La vie sous la banquise antarctique // Life beneath the Antarctic ice shelf

Le 26 février 2021, un énorme iceberg baptisé A74, d’une superficie d’environ 1290 km2, s’est détaché de la plateforme glaciaire de Brunt en Antarctique. Quelques jours plus tard, le Polarstern, un navire scientifique géré par l’Institut Alfred Wegener, qui effectuait des recherches dans l’est de la mer de Weddell, a réussi à se frayer un passage dans la zone étroite entre l’A74 et la plateforme Brunt. Les scientifiques ont pu étudier les fonds marins qui venaient d’être libres de glace suite au vêlage de l’iceberg.

Les équipes scientifiques essaient fréquemment de sonder les eaux sous les plateformes glaciaires juste après un vêlage pour mieux comprendre la vie de ces écosystèmes uniques, mais la tâche n’est pas facile. Il faut être au bon endroit au bon moment, et très souvent la glace de mer empêche un navire de recherche de se positionner au-dessus de sa cible.

Le Polarstern utilise un système d’observation et de bathymétrie du plancher océanique (OFOBS). Il s’agit d’un ensemble d’instruments sophistiqués qui est remorqué en profondeur derrière le navire. En cinq heures, les instruments ont pu collecté près de 1 000 images haute résolution et de longues séquences vidéo.

La glace avait recouvert pendant de longues années la zone où se trouvait l’A74. Malgré cela, une vie riche et diversifiée a pu s’établir sur le fond marin. Sur les images, on peut voir de nombreux animaux sessiles agrippés à un grand nombre de petites pierres éparpillées sur le fond marin recouvert de sédiments. La majorité de ces êtres vivants sont des organismes filtreurs qui parviennent à vivre sur des matériaux fins transportés sous la glace au cours des dernières décennies. Une faune mobile comprenant des holothuries, des ophiures, divers mollusques, ainsi qu’au moins cinq espèces de poissons et deux espèces de poulpes a également été observée.

Selon les chercheurs, il n’est pas vraiment surprenant de trouver ce genre de communauté aussi profond sous la banquise, mais cela montre qu’il existe une bonne réserve de nourriture à une telle profondeur. Cette nourriture est produite par le plancton qui prolifère à la surface de la mer grâce à la lumière du soleil et qui est ensuite entraîné sous la banquise par les courants de la mer de Weddell. Ce sont ces mêmes courants qui déplaceront l’iceberg A74 vers l’ouest. Il fera le tour de la mer de Weddell puis se dirigera vers le nord avant d’aller mourir dans l’Océan Austral.

La partie orientale de la mer de Weddell est intéressante car elle n’a pas subi les effets du réchauffement climatique autant que le secteur ouest à proximité de la Péninsule Antarctique. Cette situation ne durera peut-être pas car des modèles informatiques montrent qu’il pourrait y avoir des incursions régulières d’eau chaude océanique en provenance du nord d’ici la fin du siècle.

Source: La BBC.

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On February 26th, 2021, a huge iceberg called A 74 with an area of about 1,290 sq km, broke away from the Brunt ice shelf in Antarctica. A few days later, the Polarstern, a scientific vessel run by the Alfred Wegener Institute, which was doing research in the eastern Weddell Sea, managed to visit the narrow area of seafloor between A74 and the Brunt Ice Shelf which had just been exposed by the calving iceberg.

Research groups frequently try to probe waters below freshly calved ice shelves, to better understand how these unique ecosystems operate, but success is not easy. You have to be in the right place in Antarctica at just the right time, and often the sea-ice conditions simply won’t let a research ship get into position above the target site.

The Polarstern employs an Ocean Floor Observation and Bathymetry System (OFOBS). This is a sophisticated instrument package that is towed behind the ship at depth.

Over five hours, the system collected almost 1,000 high-resolution images and long sequences of video.

Despite the years of continuous ice coverage, a developed and diverse seafloor community was observed. In the images, numerous sessile animals can be seen attached to various small stones scattered liberally across the soft seafloor. The majority of these are filter-feeding organisms, presumably subsisting on fine material transported under the ice over these last decades. Some mobile fauna, such as holothurians, ophiuroids, various molluscs, as well as at least five species of fish and two species of octopus were also observed.

According to the researchers, finding this kind of community this far under the ice shelf is not surprising but it is a good indication that there is a rich supply of food reaching very deep under the ice shelf. This food is produced by plankton in the sunlit sea surface nearby, then dragged under the ice shelf by the currents of the Weddell Sea. These same currents will eventually move the iceberg westward around the Weddell Sea and then northwards to its doom in the Southern Ocean. .

The Weddell Sea’s eastern side is interesting because it has not witnessed the warming effects that have been observed in its western sector, next to the Antarctic Peninsula. This situation may not last, however, with computer models suggesting there could be regular incursions of warm ocean water from the north by the century’s end.

Source: The BBC.

Image satellite de l’iceberg A74 et du chenal emprunté par le Polarstern que l’on aperçoit sur la vignette (Source : Copernicus / Sentinel 2)

La grande casse de l’Antarctique // The great breakup of Antarctica

Un iceberg de la taille des agglomérations de Paris ou Londres est en train de se détacher du continent antarctique, non loin d’une station de recherches du British Antarctic Survey (BAS) qui redoute depuis longtemps des événements de cette nature dans la région. L’iceberg géant présente une superficie de près de 1 270 kilomètres carré. Il s’est détaché du reste de la banquise le 26 février 2021. Un survol effectué le 16 février avait permis d’observer une immense crevasse au cœur de la plateforme glaciaire de Brunt.

https://youtu.be/QZ1URCgIxUM

Aucune vie humaine n’est menacée, puisque les 12 personnes qui travaillaient jusqu’ici dans la station Halley VI, située à moins de 20 kilomètres de la zone de rupture, ont été évacuées mi-février.

Cela faisait plusieurs années que le BAS s’attendait à voir un iceberg se détacher de la plateforme glaciaire de Brunt. Les réseaux GPS avaient montré des fragilités dans la zone. Les données, traitées par l’université de Cambridge, ont permis de donner l’alerte de l’événement le 26 février sans que personne ne soit sur place.

En 2017 déjà, le BAS avait décidé de réduire la présence dans cette station construite en 2012 et de la déplacer de quelques kilomètres sur des skis, craignant qu’elle ne se retrouve sur un iceberg à la dérive, à la suite de la fonte de la glace.

Source : BAS

Plusieurs scénarios sont désormais possibles pour les mois à venir. Il se peut que le nouvel iceberg s’éloigne. Il se peut aussi qu’il s’échoue et reste à proximité de sa ligne de rupture.

Ce détachement d’un iceberg d’une plateforme glaciaire appartient au processus de « vêlage » que l’on observe régulièrement là où des glaciers finissent leur course dans la mer.

La question qui va inévitablement se poser est de savoir si le réchauffement climatique est la cause première de l’événement. Comme je viens de l’écrire, les vêlages glaciaires sont monnaie courante en Antarctique mais ils s’accélèrent avec le réchauffement de la planète. En Antarctique, on a découvert que les plateformes glaciaires et les glaciers étaient rongés par en dessous car la température de l’Océan Austral est en hausse.

La fonte des six plus grands glaciers de l’Ouest Antarctique contribue déjà à la montée des océans. Ils contiennent suffisamment d’eau pour faire monter le niveau des océans de 1,20 mètre et ils fondent plus vite que ne le prévoyaient la plupart des scientifiques.

Le glacier Thwaites, le plus massif de l’Antarctique occidental, présente une largeur de 120 kilomètres. Une modélisation informatique a montré que la désintégration de ce glacier a déjà commencé. Il va probablement disparaître d’ici quelques siècles, faisant monter le niveau des océans de près de 60 centimètres. En janvier 2019, on a découvert sous le glacier une cavité géante représentant en taille les deux tiers de l’île de Manhattan ! Le problème, c’est que si l’un des 6 glaciers côtiers de l’Antarctique occidental disparaît, il est fort probable que les autres feront de même, étant donné que les systèmes glaciaires de l’Ouest Antarctique sont interconnectés.

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An iceberg the size of Paris or Greater London is brealing away from the Antarctic continent, not far from a research station of the British Antarctic Survey (BAS) which has long feared similar events in the region. The giant iceberg covers an area of ​​nearly 1,270 square kilometres. It broke away from the rest of the ice sheet on February 26th, 2021. An overflight on February 16th revealed a huge fissure in the heart of the Brunt Ice Shelf. https://youtu.be/QZ1URCgIxUM

No human life is threatened, since the 12 people who worked so far in the Halley VI station, located less than 20 kilometres from the rupture zone, were evacuated in mid-February. BAS had expected an iceberg to break off from the Brunt Ice Shelf for several years. The GPS networks had shown weaknesses in the area. The data, processed by the University of Cambridge, made it possible to raise the alert for the event on February 26th without anyone being on site.

Already in 2017, the BAS had decided to reduce the presence in this station built in 2012 and to move it a few kilometres on skis, fearing that it would end up on a drifting iceberg, following the melting of the ice.

Several scenarios are now possible for the coming months. The new iceberg may move away. It could also run aground and stay close to its breaking line. This detachment of an iceberg from an ice shelf is part of the “calving” process that is regularly observed where glaciers end their course in the sea.

The question that will inevitably arise is whether global warming is the root cause of the event. As I just wrote, glacial calving is frequent in Antarctica, but it is accelerating with global warming. In Antarctica, ice shelves and glaciers are eaten away from below as the temperature of the Southern Ocean rises. The melting of the six largest glaciers in West Antarctica is already contributing to the rise of the oceans. They contain enough water to cause ocean levels to rise four feet and they are melting faster than most scientists expected. The Thwaites Glacier, the most massive in West Antarctica, is 120 kilometers wide. Computer modeling has shown that the disintegration of this glacier has already started. It will probably disappear within a few centuries, raising the level of the oceans by almost two feet. In January 2019, a giant cavity was discovered under the glacier, representing two-thirds of Manhattan Island in size! The problem is, if one of West Antarctica’s 6 coastal glaciers disappears, it is very likely that the others will too, given that the ice systems of West Antarctica are interconnected.

Plateforme de Brunt avec les 2 lignes de rupture (Chasm 1 and 2) [Source : BAS]

Source : Wikipedia