam Island have waited to be resettled after fleeing devastating eruptions in 2004. In July this year, another eruption inflicted more suffering on several thousand people who had returned to the island from displacement camps on the mainland. A new home has been found for the islanders in the remote area of Andarum on the mainland, but efforts to move them there have stalled. Indeed, an agreement had been signed with Andarum landowners in 2013, but a Manam Resettlement Act must be passed by parliament before the land can be purchased.
More than 100,000 people are internally displaced in Papua New Guinea (PNG) due to natural disasters and tribal warfare. Globally, the risk of displacement due to climate and geophysical hazards, including earthquakes and volcanoes, has increased by some 60 percent over the past 40 years. The numbers are expected to increase as demographic shifts, including urbanisation, and extreme weather events linked to climate change increase people’s exposure to catastrophes. There are 44 volcanoes in PNG, which threaten the lives of 250,000 people.
The Manam volcano continues to erupt and islanders are stranded in poorly equipped « care centres » where poverty, unemployment and now hunger prevail as the country is gripped by a severe drought. People are facing water shortages and fighting with the local people to get the materials to build proper shelter. Most of the children don’t go to school. There is not enough land in the camps to grow cash crops. That means many families cannot pay for their children’s schooling nor afford to buy food when their gardens, now parched by drought, fail to produce vegetables.
The struggle for survival has led to conflicts with local landowners over access to arable land and food. This situation has worsened as the displaced population has nearly doubled in the past decade to an estimated 15,000. In PNG, land is mostly owned by the people and not the state. Therefore, if the government wants to resettle displaced people it has to negotiate with the landowners, which can be a lengthy process.
Now 60,000 hectares of land is reserved in Andarum for a new community and basic services. This will be a provincial resettlement area for not only the Manam Islanders, but also people who have been displaced in other parts of the province due to climate change and sea-level rise. The plan is for islanders to be relocated in phases, with young people moved first and assigned to work on building dwellings and infrastructure.
Source: Reuters.

Manam

Panache éruptif du Manam en juillet 2009  (Crédit photo: ESA)