Le permafrost sibérien révèle ses secrets // The Siberian permafrost reveals its secrets

drapeau-francaisDans plusieurs articles diffusés sur ce blog, j’ai indiqué qu’en Russie les scientifiques mettent en garde contre la menace d’explosions de méthane, aussi soudaines que spectaculaires, susceptibles de créer de nouveaux cratères géants dans le nord de la Sibérie. Ils utilisent les satellites pour surveiller des monticules de glace et de terre connus sous le nom de pingo, car ils pensent qu’il existe un réel risque d’explosion. Il est particulièrement élevé dans la péninsule de Yamal, là où se trouvent les plus grandes réserves de gaz naturel du monde.
Cette mise en garde fait suite à une étude détaillée de l’un parmi des dizaines de nouveaux cratères repérés dans les régions reculées de la Sibérie au cours des 18 derniers mois. Le plus célèbre – connu sous le nom B-1 – se trouve à 29 km du champ gazier de Bovanenkovo.

Les scientifiques pensent que ces cratères se sont formés à la suite de la fonte du permafrost (ou pergélisol) et la libération des gaz dans le vide laissé derrière. Au fur et à mesure de l’augmentation de la température et de la quantité de gaz, le gaz naturel sous pression s’est échappé violemment à la surface.
Le cratère de Batgaika, baptisé par le peuple Yakutien «porte d’entrée du monde souterrain», fait partie de ces cratères d’effondrement qui apparaissent au cœur de la Sibérie au fur et à mesure que le permafrost se transforme en boue en libérant du méthane. Au cours de son effondrement, ce cratère révèle des étapes de l’histoire du changement climatique dans la région ; il met aussi au jour des carcasses d’animaux et des forêts pétrifiées.
Le cratère, de 800 mètres de large et de 80 mètres de profondeur, se développe à raison de 10 à 30 mètres par an, à mesure que fond la glace sur ses bords, et il s’approfondit régulièrement. Une étude publiée dans la revue scientifique Quarternary Research indique que, tout en libérant des gaz à effet de serre, les parois du cratère révèlent une foule de données climatiques historiques. Jusqu’à présent préservées par le pergélisol, ces couches font ainsi apparaître du pollen qui prouve que la région était autrefois couverte par une toundra très dense. Le cratère montre également deux rangées de souches d’arbres, signe que la zone était autrefois occupée par une forêt dense. Les chercheurs ont aussi découvert les restes de mammouths, de boeufs musqués, et même un cheval vieux de 4 400 ans.
Tous ces éléments illustrent les changements progressifs du climat sur des dizaines de milliers d’années. Les chercheurs espèrent qu’ils permettront de prévoir ce qui va se passer dans les prochaines décennies. Selon un professeur de l’Université du Sussex, la Sibérie semble avoir connu pour la dernière fois la formation de ces cratères d’effondrement il y a 10 000 ans, quand la Terre a émergé de la dernière glaciation. Un reste de forêt se trouve même au-dessus d’un paysage encore plus ancien qui avait été fortement érodé. C’est probablement lorsque le pergélisol a fondu au cours d’un épisode passé du réchauffement climatique.
Cependant, il y a une différence majeure entre aujourd’hui et le passé: Le niveau de gaz à effet de serre dans notre atmosphère est beaucoup plus élevé aujourd’hui qu’autrefois. Les derniers relevés de CO2 dans l’atmosphère (sur le Mauna Loa à Hawaii) se situent à 407 ppm (parties par million). À l’époque, ils n’atteignaient que 280 ppm.
Source: News.au.com.

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drapeau-anglaisIn several posts on this blog, I indicated that in Russia, scientists are warning of the threat of sudden and dramatic methane explosions creating new giant craters in northern Siberia. They are using satellites to monitor pingoes, mounds of earth-covered ice, which they fear can soon erupt.At special risk is the Yamal Peninsula, the location of the world’s largest natural gas reserves.
The warning followed detailed study of one of dozens of new craters spotted in remote regions of Siberia. The most famous – known as B-1 – is 29 km from Bovanenkovo gas field.  Scientists believe these craters formed as a result of ice beneath the surface melting and releasing gas into the void left behind. As temperatures have warmed and gas levels have increased, the natural gas erupted out of the ground with violent results.
The Batgaika crater, known to the local Yakutian people as the “doorway to the underworld,” is one of the largest of a growing number of pits collapsing across Siberia as the ice beneath the surface turns to slush and methane gas. During its collapse, this crater is revealing eons of climate change in the region, along with long-buried animal carcasses and petrified forests.

The 800-metre-wide, 80-metre-deep crater is growing at the rate of 10 to 30 metres a year as the ice around its edges gives way. Thus, it is getting gradually deeper.

A study in the science journal Quarternary Research says that, along with its ominous release of greenhouse gas, the stratified layers of the crater’s sides are releasing immense historical climate data. Preserved in the melting permafrost are layers of pollen revealing that the area was once covered by open tundra. But there are also two prominent bands of tree stumps, showing the land was once dense forest. Among it all are the remains of ancient mammoth, musk ox, and even a 4,400-year-old horse.

Put together, all these elements paint a picture of gradual changes in climate over the course of tens of thousands of years. Researchers hope it will help them predict what will happen in coming decades. According to a University of Sussex professor, the last time Siberia appears to have experienced the formation of pit craters was 10,000 years ago, when the Earth woke from the last ice age. One forest-bed remnant sits above an even older landscape that had been heavily eroded. This was probably when permafrost thawed in a past episode of climate warming.

However, there is a major difference between today and the past : Greenhouse gas levels in our atmosphere are much higher now than then. The latest CO2 figures are at 407 parts per million. Back then, it was 280 parts per million.

Source: News.au.com.

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Cratère de Batgaika (Crédit photo: Siberian Times)

Masaya (Nicaragua): Les risques du métier // Occupational hazards

drapeau-francaisL’information fait la une des journaux depuis plusieurs jours: un volcanologue argentin et son guide ont fiat une chute dans le cratère du Masaya au Nicaragua après la rupture de leur corde. Ils ont réussi à survivre après avoir été secourus par des pompiers.
Ils souffraient de déshydratation en raison de la température élevée à l’intérieur du cratère où on peut actuellement observer un lac de lave.
Les pompiers ont utilisé des cordes et des harnais pour descendre dans le cratère et secourir les deux hommes. Je ne pense pas qu’ils aient été imprudents. Il s’agit probablement d’un accident, les risques du métier, en quelque sorte.
Des accidents de ce type peuvent se produire sur n’importe quel volcan dont le cratère présente des parois abruptas. Se tenir sur le bord de la lèvre peut être très risqué car cette dernière est souvent fracturée et peut s’effondrer sous le poids d’une personne. C’est l’une des raisons pour lesquelles l’accès au cratère de l’Halema’uma’u est strictement interdit sur le Kilauea à Hawaii. Je me souviens que la Bocca Nova de l’Etna était un pit crater dans les années 1990. Le chef des guides – le regretté Antonio Nicoloso – m’avait dit d’avoir toujours une jambe en avant et être prêt à sauter en arrière en cas d’effondrement…

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drapeau-anglaisThe piece of news has hit the headlines for several days : An Argentinean  volcanologist and his guide fell into the crater of Masaya Volcano in Nicaragua after their rope broke . They managed to survive after being rescued by firemen.

They reportedly suffered from dehydration because of the high temperatures inside the crater where a lava lake can currently be observed. .

The firemen used ropes and harnesses to climb down and save them. I do not think the two men were careless. It was probably just an accident, an occupational hazard.

This sort of accident may happen on any volcano whose crater has abrupt walls. Getting on the rim can be very risky as it is often fissured and may collapse under the weight of a person. This is one of the reasons why access to Halema’uma’u Crater is strictly forbidden on Kilauea Volcano. I can remember that Mt Etna’s Bocca Nova was a pit crater in the 1990s. The leader of the guides – the late Antonio Nicoloso – had told me to always have a leg forward and be ready to jump backward in case of a collapse…

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La Bocca Nuova de l’Etna dans les années1990 (Photo: C. Grandpey)

 

La fonte de l’Antarctique (suite) // The melting of Antarctica (continued)

drapeau-francaisUn article paru dans le journal belge Le Soir nous apprend que des chercheurs de l’Université Libre de Bruxelles (ULB) ont découvert d’immenses lacs gelés sous la couche de glace de l’Antarctique. Ils minent la résistance de la calotte glaciaire qui pourrait s’effondrer et provoquer un immense tsunami. Les résultats des explorations ont été publiés dans le dernier numéro de Nature Climate Change.

Les scientifiques ont découvert un immense cratère sous la plateforme de glace Roi Baudouin, une immense étendue de glace au nord-est de l’Antarctique. En janvier 2016, ils se sont rendus physiquement dans le cratère et ont découvert qu’il s’agit d’un lac affaissé dont l’eau s’échappe vers l’océan par l’intermédiaire d’un « moulin », terme employé par les glaciologues pour désigner un puits de fonte dans la glace. L’eau d’un moulin ressort souvent à la base d’un glacier ou de la banquise, et finit parfois sa course dans la mer, comme c’est le cas au Groenland. Dans le cas d’un glacier, l’eau peut lubrifier sa base et accélérer son mouvement, voire son vêlage si le glacier arrive dans la mer.

La découverte de moulins en Antarctique a surpris les chercheurs car la plupart sont observés au Groenland. De plus, les chercheurs ont découvert de nombreux lacs cachés sous la surface de la glace, alimentés par des eaux de fonte. Certains mesurent plusieurs kilomètres. Sur des images vidéo prises sous l’eau, on voit clairement qu’une grande quantité d’eau de fonte est présente dans la région.

L’article s’accompagne d’une petite vidéo montrant les moulins de fonte :

http://mobile.lesoir.be/1390347/article/actualite/sciences-et-sante/2016-12-12/un-cratere-geant-menace-l-antarctique

Merci à S. Chermette (80 Jours Voyages) de m’avoir communiqué cette information.

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drapeau-anglaisAn article in the Belgian newspaper Le Soir tells us that researchers at the Université Libre de Bruxelles (ULB) have discovered huge frozen lakes under the ice of Antarctica. They undermine the resistance of the ice cap which could collapse and cause a huge tsunami. The results of the explorations were published in the latest issue of Nature Climate Change.
The scientists discovered a huge crater beneath the Roi Baudoin ice platform, an immense expanse of ice in northeastern Antarctica. They visited the crater in January 2016 and discovered that it was a collapsed lake whose water escaped to the ocean through a « moulin » or glacier mill, a French term used by glaciologists to designate the escape of melting water through the ice. Water from a moulin often exits the glacier at base level, sometimes into the sea. Water from moulins may help lubricate the base of the glacier, affecting glacial motion.

This discovery surprised the researchers because most of the mills are observed in Greenland. In addition, researchers have discovered many lakes hidden under the surface of the ice, fed by meltwater. Some measure several kilometers. On video images taken underwater, it is clear that a large amount of meltwater is present in the area.
The article is accompanied by a short video showing the mills:
http://mobile.lesoir.be/1390347/article/actualite/sciences-et-sante/2016-12-12/un-cratere-geant-menace-l-antarctique

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Exemple de moulin sur un glacier (Crédit photo: Wikipedia)

Popocatepetl (Mexique)

drapeau-francaisEn lisant les derniers articles et en regardant la dernière vidéo diffusée dans la presse en ligne, on pourrait penser que le Popocatepetl connaît un important regain d’activité.

http://www.nbcnews.com/video/watch-mexican-volcano-s-spectacular-eruption-658326083701

En fait, le volcan a connu dimanche une explosion plus forte que les autres, mais l’événement n’a rien d’exceptionnel. Dans son rapport quotidien du 3 avril, le CENAPRED indique que des événements longue période sont enregistrés sur le Popocatepetl, mais la plupart du temps, le volcan émet ses habituelles «exhalaisons» de vapeur et de gaz.
Un survol effectué le 2 avril a permis de constater que le dôme de lave qui avait été détruit en janvier dernier est maintenant devenu un cratère de 325 mètres de diamètre et d’environ 50 mètres de profondeur
http://www.cenapred.gob.mx/popo/2016/abr/v0402162.mp4

Le niveau d’alerte est maintenu à la couleur Jaune, Phase 2.

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drapeau-anglaisWhen reading the latest press articles and watching the latest video released on line one could think Popocatepetl has started a new eruptive episode.

http://www.nbcnews.com/video/watch-mexican-volcano-s-spectacular-eruption-658326083701

Actually, the volcano went through a fairly strong eruption last Sunday but the event is by no means exceptional. In its daily report of April 3rd, CENAPRED indicates that long period events are registered on Popocatepetl but, most of the time, the volcano  emits its usual “exhalations” of steam and gas.

An overflight performed on April 2nd allowed to observe that the lava dome that had been destroyed last January has now become an inner crater 325 metres in diameter and about 50 metres deep

http://www.cenapred.gob.mx/popo/2016/abr/v0402162.mp4

The alert level is kept at Yellow, Phase 2.

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Vue du cratère du Popocatepetl le 2 avril 2016.

Crédit photo: CENAPRED