Eruption du Mauna Loa : Les cheveux de Pele // Pele’s hair

Suite à l’éruption du Mauna Loa, les services sanitaires hawaiiens ont averti la population à proximité du volcan que des cheveux de Pelé « peuvent être transportés par le vent. »
Les cheveux de Pele sont de fines fibres de verre volcanique qui doivent leur nom à Pele, la déesse des volcans à Hawaii. D’un point de vue historique, il semblerait que l’appellation «cheveux de Pele» remonte au 19ème siècle, époque où le phénomène a été observé pour la première fois dans l’archipel.

Les services du Parc des Volcans expliquent que les fibres ressemblent à des « nattes de cheveux dorés. Lorsque des bulles de gaz éclatent près de la surface d’une coulée de lave, cela peut étirer la surface de la lave qui forme alors de longs fils. » Les mèches de cheveux de Pele peuvent avoir jusqu’à 60 centimètres de longueur, mais mesurent moins d’un micron ou 0,001 millimètre de diamètre, ce qui justifie l’appellation de cheveux. Comme ils sont légers, il peuvent être emportés par le vent.
Les cheveux de Pele peuvent former des tapis de plusieurs centimètres d’épaisseur comme on l’a vu il y a quelques années en bordure du cratère de l’Halema’uma’u avant l’éruption du Kilauea en 2018. Ces tapis fragiles se cassent facilement, mais comme ils sont en verre volcanique, ils peuvent former des échardes qui entrent dans la peau ou dans les yeux, et ils peuvent devenir dangereux, en particulier pour le bétail, si des tresses de cheveux de Pele atterrissent sur l’herbe des prairies. Ce fut un problème à La Réunion il y a quelques années après une éruption du Piton de la Fournaise dont la lave est fluide comme à Hawaii, ce qui favorise l’apparition des cheveux de Pele. Les oiseaux utilisent parfois les fibres dans la confection de leurs nids.

En fonction de la viscosité de la lave et de la force du vent, les cheveux de Pele peuvent ne pas s’étirer complètement en filaments. Ces derniers se terminent alors par une goutte plus ou moins grosse, baptisée « larme de Pele ».
Pour ceux qui ne le savent pas, Pele, abréviation de Pelehonuamea, est une divinité hawaiienne du feu et des volcans. Selon la légende, elle habite au sommet du Kilauea. On dit que la déesse parcourt les îles et apparaît aux gens sous la forme d’une belle jeune femme, ou comme une vieille femme parfois accompagnée d’un chien blanc…

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Health officials in Hawaii are warning residents near Mauna Loa of Pele’s Hair « that may be carried downwind from the volcano. »

Pele’s hair are thin glass fibers named after the volcanic deity Pele. From a historical point of view, it seems that the name «Pele’s hair» dates back to the 19th century when the phenomenon was first observed in Hawaii

The fibers resemble “golden mats of hair,” the park service says on a page about the phenomena. « When bubbles of gas near the surface of a lava flow burst, it can stretch the skin of the molten lava into long threads. » Strands of Pele’s Hair can stretch up to 60 centimeters in length but are less than a micron, or .001 millimeters, wide. They are light enough to be picked up and carried by the wind.

Pele’s Hair can form mats up to several centimeters deep. These could be seen some years ago along the rim of Halema’uma’u Craterbefore Kilauea’s 2018 eruptionThe fragile mats are easily broken, but because they are glass, they can form slivers in the skin or eyes, and as such can become dangerous, especially for the cattle if they happen to fall on the grass in the meadows. This was a problem on Reunion Island a few years ago after an eruption of Piton de la Fournaise whose lava is very fluid like in Hawaii, which favours the appearance of Pele’s hair. Birds sometimes use the fibers as part of their nests.

Depending on the viscosity of the lava and the strength of the wind, Pélé’s hair may not stretch completely into filaments. The latter then end in more or less large drops, called «Pele’s tears»

For those who don’t know, Pele, short for Pelehonuamea, is a Native Hawaiian deity of fire and volcanoes, According to legend, she dwells at the summit of Kīlauea Volcano. The goddess is said to travel the islands, appearing to people as a beautiful young woman, or as an old woman, sometimes accompanied by a white dog.

La déesse Pele dans la Volcano House du Kilauea (Hawaii) [Photo: C. Grandpey]

Cheveux de Pele en paillettes, brillants comme de l’or à la surface de coulées de lave sur le Kilauea (Photo: C. Grandpey)

On observe parfois des tignasses de cheveux de Pele en bordure des bouches éruptives (Photo: C. Grandpey)

Accumulation de cheveux de Pele en tapis aux abords du cratère de l’Halema’uma’u à Hawaii (Photo: USGS / HVO)

Le nouveau comportement du Stromboli (Sicile) /// Stromboli’s new behaviour (Sicily)

Ces dernières années, le comportement du Stromboli (Sicile) a radicalement changé. D’un volcan à l’activité strombolienne typique, il s’est transformé en un volcan aux explosions très fortes et dangereuses susceptibles de causer des dégâts et même de tuer des personnes. Des coulées de lave et des écoulements pyroclastiques accompagnent souvent les paroxysmes. L’accès à la zone sommitale a été interdit au public.
Une nouvelle étude publiée dans Nature Communications nous explique que le système d’alimentation interne du Stromboli a peut-être changé, ce qui permet au magma issu des profondeurs de remonter plus facilement vers la surface en déclenchant les explosions violentes et imprévisibles qui viennent d’être mentionnées. L’étude fait suite à une série d’éruptions très puissantes et de paroxysmes qui ont surpris tout le monde en 2019.
Selon la nouvelle étude, « les modifications intervenues dans les conduits d’alimentation du Stromboli ont des conséquences inévitables pour la surveillance du volcan. Il faut développer un système de surveillance pétrologique à haute fréquence pour indiquer ce qui se passe en profondeur à l’intérieur du volcan, et pas seulement ce qui se passe en surface. »
Suite au premier paroxysme en 2019, les scientifiques ont demandé un financement urgent pour étudier ce qui se passait sur le Stromboli et pour expliquer pourquoi le volcan montrait un tel comportement. Bien que les paroxysmes à répétition ne soient pas exceptionnels, ils sont très rares. Pour essayer d’en découvrir la cause, les chercheurs ont examiné les pyroxènes inclus dans les matériaux émis par le volcan. Ils ont comparé la composition et la texture des derniers échantillons avec ceux collectés lors des précédentes éruptions du Stromboli de 2003 à 2017, ainsi qu’avec ceux des éruptions de 2019. En examinant les différences entre ces minéraux, ils ont pu avoir un aperçu du fonctionnement interne du volcan.
Alors que l’on pensait jusqu’à présent que l’écoulement de lave était le signal d’un paroxysme à venir, les chercheurs ont découvert que les paroxysmes de Stromboli de 2019 ont été provoqués par l’arrivée de magma du réservoir profond, annonçant une nouvelle série d’éruptions volcaniques plus aléatoires.
Ce magma a commencé à arriver dans le système d’alimentation du volcan dans les mois qui ont précédé les paroxysmes. Il s’est accumulé dans le mois précédant le premier et a continué jusqu’à ce que le second se produise. Cette situation a été attribué aux changements dans le mush cristallin du volcan qui se forme à partir de la cristallisation partielle du magma.
En fin de compte, les chercheurs pensent qu’il existe probablement un lien plus direct qu’auparavant entre les réservoirs profond et superficiel en raison de la pénétration plus facile du mush cristallin, ce qui permet au magma de remonter plus fréquemment. Cela pourrait expliquer pourquoi l’activité du volcan est devenue plus aléatoire.
Quels que soient les résultats des prochaines analyses, force est de constater que le comportement du Stromboli a changé. Il est devenu plus violent et plus imprévisible qu’autrefois. Il faut espérer que la plate-forme d’observation prévue pour les touristes à 400 m d’altitude, avec l’accompagnement des guides locaux, ne deviendra pas exposée aux projections du volcan.

References:

Stromboli’s ‘rejuvenation’ heralds era of more variable volcanic eruptions – Natural History Museum – December 16, 2022.

Magma recharge and mush rejuvenation drive paroxysmal activity at Stromboli volcano – Chiara Maria Petrone et al. – Nature Communications – December 13, 2022 – DOI: 10.1038/s41467-022-35405-z- OPEN ACCESS

Source : The Watchers.

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In the past few years, the behaviour of Stromboli (Sicily) has changed drastically. From a volcano with typical Strombolian activity, it has turned into a volcano that could have very strong and dangerous explosions likely to vause damage and even kill people. Lava and pyroclastic flows often accompany the paroxysms. Access to the summit area has been closed to the public.

New research published in Nature Communications suggests the internal plumbing system of the Stromboli may have changed, allowing magma from deep beneath the surface to rise more easily, triggering the violent and unpredictable blasts that have just been mentioned. The research follows a series of very strong eruptions and paroxysms that took everyone by surprise in 2019.

According to the new study, “the rejuvenation of Stromboli’s magma pathways has clear implications for the monitoring of the volcano. We need to develop a high-frequency petrological monitoring system to tell us what is happening deeper in the volcano, not just what is happening at the surface.”

Following the first paroxysm in 2019, urgent research funding was asked by scientists to investigate what was taking place at Stromboli, and to explain why these events were taking place. While double paroxysms are not exceptional, they are very uncommon. To find out what might be responsible, the researchers looked at pyroxenes in the materials emitted by the volcano. They compared the composition and texture of the samples with those collected during Stromboli’s previous eruptions in 2003 to 2017, as well as those from the 2019 eruptions. By examining how these minerals differed, they could gain an insight into the inner workings of the volcano.

While it was previously thought that lava flow was a signal of an upcoming paroxysm, the researchers found that the 2019 Stromboli paroxysms were both driven by the arrival of magma from the deep reservoir.

This magma began arriving in the system in the months leading up to the paroxysms, picking up in the month before the first and continuing until the second occurred. This was attributed to changes in the volcano’s crystal mush, which forms from the partial crystallization of magma.

In the end, the researchers think that there is probably a more direct link between the deeper and shallower reservoirs caused by the magma permeating the crystal mush more fully, whuich allows magma to rise more frequently. This could explain why the activity of the volcano has become more variable.

Whatever the results of the next analyses, it is clear that the behaviour of Stromboli has changed. It has become more violent and more unpredictable. Let’s hope that the observation platform that has been allowed for tourists with the accompaniment of the local guides will not become too dangerous.

References:

Stromboli’s ‘rejuvenation’ heralds era of more variable volcanic eruptions – Natural History Museum – December 16, 2022.

Magma recharge and mush rejuvenation drive paroxysmal activity at Stromboli volcano – Chiara Maria Petrone et al. – Nature Communications – December 13, 2022 – DOI: 10.1038/s41467-022-35405-z- OPEN ACCESS

Source : The Watchers.

Photo du Stromboli à l’époque où l’on pouvait passer la nuit sur le Pizzo. Aujourd’hui, je ne m’y risquerais pas. (Photo: C. Grandpey)

Début décembre 2022, le Stromboli a laissé échapper des coulées pyroclastiques et des coulées de lave, avec un tsunami pour arranger le tout.

Tourbillons volcaniques // Volcanic whirlwinds

La double éruption du Mauna Loa et du Kilauea est désormais terminée et le Hawaiian Volcano Observatory (HVO) attire l’attention du public sur des phénomènes que l’on observe parfois au cours des éruptions. Une photo publiée sur les réseaux sociaux montre une sorte de tornade près du front de la coulée de lave émise par la Fracture n°3 sur le flanc nord-est du Mauna Loa. Elle est apparue alors que le volcan était encore actif et que la lave avançait vers la Saddle Road.
Selon un météorologue du Service météorologique national d’Honolulu, les tourbillons visibles sur la photo et une autre image montrant plusieurs autres tourbillons dans le même secteur du volcan ressemblent davantage à des tourbillons de poussière qu’aux tornades mentionnées par certains internautes.
Les tornades et les trombes marines sont de puissantes colonnes d’air en rotation en contact avec le sol. Les tourbillons de poussière ou de sable sont des ensembles de particules de poussière ou de sable soulevées du sol en colonnes tourbillonnantes verticales. Ces tourbillons peuvent également se former lorsque la vapeur tourbillonne près d’un panache de vapeur volcanique.
Les tourbillons de poussière sont un phénomène éolien fréquent qui se produit dans le monde entier. Ils sont provoqués par un fort réchauffement de la surface ; il sont généralement de plus petite taille et moins puissants que les tornades. Ces tourbillons ont généralement des diamètres de 3 à 90 mètres, avec des hauteurs comprises le plus souvent entre 150 et 300 mètres. De plus, ils ne durent normalement que quelques minutes avant de se dissiper. Comme leurs homologues plus puissants et plus destructeurs, ils peuvent également se produire au-dessus de l’eau.
Les tourbillons de poussière se forment généralement dans de l’air très chaud et sec et ne sont pas liés aux nuages ou aux précipitations. Ce sont des phénomènes convectifs provoqués par un échauffement intense du sol. Une coulée de lave est donc susceptible de les déclenche.
Les scientifiques du HVO confirment que l’on a observé souvent plusieurs de ces tourbillons au moment où la principale coulée de lave du Mauna Loa était active. Ils ajoutent que les mêmes types de nuages tourbillonnants ont également été observés lors des éruptions de 2018 et 2020 du Kilauea.
Comme les incendies de forêt, les volcans peuvent créer leur propre climat. En 2018, une tornade de lave, baptisée « lavanado » par les scientifiques du HVO, a été observée sur le système fissural dans les Leilani Estates. D’autres phénomènes météorologiques tels que la foudre volcanique et le tonnerre, les nuages de vog (brouillard volcanique) et des pyrocumulus, également appelés flammagenitus, ont également été observés lors de l’éruption et des coulées de lave de 2018.
Source : HVO, Big Island Now.

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The dual eruption of Mauna Loa and Kilauea is now over and the Hawaiian Volcano Observatory (HVO) draws public attention to phenomena that are sometimes observed during eruptions. A photo released on social networks shows a kind of tornado near the front of the Fissure 3 lava flow on Mauna Loa’s northeast flank. It occurred when the volcano was still active and advancing toward the Saddle Road.

According to a meteorologist with the National Weather Service in Honolulu, the vortices captured in the photo and another image showing multiple whirlwinds near the same area on the volcano are more similar to dust devils than the tornado that some commenters mentioned. .

Tornadoes and waterspouts are violent, rotating columns of air that touch the ground. Dust/sand whirls, commonly called ‘dust devils’, are ensembles of dust or sand particles raised from the ground into vertical whirling columns. These types of vortices also can be formed when vapour swirls near a volcanic steam plume.

Dust devils are a common wind phenomenon that occur around the world. They are created by by strong surface heating and generally smaller and less intense than tornadoes. These types of vortices typically have diameters from 3 to 90 meters and normally range from 150 to 300 meters in height. They also normally last just a few minutes before dissipating. Like their larger and more destructive cousins, they also can occur over water.

Dust devils and similar whirlwinds usually form in very warm and dry air and are not associated with clouds or precipitation. They are triggered by convective phenomena caused by intense heating of the ground, which a lava flow could definitely cause.

HVO scientists confirm there were often several of those whirlwinds observed when the main Mauna Loa lava flow was active, adding the same types of swirling clouds were also observed during the 2018 and 2020 eruptions of Kilauea.

Like wildfires, volcanoes can create their own weather. In 2018, there was a somewhat rare “lavanado” captured over the fissure system in Leilani Estates. Other weather phenomena such as volcanic lightning and thunder, vog and pyrocumulus clouds, also referred to as “flammagenitus”, were also observed during the 2018 eruption and lava flows.

Source : HVO, Big Island Now.

Photo montrant un tourbillon à proximité du front de la coulée émise par la Fracture n°3 sur la zone de rift NE du Mauna Loa (Source : Facebook, Big Island Now)

Déclin régulier de l’éruption du Mauna Loa et arrêt complet de l’éruption du Kilauea // Regular decline of Mauna Loa eruption and complete cessation of Kilauea eruption

Il est très intéressant d’observer que la baisse d’activité du Mauna Loa est imitée par le Kīlauea. L’activité à l’intérieur du cratère de l’Halema’uma’u s’est arrêtée il y a trois ou quatre jours. Les scientifiques du HVO pensent que l’éruption a cessé complètement. Le lac de lave est maintenant recouvert d’une croûte. La lave ne sort plus de la bouche au pied de la paroi ouest et aucune incandescence n’est visible dans le cratère qui a montré une faible déflation au cours de la semaine dernière. Le tremor est faible, voire inexistant. Les émissions de SO2 étaient faibles à environ 316 tonnes par jour lorsqu’elles ont été mesurées le 23 novembre 2022. Des mesures plus récentes ont échoué car les émissions étaient trop faibles. Aucune activité inhabituelle n’a été notée le long de la zone de rift est ou de la zone de rift sud-ouest.

Ce n’est pas une bonne nouvelle pour les touristes qui envisagent de passer les vacances de Noël à Hawaii pour observer les deux éruptions.

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It is very interesting to observe that Mauna Loa’s decrease in activity is mirrored at the Kīlauea volcano. Activity in Halema’uma’u Crater started to pause three to four days ago. HVO scientists now believe it is in a full pause. The lava lake is stagnant and crusted over. Lava is no longer erupting from the western vent and no incandescence is visible. Over the past week, the crater has shown weak deflation and no inflation. The volcanic tremor is weak to nonexistent. SO2 emissions were low at about 316 tonnes per day when measured on November 23rd, 2022. More recent measurements have been unsuccessful because rates remain very low. No unusual activity has been noted along the East Rift Zone or Southwest Rift Zone.

This is not good news for tourists who are plannig their Christmas holidays in Hawaii to see the two eruptions.

Cratère de l’Halema’uma’u le 10 décembre 2022 (Crédit photo: HVO)