L’Aiguille du Midi, refuge climatique

A Chamonix, à 1000 mètres d’altitude, il fait chaud dans les appartements qui ne sont pas climatisés et certains de leurs occupants ont décidé de prendre le téléphérique et d’atteindre en une vingtaine de minutes le sommet de l’Aiguille du Midi (3842 m) pour prendre un bol d’air frais. En fait, la fraîcheur est relative car la température reste beaucoup trop élevée pour ce milieu de haute montagne. Normalement, elle devrait être autour de 5 à 10 °C. En ce moment, elle est plutôt autour de 10 à 13 °C. Le 27 juin, l’Aiguille du Midi a connu sa deuxième température la plus chaude jamais enregistrée pour un mois de juin.

Si la fraîcheur relative de la haute altitude soulage les uns, elle inquiète les autres, car pour les pratiquants de la haute montagne il fait beaucoup trop chaud pour la saison à cette altitude. Selon un guide, « c’est la première année que c’est comme ça, aussi tôt. La neige fond, il n’y a pas de regel la nuit, ça devient problématique. Je ne sais pas comment ça va être dans deux mois, mais la montagne est dangereuse, c’est sûr. » À cause des températures trop élevées, la neige est très lourde et il est difficile de marcher dessus. Les forums de discussion regorgent de témoignages sur l’apparition de crevasses et l’instabilité des rochers. Beaucoup de courses parmi celles recensées pat Gaston Rebuffat dans les années 1970 sont devenues impossibles.

Photos: C. Grandpey

Source : France 3 Auvergne Rhône Alpes.

À noter qu’il vous faudra débourser entre 70 et 83 euros (selon l’âge) pour faire l’aller et retour jusqu’à l’Aiguille du Midi, mais le panorama est superbe!

La grande dégringolade des glaciers français

Concentrations de CO2 : 430,34 ppm (26 juin 2026)             

Concentrations de CH4 : 1940,43 ppb (janvier 2026)

Mon premier contact avec les glaciers alpins s’est fait en août 1956. Je me souviens de la masse imposante du glacier des Bossons au-dessus de la vallée de Chamonix. De la même façon, le petit bonhomme de 8 ans que j’étais à l’époque ne peut oublier les impressionnantes crevasses qu’il fallait franchir sur des planches pour accéder à la grotte creusée dans la Mer de Glace.

Photos: G. Grandpey

Aujourd’hui, ces paysages ont beaucoup changé. Comme pris de panique devant les coups de boutoir du réchauffement climatique, le Glacier des Bossons s’enfuit et recule à une vitesse phénoménale. Pire encore, l’année 2023 a vu l’ouverture d’une profonde balafre dans la rivière de glace et chaque journée de fortes chaleurs a un peu plus raison de sa partie inférieure. Le trou béant s’agrandit à vue d’œil et confirme que le glacier des Bossons est à l’agonie. Les rochers mis à nu accélèrent la fonte puisque le noir attire la chaleur…

alors que le blanc la repousse par effet albédo. Pour les habitants et les visiteurs de la vallée de Chamonix, le glacier des Bossons est devenu l’un des symboles les plus visibles des conséquences du réchauffement climatique qui affecte les montagnes européennes.

Crédit photo: presse régionale

De la même façon, la Mer de Glace est quasiment devenue une mer morte. Contrairement aux années 1950 de mon enfance, sa surface de glace est aujourd’hui invisible, cachée par la couche marron de matériaux qui se sont effondrés de son encaissant.

La Mer de Glace en 2022

Atteindre la grotte de glace est devenu une véritable expédition. Il faut emprunter une télécabine puis une volée de plusieurs centaines de marches.

La punition est la même pour le Glacier d’Argentière dont le front atteignait presque le village éponyme en 1910 comme le montre l’image ci-dessous.

Aujourd’hui il faut prendre un téléphérique et effectuer une longue marche pour atteindre le front du glacier.

Photo: C. Grandpey

A Tignes, on pratique le ski d’été sur le glacier de la Grande Motte perché à 3656 mètres d’altitude , mais pour combien de temps ? Comme ses copains alpins, le glacier fond à la vitesse V et les responsables locaux parlent de transformer le ski d’été en ski de printemps pour éviter les canicules à répétition. Ces dernières années, la fermeture de la saison de ski d’été a dû être avancée. Sous l’effet du réchauffement climatique, le glacier de la Grande Motte connaît une perte d’épaisseur de l’ordre de 2 à 4 mètres chaque année, et dans dix ans,il aura quasiment intégralement fondu.

Photo: C. Grandpey

Un peu plus au sud, dans le massif des Écrins, le Glacier Blanc recule à vue d’œil lui aussi. Il suffit de regarder cette image proposée par la Parc National pour s’en rendre compte.

Depuis le fond de vallée, il faut un bon téléobjectif pour photographier le front du glacier. Lui aussi aura disparu dans quelques années.

Photo: C. Grandpey

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En novembre 2022, l’UNESCO alertait à nouveau sur la disparition de glaciers emblématiques du Patrimoine mondial. Un tiers des sites concernés devraient disparaître d’ici 2050. Cinquante sites abritent des glaciers. Au total, 18 600 glaciers ont été identifiés dans ces 50 sites, couvrant une superficie d’environ 66 000 km2, ce qui représente près de 10 % de la superficie totale des glaciers sur Terre. Une nouvelle étude de l’UNESCO montre que ces glaciers reculent à un rythme accéléré depuis 2000 en raison des émissions de CO2. Ils perdent actuellement 58 milliards de tonnes de glace chaque année, soit l’équivalent de la consommation annuelle d’eau combinée de la France et de l’Espagne, et sont responsables de près de 5 % de l’élévation du niveau de la mer observée à l’échelle mondiale.

L’étude de l’UNESCO conclut que les glaciers d’un tiers des 50 sites du Patrimoine mondial sont condamnés à disparaître d’ici 2050, quels que soient les efforts déployés pour limiter la hausse des températures.

La moitié de l’humanité dépend directement ou indirectement de l’eau issue des glaciers pour l’usage domestique, l’agriculture et l’énergie. Les glaciers, qui alimentent de nombreux écosystèmes, sont également des piliers de la biodiversité.

Le gypaète barbu plombe le téléphérique de La Grave (Hautes-Alpes)

Dans des notes publiées le 24 septembre 2022 et le 17 octobre 2023, j’attirais l’attention sur un projet de construction d’un troisième tronçon du téléphérique de La Grave (Hautes-Alpes) qui, actuellement permet d’accéder au glacier de la Girose.

Photos: C. Grandpey

L’idée divise les habitants; pour certains, l’aménagement est nécessaire, mais pour d’autres, ce serait une perte d’identité du village avec la crainte de voir la mise en place d’une jonction avec les stations de l’Alpe d’Huez et des Deux Alpes. Si, en plus, comme je l’ai fait, vous faites miroiter aux locaux que la neige risque de disparaître avec le réchauffement climatique, ils voient carrément rouge !

Le projet d’extension du téléphérique semblait bien avancé ces derniers temps, mais il vient de rencontrer un obstacle inattendu avec le gypaète barbu. Surnommé le « casseur d’os », ce grand rapace nécrophage avait quasiment disparu de notre pays en raison de persécutions liées à sa mauvaise réputation, de la raréfaction des herbivores sauvages et de l’évolution des pratiques agricoles. La population de gypaètes demeure extrêmement fragile et les efforts mis en œuvre pour sa sauvegarde doivent être poursuivis et renforcés. En effet, bien que strictement protégés par la loi, les gypaètes restent menacés par le braconnage, les éoliennes, l’essor du tourisme en haute montagne et les lignes électriques.

Crédit photo : Parc National de la Vanoise

C’est ce dernier point qui a été retenu par le Tribunal administratif de Marseille pour suspendre les travaux du téléphérique : « En deuxième lieu, ainsi que le relève l’étude d’impact environnemental, les « câbles au-dessus du glacier de la Girose constituent un risque de collision avec les rapaces de montagne, et particulièrement avec le gypaète barbu » et « le linéaire du téléphérique représente un danger pour les grands rapaces » alors que la hauteur des câbles supportant le téléphérique est projetée entre 70 et 150 mètres. Par ailleurs, le plan national d’actions en faveur du gypaète barbu 2025-2034 fait état de l’électrocution et de la percussion de câbles aériens comme première cause de mortalité des gypaètes barbus en France et indique que la menace des câbles aériens dans les Alpes françaises est « à évaluer avec une mortalité sous-estimée mais probablement importante ». Le dispositif anticollision prévu dans le projet de téléphérique par la société d’aménagement touristique de La Grave (SATG) n’a pas été jugé suffisamment efficace par le Tribunal pour réduire ce risque et le porteur de projet devra revoir sa copie sur ce point. La SATG devra déposer une demande de « dérogation à la destruction ou à la perturbation d’espèces protégées ». Ce processus prendra du temps car il faudra que la SATG démontre qu’il y a une raison impérative d’intérêt public majeur de porter atteinte à une espèce protégée pour obtenir la dérogation.

Pour le collectif d’opposants La Grave autrement, qui avait porté ce recours juridique, cette décision « fissure le béton du T3 ». Seul regret : l’absence de prise en compte de l’androsace du Dauphiné, une fleur rare découverte par les naturalistes sur le site du futur chantier « Elle a été considérée comme une nouvelle espèce et les juges ont estimé qu’elle ne faisait pas partie de la liste des espèces protégées. »

Outre le gypaète barbu, l’accélération du réchauffement climatique et ses conséquences sur les glaciers pourraient mettre tout le monde d’accord. Le glacier de la Girose n’est pas très grand et au cours de mes dernères visites j’ai pu me rendre compte de sa fragilité. Pas sûr qu’il résiste très longtemps à la hausse des températures. Plus globalement, le contexte de réchauffement climatique dans les Alpes ne semble guère favorable à l’extension des domaines skiables, sur glacier ou ailleurs.

Photos: C. Grandpey

   Source : presse régionale.

Fonte des glaciers et conséquences pour les cours d’eau

Concentrations de CO2 : 432,31 ppm (22 mai 2026)             

Concentrations de CH4 : 1940,43 ppb (janvier 2026)

Une rubrique parue sur le site web de France Info pose une question intéressante : « Lorsque les glaciers auront disparu, fleuves et rivières de France seront-ils à sec ? »

On dit souvent que les glaciers sont des châteaux d’eau naturels dans le monde. J’ai insisté (note du 21 septembre 2023) sur la catastrophe que ferait peser leur disparition en Asie. L’alimentation en eau potable de milliards de personnes dépend en grande partie de ces rivières de glace.

Glaciers de la chaîne himalayenne (Crédit photo: Wikipedia)

En France comme partout dans le monde, les glaciers disparaissent à un rythme de plus en plus rapide et il est bien évident que leur fonte a un impact sur les cours d’eau qui y prennent leur source.

Avant le réchauffement climatique, les glaciers recevaient en hiver un volume de neige et de glace équivalent à celui que la chaleur de l’été faisait fondre. Le problème, c’est que depuis la hausse rapide des températures, cet équilibre fragile est rompu. Dans les Alpes, la moitié des glaciers devrait avoir disparu dans seulement vingt ans, en commençant par les plus petits. Sur la planète entière, plusieurs milliers seront rayés de la carte chaque année.

Glaciers du massif du Mont Blanc (Photo: C. Grandpey)

Ce phénomène aura des conséquences directes sur les hautes vallées de montagne qui étaient jusque-là protégées par les glaces et ne le seront plus. Sans le blanc des glaciers, le paysage va s’assombrir et absorbera davantage les rayons du soleil. Avec cette perte d’albédo, la terre se réchauffera encore plus. D’un point de vue géologique, il y a un risque de déstabilisation du sol, avec davantage d’éboulements et glissements de terrain catastrophiques, provoqués également par le dégel du pergélisol en haute altitude. .

S’agissant des cours d’eau, la disparition des glaciers peut entraîner une diminution des écoulements de surface . En effet, jusqu’à aujourd’hui, les glaciers stockaient neige et glace l’hiver, pour les restituer pendant l’été, ce qui régulait le débit des fleuves qu’ils alimentent. Lorsque l’été est sec, la fonte glaciaire alimente jusqu’à 40 % du débit d’un fleuve comme le Rhône.

Glacier du Rhône (Photo: C. Grandpey)

L’inquiétude est donc réelle, même si on peut prendre ce chiffre à l’envers, et conclure que, même en été, le Rhône conservera plus de la moitié de son débit actuel. En observant la fonte ultra rapide du Glacier du Rhône dans le Valais suisse ces dernières années, je me suis posé des questions quant à à l’avenir du fleuve et de ses affluents dont beaucoup sont alimentés par la fonte de glaciers.

Important affluent du Rhône, l’Isère prend sa source dans le parc national de la Vanoise, au glacier des Sources de l’Isère qui fond à vue d’œil (Photo: C. Grandpey)

Les scientifiques font remarquer qu’il y a dans les montagnes « des précipitations autres que la glace », autrement dit des pluies. Le problème est que les précipitations ont globalement tendance à diminuer elles aussi, avec des périodes de sécheresse de plus en plus fréquentes.

Sommes nous en droit de penser, comme l’indiquent certains scientifiques, « que même en cas d’effacement et de disparition complets des glaciers, on va continuer à avoir des écoulements » vers les fleuves ? J’ai rédigé plusieurs notes attirant l’attention sur la baisse de débit du Rhône et ses conséquences sur la Camargue.

Source: Wikipedia

À cette baisse de débit du fleuve s’ajoute la hausse du niveau de la mer Méditerranée sous l’effet du réchauffement climatique, avec un impact sur la salinité des sols dans cette région. Voir ma note du 10 novembre 2022 à ce sujet :

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2022/11/10/rechauffement-climatique-la-camargue-en-danger-global-warming-the-camargue-in-danger/