Détresse sur le Ruapehu (Nouvelle Zélande) // Surviving Ruapehu (New Zealand)

drapeau-francaisS’ils pouvaient parler, certains volcans de notre planète auraient des histoires à raconter, certaines drôles, d’autres dramatiques. J’ai relaté certaines dans mon livre Volcanecdotes, aujourd’hui épuisé. Voici le récit d’une situation particulièrement difficile vécue par deux jeunes Néo-Zélandais sur le Ruapehu…

Le Ruapehu, l’un des volcans les plus actifs de Nouvelle Zélande, est entré en éruption le 25 septembre 2007 à 20h26, en générant deux lahars et une colonne de cendre et autres matériaux qui est montée jusqu’à environ 4.500 mètres de hauteur, avec des retombées sur tout le sommet du volcan. L’événement explosif s’est accompagné d’une séquence sismique qui a duré 8 minutes. Il a été précédé d’une activité sismique mineure d’environ 10 minutes, beaucoup trop faible et de trop courte durée pour avertir de l’imminence de l’éruption.
Le 25 septembre 2007, William Pike et son ami, James Christie, avaient escaladé le Ruapehu et ils avaient décidé de faire une halte sur le chemin du retour dans le Shelter Dome, un petit refuge édifié en cas d’urgence près du lac de cratère.
A 8h26, le volcan est entré en éruption. Le premier signe de cet événement ressenti par les deux hommes fut une énorme « vague de pression » – autrement dit une onde de choc – dont le souffle fit ouvrir la porte du refuge. Encore enfoui dans son sac de couchage, William Pike s’avança afin de jeter un coup d’œil à l’extérieur. Horrifié, il assista au spectacle de la montagne qui commençait à cracher des pierres, avant de recevoir de plein fouet un lahar de boue, d’eau et de débris. La coulée de boue le projeta contre le mur du fond du refuge où il se retrouva en position assise, tandis que la boue formait comme un ciment autour de lui. Sa jambe droite avait été horriblement brisée et restait prisonnière de l’amas de matériaux.
Les deux hommes ont fait tout ce qui était possible pendant une quinzaine de minutes pour libérer William Pike, mais leurs efforts sont restés vains car la jambe était coincée dans l’amas de débris. Il fallait donc que James Christie parcoure la pente du volcan pour demander de l’aide. Vêtu seulement de sous-vêtements thermiques, il réussit à extraire ses chaussures de la boue, ainsi que la veste de Pike, une lampe frontale et un piolet, mais il ne put récupérer des crampons ou des chaussettes pour les chaussures de montagne.
Environ une demi-heure après le départ de James Christie, Pike perdit conscience, convaincu qu’il allait mourir. Lorsque les secouristes sont arrivés au refuge vers une heure du matin, il était en état d’hypothermie avancée, avec une température de 25 degrés Celsius. Il fut finalement héliporté vers l’hôpital de Waikato où il arriva vers 4h du matin. L’un des médecins dit plus tard que la première chose qu’il observa au moment de l’arrivée de Pike aux urgences fut une « puanteur de soufre ».
Quand William Pike sortit de son coma un jour plus tard, son père était à ses côtés et il lui a dit tout de suite que sa jambe droite avait été amputée au-dessous du genou pour lui sauver la vie.
Pike est sorti de l’hôpital au bout de neuf semaines. Après s’être d’abord déplacé sur des béquilles, il reçut sa première prothèse de jambe en février 2008. Il est retourné enseigner à l’école primaire Murrays Bay du North Shore d’Auckland seulement six mois après l’accident, avec un emploi à temps partiel.
Fin 2008, William Pike a effectué sa première marche en pleine nature.
En 2009, le directeur adjoint de l’Hilltop School de Taupo et un parent d’élève lui ont demandé de piloter un programme d’éducation en plein air qui a conduit à la création du William Pike Challenge Award, malgré la réticence de Pike à utiliser son nom. Le Prix s’adresse à des collégiens de 11 à 13 ans et vient en complément du Prix Edmund Hillary. Les élèves participent à six activités de plein air durant l’année; ils doivent aussi s’acquitter de 20 heures de service communautaire et passer 20 heures à développer un nouveau hobby.
Aujourd’hui, des milliers de petits Néo-Zélandais participent au programme d’éducation en plein air de William Pike.
Source: Manawatu Evening Standard (http://www.stuff.co.nz/manawatu-standard)

Cette anecdote me rappelle l’histoire poignante que Stanley Williams a racontée dans son livre «Le Cri du Volcan » (« Surviving Galeras » dans la version anglaise). Une équipe de volcanologues été surprise par une explosion soudaine et violente du Galeras en Colombie en 1993. Neuf personnes sont mortes et plusieurs autres, parmi lesquelles Stanley Willimas, ont été grièvement blessées.

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drapeau anglaisIf volcanoes could speak, some of them would have stories to tell. Some of them are funny, others quite tragic. I related some of them in a book entitled Volcanecdotes, unfortunately no longer available. Here is the story of what happened to two young New-Zealanders on Mount Ruapehu…

Mt Ruapehu, one of the most active volcanoes in New Zealand, erupted on September 25th 2007 in the evening at 8:26 pm and produced two lahars, an eruption column to about 4,500 metres, with ash fall and rock falls across the summit of the volcano. The explosive eruption was accompanied by an earthquake that lasted 8 minutes. It was preceded by about 10 minutes of minor earthquake activity. This initial seismic activity was too small and of too short a duration to provide a useful warning of the impending eruption.
On September 25, 2007, William Pike and his friend, James Christie, climbed Mt Ruapehu and had decided to stay in Dome Shelter, near the crater lake, on the way down.
At 8:26 that night, the mountain unexpectedly erupted. The climbers’ first hint of trouble was a huge pressure wave hitting the hut and blowing its door wide open. William Pike pulled himself across the floor in his sleeping bag to peek out of the door, horrified to witness the mountain was beginning to spew rocks onto the hut before a deadly volcanic lahar of mud, water and debris struck. The mudflow rammed him against the hut’s opposite wall in a sitting position before forming like cement around him, his right leg horribly broken and crushed under the floorboards.
The two young men frantically tried to free William Pike for about 15 minutes, but their efforts were useless with his leg firmly stuck in the debris. So they decided James Christie had to run down the volcano’s slopes to seek help. Clad only in thermal underwear, he managed to dig out his boots, Pike’s jacket, a headlamp and an ice axe, but no crampons or socks for his boots.
About half an hour after Christie left, Pike lost consciousness, convinced he would die. By the time rescuers reached him about 1am the next day, he was extremely hypothermic with a temperature of 25 degrees Celsius. He was eventually airlifted to Waikato Hospital, arriving about 4am that day. One of the doctors later told Pike when he walked into the emergency department, all he could smell was the stench of sulphur.
When he awoke from his coma a day later, his dad was there and immediately broke the news that his right leg had been amputated below the knee to save his life.
He was discharged after nine weeks in hospital and after initially managing on crutches, he got his first prosthetic leg in February 2008. And he also returned to primary school teaching only six months after the accident, taking a part-time job at Murrays Bay School on Auckland’s North Shore.
By the end of 2008, William Pike managed his first bush walk.
In 2009, the deputy principal of Taupo’s Hilltop School, along with a parent, asked him to be a role model for an outdoor education programme, which led to the creation of the William Pike Challenge Award, despite Pike’s reluctance to use his name.
The award targets 11 to 13-year-old school kids, dovetailing with the Hillary Award, which runs in high schools. Pupils participate in six outdoor activities at the school during the year, as well as completing 20 hours of community service and 20 hours developing a new hobby.
Today, thousands of Kiwi kids follow William Pike’s inspirational footsteps in his outdoor education programme.
Source : Manawatu Evening Standard (http://www.stuff.co.nz/manawatu-standard)

This story reminds me of the heart-rending story Stanley Williams told in his book “Surviving Galeras”. A team of volcanologists was surprised by a sudden and violent explosion of the Colombian volcano in 1993. Nine people died and several others, among whom Stanley Williams, were seriously injured.

Ruapehu general

Ruapehu sommet

Ruapehu lac

Vues du Ruapehu, de son sommet et du lac de cratère (Photos: C. Grandpey)

Alertes en Indonésie

drapeau francaisLes autorités indonésiennes ont élevé à 3 (Siaga) le niveau d’alerte du Soputan. Les émissions de gaz et de vapeur montent à 50-200 mètres au-dessus du cratère, avec une augmentation de la sismicité. Il est demandé à la population de respecter une zone de sécurité de 6,5 km de rayon autour du cratère. Les évacuations ne sont pas nécessaires car la zone habitée la plus proche se trouve à 8 km du cratère.
Avec cette hausse du niveau d’alerte du Soputan, six volcans indonésiens sont maintenant en alerte de niveau 3 (siaga); les autres sont le Gamalama (depuis la mi-décembre 2014), le Slamet (depuis août 2014), le Sinabung (depuis avril 2014), le Karangetang (depuis septembre 2013) et le Lokon (depuis juillet 2011).
Suite à l’éruption du Gamalama la semaine dernière, une alerte aux lahars a été émise pour les habitants de la ville de Ternate, en particulier ceux qui vivent près des berges. Avec les fortes pluies de jeudi soir, certains habitants de trois sous-districts du Nord Ternate s’apprêtaient à évacuer les lieux car les digues de terre n’arrivaient plus à contenir la rivière Tugurara.
Une autre alerte aux lahars concerne les habitants sur les pentes du Merapi. Cependant, le risque de coulées de boue est faible car le volume de matériaux accumulés près du cratère n’est pas très important. De plus, ces matériaux ont durci, ce qui réduit le risque d’être emportés par la pluie.
Source: Asia One.

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drapeau anglaisIndonesian authorities have raised the status of Mount Soputan to level 3 (Siaga) as white smoke was reaching 50-200 metres above the crater, with an increase in sismicity. Residents are urged not go within a 6.5-km radius of the crater. Evacuations were not necessary as the nearest residential area is located 8 km from the crater.

With the increased warning level for Soputan, six volcanoes are now on alert status; the others are Gamalama (since mid-December 2014), Slamet (since August 2014), Sinabung (since April 2014), Karangetang (since September 2013) and Lokon (since July 2011).

Following Gamalama’s eruption last week, a lahar-flood warning has been issued to residents of Ternate city, specifically those living near riverbanks. Amid heavy rains on Thursday night, some residents in three subdistricts in North Ternate began preparing to evacuate as water containing volcanic material overflowed into the Tugurara River.

Another lahar warning was issued to residents on the slopes of Mt. Merapi. However, the possibility of a lahar flood is low as the volume of material near the crater is not great and it has hardened, making it more difficult to be flushed down by rain.

Source : Asia One.

Le Chaitén (Chili) il y a 5 ans // Chaitén volcano (Chile) 5 years ago

drapeau francais  Mai 2013 marque le 5ème anniversaire de l’éruption du Chaitén (sud du Chili) qui a commencé le 2 mai 2008. À l’époque, le Chaitén n’était pas connu pour être un volcan actif ou dangereux et il n’était pas surveillé par les scientifiques.
Après seulement 24 heures d’activité sismique, une série d’explosions a produit plusieurs colonnes de cendres de15-20 km de hauteur pendant plus d’une semaine. La cendre a recouvert de vastes régions du Chili et de l’Argentine et préparé le terrain pour un lahar destructeur qui a inondé l’embouchure de la rivière Chaitén où vivaient environ 4.600 personnes.
Après près de 2 semaines d’activité explosive, l’éruption est entrée dans la phase prolongée de croissance d’un dôme de lave qui a duré près de 20 mois. .
Malgré un manque d’instruments de contrôle, le gouvernement et les scientifiques chiliens ont réagi rapidement dès que l’éruption a commencé. En 5 jours, la petite ville portuaire de Chaiten, située à 10 km au sud du volcan sur les rives de la rivière Chaitén, a été complètement évacuée. Moins d’une semaine plus tard, des lahars recouvraient une grande partie de la ville. La cendre qui s’était accumulée dans la rivière a fait remonter de 5 mètres le lit de cette dernière.
Les scientifiques chiliens et étrangers ont rapidement installé un réseau de surveillance du volcan pour suivre son activité.
Cette éruption présente un intérêt particulier pour les scientifiques car le type de magma émis – rhyolite à haute teneur en silice (environ 75% SiO2) – a alimenté certaines des plus grandes éruptions explosives de la planète. Or, il existe peu d’observations directes de ces éruptions et de leurs impacts, et de tels événements n’ont pas été observés avec un équipement scientifique moderne.

En fait, le Chaitén a été beaucoup plus actif qu’on le pensait au cours des 10.000 dernières années, avec 3 éruptions importantes dans les 5000 dernières années et une éruption au 17ème siècle qui ressemble beaucoup à celle de 2008-2009.
L’éruption initiale de 2008 a été alimentée directement par un magma qui a pris naissance au moins à 5 ou 10 km sous la surface. Progressant à une vitesse d’environ 0,5 mètres par seconde, ce qui est très rapide pour un magma rhyolitique, il lui a fallu seulement 4 heures pour atteindre la surface.
L’effusion de lave au cours des premiers mois de croissance du dôme du Chaitén a atteint entre 45 et 66 mètres cubes par seconde. Ces chiffres sont parmi les plus élevés pour les éruptions historiques incluant la formation d’un dôme de lave. A titre de comparaison, le débit effusif du Kilauea au niveau du Pu `u` O `o est de 5-6 mètres cubes par seconde.

Cette éruption aura un impact durable sur le gouvernement chilien qui a décidé d’élaborer un programme de surveillance à grande échelle des quelque 120 volcans qui se dressent dans le pays. Aujourd’hui, les scientifiques continuent à installer des réseaux de surveillance en temps réel sur la plupart des volcans les plus dangereux du Chili afin de fournir des prévisions d’éruption et des alertes précoces, ce qui n’était pas possible lorsque l’éruption du Chaitén a débuté il y a cinq ans.
Source: Hawaii 24/7.

drapeau anglais   May 2013 marks the 5th anniversary of the eruption of Chaitén volcano in southern Chile which began on May 2nd, 2008. At the time, Chaitén was not perceived to be an active or hazardous volcano, and so it was not monitored by scientists.

After only 24 hours of earthquake activity, a series of strong, explosive events sent multiple ash columns 15-20 km high in the air for more than a week. Ash blanketed vast areas of Chile and Argentina and set the stage for a destructive lahar that flooded the mouth of the Chaitén River where about 4,600 people lived.

After nearly 2 weeks of explosive activity, the eruption entered a prolonged phase of effusive lava-dome growth that lasted nearly 20 months. .

Despite a lack of monitoring, the Government of Chile and scientists responded quickly when the eruption began. Within 5 days, the small port town of Chaitén, located 10 km south of the volcano on the banks of the Chaitén River, was completely evacuated.

Less than a week later, lahars buried much of the town. The ash that had accumulated into the river raised the river bed by as much as 5 metres.

Chilean and foreign scientists quickly installed a volcano monitoring network to track the volcano’s activity.

This eruption was of particular interest to scientists because the type of magma erupted – high-silica rhyolite (about 75% SiO2) – has fueled some of Earth’s largest explosive eruptions. There are few direct observations of such eruptions and their impacts, and none of them was monitored with modern scientific equipment.

Chaitén was far more active in the past 10,000 years than was previously thought, including 3 substantial eruptions in the past 5,000 years and an eruption in the 17th century that  was much like that of 2008-2009.

The initial eruption was fed directly by magma that originated at least 5 to 10 km below the surface. Ascending at a rate of about 0.5 metres per second, which was very fast for rhyolite magma, the magma only took about 4 hours to reach the surface.

Estimates of lava effusion rates for the first few months of Chaitén’s dome growth reached 45-66 cubic metres per second. These are among the highest for historical lava-dome-forming eruptions.  For comparison, Kilauea’s long-term effusion rate for the Pu`u`O`o eruption is 5-6 cubic metres per second.

This eruption is having a lasting impact on the Government of Chile which has decided to work out an expanded national hazard monitoring program of the 120 volcanoes of the country. Today, scientists continue to build the real-time monitoring networks at most of Chile’s highest-risk volcanoes in order to provide eruption forecasts and early warnings that were not possible when Chaitén erupted five years ago.

Source: Hawaii 24/7.

Chaiten-NASA

Le panache du Chaitén vu depuis l’espace en janvier 2009  (Crédit photo:  NASA)

Ruapehu 1953: un bien triste conte de Noël!

On parle beaucoup du Ruapehu en ce moment car on a observé une certaine hausse de la sismicité qui pourrait annoncer une éruption à court terme, même si d’autres paramètres montrent que le volcan ne semble pas en train de se réveiller. En particulier, la température du lac de cratère n’a pas augmenté et se maintient autour de 20°C.

Comme je l’ai indiqué précédemment, il ne faudrait pas se focaliser sur une éruption sommitale qui, même si elle représente une menace pour les infrastructures de sports d’hiver (particulièrement laides !), ne devrait pas causer de dégâts majeurs dans la région.

L’histoire montre que les lahars du Ruapehu peuvent être autrement dévastateurs. En 2007, le volume d’eau du lac de cratère a été estimé à 9 millions de mètres cubes. A l’époque, l’Institut des Sciences Géologiques et Nucléaires (IGNS) de Nouvelle Zélande a rappelé qu’une soixantaine de coulées de boue avaient déjà balayé la montagne au cours des 150 années précédentes et que ces lahars peuvent ne pas se limiter à la vallée de la Whangaehu River. Cette vallée descend le long du versant est-sud-est du volcan qu’elle contourne ensuite par le sud. En chemin, elle est traversée par la ligne ferroviaire qui relie Auckland à Wellington près de Tangiwai, un nom qui reste tristement gravé dans la mémoire des Néo-Zélandais car il leur rappelle ce qui s’est passé le 24 décembre 1953.

Le Noël du courage.

Après les séquences éruptives qui ont marqué les trois années précédentes, le lac de cratère du Ruapehu – dont la profondeur avait été estimée à 300 mètres en 1945 – se remplit à nouveau d’eau de fonte de la neige et des précipitations qui s’abattent régulièrement sur la montagne. En 1953, la hauteur de sa surface est de 8 mètres supérieure à ce qu’elle était en 1945 et il semble que peu de gens aient réalisé que cette eau n’est retenue que par une masse instable de glace et de téphra rejetés par le volcan pendant les dernières éruptions.

A 20 heures le 24 décembre 1953, le rempart de matériaux qui retient le lac cède brusquement sous la pression de l’eau. Une masse dont le volume est estimé à deux millions de mètres cubes s’engouffre dans la vallée de la Whangaehu River, emportant tout sur son passage. Terre et  rochers filent à une vitesse vertigineuse vers la vallée, au gré des méandres du relief. Peu après 22 heures, un mur d’eau et de boue de six mètres de hauteur percute un pont de chemin de fer de Tangiwai. Les piles de l’ouvrage ne résistent pas longtemps à la force du courant et une grande partie du pont s’effondre.

Quelques secondes après ce qui pourrait rester un simple fait divers, un automobiliste néo-zélandais – Cyril Ellis – arrête son véhicule lorsqu’il voit dans la lumière de ses phares que le pont qu’il s’apprêtait à franchir a disparu sous les eaux alors qu’il ne pleut pas depuis plusieurs jours et qu’une inondation ne semble guère d’actualité. Il croit également apercevoir dans l’obscurité qu’une partie du pont de chemin de fer tout proche n’existe plus. Réalisant très vite la gravité de la situation, il court, une lampe torche à la main, en direction de la voie ferrée et la longe en agitant sa lampe pour que le conducteur du prochain train puisse arrêter le convoi à temps.

Le train en question est un express en provenance de Wellington. Il est composé d’une motrice, neuf voitures de voyageurs et deux wagons de marchandises.  A 22h21, il s’apprête a franchir le pont de Tangiwai.  A son bord se trouvent 285 personnes qui vont passer les vacances de Noël à Auckland. Il ne faut pas oublier que nous sommes dans l’hémisphère sud et que l’été austral vient de commencer.

En voyant la lampe brandie par un homme le long de la voie ferrée, le cheminot qui pilote la motrice comprend qu’il y a un danger et il actionne rapidement  les freins. Malheureusement, la force d’inertie ne permet pas au convoi de stopper assez rapidement. La locomotive et le premier wagon sont précipités dans le vide, accompagnés par quatre autres voitures qui flottent brièvement sur le lahar avant de disparaître dans le flot de boue. Les quatre wagons suivants restent sur la voie, tandis que celui qui les précède est en équilibre au-dessus du vide, tout en restant accroché au reste du train. Aidé du chef de train – William Inglis – Cyril Ellis essaye de faire sortir des passagers mais il n’en a pas le temps car l’attache du wagon lâche et il se précipite lui aussi dans le flot boueux. M. Ellis le voit faire plusieurs tonneaux dans l’eau avant de s’immobiliser sur le flanc, le long de la berge. N’écoutant que son courage, il entre dans l’eau qui monte jusqu’à sa taille et réussit à briser plusieurs vitres du wagon. Ainsi, avec l’aide d’un voyageur – John Holman – il permet aux passagers de se hisser au-dehors et de grimper sur le toit du wagon où ils attendront plus d’une heure, blottis les uns contre les autres, que le niveau de l’eau baisse pour pouvoir rejoindre la berge.

De l’autre côté du pont routier, un autre automobiliste – Arthur Bell – et son épouse ont vu eux aussi le train s’abîmer dans le flot de boue. Tous deux parviennent à faire sortir 15 personnes d’un wagon qui s’était échoué sur la rive.

Des soldats basés à Waiouru, à une dizaine de kilomètres de Tangiwai, alertés par le fracas  du train dans sa chute, essayent, eux aussi, de porter secours à un maximum de personnes.

Malheureusement, tous les voyageurs de l’express Auckland-Wellington n’ont pas la chance de pouvoir sortir des wagons. L’une des voitures est emportée par le courant sur plus de deux kilomètres. D’autres traversent la route inondée ou vont percuter les berges de la rivière. Certaines personnes réussissent à s’échapper et à nager vers la rive mais des dizaines d’autres périssent dans la rivière, parfois engluées dans la boue.

La recherche des corps se déroule pendant plusieurs jours. Des plongeurs inspectent la rivière sur 60 km mais vingt victimes manquent à l’appel et ne seront jamais repêchées. On pense qu’elles ont été emportées par le lahar jusqu’à la mer, à 120 kilomètres du pont de chemin de fer.

Noël 1953 est jour de deuil en Nouvelle Zélande. Le bilan fait état de 151 morts et 134 survivants. Tangiwai, le lieu de la catastrophe, porte bien son nom ; en langue maori, il signifie « les eaux qui pleurent ».

La reine Elisabeth II et le Prince Philip sont en visite officielle en Nouvelle Zélande à cette époque. Philip assiste aux funérailles nationales de 21 victimes dont les corps n’ont pas pu être identifiés. La reine décore Cyril Ellis et  John Holman de la George Medal tandis qu’Arthur Bell et William Inglis reçoivent la British Empire Medal.

Suite à la catastrophe, une commission d’enquête indique qu’elle est effectivement due à un lahar, mais qu’il ne pouvait être anticipé car le lac de cratère du Ruapehu ne disposait pas d’instruments de contrôle. Il est toutefois fait remarquer que la structure du pont de chemin de fer avait probablement été affaiblie par une précédente coulée de boue en 1925. D’autre part, la mise en garde lancée par des géologues amateurs à propos de la fragilité des parois du cratère du Ruapehu n’avait pas été prise en compte par les autorités. Après la vidange du lac, son niveau avait baissé de près de 7 mètres.

Aujourd’hui, chaque veille de Noël, l’express Wellington-Auckland ralentit quand il passe sur le nouveau pont qui franchit la Whangaehu River à Tangiwai. Le conducteur de la motrice jette alors un bouquet de fleurs dans la rivière. Une carte y est accrochée sur laquelle on peut lire : « In memory of all who died at Tangiwai on Christmas Eve, 1953. » – « En mémoire de tous ceux qui sont morts à Tangiwai la veille de Noël 1953 ».

Depuis la catastrophe de 1953, des instruments ont été installés sur le Ruapehu afin de contrôler le comportement du lac de cratère. Les dernières éruptions accompagnées de lahars ont eu lieu en mars et septembre 2007.

Le 18 mars 2007, une brèche s’ouvre à nouveau dans la paroi qui retient le lac et l’eau dévale la pente pendant environ 45 minutes. Un torrent de boue transportant des arbres et des rochers s’engouffre dans la vallée de la Whangaehu River dont le niveau s’élève momentanément de deux mètres. L’effondrement partiel du rempart du lac déclenche le système d’alarme de sorte que l’avancée du lahar peut être suivie avec précision. Une route est fermée à la circulation et un train avec 200 voyageurs à son bord est arrêté à Waiouru. Les passagers sont transférés dans des bus pour continuer le voyage vers le nord de l’île. Le lahar recouvre des terres agricoles avant de terminer sa course dans la mer mais aucune victime n’est à déplorer.

Plusieurs semaines avant cet événement, les autorités avaient diffusé le message suivant : « La fonte de la neige a fait monter le niveau du lac dans le cratère du Ruapehu. Il se situe à 1,50 mètre de la lèvre. Il faut s’attendre à un lahar dans les prochaines semaines dans la vallée de la Whangaehu River ».

Source: Presse néo-zélandaise.

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Le sommet du Ruapehu et le lac de cratère (Photo: C. Grandpey)