2023 sera une autre année chaude // 2023 will be another hot year

D’après le Met Office, l’année 2023 sera l’une des plus chaudes jamais observées. La température moyenne à l’échelle de la planète devrait se situer entre 1,08°C et 1,32°C, avec une estimation centrale de 1,20°C au-dessus de la moyenne de la période préindustrielle (1850-1900). Il s’agirait alors de la dixième année consécutive avec des températures atteignant au moins 1°C au-dessus des niveaux préindustriels. L’estimation centrale de 1,20°C pour 2023 représenterait la 4ème anomalie la plus élevée des annales. L’année 2022, quant à elle, est en passe d’être la 5ème ou 6ème année la plus chaude sur la planète. On sait d’ores et déjà (voir la note du 7 décembre 2022) que ce sera l’année la plus chaude jamais enregistrée en France.

Le graphique ci-dessous montre l’évolution de la température globale de 1880 à 2022 (données provisoires pour 2022) par rapport à la période préindustrielle (moyenne 1850-1900) :

 

Sources : NOAA, NASA, ERA5, Berkeley Earth

Un phénomène doit être pris en compte dans les prévisions climatiques globales. La température mondiale au cours des trois dernières années a été influencée par l’effet de refroidissement généré par un long épisode La Niña dans le Pacifique oriental.

Pour l’année 2023, le modèle climatique du Met Office indique la fin des trois années consécutives avec La Niña et un retour à des conditions relativement plus chaudes dans certaines parties du Pacifique tropical. Il y aura une première transition entre l’épisode La Niña et une phase neutre, elle même suivie d’une épisode El Niño. Ce changement conduira très probablement à une hausse de la température mondiale.

Jusqu’à présent, 2016 et 2020 ont été les années les plus chaudes depuis le début des observations en 1850. 2016 a été une année El Niño où la température mondiale a été dopée par des eaux plus chaudes dans certaines parties du Pacifique tropical lors de l’hiver 2015-2016. 2020 a été stimulée par les conditions relativement chaudes du Pacifique en 2019, mais dans une bien moindre mesure que l’épisode majeur de 2016.

Sans épisode El Niño significatif, 2023 ne sera peut-être pas une année record. Malgré tout, avec l’augmentation en cours des émissions mondiales de gaz à effet de serre, il est probable que l’année prochaine sera une autre année remarquablement chaude. Certains modèles prévoient l’émergence de conditions El Niño dans la 2ème partie de l’année 2023 mais les effets devraient principalement se faire sentir fin 2023 et surtout en 2024.

Il faut noter que les prévisions du Met Office sont basées sur les principaux moteurs du climat mondial, mais elles n’incluent pas les événements imprévisibles tels que les grandes éruptions volcaniques qui provoqueraient un refroidissement temporaire.

D’après une analysée publiée par l’Organisation météorologique mondiale (OMM) début 2022, il est extrêmement probable que l’une des cinq prochaines années soit la plus chaude jamais enregistrée, battant le record de 2016, avec un dépassement de 1,5°C au-dessus des niveaux préindustriels.

Dans le cadre de l’Accord de Paris de 2015 (COP 21), les pays ont convenu de maintenir le réchauffement climatique bien en dessous de 2°C, et de préférence de le limiter à 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels. D’après l’OMM, c’est désormais du 50/50 pour qu’au moins une année dépasse 1,5°C au-dessus des niveaux préindustriels d’ici 2026. Une seule année de dépassement de 1,5°C ne signifie pas que la planète a dépassé officiellement le seuil emblématique de l’Accord de Paris. Elle révèle que nous nous rapprochons de plus en plus d’une situation où une température de 1,5°C pourrait être dépassé sur une période prolongée.

Source : Met Office, global-climat.

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According to the Met Office, 2023 will be one of the hottest years on record. The average global temperature is projected to be between 1.08°C and 1.32°C, with a central estimate of 1.20°C above the average for the pre-industrial period (1850-1900 ). It would then be the tenth consecutive year with temperatures reaching at least 1°C above pre-industrial levels. The central estimate of 1.20°C for 2023 would represent the 4th highest anomaly on record. 2022, meanwhile, is on track to be the 5th or 6th hottest year. We already know (see my post of December 7th, 2022) it will be the hottest year ever in France.
The graph above shows the evolution of global temperature from 1880 to 2022 (provisional data for 2022) compared to the pre-industrial period (average 1850-1900).
A phenomenon should be taken into account in global climate forecasts. Global temperature over the past three years has been influenced by the cooling effect generated by a long La Niña episode in the eastern Pacific.
For the year 2023, the Met Office climate model indicates the end of three consecutive years with La Niña and a return to relatively warmer conditions in parts of the tropical Pacific. There will be a first transition between the La Niña episode and a neutral phase, itself followed by an El Niño episode. This change will most likely lead to a rise in global temperatures.
So far, 2016 and 2020 have been the warmest years since observations began in 1850. 2016 was an El Niño year where global temperature was boosted by warmer waters in parts of the tropical Pacific during winter 2015-2016. 2020 was boosted by relatively warm Pacific conditions in 2019, but to a much lesser extent than the major episode of 2016.
Without a significant El Niño episode, 2023 may not be a record year. Even so, with the ongoing increase in global greenhouse gas emissions, next year is likely to be another remarkably hot year. Some models predict the emergence of El Niño conditions in the second half of 2023, but the effects should mainly be felt at the end of 2023 and especially in 2024.
It should be noted that the Met Office forecasts are based on the main drivers of global climate, but they do not include unpredictable events such as large volcanic eruptions which would cause temporary cooling.
According to an analysis published by the World Meteorological Organization (WMO) in early 2022, it is extremely likely that one of the next five years will be the hottest on record, breaking the record of 2016, with an overshoot of 1.5 °C above pre-industrial levels.
Under the 2015 Paris Agreement (COP 21), countries agreed to keep global warming well below 2°C, and preferably limit it to 1.5°C above pre-industrial levels. According to WMO, it is now 50/50 for at least one year to exceed 1.5°C above pre-industrial levels by 2026. Only one year exceeding 1.5°C does not mean that the planet has officially crossed the emblematic threshold of the Paris Agreement. It reveals that we are getting closer and closer to a situation where a temperature of 1.5°C could be exceeded for an extended period.
Source: Met Office, global-climat.

Les glaciers n’ont pas fini de fondre….

Redoux de fin d’année : sale coup pour les stations de ski

Après un coup de froid – loin d’être sibérien – début décembre, le redoux a envahi notre pays, y compris les zones de montagnes. On a déjà assisté à un tel phénomène ces derniers années. C’est, bien sûr, une conséquence du réchauffement et la tendance va s’accélérer dans les prochaines années avec le retour d’El Niño dans le Pacifique oriental.

Une conséquence de ce redoux, c’est que la neige va commencer à faire défaut dans les stations de ski de basse et moyenne altitude. La pluie risque fort de lessiver celle tombée ces dernières semaines.

Il suffit de regarder les titres de la presse pour se rendre compte de l’angoisse qui a envahi nos montagnes. « Avec le redoux, les stations de ski craignent de ne pas avoir assez de neige », ou encore « Grand redoux en altitude : une situation compliquée pour les stations de montagne ».

Lors de mes séjours dans les Alpes ces dernières années, j’ai été surpris par le déni du réchauffement climatique par les habitants qui paraissent surpris quand je leur explique que le ski a vécu ses belles heures et qu’il va falloir s’adapter à des conditions nouvelles. J’écris souvent sur ce blog que, faute de diversification de leurs activités hivernales, beaucoup de stations courent à la catastrophe.

Plus au sud, les Pyrénées qui ne possèdent guère de stations de ski de très haute altitude sont encore plus impactées par la hausse des températures. Trois stations pyrénéennes – Luchon-Superbagnères et Mourtis en Haute-Garonne, Guzet-Neige en Ariège – viennent d’annoncer le report de leur début de saison. Les températures étant trop élevées, les enneigeurs ne peuvent pas fonctionner.

Le plus gênent avec la hausse des températures, c’est que la neige va fondre et les zones d’accumulation des glaciers ne vont pas se régénérer. Ils vont donc continuer à reculer et s’amincir au cours du prochain été. C’est très inquiétant. Une disparition des glaciers serait catastrophique car ce sont des châteaux d’eau pour les régions qui les entourent, que ce soit dans les Alpes en Europe ou sur la chaîne himalayenne en Asie.

La station du Mont Dore (Puy de Dôme) en ce matin du 23 décembre 2022. Il pleut. Température de 10°C.

Glacier d’Aletsch dans les Alpes (Photo: C. Grandpey)

2022 : l’année la plus chaude en France ! // 2022: the hottest year in France!

L’année 2022 n’est pas terminée, mais on sait d’ores et déjà que ce sera la plus chaude jamais enregistrée en France depuis le début des relevés en 1900, Selon les différentes hypothèses pour le mois de décembre, la température annuelle pour l’ensemble de l’année sera comprise entre 14,2°C si le mois de décembre est froid, et 14,6°C s’il est chaud. Cette moyenne annuelle sera donc largement supérieure au précédent record établi en 2020, avec 14,07°C. Selon Météo France, l’année 2022 est le « symptôme du changement climatique en France. »

Cette température globale élevée est largement due aux trois vagues de chaleur de cet été, soit un record de 33 jours, et deux épisodes hors saison, en mai et fin octobre. Selon Météo France, ces épisodes estivaux auraient été « hautement improbables et nettement moins intenses sans l’effet du changement climatique ». Au final, tous les mois de l’année ont été plus chauds que la normale, à l’exception des mois de janvier et d’avril. On peut rappeler aussi que le niveau de normalité des températures saisonnières a été relevé le 28 juin 2022. Sur la période 1991-2020, la nouvelle normale de température moyenne annuelle en France est de près de 12,97°C, en hausse d’un peu plus de 0,4°C par rapport à 1981-2010 (12,55°C).

Ces chaleurs hors normes se sont accompagnées de nombreux événements extrêmes, comme des feux de forêt, notamment en Gironde, des canicules océaniques en Méditerranée ou encore de violents orages de grêle. Météo France prévient que « très chaude dans le climat actuel, l’année 2022 deviendra ‘normale’ au milieu du 21ème siècle. »

Source: Météo France.

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2022 is not over yet, but we already know that it will be the hottest ever recorded in France since records began in 1900. According to the various hypotheses for the month of December, the annual temperature for the whole year will be between 14.2°C if the month of December is cold, and 14.6°C if it is warm. This annual average will therefore be much higher than the previous record set in 2020, with 14.07°C. According to Météo France, the year 2022 is the « symptom of global warming in France. »
This high global temperature is largely due to three heat waves this summer, a record 33 days, and two off-season episodes, in May and late October. According to Météo France, these summer episodes would have been « highly improbable and much less intense without the effect of climate change ». In the end, all months of the year were warmer than normal, with the exception of January and April. We can also recall that the level of normality for seasonal temperatures was raised on June 28th, 2022. Over the period 1991-2020, the new average annual temperature normal in France is nearly 12.97°C, an increase of just over 0.4°C compared to 1981-2010 (12.55°C).
These extraordinary heatwaves were accompanied by numerous extreme events, such as forest fires, particularly in Gironde, ocean heat waves in the Mediterranean or violent hailstorms. Météo France warns that « very hot in the current climate, the year 2022 will become ‘normal’ in the middle of the 21st century. »
Source: Meteo France.

Image satellite des incendies de forêt en Gironde au cours de l’été 2022 (Source: NASA)

Bilan très inquiétant du glacier Blanc (Parc National des Ecrins) pour l’année 2022

Comme je l’ai indiqué précédemment, les précipitations neigeuses ont été insuffisantes au cours de l’hiver 2021-2022 et la zone d’accumulation des glaciers alpins n’a donc pas pu se régénérer. Si l’on ajoute les canicules à répétition qui ont ponctué l’été 2022, on comprend pourquoi la situation glaciaire dans les Alpes est catastrophique.

Ainsi, dans le massif des Ecrins, l’année 2022 constitue un triple record pour le glacier Blanc depuis 23 ans. 1) On enregistre le plus faible enneigement hivernal; 2) la plus forte fonte estivale la plus rapide et3) le bilan annuel le plus déficitaire. Au final, la situation est encore pire qu’en 2003, ce qui n’est pas peu dire.

Les relevés réalisés entre début juin et début août 2022 par les équipes du Parc national des Ecrins et l’Institut national de la recherche agronomique (INRAE) ont révélé sur le glacier Blanc une fonte moyenne de glace de 8 cm/jour à 2 900 m d’altitude, soit presque 5 mètres d’épaisseur en 2 mois! Sur l’ensemble de la saison estivale, la fonte est presque 2 fois plus importante que la moyenne calculée sur la période d’observation 2000-2022.

Cette fonte très spectaculaire de la glace est due, comme indiqué précédemment, à la perte très rapide de la couverture de neige de l’hiver, dès le début du mois de juin. Cela a décuplé l’effet des températures élevées, atteintes elles aussi précocement, dès le début du printemps.

Le bilan annuel pour le glacier Blanc, établi le 20 septembre 2022 s’avère particulièrement déficitaire. Le glacier a perdu 4 fois plus de masse que la moyenne des 23 dernières années d’observation. 17 millions de mètres cubes de glace qui ont été déstockés et ont alimenté la Durance. C’est l’équivalent de 60 cm de niveau d’eau dans le lac de Serre-Ponçon. Le glacier Blanc a ainsi perdu en une seule année environ 3 à 4% de son épaisseur moyenne (entre 100 et 130 mètres). Au train où vont les choses, il est quasiment certain qu’il disparaîtra en une trentaine d’années…

A côté de cette perte d’épaisseur considérable, et à la faveur d’une topographie favorable dans la zone du front, le glacier Blanc n’a reculé que de 30 mètres entre 2021 et 2022.

Le constat glaciaire à l’issue de l’été 2022 est le même partout dans les Alpes. J’ai écrit une note à propos de la Suisse où les glaciers ont perdu en moyenne 5 à 6% d’épaisseur cette année.

Source: Parc National des Ecrins.

En escaladant le sentier qui conduit au glacier Blanc depuis le Pré de Madame Carle, on aperçoit à main gauche le glacier Noir qui est en grande partie recouvert par une épaisse couche de débris provenant des effondrements de son encaissant. Seul le front du glacier est visible. Cette couverture de matériaux est une chance pour le glacier qui fond moins vite grâce à cette protection. De plus, il est mis à labri des rayons du soleil par les montagnes environnantes, alors que le glacier Blanc est beaucoup plus exposé.

Evolution du bilan de masse du glacier Blanc

Fonte du glacier Blanc au fil des ans  (Source: Parc National des Ecrins)

Glacier Blanc

Glacier Noir (Photos: C Grandpey)