Glaciers alpins en juillet 2017: (4) Le Glacier d’Aletsch (Suisse)

Situé dans le sud de la Suisse dans le canton du Valais, le Glacier d’Aletsch est le plus grand glacier des Alpes. Il est entouré au nord par le massif de la Jungfrau et au sud par la vallée du Rhône. Il présente une longueur de 22,6 km  et une superficie de 81,7 km². Comme tous les grands glaciers actifs, sa vitesse de progression varie selon que l’on se trouve dans la partie centrale ou sur les bords où elle est freinée par les frottements. Ce phénomène explique, entre autre, la formation des crevasses. S’agissant de l’Aletsch, la vitesse de progression varie entre 80 et 200 mètres par an.

Selon les glaciologues, les Alpes pourraient perdre 80 % de leurs glaciers si aucun changement ne survient dans l’émission des gaz à effet de serre. Le Glacier d’Aletsch a reculé de 2 600 mètres depuis 1880. Comme pour ses homologues alpins, le recul s’est accéléré depuis 1980 et l’Aletsch a reculé de 800 mètres en 30 ans soit 30 % du recul total.

Selon ces mêmes glaciologues, les glaciers suisses continueront de fondre massivement, même si le réchauffement climatique cesse, ce qui est loin d’être gagné dans le contexte économique actuel. Celui d’Aletsch aura perdu au moins quatre kilomètres et un tiers de sa masse d’ici un siècle. En effet, les glaciers réagissent aux changements climatiques avec des dizaines d’années, voire un siècle, de retard. La fonte du Glacier d’Aletsch sera encore plus impressionnante et rapide si le réchauffement climatique se poursuit comme prévu.

Dans une note rédigée le 15 octobre 2016, j’évoquais un problème causé par la fonte du Glacier d’Aletsch. La glace d’amenuisant, les pans de montagne qui entourent le glacier sont fragilisés et des effondrements se produisent. Le phénomène est observé ailleurs dans le monde, en particulier en Nouvelle Zélande où les glaciers Fox et Franz Josef ont fondu si rapidement qu’il est devenu trop dangereux de les atteindre à partir du fond de la vallée. En raison de la fonte ultra rapide de ces glaciers, les parois de la vallée qui étaient autrefois maintenues en place par la glace sont désormais à l’air libre avec des risques évidents d’effondrements et autres chutes de pierres qui rendraient les randonnées trop dangereuses. Les tour-opérateurs ont donc cessé d’organiser de telles randonnées guidées sur le Franz Josef en 2012 et sur le Fox en 2014. Ces deux glaciers ont perdu chacun 3 kilomètres depuis les années 1800, ce qui correspond à environ 20 pour cent de leur longueur.

De la même façon, un pan de montagne menace de s’effondrer en aval du Glacier d’Aletsch. En conséquence, il est demandé à tous les randonneurs de respecter l’interdiction d’accès aux sentiers pédestres dans une zone de 2 km2.

Une remontée mécanique permettant d’accéder aux abords du glacier d’Aletsch subit elle aussi les effets du mouvement du pan de montagne. Les pylônes d’arrivée de la télécabine d’Aletsch Arena, qui relie Riederalp à Moosfluh, bougent de 1 centimètre par jour. Toutefois, l’exploitant des remontées avait prévu le problème puisque  il a investi 23 millions de francs suisses dans un système qui permet de glisser les pylônes sur un rail pour les maintenir parfaitement droits et ainsi laisser l’installation ouverte. La surveillance est permanente, avec un système d’alarme en cas de gros déplacement.

De  mon côté, j’ai emprunté à Fiesch (Valais) le double téléphérique qui permet d’accéder à l’Eggishorn d’où l’on a une vue splendide sur le Glacier d’Aletsch.

Photos: C. Grandpey

Le Spitzberg (Norvège) fond lui aussi // Svalbard (Norway) is melting away too

Comme je l’ai écrit à plusieurs reprises, le changement et le réchauffement climatiques se font sentir très fortement dans l’Arctique, que ce soit en Alaska, au Groenland ou au Spitzberg. Le Spitzberg (aussi appelé Svalbard par les Anglo-saxons), est un archipel norvégien dans l’Océan Arctique. Situé au nord de l’Europe continentale, il se trouve à mi-chemin entre la Norvège et le pôle Nord.
L’automne 2016 au Spitzberg n’a ressemblé en rien à ses prédécesseurs. Le thermomètre a affiché une dizaine de degrés au-dessus de la normale pour cette période de l’année. Il y a eu beaucoup de pluie pendant les mois d’octobre et de novembre, ce qui est inhabituel à cette latitude. Ces anomalies climatiques inquiètent fortement les habitants de Longyearbyen, le principal centre administratif de cet archipel norvégien ; ils se posent des questions sur leur avenir.

Au Spitzberg, la glace fait partie intégrante des écosystèmes, de la société, même de la terre elle-même. En 2016, elle a été aux abonnés absents. En novembre, la glace de mer aurait dû envelopper l’archipel. Au lieu de cela, l’écharpe de glace est restée à des centaines de kilomètres au nord.
Au lieu du vent très froid qui balaye la glace, c’est aujourd’hui la mer qui régit la météo au Spitzberg, avec des pluies de plus en plus abondantes. Entre octobre 2015 et octobre 2016, l’archipel a reçu 64% de pluies de plus que la normale. Il y a même eu une tempête qui a entraîné l’évacuation d’une partie de Longyearbyen à cause du risque de glissement de terrain. En décembre 2015, un homme a été tué lorsqu’une avalanche a enseveli une dizaine de maisons.
Les glaciers, qui prennent habituellement du volume à la fin de l’automne et de l’hiver, reculent de plus en plus ; la pluie s’infiltre et fait fondre la glace. On réalise la fonte du glacier Waggonwaybreen à travers des photos prises entre 1900 et 2015 (voir ci-dessous). Les glaciers du Spitzberg ne font pas que reculer ; ils perdent aussi une soixantaine de centimètres d’épaisseur chaque année
Les habitants attendent les résultats d’un rapport du gouvernement norvégien sur les modifications subies par le paysage. Il se peut que certains secteurs de Longyearbyen soient déclarés dangereux et que les maisons doivent être déplacées. Cependant, certains habitants accueillent les changements avec optimisme. Ils espèrent voir de nouvelles industries comme la pêche à la morue toute l’année ou l’arrivée des crabes des neiges qui vivent habituellement plus au sud.
Ce climat plus chaud sonne le glas de nombreuses espèces qui dépendent de la glace pour leur vie ou leur survie. Les oiseaux de l’Arctique dont en constante diminution et ils sont dépassés en nombre par des espèces venues du sud. L’avenir des ours polaires est incertain car leur population connaît un sursaut depuis l’interdiction de chasse instaurée en 1973. Pas sûr qu’il y ait assez de nourriture pour tous les plantigrades.
Source: Climate Change News.

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As I put it several times before, climate change and global warming are felt very strongly in the Arctic, whether it is in Alaska, Greenland or Svalbard. Svalbard, formerly known by its Dutch name Spitsbergen, is a Norwegian archipelago in the Arctic Ocean. Situated north of mainland Europe, it is about midway between continental Norway and the North Pole.

Autumn 2016 in Svalbard was like no other before. It was about 10°C above the normal for this time of the year. And there was plenty of rain throughout October and November, which is quite unusual at this latitude. For residents of Longyearbyen, the main settlement on the Norwegian archipelago, the weirdness reverberates through the community, causing fear and uncertainty.

Ice in Svalbard is an integral part of ecosystems, society, even the land itself. But in 2016, it failed utterly. By November, the great arms of the Arctic sea ice would normally have wrapped the archipelago. But the ice fringe remained hundreds of kilometres to the north.

Instead of bitterly cold wind driven across the ice, the sea is now governing the weather in Svalbard, bringing more and more rain. Between October 2015 and October 2016, the archipelago was hit by 64% more rain than normal. After a storm, a portion of Longyearbyen was evacuated because of fears of a landslide. In December 2015, a man was killed when an avalanche buried about 10 houses.

The glaciers, which grow through the late autumn and winter are retreating and the rain breaks the ice apart. The melting of the Waggonwaybreen glacier can be seen through photographs of the years 1900 and 2015 (see below). Svalbard’s glaciers are not only retreating, they are also losing about 60 centimetres of their thickness each year

Residents await the results of a Norwegian government report into the changing landscape. It may decide that some parts of the town are unsafe and have to be moved. However, some residents welcome the changes. There is the prospect of new industries, such as a year-round cod fishery or the arrival of the lucrative snow crabs from the south.

But for many of the species that rely on the ice, this competition from warmer climes is a death knell. Arctic bird species are plummeting in number as they are outmatched by southerners. The effect on the polar bears is uncertain because the population is still rebounding since a hunting ban was put in place in 1973.

Source: Climate Change News.

Des images qui se passent de commentaires…

Photo: Svalbard

Andreas Weith

Quand la mer monte… // When sea level rises…

Jour après jour, mois après mois, nous avons confirmation que le réchauffement climatique fait fondre la glace présente sur notre planète et fait s’élever le niveau des océans.

Selon une nouvelle étude publiée dans Nature Climate Change, le niveau des océans a augmenté 50% plus vite en 2014 qu’en 1993. Les eaux de fonte de la calotte de glace du Groenland contribuent maintenant pour 25% à l’augmentation totale du niveau de la mer, contre seulement cinq pour cent il y a 20 ans.
Ces chiffres viennent renforcer l’inquiétude des scientifiques selon lesquels le niveau moyen des océans s’élève plus rapidement que prévu il y a quelques années, avec des conséquences potentiellement dévastatrices. Des centaines de millions de personnes dans le monde vivent dans des deltas particulièrement vulnérables. Les principales villes côtières sont également menacées, alors que certains petits états insulaires anticipent déjà le jour où leurs territoires seront inondés et ne seront donc plus habitables.
Le Groenland à lui seul contient assez d’eau sous forme de glace pour faire s’élever le niveau des océans d’environ sept mètres, bien que les experts ne soient pas d’accord sur le seuil de réchauffement climatique susceptible d’entraîner une fonte irréversible, et combien de temps prendrait cette fonte une fois le processus déclenché. La plupart des scientifiques s’attendent à ce que la hausse totale soit bien supérieure à un mètre d’ici la fin du siècle.
La nouvelle étude prend en compte pour la première fois deux mesures distinctes de l’élévation du niveau de la mer:
La première de ces mesures examine un à un trois facteurs contribuant à la hausse du niveau des océans: l’expansion des océans en raison du réchauffement climatique, les variations de quantité d’eau stockée sur terre, la perte de glace terrestre au niveau des glaciers et des calottes du Groenland et de l’Antarctique.
La seconde mesure s’appuie sur l’altimétrie satellitaire qui mesure depuis l’espace les hauteurs à la surface de la Terre. La technique mesure le temps mis par une impulsion radar pour se déplacer depuis une antenne satellite jusqu’à la surface, puis le temps mis pour revenir vers un récepteur satellitaire. Jusqu’à présent, les données altimétriques montraient peu de changements dans le niveau de la mer au cours des deux dernières décennies, même si d’autres mesures laissaient entendre que les océans connaissaient des profondeurs plus importantes.
Dans l’ensemble, le rythme de hausse moyenne des océans à l’échelle de la planète est passé d’environ 2,2 millimètres par an en 1993, à 3,3 millimètres par an deux décennies plus tard. Au début des années 1990, l’expansion thermique représentait 50 pour cent des millimètres ajoutés. Deux décennies plus tard, ce chiffre n’était que de 30 pour cent.
Les scientifiques font preuve d’une certaine prudence pour interpréter les résultats, mais ils confirment que la dernière étude tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme. Il y a de fortes chances pour que l’élévation du niveau de la mer se poursuive pendant plusieurs siècles, même après que le réchauffement climatique aura cessé.
Source: Agence France Presse (AFP).

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According to a new study published in Nature Climate Change, ocean levels rose 50 percent faster in 2014 than in 1993, with meltwater from the Greenland ice sheet now supplying 25 percent of total sea level increase compared with just five percent 20 years earlier.

The findings add to growing concern among scientists that the global watermark is climbing more rapidly than forecast only a few years ago, with potentially devastating consequences.

Hundreds of millions of people around the world live in low-lying deltas that are vulnerable. Major coastal cities are also threatened, while some small island states are already laying plans for the day their drowning nations will no longer be livable.

Greenland alone contains enough frozen water to lift oceans by about seven metres, though experts disagree on the global warming threshold for irreversible melting, and how long that would take once set in motion. Most scientists now expect total rise to be well over a metre by the end of the century.

The new study reconciles for the first time two distinct measurements of sea level rise :

The first looked one-by-one at three contributions: ocean expansion due to warming, changes in the amount of water stored on land, and loss of land-based ice from glaciers and ice sheets in Greenland and Antarctica.

The second was from satellite altimetry, which gauges heights on the Earth’s surface from space. The technique measures the time taken by a radar pulse to travel from a satellite antenna to the surface, and then back to a satellite receiver. Up to now, altimetry data showed little change in sea levels over the last two decades, even if other measurements left little doubt that oceans were measurably deepening.

Overall, the pace of global average sea level rise went up from about 2.2 millimetres a year in 1993, to 3.3 millimetres a year two decades later. In the early 1990s, thermal expansion accounted for fully half of the added millimetres. Two decades later, that figure was only 30 percent.

Scientists urge caution in interpreting the results but the study should sound an alarm. This is a major warning about the dangers of a sea level rise that will continue for many centuries, even after global warming is stopped.

Source: Agence France Presse (AFP).

Vue de la calotte glaciaire du Groenland (Photo: C. Grandpey)

 

Andes, la fin des glaciers?

Pour ceux qui peuvent recevoir le chaîne de télévision USHUAIA TV, je recommande fortement le documentaire « Andes, la fin des glaciers ? » qui montre leur recul et, dans certains cas, leur disparition qui sera une catastrophe pour les populations. Depuis 1976, date charnière dans le réchauffement climatique, les glaciers andins ont perdu 43% de leur surface. Plus de glaciers, cela signifie plus d’eau potable dans les maisons, plus d’eau pour l’irrigation des cultures et plus d’énergie hydroélectrique avec, au final, la migration des habitants des montagnes. Lima, la capitale du Pérou et sa démographie débordante est, elle aussi, menacée car elle dépend en grande partie des glaciers pour son alimentation en eau. Le documentaire se termine avec le pèlerinage Qoyllur Riti, sur le glacier Qolqe Punku au Pérou. Il n’y a pas si longtemps, les pèlerins redescendaient dans la vallée avec des blocs de glace sur leurs épaules. Aujourd’hui, ils se rendent compte que leur glacier est malade et ils ont abandonné cette tradition.

Il y aura des rediffusions mentionnées sur le lien ci-dessous.

http://www.ushuaiatv.fr/programmes/plan%C3%A8te-glace-andes-la-fin-des-glaciers-49783

Voir également ma note du 19 juin 2016 sur la fonte des glaciers du Pérou:

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2016/06/19/la-fonte-des-glaciers-menace-le-perou-peru-under-the-threat-of-its-melting-glaciers/

Vue du Glacier Pastoruri au Pérou. (Crédit photo: Wikipedia)