Voyeurisme glaciaire // Glacial voyeurism

Jusqu’à présent, l’Alaska avait été épargnée par le tourisme de masse. Malheureusement, le bruit fait par les médias sur la fonte des glaciers et des calottes glaciaires, ainsi que les craintes des conséquences pour la planète, ont provoqué un afflux de touristes en Alaska. On assiste à une forme de voyeurisme, comme cela se produit chaque fois qu’une catastrophe est en train de se produire ou vient de se produire.
Comme je l’ai déjà écrit à plusieurs reprises, la hausse des températures au cours des dernières années a contribué au recul rapide des glaciers d’Alaska, les rendant plus difficiles d’accès.
Les agences de voyage de la région signalent une forte augmentation de la demande d’activités liées aux glaciers, tandis que les navires de croisière ont connu une saison record en 2018, avec un nombre de clients en hausse de 33% par rapport à 2010. Le propriétaire d’une entreprise d’hélicoptères affirme que le nombre de ses clients a été multiplié par dix au cours des dernières années.
Le problème est que beaucoup de glaciers ont fondu si rapidement qu’ils ne sont plus accessibles. Plusieurs agences de tourisme ont dû abandonner les excursions sur plusieurs d’entre eux depuis 2003 car ils n’étaient plus assez épais. Par exemple, les excursions sur le glacier Spencer ont dû s’adapter au déclin du glacier et l’accès se fait maintenant uniquement par hélicoptère et uniquement pour des randonnées guidées. De nombreux clients ont annulé leurs voyages qui étaient devenus trop coûteux.
Avec la fonte des glaces, atteindre un glacier à pied va devenir de plus en plus difficile. Il faut maintenant marcher plus longtemps pour accéder à son front. Ce qui était autrefois une promenade de 2 ou 3 kilomètres est devenu une randonnée de 4 ou 5 kilomètres sur un terrain difficile et la plupart des touristes ne sont pas des montagnards. De plus, les marches d’approche sont encore plus difficiles par mauvais temps et il y a un risque de rencontre avec des ours en cours de route. J’ai personnellement abandonné cette stratégie. .
La nouvelle situation glaciaire crée des problèmes de sécurité. Plusieurs touristes ont été blessés par l’effondrement de la glace au cours des dernières années. En une seule journée en 2017, deux personnes ont été tuées sur deux glaciers distincts dans la partie méridionale de l’Alaska.
Selon l’Alaska Travel Industry Association, le nombre de visiteurs en Alaska était en hausse de 27% en 2018 par rapport à 2008. On attendait plus de deux millions de visiteurs extérieurs en Alaska durant la haute saison 2019.
La meilleure façon d’observer les glaciers de l’Alaska ces jours-ci est depuis le ciel ou la mer.  Je ne suis pas sûr que le boom glaciaire dure très longtemps en Alaska. Il y avait en grand nombre de touristes pendant l’été 2019, mais beaucoup d’entre eux ont eu leurs vacances gâchées par la fumée en provenance des feux de forêt, en particulier dans la Péninsule de Kenai. Le prix des voyages en avion ou en hélicoptère fera également réfléchir de nombreux touristes.

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Up to now, Alaska had been spared by mass tourism. Unfortunately, all the noise made by the media about glacier and ice sheet melting, as well as  fears of the consequences on the planet are now fuelling a tourism boom in Alaska. Visitors are flocking to the region in a form of voyeurism, like this happens each time a disaster is taking place or has just occurred.

As I put it several times before, rising temperatures in recent years have contributed to the rapid decline of Alaskan glaciers, making them harder for travellers to access.

Tour companies in the region are reporting a huge increase in demand for glacier-related activities, while cruise ships experienced a record season in 2018, with the number of customers up 33% compared to 2010. The owner of a helicopter company says he has seen the number of customers increase ten fold in the last few years.

The problem is that many glaciers have melted so fast that they can no longer be accessed. Several tourist agencies had to abandon several glaciers since 2003 because they had become too thin to walk on. For instance, the tours on the Spencer glacier have had to adapt to the glacier’s decline and are now limited to helicopter-only access for guided hikes. Many customers cancelled their trips which had become too expensive.

With the melting of the ice, reaching a glacier on foot is going to become harder and harder. There is now more land in the way to access the glacier, so what used to be a 2- or 3-kilometre hike has become a 4- or 5 kilometre walk on difficult terrain, and most tourists are not mountaineers. This is creating safety problems. Several injuries to tourists from collapsing ice have been reported in recent years. Indeed on a single day in 2017, two people were killed at separate glaciers in south-central Alaska.

According to the Alaska Travel Industry Association, the number of visitors to Alaska was 27% higher in 2018 than a decade ago. More than two million out-of-state visitors were expected to travel to Alaska during the 2019 peak season.

The best ways to observe Alaskan glaciers these days is from the air and from the sea. Getting to the ice on foot has become quite difficult with very long hikes that become all the more difficult in poor weather conditions. Besides, there is the risk of an encounter with bears on the way. I have personally abandoned this kind of approach.

I am not sure the glacier boom will last a long time in Alaska. There were crowds of visitors in the summer 2019 but many of them had their holidays spoiled by the smoke from wildfires, especially in the Kenai Peninsula. The price of the plane or helicopter trips will also dissuade many tourists.

Photos: C. Grandpey

Mauna Loa (Hawaii) : Les bombes ont-elles stoppé la coulée de 1935 ? // Did bombs stop the 1935 lava flow ?

La situation a été particulièrement tendue ces derniers jours sur la Grande Ile d’Hawaii, à l’intersection entre la Saddle Road – entre le Mauna Loa et le Mauna Kea – et la route qui conduit au sommet du Mauna Kea. De nombreux manifestants se sont rassemblés pour montrer leur désaccord avec la construction du Thirty Meter Telescope (TMT) qui est prévue, selon eux, sur une terre sacrée. Les médias ont publié les photos de centaines de personnes rassemblées sur une coulée de lave noire qui se poursuit de l’autre côté de la route.
L’éruption qui a provoqué cette coulée de lave noire a débuté le 21 novembre 1935 au niveau du cratère sommital du Mauna Loa. La lave a rapidement progressé dans la partie supérieure de la zone de rift nord-est du volcan. Elle s’est ensuite dirigée vers l’ouest, bien à l’écart de Hilo, la plus grande ville de l’île.
Le 27 novembre, une autre bouche s’est ouverte plus bas sur le flanc nord du Mauna Loa. Une nouvelle coulée de lave est apparue et s’est rapidement dirigée vers le nord. Au bout de 10 jours, la coulée a cessé de progresser et la lave – tout en restant active – s’est accumulée derrière le Pu’uhuluhulu, à la base du Mauna Kea. Elle est connue sous le nom de ‘coulée d’Humu’ula’.
Cette coulée de lave a inquiété les habitants de Hilo car, après s’être accumulée derrière le Pu’uhuluhulu, elle a soudainement recommencé à avancer en direction de la ville à raison d’environ 2 à 3 kilomètres par jour pendant près d’une semaine fin décembre 1935.
Thomas Jaggar, qui était à l’époque directeur de l’Observatoire des Volcans d’Hawaï (HVO), a mis en garde les habitants de l’île sur les risques de destruction par les coulées de lave. Lorsqu’il est apparu que la coulée d’Humu’ula se dirigeait vers Hilo, il a décidé de détourner la lave en bombardant la coulée et a demandé à des  avions de l’armée basés à Oahu d’effectuer cette mission.

L’opération de bombardement a été lancée à partir de l’aéroport de Hilo le 27 décembre 1935. Après que les avions militaires aient largué des bombes près de la bouche éruptive, la coulée a semblé ralentir. Quelques jours plus tard, Jaggar a déclaré que l’opération était un succès et la plupart des habitants de Hilo, soulagés par ses paroles, ont pu reprendre leurs activités habituelles.
Toutefois, tout le monde n’était pas d’accord avec l’initiative de Thomas Jaggar. Le 28 décembre 1935, on pouvait lire en première page du Hilo Tribune Herald «Pele en colère! Les vieux Hawaiiens ont peur des bombardements. » L’article cite les témoignages de plusieurs Hawaiiens. « Il ne faut pas déranger Pele », a déclaré l’un d’eux. «Ce bombardement est une folie. Il fera plus de mal que de bien. Si Pele a décidé de venir à Hilo, ce n’est pas à l’homme de la dissuader par des méthodes artificielles. On ne l’arrêtera pas de cette façon.» Un habitant de Puna a exprimé la même préoccupation:« Pourquoi ne laissent-ils pas Pele tranquille? Ils ne devraient pas entraver la coulée. Si Pele a décidé de se rendre à Hilo, il n’y a rien qu’ils puissent faire pour l’arrêter. »
Au bout du compte, Thomas Jaggar a été le seul à affirmer que le bombardement avait été un succès. Edward G. Wingate, surintendant du parc national d’Hawaï, s’est montré très sceptique quant à l’utilisation d’avions et il avait organisé le transport des explosifs jusqu’à la bouche éruptive par voie terrestre. Les géologues de l’époque n’étaient pas convaincus et, plus récemment, des études sur la coulée de 1935 ont montré que son ralentissement était une simple coïncidence avec le bombardement et n’avait pas été vraiment provoqué par ce dernier. Cette histoire me rappelle ce qui s’est passé sur l’Etna lors de l’éruption de 1991-1993, lorsque des blocs de béton ont été largués dans des tunnels pour arrêter la lave. Tout le monde n’était pas d’accord avec cette initiative. La fin de l’éruption semble davantage liée à la diminution du débit de lave qu’au largage des blocs de béton dans les tunnels.
Source: USGS / HVO.

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On Hawaii Big Island, the situation has been tense in the past days at the intersection between the Saddle Road between Mauna Loa and Mauna Kea and the road that leads to the summit of Mauna Kea. Lots of protesters have gathered to show their disagreement about the building of the Thirty Meter Telescope (TMT) on what they call sacred land. Many hundreds of people can be seen standing on a black lava flow that continues on the other side of the highway.

The eruption that produced the lava flow started at the summit crater of Mauna Loa on November 21st, 1935, and quickly progressed into the volcano’s upper Northeast Rift Zone. From there, lava advanced to the west, away from Hilo, the largest city on the island.

On November 27th, another vent opened lower on the north flank of Mauna Loa, from which an additional lava flow quickly advanced to the north. Within 10 days, the flow had stalled at the base of Mauna Kea but remained active. This lava was known as the Humu’ula flow.

The lava flow worried residents of Hilo for a time because, after ponding behind Pu’uhuluhulu, it suddenly broke out toward the city at alarming rates of about 2 to 3 kilometres per day for nearly a week in late December.

Thomas Jaggar, who was director of the Hawaiian Volcano Observatory (HVO) at the time, warned island residents about the potential destruction by future lava flows. When it appeared that the 1935 Humu’ula flow was headed toward Hilo, he decided to divert the lava by bombing the flow and requested Army airplanes from Oahu to do the job.

The bombing operation was launched from Hilo airport on December 27th, 1935. After the military planes dropped bombs near the eruptive vent, the flow appeared to slow. A few days later, Jaggar declared success, and most Hilo residents, relieved by his words, went back to their normal tasks.

But not everyone was happy. On December 28th, an article on the front page of the Hilo Tribune Herald was titled, “Pele Angry! Old Natives express fear of bombing.” The article went on to quote several Hawaiians. “Pele should not be disturbed,” one Hawaiian said in the article. “This bombing is a folly. It will do more harm than good. If Pele makes up her mind to come to Hilo it is not for man to dissuade her by artificial methods. She cannot be stopped that way.” A Puna resident voiced the same concern: “Why don’t they leave Pele alone? They shouldn’t interfere with the flow. If Pele decides to flow to Hilo, there’s nothing that they can do to stop her.”

In the end, Thomas Jaggar was the only one to affirm that the bombing was a success. Jaggar’s boss, Edward G. Wingate, superintendent of Hawaii National Park had been skeptical of the use of airplanes and arranged transport of the explosives to the vent by land. Contemporary geologists were unconvinced, and, in more recent times, studies of the 1935 flow show that its slowing was probably coincident with, rather than caused by, the bombing. This reminds me of what happened at Mt Etna durng the 1991-1993 eruption when blocks of concrete were dropped in lava tubes to stop the lava. The end of the eruption seems med related to the decrease of the lava output than to the dropping of the concrete blocks in the tunnels.

Source: USGS / HVO.

Vue panoramique de la coulée  de Humu`ula (lave noire) de part et d’autre de la Saddle Road entre le Mauna Loa et le Mauna Kea. Au centre de la photo, tout à fait au fond, on aperçoit le sommet du Hualālai (Crédit photo : Jim Kauahikaua / HVO)

Vue aérienne de l’explosion d’une bombe sur la coulée de 1935 du Mauna Loa; (Photo prise le 27 décembre 1935 par l’armée américaine).

Largage de blocs de béton pendant l’ « Opération Thrombose » sur l’Etna en 1993. (Photos : C. Grandpey)

Les canicules ont fait fondre les glaciers suisses // The heatwaves have melted the Swiss glaciers

En juin et juillet 2019, de fortes vagues de chaleur ont affecté une grande partie de l’Europe. Cette chaleur extrême s’est ensuite déplacée vers le nord, où elle s’est attaquée à la calotte glaciaire du Groenland. Il n’y a pas qu’en Arctique que le changement climatique a provoqué des dégâts. En Europe, les glaciers alpins ont également souffert, que ce soit en France, en Italie, en Autriche ou en Suisse.

Les glaciers suisses en particulier ont enregistré des taux de fonte exceptionnellement élevés au cours des dernières vagues de chaleur de la fin juin et de la fin juillet. Le bilan de la fonte est bien résumé dans le rapport du réseau suisse de surveillance des glaciers (GLAMOS). Selon ce réseau, les glaciers du pays ont perdu environ 800 millions de tonnes de glace au cours de ces deux dernières canicules, ce qui est exceptionnel pour une période de 14 jours. L’estimation préliminaire repose sur une analyse précoce des mesures effectuées sur certains sites, combinée à un modèle qui les met à l’échelle pour estimer les pertes de glace totales dans l’ensemble. Une analyse plus détaillée suivra à la fin de l’été pour estimer les pertes cumulatives de la saison et les comparer aux étés précédents. Malgré tout,  les données actuelles montrent que les pertes de cette année ont été extrêmement rapides. Pourtant, les chutes de neige sur les Alpes ont été abondantes et même supérieures à la moyenne au cours du dernier hiver. Les glaciers ont donc commencé l’été avec une épaisse couche de neige. Les scientifiques espéraient qu’ils termineraient la saison sur une meilleure note que ces dernières années, mais avec la première vague de chaleur, la neige a commencé à fondre rapidement. La deuxième vague a vraiment porté l’estocade. Les glaciologues indiquent qu’avec les deux vagues de chaleur, les courbes ont très rapidement décliné et nous sommes maintenant à la moyenne des dix dernières années, voire un peu en dessous.

Dans les Alpes européennes, d’autres régions ont également été touchées par les vagues de chaleur cet été. À environ 80 kilomètres au nord du Mont-Blanc, un grand étang d’eau liquide s’est formé à très haute altitude. La photo a été largement partagée par les médias du monde entier. Dix jours plus tôt, avant la première canicule, la même zone était complètement gelée.

Tous les glaciologues s’accordent pour dire que tous les glaciers alpins se retirent depuis au moins le milieu du 19ème siècle, mais le recul s’est accéléré au cours des dernières décennies. Les changements les plus impressionnants ont été observés sur les plus grands glaciers suisses, comme l’Aletsch, le plus grand glacier des Alpes, qui a reculé de près de 3 km depuis 1870.

Le modèle mis en place par le GLAMOS ne se limite pas aux glaciers suisses. Les scientifiques ont observé des reculs glaciaires à travers l’Europe, notamment en France, en Autriche et en Italie. Une étude récente publiée début 2019 dans la revue The Cryosphere estime qu’en 2100, environ un tiers du volume total des glaciers des Alpes européennes pourrait être perdu, même si les pays parviennent à atteindre les objectifs climatiques de l’Accord de Paris. Dans un scénario où les émissions de gaz à effet de serre se maintiendraient à leurs niveaux actuels, plus de 90% de la glace pourrait disparaître. Comme je l’ai indiqué à plusieurs reprises, d’autres études ont également fait des projections très négatives pour les glaciers dans d’autres parties du monde, comme l’Hindu Kush et l’Himalaya.

Source : Science.

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In June and July 2019, very severe heat waves affected much of Europe. This extreme heat then moved north, where it attacked the Greenland icecap. It was not only in the Arctic that climate change caused a lot of damage. In Europe, alpine glaciers have also suffered, whether in France, Italy, Austria or Switzerland.
Swiss glaciers in particular have experienced unusually high melt rates during the last heat waves in late June and late July. This melting is well summarized in the report of the Swiss Glacier Monitoring Network (GLAMOS). According to this network, the country’s glaciers have lost about 800 million tons of ice during the last two heat waves, which is exceptional for a period of 14 days.The preliminary estimate is based on an early analysis of on-site measurements at certain sites, combined with a model that scales up the measurements to estimate total ice losses throughout the country. A more detailed analysis will follow at the end of the summer, which will estimate the season’s cumulative losses and compare them to previous summers. Nevertheless, current data show that this year’s losses have been extremely rapid. However, snowfall on the Alps was plentiful and even above average over the last winter. The glaciers began the summer with a thick layer of snow. Scientists hoped they would end the season on a better note than in recent years, but with the first heat wave, the snow began to melt quickly. The second wave really brought the thrust. Glaciologists say that with both heat waves, the curves have declined very rapidly and we are now at the average of the last ten years, or even a little below.
In the European Alps, other regions have also been affected by heat waves this summer. About 80 kilometers north of Mont Blanc, a large pond of liquid water has formed at very high altitude. The photo has been widely shared by the media around the world. Ten days earlier, before the first heat wave, the same area was completely frozen.
All glaciologists agree that all alpine glaciers have been retreating since at least the mid-19th century, but the decline has accelerated in recent decades. The most impressive changes have been observed on the largest Swiss glaciers, such as Aletsch, the largest glacier in the Alps, which has decreased by almost 3 km since 1870.
The model put in place by GLAMOS is not limited to Swiss glaciers. Scientists have observed glacial retreats across Europe, particularly in France, Austria and Italy. A recent study published in early 2019 in The Cryosphere estimates that by 2100, about one-third of the total volume of glaciers in the European Alps could be lost, even if countries manage to achieve the climate goals of the Paris Agreement. In a scenario in which greenhouse gas emissions remain at current levels, more than 90% of the ice could disappear. As I have put it many times, other studies have also made very negative projections for glaciers in other parts of the world, such as Hindu Kush and Himalayas.
Source: Science.

Lac de fonte glaciaire au pied de la Dent du Géant (Crédit photo: Bryan Mestre)

Vue du glacier Aletsch; on remarquera les traces laissées par la perte de glace sur le flanc de la montagne (Photo: C. Grandpey)

Le glacier du Rhône subit, lui aussi, les assauts des vagues de chaleur (Photo: C. Grandpey)

Les volcans sous-marins au large de la Sicile

Les fonds marins qui entourent la péninsule italienne recèlent encore de nombreuses surprises. On vient d’en avoir la preuve avec la découverte de six volcans sous-marins à quelques kilomètres de la côte sud-ouest de la Sicile, entre Mazara del Vallo et Sciacca. La découverte a été réalisée par l’Institut national d’océanographie et de géophysique expérimentale (Ogs), au cours de deux campagnes menées à bord du navire de recherche Ogs Explora. L’étude, publiée dans la revue Marine Geology, a confirmé les hypothèses précédentes sur la présence de trois volcans et en a identifié trois nouveaux, dont l’un à seulement sept kilomètres de la côte.
Grâce aux cartes haute résolution des fonds marins et aux levés sismiques et magnétiques, les chercheurs ont pu reconstituer en détail la morphologie des fonds marins en incluant les six volcans qui sont tous situés à moins de 22 kilomètres des côtes siciliennes; l’un d’eux, en particulier, n’est qu’à sept kilomètres de Capo Granitola. Il s’agit du volcan Actea qui présente une morphologie complexe et montre une grande coulée de lave qui s’étire sur plus de 4 kilomètres.
Ces volcans sont situés à environ 14 kilomètres au nord de ceux déjà connus de Banco Graham. Il y a, entre autres, la célèbre île Ferdinandea, apparue en 1831 lors d’une éruption sous-marine et qui, après s’être élevée jusqu’à 65 mètres au-dessus de la surface de l’eau, s’est enfoncée dans la mer.

Source : La Sicilia.

Personnellement, j’aime beaucoup l’histoire de Ferdinandea. En Sicile, en mai 1831, la terre commença à trembler dans la région de Sciacca, déclenchant un vent de panique parmi la population et de légers dégâts. L’activité sismique alla en augmentant pendant les jours suivants. Le 28 juin 1831, le capitaine de deux vaisseaux, le Rapid et le Britannia, entendit des grondements en provenance des fonds marins, au large de Sciacca. Le phénomène s’amplifia à partir du 2 juillet et des pêcheurs affirmèrent avoir observé un brassage des eaux de mer dans cette zone. Le 4 juillet 1831, on découvrit de nombreux poissons morts et une odeur de soufre envahit une surface d’environ 400 mètres de diamètre où l’eau de mer avait perdu sa pureté. Le 8 juillet, le capitaine du brigantin Gustavo fut le premier à noter la présence d’une colonne d’eau d’une hauteur de 25 mètres, et d’un vigoureux panache de fumée qui sortaient de l’eau. Le capitaine comprit qu’il s’agissait de la naissance d’un nouveau volcan et il alerta les autorités de Palerme. Les jours suivants, on continua à observer une intense activité phréato-magmatique et l’éruption passa de sous-marine à subaérienne

La naissance de la nouvelle île provoqua un grand intérêt politique et scientifique. Ainsi, le 13 juillet 1831 la corvette Etna appareilla de Palerme. Ne pouvant s’approcher de l’île à cause de l’eau bouillonnante, le capitaine voulut à tout prix marquer son passage et s’emparer physiquement de ce lopin de terre au nom de Ferdinand II. Pour cela, il envoya une chaloupe avec un marin qui, au plus près de la berge, y lança une rame. Le roi Ferdinand signa un acte en bonne et due forme, annexant l’île le 17 août 1831. D’où son nom, « Ferdinandea ».

De leur côté, les Anglais, qui contrôlaient la Méditerranée avec une puissante flotte et s’étaient établis à Malte, envoyèrent deux navires, le Hind et le Philomel. Ils affirmèrent avoir planté l’Union Jack sur ce bout de rocher, et tiré, depuis le Hind les vingt et un coups de canon marquant officiellement, par tradition, la prise de possession d’une nouvelle parcelle de l’Empire britannique. Ils lui donnèrent le nom de « Graham Bank », en l’honneur de Sir James Robert Graham, premier Lord de l’amirauté.

Une expédition scientifique française, commandée par le géologue Constant Prévost accompagné du peintre Joinville, débarqua le 28 septembre 1831 et planta le drapeau tricolore au sommet du petit mont qu’avaient formé les couches de lave. Les deux hommes ne restèrent que deux heures sur l’île mais ramenèrent des échantillons de roche, conservés aujourd’hui par les muséums d’histoire naturelle de Paris et de Strasbourg. Constant Prévost  donna à l’île le nom de «Julia», sous prétexte qu’elle avait émergé au mois de juillet.

Fredrich Hoffman, enseignant en géologie à l’Université de Berlin, qui se trouvait par hasard en Sicile, fut le premier à rédiger un rapport scientifique sur l’activité volcanique au large de Sciacca.

A la fin du mois de juillet, une nouvelle petite île s’était donc formée grâce à l’accumulation des matériaux projetés par le volcan. Peu élevée, ce moignon de terre aux nombreux noms, rapidement revendiqué et disputé par différents pays, mit finalement tout le monde d’accord le 17 décembre 1831 en disparaissant de la surface de la mer.

Aujourd’hui, l’île Graham ou Ferdinandea ou Julia apparaît sur les cartes car elle représente un danger potentiel pour la navigation. En effet, son sommet se trouve seulement à sept mètres sous la surface.

Pour couronner le tout, un chasseur américain la bombarda en 1987, la prenant pour un sous-marin libyen… !

Gravure montrant la naissance de Ferdinandea en 1831 (Source: Wikipedia)