Eruption du Kilauea (Hawaii) : Aide aux tortues en détresse // Hawaii: Help turtles in distress

Les tortues vertes (Chelonia mydas), aussi appelées tortues franches, font partie du patrimoine hawaiien. Il est fréquent d’en apercevoir en train de nager ou de se reposer le long des côtes de l’archipel. Expérience unique, il m’est arrivé de parcourir quelques dizaines de mètres en compagnie de l’une d’elles, le bras posé sur sa carapace, un jour sur la côte occidentale de la Grande Ile.

Aujourd’hui, les tortues vertes sont menacées par la lave qui se déverse dans l’océan. Les gardes-côtes effectuent des vols à basse altitude pour essayer de repérer les tortues qui se seraient fait piéger par la lave près de Kapoho Bay et de Pohoiki. La tâche est extrêmement difficile car le long du littoral l’eau est très agitée, trouble et salie par l’arrivée de la lave. Même si des animaux étaient repérés, il serait très dangereux de les récupérer et de les évacuer sans les blesser. De plus, ces tortues ont un instinct territorial très développé et, une fois éloignées de la zone dangereuse, rien ne dit qu’elles n’y reviendront pas rapidement. Celles qui ont pu fuir à temps sont hors de danger mais plusieurs témoignages font état de tortues qui ont péri dans des « tide pools », ces bassins littoraux dont le remplissage fluctue avec les marées.

Un numéro vert est mis à la disposition des personnes qui verraient des tortues en détresse.

Il n’y a pas que les tortues qui connaissent des difficultés sur la Grande Ile. Le taux de remplissage des hôtels est en baisse, alors qu’il est stable, voire en hausse, sur les autres îles. De plus, une compagnie d’autocars pour touristes a mis la clé sous la porte à cause d’une clientèle insuffisante. Décidément, l’éruption fait beaucoup de dégâts.

Source : Presse hawaienne.

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Green turtles (Chelonia mydas)are part of the Hawaiian heritage. It is common to see them swimming or resting along the coasts of the archipelago. A unique experience, I happened to swim a few tens of metres with one of them, my arm resting on its shell, one day on the west coast of the Big Island.
Today, green turtles are threatened by lava flowing into the ocean. Coastguards are flying low to try to spot turtles that have been trapped by lava near Kapoho Bay and Pohoiki. The task is extremely difficult because along the coastline the water is murky because of the lava entering the ocean. Even if animals were spotted, it would be very dangerous to recover them and evacuate them without hurting them. In addition, these turtles have a very developed territorial instinct and, once removed from the danger zone, nothing says they will not come back soon. Those that have been able to escape are out of danger but several witnesses have reported turtles that died in « tide pools », these coastal basins whose filling fluctuates with the tides.
A toll-free number is available to people who would see turtles in distress.

It’s not just the turtles that are struggling in Hawaii. The RevPAR – revenue per available room- in Big Island hotels is down, while it is stable, even growing, on the other islands. In addition, a tourist coach company has been shut down due to insufficient customer base. The eruption is really causing a lot of damage.
Source: Hawaiian Press.

Photos: C. Grandpey

Kilauea (Hawaii): Nouvelles de l’éruption // News of the eruption

L’éruption continue et la Fracture n°8 envoie la lave en abondance dans un chenal qui la conduit vers l’océan. On observe des débordements qui, pour le moment, se limitent au champ de lave déjà établi.

Comme je l’ai indiqué précédemment, selon les passagers d’un survol avec la compagnie Paradise Helicopters, la lave aurait atteint le parking de Pohoiki et se trouve à une cinquantaine de mètres de la rampe de mise à l’eau. L’information – qui demande confirmation – n’est pas vraiment une surprise car le HVO indiquait qu ‘«une nouvelle coulée avait émergé de la branche sud et progressait le long de la bordure sud-ouest en se dirigeant lentement vers l’océan». Les scientifiques de l’Observatoire mesurent régulièrement la tempéraure au niveau des fractures dans les Leilani Estates. Le thermomètre indique 100 à 145°C, ce qui correspond aux mesures effectuées précédemment.

La sismicité continue d’être intense au sommet, avec des effondrements dans le cratère de l’Halema’uma’u. Ces derniers ont mis à jour South Sulphur Bank, une zone qui était bien visible au milieu du 19ème siècle mais qui a été recouverte par la lave par la suite

Les autorités sont inquiètes car de nouvelles fractures sont apparues sur la Highway 11 dans la zone sommitale du Kilauea. Des équipes contrôlent en permanence ces fractures entre les bornes 28.5 (entrée du parc des Volcans) et 31.7 (après le camping de Namakanipaio).

Au dernier décompte, 712 maisons ont été détruites ; 133 personnes vivent dans le centre d’hébergement de Pahoa et 35 dans celui de Keaau.

Source : HVO.

NB: Dans son dernier rapport, le HVO indique que la lave se trouve à 175 mètres de la rampe d’accès de Pohoiki.

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The eruption continues and Fracture 8 keeps sending lava profusely in a channel that goes to the ocean. Overflows are observed but, for the moment, they are limited to the existing lava field.
As I put it before, according to the passengers of a Paradise helicopers flight, lava has now reached the Pohoiki car park and is about fifty metres from the boat ramp. The piece of news – which needs to be confirmed – is not really a surprise, as HVO reported that « a new lobe had emerged from the southern branch and was moving along the southwestern edge as it slowly moved towards the ocean. » HVO scientists regularly measure the temperatures at the fissures in Leilani Estates. The thermometer indicates 100 to 145°C, which corresponds to the previous measurements.
Seismicity continues to be intense at the summit of Kilauea, with collapses in Halema’uma’u Crater. They have exposed South Sulfur Bank, an area that was prominently visible in the mid-19th century but was subsequently covered by lava
The authorities are worried because new fissures have appeared on Highway 11 in Kilauea’s summit area. Crews constantly monitor these fissures between mile markers 28.5 (entrance to the National Park) and 31.7 (after the Namakanipaio campsite).
At last count, 712 houses were destroyed; 133 people live in the shelter of Pahoa and 35 in that of Keaau.
Source: HVO.

NB: In its latest update, HVO indicates that active lava is 175 metres from the Pohoiki boat ramp.

Site de Sulphur Banks, dévoilé par les effondrements de l’Halema’uma’u

(Crédit photo : USGS / HVO)

Voici deux images fournies par les webcams grand angle postées sur le bâtiment du HVO au sommet du Kilauea. Les effondrements de la partie ouest (où l’on aperçoit les Sulphur Banks de la photo ci-dessus) sont impressionnants. La partie orientale de la caldeira montre de vastes fractures provoquées par l’affaissement du cratère de l’Halema’uma’u. Ces fractures sont inquiétantes car elle font redouter un effondrement majeur de la zone sommitale.

Hawaii: Pohoiki vit ses dernières heures // Hawaii: Pohoiki is living its last hours

Lors d’un survol avec la compagnie Paradise Helicopters, des observateurs ont déclaré que la lave avait atteint le parking de Pohoiki et se trouvait à une cinquantaine de mètres de la rampe de mise à l’eau. La visibilité n’était pas bonne car le panache généré par l’entrée de la lave dans l’océan près d’Ahalanui cachait en partie la coulée qui menace Pohoiki. On pouvait toutefois voir que la lave brûlait une zone boisée en amont du front d’écoulement.
De nouvelles observations seront faites dans les prochaines heures.
L’information n’est pas vraiment une surprise. Dans sa dernière mise à jour, le HVO a indiqué qu ‘«une nouvelles coulée avait émergé de la branche sud et progressait le long de la bordure sud-ouest en se dirigeant lentement vers l’océan».

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During an overflight with Paradise Helicopters, obervers declared that lava had reached the parking lot at Pohoiki and about 50 metres from the boat ramp. Visibilty was not good as the plume from the ocean entry near Ahalanui obscured the flow looming over Pohoiki to the northeast. One could see that active lava burning a forested area above the flow front.

More observations will be made in the next hours.

The piece of news does not really come as a surprise. In its latest update, HVO indicated that “a new lobe has started from the southern lobe and is active along its southwestern margin slowly heading toward the ocean.”

Crédit photo: USGS

 

L’éruption du Kilauea influe-t-elle sur la météo ? // Does the Kilauea eruption influence weather patterns ?

On sait depuis longtemps que les éruptions volcaniques peuvent avoir une influence sur le climat de la planète. Par exemple, 1816, mieux connue sous le nom de «Année sans été», a connu une modification des modèles climatiques dans l’hémisphère nord suite à l’éruption majeure du Tambora (Indonésie) un an plus tôt.
Cependant, on connaît moins les changements subis par les conditions météorologiques dans des secteurs bien définis suite à une augmentation de l’activité volcanique à proximité. Depuis le 3 mai 2018, l’éruption du Kilauea a déversé d’énormes volumes de lave dans le district de Puna. Dans le même temps, on a remarqué que des trombes d’eau se sont abattues sur la Grande Ile d’Hawaii autour de la zone d’activité éruptive. Depuis le début du mois de juillet, pas moins de trois séquences de très fortes précipitations ont été enregistrées dans cette région.
Les précipitations estimées par radar et confirmées par les données sur deux sites de relevés météorologiques proches, tendent à confirmer que des pluies torrentielles ont effectivement eu lieu. Ces deux sites ont reçu des hauteurs de précipitations considérables puisqu’elles ont atteint entre 62 et 75 centimètres au cours des 10 premiers jours du mois de juillet. À deux reprises au moins, les services météorologiques ont diffusé des bulletins d’alerte mettant en garde contre des précipitations abondantes en se référant aux fortes pluies qui stationnaient sur ou près de la bouche éruptive.
En 2010, des dendrochronologues de l’Université de Columbia ont montré, grâce à l’étude des cernes des troncs d’arbres, que de grandes éruptions du passé ont modifié les régimes de précipitations à travers l’Asie. Ces chercheurs ont indiqué que la météo avait été très sèche en Asie centrale pendant l’activité volcanique tandis que davantage de précipitations étaient observées dans le sud-est au cours de la même période.
Les climatologues pensent que nous avons trop tendance à considérer la terre ferme et l’atmosphère comme deux entités différentes alors que tout ce qui existe sur notre planète est interconnecté. De nombreux éléments susceptibles d’ensemencer les nuages ​​et de créer les conditions d’une pluie abondante sont présents. Ce sont la chaleur, la vapeur d’eau et éventuellement du verre volcanique et des particules de cendre. A Hawaii, ces ingrédients sont présents car la lave contient de la vapeur d’eau et des gaz dissous comme le dioxyde de soufre et le dioxyde de carbone qui peuvent être produits par une bouche volcanique.
On ne sait pas si l’activité volcanique au niveau d’une bouche éruptive peut augmenter les précipitations dans la région. Cependant, on sait que les sources de chaleur non météorologiques telles que les feux de forêt et les éruptions volcaniques peuvent favoriser la formation de nuages ​​cumuliformes connus sous le nom de pyrocumulus ou pyrocumulonimbus.
Cependant, tous les scientifiques ne sont pas d’accord avec l’approche selon laquelle les éruptions volcaniques favoriseraient la formation de nuages et donc de précipitations abondantes. Certains affirment que la géographie locale d’Hawaï joue un rôle prépondérant, même si la contribution des gaz volcaniques à l’augmentation des précipitations ne saurait être négligée. Afin de déterminer s’il existe une corrélation directe entre l’activité éruptive et l’augmentation des précipitations, il faudrait évaluer les régimes de précipitations régionaux et les sources d’eau locales.
Il convient de noter que le côté nord du Kilauea est recouvert d’une forêt tropicale tandis que le côté sud est désertique avec des précipitations très localisées.
Dans une étude publiée dans le Journal of Geophysical Research en 2013, des chercheurs de l’Université de Columbia ont indiqué que de grandes éruptions volcaniques peuvent aussi entraîner une réduction des précipitations dans de nombreuses régions, tandis que d’autres secteurs restent plus humides. D’autres chercheurs sont arrivés à des conclusions similaires, avec une tendance globalement plus sèche suite à l’activité volcanique.
Source: National Weather Service.

Le site Accuweather nous rappelle que certaines régions de l’est d’Hawaï sont réputées pour les fortes pluies et reçoivent généralement entre 3 000 et 7 000 mm de précipitations par an (voir la carte ci-dessous).

Il est bon de rappeler la différence entre les mots ‘climat’  et ‘météo’. On parle de climat lorsque sont considérés une série d’événements météorologiques sur une longue période. Il n’y a pas de durée précise, mais les climatologues évoquent souvent une période d’au moins 30 ans qui leur permet d’établir une moyenne significative. La dernière période de référence est la période 1981-2010. De son côté, la météorologie correspond à l’observation des conditions météo en un lieu donné et à un instant précis. Elle se définit par quelques valeurs instantanées et locales de température, de précipitations, de pression, d’ensoleillement, etc.

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It has long been known that volcanic eruptions can alter global climate patterns. For instance, 1816, better known as the « Year Without a Summer, » confirmed this situation when global climate patterns were altered in the Northern Hemisphere following the explosive eruption of Indonesian volcano Mount Tambora one year earlier.

However, less has been documented on the impacts of localized weather patterns following an increase in nearby activity. Since May 3rd, 2018, the eruption of Kilauea Volcano poured huge volumes of lava in the Puna district. Meantime, torrential downpours also struck Hawaii Big Island around the area of activity. Since the start of July, no fewer than three separate instances of very heavy rainfall have happened over this area of southeastern Hawaii.

Radar estimated rainfall, backed by actual rainfall data from two nearby weather observers, strongly tend to confirm that, indeed, torrential rainstorms have taken place. These two sites have received rainfall of at least 62-75 centimetres within the first 10 days of the month. On at least two occasions, the local National Weather Service issued statements warning of high rainfall rates, owing to stationary heavy rain returns centered over or near the eruptive vent.

In 2010, dendrochronologists at Columbia University showed that large eruptions in the past altered rainfall patterns throughout Asia through their analysis of tree rings. The team’s research indicated much drier weather in central Asia during volcanic activity, while more rain tended to fall in southeastern Asia during the same period.

Climatologists say that we might think of the study of the solid earth and the atmosphere as two different things, but really everything in the system is interconnected and many of the ingredients for seeding clouds and creating the conditions for heavy rain are present during volcanic venting. The ingredients needed include heat, additional water vapour and potentially volcanic glass or ash particles. The lava contains water vapour and dissolved gases like sulfur dioxide and carbon dioxide as prime examples of being released by the volcanic vent in Hawaii.

It remains unknown whether volcanic venting may be increasing rainfall in the region. However, non-meteorological heat sources, such as forest fires, can create clouds. Towering cumuliform clouds triggered by a non-meteorological heat source, such as wildfires and volcanic eruptions, are known as pyrocumulus or pyrocumulonimbus.

Howevern alla scientists do not agree with this approach. Some say that Hawaii’s local geography plays the primary role, even if the possibility that volcanic gases could contribute to the ingredients needed to create storm systems should not be left aside. In order to determine if there is any direct correlation between the volcanic venting and increased precipitation, regional rainfall patterns and local water sources would need to be assessed.

It should be noted that the north side of Kilauea is a rain forest while the south side is desert, stating that rainfall in the area is very localized.

In a study published in the Journal of Geophysical Research in 2013, researchers indicated that large volcanic eruptions can actually lead to reduced rainfall in a wide range of areas, while some trended wetter. Columbia University researchers came to similar conclusions, seeing an overall drier trend in most areas following volcanic activity.

Source : National Weather Service.

The website Accuweather reminds us that parts of eastern Hawaii are famous for heavy rain and usually receive between 3,000-7,000 mm of precipitations per year (see map below).

It is useful to remember the difference between the words ‘climate’ and ‘weather’. We talk about ‘climate’ when we consider a series of meteorological events over a long period. There is no precise duration, but climatologists often mention a period of at least 30 years that allows them to establish a significant average. The last reference period is 1981-2010.
For its part, ‘meteorology’ is the observation of weather conditions in a given place and at a specific time. It is defined by some instantaneous and local values of temperature, precipitation, pressure, sunshine, etc.

Bilan hydrologique de la Grande Ile (Source : Accuweather)

Les volumineux panaches de vapeur d’eau et de gaz volcaniques provoquent-ils un excès de précipitations dans la région de l’éruption? (Crédit photo : USGS / HVO)