Photos du Sinabung (Indonésie)

On parle peu du Sinabung ces jours-ci, mais le volcan reste bien actif, comme le montrent les derniers rapports publiés par la Smithsonian Institution. L’épisode éruptif actuel a commencé à la fin de l’année 2013, après une activité phréatique en 2010 qui a produit des panaches de cendre, des dômes et des coulées de lave, ainsi que des écoulements pyroclastiques qui ont entraîné l’évacuation et la réinstallation des populations vivant à proximité du volcan. Au plus fort de son activité, le Sinabung a été maintenu en niveau d’alerte 4 (AWAS), le plus élevé, à partir du 2 juin 2015.
Au cours des premières années de l’éruption, les coulées pyroclastiques ont construit un delta de lave en forme d’éventail sur le versant SE. Cette activité s’est poursuivie jusqu’en 2018 ; le dernier panache de cendre important a été signalé le 22 juin. Cependant, de petites émissions de cendre se sont poursuivies au moins jusqu’au 5 juillet 2018.
Le 6 avril 2018, une éruption a généré un panache de cendre qui a atteint environ 7,5 km au-dessus du sommet. L’éruption a également produit des écoulements pyroclastiques qui ont parcouru environ 3,5 km depuis le sommet le long du versant SE. L’éruption a entraîné la fermeture d’un aéroport et les retombées de cendre ont dévasté des centaines d’hectares de terres agricoles.
Deux autres panaches de cendre ont été signalés les 12 et 19 avril 2018, avec des altitudes d’environ 2,7 et 5,5 km. Une coulée pyroclastique a été observée lors de l’éruption du 12 avril. D’autres petites émissions de cendre et de gaz ont eu lieu au cours du mois. Deux panaches de cendre ont été observés les 19 et 20 mai 2018 ; ils sont montés respectivement jusqu’à 3,2 et 5 km au dessus du niveau de la mer. La dernière activité a eu lieu les 15 et 22 juin, avec des panaches de cendre qui ont atteint 3 km et 3,5 km d’altitude. Après le 22 juin, l’activité s’est limitée à de la sismicité et des panaches de cendre, de gaz et de vapeur à plusieurs centaines de mètres au-dessus du sommet.

Un an plus tard, le 9 juin 2019, une éruption du Sinabung a généré un épais panache de cendre qui s’est élevé à environ 7 km au-dessus du sommet et a produit des coulées pyroclastiques qui ont parcouru 3,5 km au sud-est et 3 km au sud. Des émissions continues de cendre étaient visibles le 10 juin, jusqu’à 500 mètres au-dessus du sommet. Le niveau d’alerte a été abaissé à 3 (sur une échelle de 1 à 4) le 20 mai 2019, avec une zone d’exclusion générale de 3 km et des extensions à 5 km sur le secteur SE et à 4 km du secteur NE.
Source: CVGHM, Global Volcanism Program

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Little is said about Sinabung these days, but the volcano is still active, as shown by the latest reports released by the Smithsonian Institution. The current eruptive episode started in late 2013, after some phreatic activity in 2010 that produced ash plumes, lava domes and flows, and pyroclastic flows that caused evacuation and relocation of nearby communities. Sinabung had been on alert level 4 (AWAS), the highest hazard status, since June 2nd, 2015.

During the first intense years of the eruption Sinabung built a pyroclastic flow and lava fan on the SE slope. This activity continued into 2018, with the last significant ash plume reported on June 22nd.  However, minor ash emissions continued at least until July 5th, 2018.

An eruption on April 6th, 2018 produced an ash plume that reached about 7.5 km above the summit. The eruption also produced pyroclastic flows that travelled about 3.5 km from the summit down the SE slope. The eruption resulted in the closure of a nearby airport and ashfall affected hundreds of hectares of agricultural land.

Two more notable ash plumes were reported on April 12th and 19th, to altitudes of about 2.7 and 5.5 km, respectively. A pyroclastic flow was reported during the April 12th eruption. Smaller ash and gas emissions occurred through the month.

Two ash plumes were recorded on May 19th and 20th, 2018, rising to about 3.2 and 5 km above sea level, respectively. The last activity occurred on June 15th and 22nd, when ash plumes reached 3 and 3.5 km a.s.l. Activity after June 22nd was limited to seismicity and ash, gas, and steam plumes to several hundred metres above the summit.

One year later, on June 9th, 2019, an eruption on Sinabung produced a dense dark ash plume that rose around 7 km above the summit, and generated pyroclastic flows that travelled 3.5 km SE and 3 km S. Continuous emissions were visible rising 500 metres above the summit on June 10th. The alert level was lowered at 3 (on a scale of 1-4) on May 20th, 2019, with a general exclusion zone of 3 km and extensions to 5 km on the SE sector and 4 km in the NE sector.

Source: CVGHM, Global Volcanism Program.

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Mon ami Thierry Sluys, propriétaire de l’excellent gîte LEU BLEU AZUR sur l’île de la Réunion se trouvait dans la région du Sinabung il y a quelques jours et il m’a fait parvenir une série de photos. En voici quelques unes qui montrent bien l’intensité des éruptions de ce volcan. Avec mes sincères remerciements.

 

(Photos: Thierry Sluys)

La grande vitesse des coulées pyroclastiques // The high speed of pyroclastic flows

Dans un article publié dans la revue Nature Geoscience, des chercheurs confirment les conclusions d’études précédentes à propos des coulées pyroclastiques. Ils expliquent qu’ils ont découvert que les matériaux à haute température émis par un volcan pendant une éruption génèrent une couche d’air entre le sol et une coulée pyroclastique, ce qui permet à cette dernière de se déplacer en atteignant des vitesses extrêmes et en détruisant tout sur son passage.

Les coulées pyroclastiques sont constituées d’un mélange de lave à très haute température, de pierre ponce, de cendre et de gaz volcaniques. Elles peuvent atteindre des températures de 1000 degrés Celsius et, dans des cas extrêmes, dévaler les pentes des volcans à plus de 600 kilomètres à l’heure. Elles sont responsables d’environ 50% de tous les décès provoqués par les éruptions volcaniques dans le monde. Des coulées pyroclastiques ont détruit Pompéi, Herculanum et Stabies lorsque le Vésuve est entré en éruption en l’an 79. Plus récemment, elles ont causé la mort de centaines de personnes sur les pentes du Fuego (Guatemala) en juin 2018.
Les coulées pyroclastiques se divisent en général en deux parties: 1) un flux de fragments de roches à très haute température qui se déplace à la surface du sol, et 2) un nuage de cendres à haute température qui s’élève au-dessus. Dans l’étude publiée dans Nature Geoscience, des chercheurs de l’Université Massey de Nouvelle-Zélande ont tenté de comprendre pourquoi la partie inférieure d’une coulée pyroclastique peut se déplacer aussi rapidement.
Pour ce faire, ils ont réalisé une expérience et déversé 6 tonnes de matériaux pyroclastiques à une température de 400 degrés Celsius dans une structure de leur propre fabrication située dans une chaufferie désaffectée. Les chercheurs ont enregistré l’écoulement des matériaux à l’aide de caméras haute vitesse, ce qui leur a permis ensuite d’analyser avec précision le comportement des matériaux au fur et à mesure de leur écoulement.

Les résultats de l’expérience montrent que les écoulements pyroclastiques génèrent leur propre lubrification sur une couche d’air. Une zone de matériaux volcaniques sous haute pression se forme vers la base de la coulée. L’air est repoussé vers le bas sous l’effet de la pression, ce qui crée comme un matelas d’air à la surface duquel les matériaux peuvent s’écouler rapidement.
Cette étude pourrait aider les autorités à mieux comprendre les dangers posés par les volcans et prévoir leur comportement. Les résultats pourraient avoir des applications dans d’autres domaines comme les avalanches et les glissements de terrain. Depuis longtemps, les volcanologues se demandent pourquoi les coulées pyroclastiques sont capables de se déplacer sur de longues distances. En effet, on a trouvé des dépôts de coulées à des centaines de kilomètres du volcan source ; d’autres ont franchi des obstacles topographiques  tels que des chaînes de montagnes ou des étendues d’eau. La dernière étude fournit également des informations mathématiques importantes qu’il faudrait intégrer à la modélisation des courants de densité pyroclastique (PDC). Ces courants se déplacent généralement une centaine de kilomètres à l’heure, mais on sait qu’ils ont atteint des vitesses allant jusqu’à 600 kilomètres à l’heure sur des terrains accidentés et jusqu’à de grandes distances du volcan source. La dernière étude tend à montrer que cette haute vitesse est obtenue par lubrification grâce à la couche d’air à la base des coulées pyroclastiques.
Source: Presse scientifique internationale.

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In a paper published in Nature Geoscience, researchers confirm the results of previous studies. They explain that they have discovered that the high temperature material spewed from a volcano during eruptions generates a layer of air between it and the ground, allowing a pyroclastic flow to surf along at extreme speeds, destroying everything in its path.

Pyroclastic flows are made up of a mix of hot lava, pumice, ash and volcanic gases. They can reach temperatures of up to 1,000 degrees Celsius and can, in extreme cases, move down the slopes of volcanoes at over 600 kilometres per hour. They are responsible for around 50 percent of all deaths from volcanic eruptions globally. Pyroclastic flows destroyed the ancient cities of Pompeii, Herculaneum and Stabies when Mount Vesuvius erupted in A.D. 79. More recently, they caused the deaths of hundreds of persons on the slopes of Fuego Volcano (Guatemala) in June 2018.

Pyroclastic flows are normally split into two parts : 1) a stream of hot rock fragments that move along the ground and 2) a hot cloud of ash that rises above. In the study published in Nature Geoscience, researchers from New Zealand’s Massey University tried to understand how the lower level of material is able to move so fast.

To do this, they carried out an experiment by releasing up to 6 tons of 400-degree Celsius pyroclastic material down a makeshift unit inside a disused boiler house. The researchers recorded the flow of the material with high-speed videos, allowing them to analyze exactly what was happening to it as it rolled down.

Results showed that the pyroclastic flows generate their own air lubrication. An area of high-pressure volcanic material forms toward the base of the flow. The air is forced downward as a result of the pressure, creating a near-frictionless layer along which the material can flow quickly.

This study could help authorities better understand the hazards posed by volcanoes, and how to plan for them. The results could have implications for other events, including avalanches and fast-flowing landslides. A long-standing puzzle for volcanologists has been the question of why pyroclastic flows are able to travel so far. Indeed, one can find flow deposits hundreds of kilometres from the source volcano, and others that have crossed significant topographic or other barriers, such as mountain ranges or open bodies of water. Thus, the research also provides important mathematical information that should be incorporated into the modelling of pyroclastic density currents (PDCs). PDCs typically travel around 100 kilometres per hour but are known to have reached speeds up to more than 600 kilometres per hour over rough terrain large distances from the volcano.The research suggests that this high mobility is through air lubrication at the base of the flows.

Source: International scientific press.

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Voici une vidéo montrant le déplacement des coulées pyroclastiques sur l’île de Montserrat, pendant l’éruption du volcan Soufriere Hills en 1995. J’ai toujours été impressionné par le glissement de l’écoulement pyroclastique à la surface de l’océan.

https://youtu.be/GeghNYm_03A

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Coulées pyroclastiques sur le Mayon aux Philippines (Crédit photo: Wikipedia)

Fuego (Guatemala): Intensification de l’éruption

L’éruption du Fuego se poursuit. Comme le montre l’évolution sismique ci-dessous, on observe une intensification des explosions qui génèrent des colonnes de cendre jusqu’à 5200 mètres d’altitude avant de s’étirer sur 20 à 30 km. Des avalanches de matériaux modérées à fortes sont observées dans les ravines Seca, Ceniza, Taniluyá, Las Lajas et Honda où elles atteignent parfois la végétation. Les projections de matériaux incandescents atteignent 800 mètres de hauteur et les explosions font vibrer les vitres des habitations sur les flancs ouest et sud-ouest. On observe des retombées de cendre dans plusieurs localités comme Panimache II, Santa Sofia, Sangre de Cristo, Palo Verde et Alotenango. Il y a également risque de retombées de cendre à Antigua. Une coulée de lave avance toujours sur une longueur de 2500 m dans la ravine Ceniza.

Au vu de l’intensification des coulées pyroclastiques, il est conseillé à la population de quitter les abords des ravines mentionnées ci-dessus. L’INSIVUMEH demande à la CONRED de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité de la population. Il est demandé aux compagnies aériennes d’éviter la région du volcan à cause des importantes émissions de cendre.

Source : INSIVUMEH.

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 The eruption of Fuego volcano continues. As shown by the seismic evolution below, there is an intensification of explosions that generate ash columns up to 5200 metres a.s.l. before drifting over 20 to 30 km. Moderate to strong avalanches of material are observed in the Seca, Ceniza, Taniluyá, Las Lajas and Honda drainages where they sometimes reach the vegetation. The ejections of incandescent material reach 800 metres in height and the explosions vibrate the windows of the houses on the west and south-west flanks. Ashfall can be observed in several communities such as Panimache II, Santa Sofia, Sangre de Cristo, Palo Verde and Alotenango. There is a risk of ashfall in Antigua. A lava flow is still moving forward over 2500 m in the Ceniza drainage.

Because of the intensification of pyroclastic flows, residents are advised to leave the areas close to the above-mentioned drainages. INSIVUMEH asks CONRED to take all necessary measures to ensure the safety of the population. Airlines are asked to avoid the volcano area because of high ash emissions.
Source: INSIVUMEH.

Activité sismique actuelle sur le Fuego (Source: INSIVUMEH)

Zones menacées par les lahars en cas de fortes pluies (Source: INSIVUMEH)

 

Eruption du Fuego (Guatemala) : Le bilan s’alourdit // The death toll is increasing

Les autorités guatémaltèques viennent d’augmenter de plus de 130 le nombre de personnes officiellement portées disparues lors de l’éruption meurtrière du Fuego le mois dernier.
La CONRED, l’agence nationale qui gère les catastrophes, a déclaré que le nouveau chiffre de 332, contre 197 précédemment, a été établi suite à la vérification des listes de personnes vivant dans des abris. On peut remarquer que ce nombre de 332 ressemble à celui des victimes de l’éruption du Merapi (Indonésie) en 2010.
La CONRED a confirmé le chiffre d’au moins 113 morts lors de l’éruption du 3 juin 2018, avec des coulées pyroclastiques qui ont recouvert de nombreux petits villages. 85 de ces corps ont été identifiés.
Antigua to the Rescue, un groupe indépendant, a déclaré lors d’une conférence de presse que le nombre de morts pourrait atteindre 2 900. Ce chiffre a été obtenu suite aux recherches effectuées par le groupe auprès de personnes vivant dans les centres d’hébergement, en particulier les habitants du village dévasté de San Miguel Los Lotes. Cependant, les responsables de la CONRED ont déclaré qu’ils s’en tiendraient à leur bilan officiel.
Plus de 3 600 personnes vivent dans des centres d’hébergement provisoires gérés par les autorités locales et des associations caritatives. Près de 200 localités autour de Fuego ont été déclarées inhabitables ou à haut risque en raison de la menace d’une nouvelle éruption.
Source: Médias d’information internationaux.

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Authorities in Guatemala have just raised by more than 130 the number of people officially missing from last month’s deadly eruption of Fuego Volcano.

Guatemala’s CONRED, the national disaster agency, said the new figure of 332, up from 197 previously, came following the review of lists of people living in shelters. One can notice that this number resembles the death toll following the eruption of Mt Merapi (Indonesia) in 2010.

CONRED has confirmed at least 113 deaths from the June 3rd eruption, which sent pyroclastic flows through small villages. 85 of those bodies have been identified.

Antigua to the Rescue, an independent group, said at a news conference that the death toll could be as high as 2,900. Its figure was compiled through its own investigations and interviews with people in shelters, especially the inhabitants of the devastated village of San Miguel Los Lotes. However, CONRED officials said they would stand by their official count.

More than 3,600 people remain in shelters run by local authorities and charities. Almost 200 communities surrounding Fuego have been declared uninhabitable or at high risk due to the threat of another eruption.

Source : International news media.

San Miguel los Lotes après l’éruption (Crédit photo: CONRED)