Ötzi, l’homme des glaces

Le 3 mars 2023, la chaîne ARTE diffusait le film Ötzi, l’homme des glaces. Il est disponible en replay du 3 au 9 mars 2023.

Il y a 5 300 ans, Kelab, chef de tribu, vit paisiblement au bord d’un ruisseau des Hautes-Alpes avec les siens. Un jour, de retour de la chasse, il retrouve le village incendié et découvre que son clan a été décimé. Seul son bébé a survécu. Prêt à tout pour retrouver les coupables de ce massacre, il entame avec son enfant un périple à travers les montagnes glacées.

Le film est censé raconter l’histoire d’Ötzi, un homme qui a vécu il y a environ 5300 ans et dont le corps a été retrouvé intact en 1991 dans les Alpes de l’Ötztal, à cheval sur l’Autriche et l’Italie.
Le film tente d’établir les circonstances de la mort de cet homme. Dans quelles conditions cet homme vivait-il ? Pourquoi voyageait-il ? Comment a-t-il été tué ?

D’un point de vue scientifique, le corps momifié naturellement d’Ötzi a été découvert fortuitement le 19 septembre 1991 à 3 210 mètres d’altitude, dans le val de Senales en Italie, tout près de la frontière de l’Autriche. La momie se trouvait dans le glacier du Hauslabjoch, dans les Alpes de l’Ötztal, d’où le surnom d’Ötzi. Le corps était enseveli sous une couche de glace et son existence a été révélée par la fonte importante du glacier cet été-là. Il date du Néolithique final (vers 3200 av. J.-C.).

La momie congelée est celle d’un homme d’environ 45 ans, mesurant 1,59 à 1,65 mètre et pesant autour de 50 kilogrammes. Il présente les traits d’un chasseur‐cueilleur.

L’autopsie a montré qu’il n’était pas mort de faim, ni d’un accident ou d’une chute. En juillet 2001, des scientifiques italiens ont trouvé une blessure dans l’épaule près du poumon gauche d’Ötzi, infligée par une pointe de flèche. Le projectile aurait touché une artère proche de l’épaule et provoqué une hémorragie fatale.

Ötzi au musée archéologique de Bolzano (Source: le musée)

 

 

Pyrénées : un bien triste constat

Un visiteur régulier de mon blog qui habite dans le sud-ouest de la France, m’informe régulièrement sur la situation glaciaire dans les Pyrénées et se désole en constatant le recul rapide des quelques glaciers qui ont réussi à survivre sur la chaîne. Voici dans son intégralité le texte d’un message qu’il vient de me faire parvenir :

« Hier mardi (21 février 2023), nous avons fait une journée de détente en montant à Cauterets et au pont d’Espagne.
Premier constat : température douce, et surtout le gave de Cauterets fait grise mine. Pas beaucoup d’eau malgré la fonte due à la douceur. Promenade à pied dans 20 cm de neige dans le Marcadau.
Deuxième constat fait avec un accompagnateur local en haute montagne : l’été dernier 2022 a été catastrophique avec sécheresse et température trop élevée ; l’isotherme 0° a pratiquement toujours été supérieur à 4000…… Les glacier des Oulettes et d’Ossoue ont reculé sans précédent dans la mémoire de ce monsieur. Et ce ne sont pas les chutes de neige de cet hiver qui vont les recharger.
Pour lui, avant 2030 il n’y aura plus de glacier. Il vit là haut et voit la dégradation année après année.

Consolation (si je puis dire), nous (vous et moi) aurons vu des merveilles. Hélas, nos générations futures n’auront pas cette joie. »

Pendant que cette personne randonnait dans les Pyrénées, je tenais le même discours à Périgieux (Dordogne) devant plus de 300 personnes au cours de ma conférence « Glaciers en péril, les effets du réchauffement climatique ». A mon modeste niveau, j’essaye de porter un message d’alerte….

 

Crédit photo : Mathieu LFG (15 août 2021)

 

La chaîne pyrénéenne vue depuis le Pic du Midi de Bigorre: les glaciers manquent cruellement à l’appel (Photo: C. Grandpey)

Confirmation du manque d’eau en Europe

Un article paru sur le site de la chaîne de radio France Info confirme ce que l’on savait depuis plusieurs années : L’Europe manque durablement de pluie, avec une accentuation depuis l’été 2018. Cet état des lieux n’est guère surprenant si l’on prend en compte la sécheresse de l’été 2022 qui a touché 75% du continent européen.

Ce déficit des eaux souterraines est confirmé depuis l’espace, grâce aux observations effectuées par deux satellites situés à 490 km de notre planète. Ces satellites sont capables une fois par mois, d’évaluer les changements de masse d’eau à la surface de la terre. Ils procèdent tout d’abord à une évaluation globale de l’eau contenue dans les mers, les lacs ou les eaux souterraines. Ensuite, de savants calculs évaluent les changements de masse d’eau dans les rivières, dans les océans, l’évolution de la masse de neige ou de glace, avant d’effectuer une soustraction pour évaluer la masse d’eau souterraine.

La dernière carte établie par des chercheurs autrichiens de l’université de Graz montre un déficit persistant des eaux souterraines dans toute l’Europe depuis quatre ans, à l’exception de la Grande-Bretagne, et en France, de la façade atlantique et des Pyrénées.

Ce déficit en eau a deux causes majeures. La principale est la hausse des températures et la rareté des précipitations durant plusieurs étés, à cause du réchauffement climatique. Toutefois, au-delà du manque de pluie, cet état des nappes souterraines témoigne aussi de prélèvements trop importants par rapport à leur capacité de recharge.
En France métropolitaine, les eaux souterraines représentent près des deux tiers de la consommation d’eau potable, plus du tiers de celle du monde agricole, en sachant quelles sont aussi exploitées par le secteur industriel.

La situation est d’autant plus préoccupante que le réchauffement climatique et le manque de précipitations va sans aucun doute se poursuivre. Les climatologues annoncent le retour prochain d’El Niño dans l’océan Pacifique oriental, ce qui n’arrangera pas la situation. Selon le bureau géologique national, en janvier 2023 les trois-quarts des nappes d’eaux souterraines se situaient en dessous des normales mensuelles dans notre pays.

Source : France Info.

Il faudrait ajouter que la situation des glaciers – eux aussi source d’eau potable pour les population – n’est pas brillante, elle non plus. Les chutes de neige ont été très tardives sur les Alpes et les Pyrénées. Cela signifie que la durée de l’enneigement hivernal sera brève et que les glaciers n’auront guère le temps de nourrir leur zone d’accumulation. Il faut espérer qu’une vague de chaleur printanière ne viendra pas accélérer la fonte du manteau neigeux.

Dans le même temps, en dépit des dernières précipitations, la Californie continue de manquer d’eau et s’inquiète des prochains mois (Photo : C. Grandpey)

La fonte des glaciers néo-zélandais // The melting of New Zealand glaciers

Le réchauffement climatique affecte également l’hémisphère sud et les glaciers continuent de fondre en Nouvelle-Zélande. Depuis 1977, les Alpes du Sud ont perdu 34 % de leur couverture de glace et de neige. Les plus petits glaciers ont perdu environ 12 mètres d’épaisseur pendant cette période.
Les médias du pays viennent d’expliquer que les deux glaciers les plus populaires – Franz Josef et Fox – fondent à une vitesse incroyable. Je les ai visités il y a une dizaine d’années, au moment où les autorités locales interdisaient les visites guidées en raison du risque d’éboulements et de glissements de terrain. Un article de presse néo-zélandaise a pour titre « Plus haut, plus vite, plus court. C’est la triste nouvelle devise des glaciers de Nouvelle-Zélande. »
Comme sur de nombreux glaciers dans le monde, il y a des panneaux le long de la route qui mène au glacier Fox. Ils marquent le point où se trouvait le front du glacier à divers moments de l’histoire, il y a des siècles, des décennies. Le Fox a beaucoup reculé, d’environ trois kilomètres depuis les années 1880. Certains mouvements sont dus à la progression naturelle d’une rivière de glace, mais le recul s’accélère et les scientifiques sont inquiets.

Après avoir conduit le long de la route qui mène au glacier, on atteint un parking où on peut laisser son véhicule et emprunter un sentier. Il faut aujourd’hui plus de 30 minutes jusqu’au point de vue sur le front du glacier. Il y a une dizaine d’années, il fallait une demi-heure pour atteindre le front proprement dit.

 

Cette balade jusqu’à la glace est désormais interdite car trop dangereuse. Les tours en hélicoptère sont maintenant le meilleur moyen d’avoir une bonne vue des glaciers, mais la solution est beaucoup plus coûteuse. Je me souviens d’avoir survolé les glaciers dans un petit avion, moins cher qu’un hélicoptère.

 

À seulement 30 minutes de route du glacier Fox se trouve le glacier Franz Josef. Les deux sites sont différents. Alors que la vallée du glacier Fox est principalement constituée de roches grises et a une forme arrondie, la vallée du glacier Franz Josef est pleine de roches orange, avec plus de végétation et les flancs de la vallée sont plus pentus. Le glacier Franz Josef recule lui aussi, à l’image de tous les glaciers de Nouvelle-Zélande. L’accélération de ce recul ne cesse d’augmenter et les scientifiques pensent qu’elle n’a jamais été aussi rapide. Ils sont convaincus que le changement climatique d’origine humaine en est la principale cause.

 

Aujourd’hui, la marche depuis le parking jusqu’au front du glacier Franz Josef est belle, mais assez longue. Elle peut demander près d’une heure si on prend son temps. Le Franz Josef a perdu environ 800 mètres de longueur depuis 2008. La différence se voit d’une année sur l’autre. Un article de presse se termine par ces mots : « La planète se réchauffe, les glaciers rétrécissent. C’est aussi simple que cela! […]} C’est peut-être le genre d’endroit dont nous ne posséderons que des photos pour expliquer aux futures générations à quoi ressemblait le monde naturel avant la hausse rapide des températures. »

 

Photos: C. Grandpey

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Global warming is affecting the Southern Hemisphere too and glaciers keep melting in New Zealand. Since 1977, the Southern Alps have lost 34 per cent of their ice and snow cover. The smallest glaciers have lost about 12 metres of thickness in that time.

The country’s news media have just explained that the two most popular glaciers – Franz Josef and Fox – are melting at an incredible pace. I visited them about a decade ago . It was the moment when local authorities prohibited guided tours to the se glaciers because of the risk of rockfalls and landslides. An article in the New Zealand press is entitled « Higher, faster, shorter. » It says it is the sad new motto of New Zealand’s glaciers.

As on many glaciers in the world, there are signs along the road that leads to Fox Glacier that mark the point where the face of the ice was at various points in history. Centuries ago, decades ago. It has moved back a long way in this time, about three kilometres since the 1880s. Some is the natural progression of a flowing river of ice, but it has been accelerating in recent years and scientists are worried.

After driving from the main road, you reach a car park where you leave your vehicle and walk the rest of the way. It is quite a walk these day and takes more than 30 minutes to the point where you get a good view of the glacier’s face. A decage ago, it took half an hour to reach the glacier’s front !

This walking tour onto the ice has now been stopped because it is too dangerous. Helicopter tours are now the best way to get a good view, but the solution is far more expensive. I can remeber flying over the glaciers in a small plane, which was less costly than a chopper. .

Only a 30 minute drive from Fox Glacier is Franz Josef Glacier. The two places are different. While the Fox Glacier valley has mainly grey rocks and a rounder shape, the Franz Josef Glacier valley is full of orange rocks, has more plants, and is steeper on the sides. Franz Josef Glacier is also receding, like all of the glaciers in New Zealand. The acceleration of the decline in size is increasing and scientists don’t think it has ever been as fast as it has been in recently. They’re convinced that human-caused climate change is the major cause.

Today, the walk from the carpark to the face of the Franz Josef Glacier is beautiful, but quite long. It can take almost an hour if you take your time and enjoy the surroundings. It is a reminder that since 2008 this glacier has been in a period of retreat and has lost around 800 metres of length. We are told that the diffirence can be seen from one year to the next. A press article concludes with these words : « The planet warms, the glaciers shrink. It’s that simple! […]} Maybe this will be the kind of place we can only tell future generations about, showing them photos and explaining how the natural world looked before the temperature rose too much. »