Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion)

L’OVPF vient de diffuser son bulletin quotidien concernant la journée du 22 octobre 2019. Comme je l’ai indiqué précédemment, le sismicité était en chute libre hier, avec seulement une dizaine d’événements enregistrés, contre plus de 200 la veille.

On remarque toutefois que le processus d’inflation de l’édifice se poursuit, ce qui montre bien que le magma est en train de passer d’une source profonde à un niveau plus superficiel.

On peut raisonnablement penser qu’une éruption va se déclencher dans peu de temps, mais on ne sait ni quand, ni où. Selon mes contacts sur place, il semblerait toutefois que la partie Est du volcan ait la faveur des pronostics. Tant que l’éruption se produit à l’intérieur de l’Enclos Fouqué, la prévision n’a qu’une importance relative. Ce serait bien sûr différent si la lave décidait de sortir à l’extérieur de l’Enclos, car des zones habitées seraient menacées.

Le volcan et le Formica Leo (Photo: C. Grandpey)

Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) : On attend toujours l’éruption…

Il est 21 heures en métropole, 23 heures sur l’île de la Réunion. L’OVPF n’a pas diffusé de nouveau bulletin depuis 4h20 (TU) ce matin et on ne connaît donc pas l’évolution de la sismicité et de l’inflation au cours de la journée du 22 octobre 2019. C’est assez frustrant ; il faudrait que l’IPGP – dont dépend l’OVPF – prenne modèle sur le HVO à Hawaii et l’INGV en Sicile qui communiquent des données en temps réel. Ce soir, les écrans des webcams ne montrent pas la moindre trace d’incandescence et on peut donc penser qu’il n’y a rien de nouveau sur le Piton de la Fournaise. L’éruption se fait toujours attendre. Au vu de la lente inflation et des hésitations du magma pour atteindre la surface, on ne devrait pas assister à un événement de grande ampleur. Il devrait davantage ressembler aux éruptions des mois de juin et d’août 2019.

Il est bon de rappeler le déroulement des événements au cours des dernières heures. Le 21 octobre à 20h15, l’OVPF signalait une belle crise sismique qui s’accompagnait de déformations rapides de l’édifice volcanique. L’Observatoire pensait que le magma était en train de quitter le réservoir et se propageait vers la surface.

A 22h15, patatras ! Alors que tout le monde s’attendait à une éruption imminente, la crise sismique s’est arrêtée, ainsi que les déformations de surface.

Il ne reste plus qu’à attendre. La volcanologie actuelle ne permet pas d’en savoir plus. Pourtant, le Piton est truffé d’instruments et le personnel de l’OVPF est très réactif.

Comme je l’écrivais précédemment, ce n’est pas la première fois que le Piton se montre joueur. Les éruptions du 18 février au 10 mars 2019 et du 3 au 4 avril 2018 avaient été précédées par une intrusion de magma similaire qui s’était arrêtée, respectivement 2 et 3 jours avant le début de l’éruption.

L’accès du public à l’Enclos Fouqué, que ce soit depuis le sentier du Pas de Bellecombe ou depuis tout autre sentier, ainsi que le poser d’hélicoptère dans la zone du volcan, sont interdits jusqu’à nouvel ordre.

Source : OVPF, Préfecture.

Photo: C. Grandpey

Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion): Eruption en vue ? // An eruption in the short term ?

19h30 (heure métropole) : Depuis 20h00 (heure locale), une crise sismique est enregistrée sur les instruments de l’Observatoire Volcanologique du Piton de la Fournaise. Cette crise sismique est accompagnée de déformation rapide. Ceci indique que le magma est en train de quitter le réservoir et se propage vers la surface. Une éruption est probable à brève échéance dans les prochaines minutes ou heures.

Cette situation n’est guère surprenante. En effet, au cours des derniers jours, l’OVPF a enregistré de nombreux séismes volcano-tectoniques sous le cône sommital.

Par ailleurs, les stations GPS de la zone sommitale enregistrent une inflation qui révèle la mise en pression d’une source superficielle. Celles installées en champ lointain enregistrent une inflation qui montre la mise en pression d’une source profonde. (voir courbes ci-dessous)

Les émissions de CO2 confirment ce qui est écrit précédemment. Au niveau du sommet, elles sont: proches ou en dessous du seuil de détection. Au niveau du sol, elles sont en diminution en zone distale (Plaine des Cafres) et en faible augmentation en zone proximale (Gîte du Volcan).

Source : OVPF.

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22h30 (heure métropole) : Le volcan a le don de jouer avec les nerfs de l’Observatoire ! Alors que tout le monde croyait à une possible éruption il y a environ deux heures, le crise sismique s’est arrêtée. Le nombre d’événements a fortement diminué depuis 20h34 (heure locale). L’OVPF explique que « les déformations de surface se sont arrêtées vers 20h30 signifiant l’arrêt de cette intrusion de magma en profondeur. »

Toutefois, au vu de la forte sismicité enregistrée ces derniers jours, aucune hypothèse ne saurait être écartée quant à la suite des événements. Une reprise de la propagation du magma vers la surface, ou encore l’arrêt de la propagation, restent possibles.

Il faut rester prudent dans les pronostics. On n’oubliera pas que les éruptions du 18 février au 10 mars 2019 et du 03 au 04 avril 2018 avaient été précédées par une intrusion de magma similaire qui s’était arrêtée, respectivement 2 et 3 jours avant le début de l’éruption.

Source : OVPF.

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19:30 (Paris time): Since 20:00 (local time), a seismic crisis is recorded by the instruments of the Volcanological Observatory of Piton de la Fournaise. This seismic crisis is accompanied by rapid deformation. This indicates that the magma is leaving the shallow reservoir and spreading to the surface. An eruption is likely in the short term, in the next minutes or hours.

This situation does not come as a surprise. Indeed, over the past few days, OVPF has recorded many volcano-tectonic earthquakes under the summit cone.
In addition, the GPS stations in the summit area are recording an inflation which reveals an increase in pressure of a shallow source. Those installed in the far field record an inflation which shows the pressure of a deep source. (see curves below)
CO2 emissions confirm what is written above. At the summit, they are: near or below the detection threshold. At ground level, they are decreasing in the distal zone (Plaine des Cafres) and in slight increase in the proximal zone (Gîte du Volcan).

Source: OVPF

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22h30 (Paris time): The volcano has the gift of playing with the nerves of the Observatory! While everybody thought about a possible eruption about two hours ago, the seismic crisis stopped. The number of events has significantly decreased since 20:34 (local time). The OVPF explains that « the surface deformations stopped around 20:30, which means the stop of the magma intrusion in depth. »
However, given the strong seismicity recorded in recent days, no hypothesis can be ruled out as to the sequence of events. A new magma ascent towards the surface, or the stop of the ascent, remain possible.
We must remain cautious in the forecasts. It should be remembered that the eruptions from February 18th to March 10th, 2019 and from April 3rd to April 4th, 2018 were preceded by a similar magma intrusion that stopped 2 and 3 days before the onset of the eruption, respectively.
Source: OVPF.

Photo: C. Grandpey

Exploration sous-marine de la côte sud d’Hawaii // Submarine exploration of the southern coast of Hawaii

Alors que les scientifiques français se plaignaient du manque de moyens pour explorer le volcan sous-marin au large des côtes de Mayotte, des chercheurs américains se trouvaient à bord du navire de recherche Rainier de la NOAA pour explorer la côte sud de la Grand Ile d’Hawaii. Ils ont pu observer et analyser les conséquences de l’arrivée de la lave dans l’océan lors de l’éruption du Kilauea en 2018. Le Rainier fait partie d’une flotte dont la mission est d’étudie la bathymétrie des eaux côtières autour des États-Unis. Les relevés permettent de mettre à jour les cartes marines et divers documents numériques destinés au commerce et au transport maritime, ainsi qu’à la sécurité de la navigation. Le navire mesure également diverses propriétés de l’eau de mer. Les missions du Rainier s’effectuent principalement en Alaska, mais les conséquences de l’éruption de 2018 l’ont conduit à Hawaii. Cette mission a été l’occasion d’observer les deltas de lave formés pendant l’éruption dans la Lower East Rift Zone.

La principale mission de la NOAA étant de maintenir à jour les cartes marines, la côte de Puna au SE de la Grande Ile méritait d’être analysée en raison des changements survenus en 2018. Cependant, l’intérêt de la mission dépasse l’hydrographie. L’observation des pentes sous-marines permet aux volcanologues du HVO à mieux comprendre les processus qui affectent la stabilité du delta de lave nouvellement formé dans la baie de Kapoho, ainsi que d’autres dangers le long du nouveau littoral.
Une étude réalisée en août 2018 par le navire de recherche Nautilus exploité par l’Ocean Exploration Trust, avait déjà fourni une base de référence permettant d’identifier les changements bathymétriques survenus au cours de l’année écoulée.
À l’instar du Nautilus, le Rainier a analysé la bathymétrie à l’aide d’un sondeur multi-faisceau (SONAR) monté sur sa coque. Ce système envoie les ondes acoustiques perpendiculairement à la longueur du navire. Le principe est simple : Les ondes sont envoyées vers le fond de l’océan et remontent vers le navire où un récepteur mesure le temps écoulé. La collecte de millions de mesures de distance permet de construire un DEM (Digital Elevation Model) modèle numérique du relief sous-marin. En comparant le nouveau DEM du Rainier à celui obtenu l’année dernière avec le Nautilus, les volcanologues sont en mesure de voir quelles parties du delta de lave sous-marin sont les plus fragiles, et donc susceptibles de s’affaisser ou de s’effondrer. Par ailleurs, la comparaison d’images satellite récentes avec les cartes des coulées de lave de 2018 révèle que certaines des nouvelles côtes ont déjà reculé de plusieurs dizaines de mètres. Des changements similaires pourraient donc se produire sous la surface de l’océan.
Le traitement et la publication du nouvel ensemble de données prendront un certain temps. Cependant, alors que le Rainier était ancré au large des côtes hawaiennes, les volcanologues du HVO ont pu monter à bord et  repérer des détails intéressants au niveau du littoral submergé le long des deltas de 2018, y compris un chenal de lave, aujourd’hui inactif. Des discussions avec l’équipage du navire ont permis d’identifier plusieurs zones intéressantes pour y effectuer des investigations bathymétriques.
Source: USGS.

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While French scientists were complaining about the lack of means for the exploration of the submarine volcano off the coasts of Mayotte, Americans researchers were on board the NOAA research ship Rainier to explore the southern coast of Hawaii Big island. They could observe and analyse the consequences of the arrival of lava in the ocean during the 2018 Kilauea eruption. The Rainier is part of a fleet that surveys the bathymetry of coastal waters around the United States. The surveys are used to update nautical charts and various digital products in support of marine commerce and transportation, as well as navigation safety. The ship also measures various properties of the ocean water. The Rainier works primarily in Alaska, but the aftermath of the 2018 eruption brought it to Hawai‘i. The journey provided a special opportunity to re-survey the lava deltas formed during the Lower East Rift Zone eruption.

Because NOAA’s core mission is to maintain up-to-date nautical charts, the Puna coast became an important objective given the changes that occurred there in 2018. However, interest in the data goes beyond hydrography. Views of the submarine slopes help HVO volcanologists to better understand ongoing processes that affect the stability of the newly-formed lava delta in Kapoho Bay, along with other hazards along the new coastline.

An August 2018 survey by the Exploration Vessel Nautilus, operated by the Ocean Exploration Trust, provides a baseline to identify bathymetric changes over the past year.

The Rainier, like the Nautilus, surveys bathymetry using a multibeam echosounder (SONAR) mounted to its hull. This system transmits acoustic waves in a fan along the beam of the ship, perpendicular to the ship’s length. As these waves reflect off the ocean floor and back to the ship, a highly-sensitive receiver measures the time that has passed.

Collecting millions of distance measurements allows for the construction of a submarine Digital Elevation Model (DEM). By comparing the new DEM from the Rainier with last year’s DEM from the Nautilus, it will be possible for volcanologists to see which parts of the submarine lava delta are subsiding. Comparisons of recent satellite images with 2018 lava flow maps have suggested that some of the new coastline has already retreated by tens of metres, so similar changes might be expected below the waves.

Full processing and publication of the new dataset will take some time. However, while the Rainier was anchored offshore, HVO’s volcanologists came on board and could spot various submarine features along the 2018 deltas, including a possible lava channel, now inactive. Discussions with the ship’s crew identified several target areas for further bathymetric investigation.

Source : USGS.

L’arrivé de la lave fragilise le littoral hawaiien (Photo: C. Grandpey)