Des glaciers artificiels au pied de l’Himalaya // Artificial glaciers at the foot of the Himalayas

Concentrations de CO2 : 431,74 ppm (5 juin 2026)             

Concentrations de CH4 : 1940,46 ppb (février 2026)

Au cours de ma conférence « Glaciers en péril, les effets du réchauffement climatique », je mets en garde sur les conséquences qu’aura inévitablement la fonte des glaciers sur l’alimentation en eau des populations, en particulier en Asie où les glaciers himalayens sont un véritable château d’eau pour un quart de l’humanité. Aujourd’hui, l’Himalaya est confronté à une importante sécheresse. Les habitants des vallées tentent de trouver des solutions, en créant notamment de petits glaciers artificiels, pour un résultat loin d’être suffisant.

Dans le nord de l’Inde, au pied d l’Himalaya, les récoltes sont mauvaises car les paysans sont dans l’incapacité d’irriguer correctement leurs champs. Depuis quelques années, l’agriculture est en péril. L’eau ne descend plus de la montagne. Pour évaluer l’ampleur de la situation, une fois par an, des scientifiques remontent à la source de cette sécheresse, à plus de 4 000 mètres d’altitude. Le glacier Gangotri alimente le bassin du Gange, l’un des plus peuplés de la planète, mais il ne cesse de reculer. Il a perdu un kilomètre de longueur au cours des 20 dernières années et il s’est aussi aminci. La glace n’a pas le temps de se reformer. En 2026, la fonte est dramatique.

Glacier Gangotri, source principale du Gange (Crédit photo : Wikipedia)

Face à ce compte à rebours, les habitants tentent de retenir l’eau par tous les moyens. Chaque hiver, des agriculteurs grimpent sur la montagne, là où la température descend à -15 degrés. Avec quelques branches et un simple tuyau d’arrosage, ils donnent naissance à des petits glaciers artificiels.
Pour participer à la résilience des villages face aux anomalies météorologiques, des experts de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ont proposé la construction d’un glacier artificiel dans le cadre du projet « Prospérité partagée grâce à la coopération dans les régions frontalières du Kirghizistan et de l’Ouzbékistan. »
Au début, beaucoup de gens n’ont pas pris au sérieux l’idée d’un glacier artificiel, mais le projet a démarré avec l’installation d’une canalisation souterraine. 55 personnes ont creusé de leurs propres mains une tranchée et posé des tuyaux depuis la source sur la montagne jusqu’au pâturage où paisse leur bétail. L’extrémité du tuyau a ensuite été relevée de 20 mètres au-dessus du sol.
Le glacier est né pendant l’hiver. L’eau qui jaillissait du tuyau a commencé à geler et à se transformer lente ment en une immense tour de glace.

 

Exemple de glacier artificiel au Kyrghyztan (Crédit photo: K. Abdykalykov)

Puis, pendant les mois d’été, la montagne de glace a fondu lentement, offrant ainsi aux villageois un accès régulier à l’eau douce pour l’irrigation et l’usage domestique.
Durant le premier hiver, le glacier a fourni plus de 70 000 mètres cubes de glace. Le projet a intéressé les habitants d’autres villages, de sorte que de nouveaux glaciers artificiels apparaîtront probablement au cours des prochains hivers.

Cette solution est acceptable à l’échelle locale, pour les quelques habitants d’un village. Mais elle est difficilement applicable aux près de 2 milliards de personnes qui dépendent au quotidien de l’eau de l’Himalaya…
Source : Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Cette technique pour obtenir de la glace rappelle les « stupas de glace » érigés au Ladakh il y a quelques années, et décrits dans plusieurs notes sur ce blog :

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2017/07/22/une-solution-contre-le-rechauffement-climatique-un-stupa-de-glace-a-solution-against-global-warming-an-ice-stupa/

Crédit photo : Sonam Wangchuk

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During my lecture, « Glaciers at risk: The Effects of <global Warming, » I warn about the consequences of glacial melt on the water supply for populations, particularly in Asia, where people depend on meltwater from Himalayan glaciers, which serve as a vital water tower for a quarter of humanity. Today, the Himalayas are facing a severe drought. Valley dwellers are trying to find solutions, including creating small artificial glaciers, but the results are far from sufficient.
For example, in northern India, harvests are poor because farmers are unable to properly irrigate their fields. For several years now, agriculture has been in jeopardy. Water is no longer flowing down the mountains. To assess the scale of the situation, scientists travel annually to the source of this drought, at an altitude of over 4,000 meters. The Gangotri Glacier feeds the Ganges River basin, one of the most densely populated on the planet, but it is constantly receding. It has lost a kilometer in length over the last 20 years and has also thinned. The ice doesn’t have time to reform. By 2026, the melt will be dramatic.
Faced with this countdown, the inhabitants are trying to retain the water by any means. Every winter, farmers climb the mountain, where the temperature drops to -15 degrees Celsius. With a few branches and a simple garden hose, they create small artificial glaciers.
To contribute to the villages’ resilience in the face of extreme weather events, experts from the Food and Agriculture Organization of the United Nations (FAO) have proposed the construction of an artificial glacier as part of the « Shared Prosperity through Cooperation in the Border Regions of Kyrgyzstan and Uzbekistan » project.
At first, many people didn’t take the idea of ​​an artificial glacier seriously, but the project began with the installation of an underground pipeline. Fifty-five people dug a trench by hand and laid pipes from the spring on the mountain to the pasture where their cattle grazed. The end of the pipe was then raised 20 meters above the ground.
The glacier was born during the winter. The water gushing from the pipe began to freeze and slowly transformed into a huge tower of ice. Then, during the summer months, the ice mountain slowly melted, providing the villagers with a regular supply of fresh water for irrigation and domestic use.
During the first winter, the glacier provided more than 70,000 cubic meters of ice. The project attracted the interest of residents from other villages, so new artificial glaciers will likely appear in the coming winters. This solution is acceptable on a local scale, for the few inhabitants of a village. But nearly 2 billion people depend daily on water from the Himalayas…
Source: Food and Agriculture Organization of the United Nations (FAO).

This technique for obtaining ice is reminiscent of the « ice stupas » erected in Ladakh a few years ago, and described in several posts on this blog:
https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2017/07/22/une-solution-contre-le-rechauffement-climatique-un-stupa-de-glace-a-solution-against-global-warming-an-ice-stupa/

Mariage de glaciers au Pakistan // Glacier wedding in Pakistan

Avec  plus de 7 000 glaciers, la province pakistanaise du Gilgit Baltistan est appelée « le pays des glaciers. » Mais là où certains glaciers ne se sont pas formés naturellement, on utilise une ancienne technique de greffage. La pratique est à la fois une affaire de technique et de rituel. Un endroit approprié doit d’abord être localisé – une grotte ou une cavité profonde dans une montagne – situé à au moins 4 000 à 5 000 mètres d’altitude, là où les températures restent inférieures à zéro toute l’année. Les chutes de neige et les avalanches doivent être fréquentes, et le site ne doit pas être exposé directement au soleil.
Selon la tradition, les glaciers ont des identités masculines et féminines. Les glaciers mâles sont de couleur grise, avec beaucoup de débris, tandis que les glaciers femelles sont d’un blanc ou d’un bleu vif. Cette distinction entre glaciers mâles et femelles est courante dans les régions montagneuses, au Bhoutan par exemple.
Les habitants du Gligit Baltistan sont persuadés que les glaciers sont des entités vivantes. C’est pourquoi une combinaison de glace féminine et masculine est absolument nécessaire. Le glacier mâle – appelé localement « po gang » – dégage peu d’eau et avance lentement, tandis que le glacier femelle – ou « mo gang » – est un glacier plus rapide qui produit beaucoup d’eau.
La greffe d’un nouveau glacier nécessite un morceau de glacier «mâle» et un morceau «femelle» pesant environ 35 kilogrammes chacun. Les villageois emballent soigneusement ces blocs de glace dans du foin pour qu’ils ne fondent pas et ils les placent dans un chorong, panier conique fait de branches de saule. Ils le transportent à l’endroit désigné et recouvrent les blocs de glace d’un mélange de boue, de cendre et de charbon de bois. Ils referment ensuite le site avec de lourdes pierres.
A cette occasion, les villageois organisent également des prières et des sacrifices, généralement d’animaux, un rituel fréquent dans les célébrations musulmanes. Tout ce processus s’appelle un « mariage de glaciers ». Après dix ou 12 ans, ces efforts sont censés donner naissance à un nouveau glacier.
Un habitant de Kharmang au Baltistan qui a participé à une cérémonie de mariage explique qu’il a visité le site il y a cinq ans et a observé que le glacier s’étendait sur une grande surface. Les villageois reçoivent de l’eau en abondance et en continu après avoir greffé le glacier, alors que le débit de la rivière était auparavant irrégulier. Aujourd’hui, les paysans cultivent du blé, du mil, de l’orge et des légumes. Une organisation locale a greffé 19 glaciers à différents endroits avec un taux de réussite de 80 %.
Cependant, dans certaines régions, le mariage des glaciers repose sur un exemple venu d’un autre pays, plus que sur les traditions. En 1987, un ingénieur du Ladakh a créé le premier « glacier artificiel » en détournant un cours d’eau vers des zones ombragées et en ralentissant l’eau pour qu’elle gèle avec le temps. Cette expérience réussie a ensuite été étendue et reproduite, avec la création de stupas de glace (voir mon article du 22 juillet 2017).
Au Gilgit-Baltistan, cependant, le mariage des glaciers reste entouré de tradition. Les femmes ne participent pas à la cérémonie qui est considérée comme une activité masculine. Néanmoins, les glaciers ont un impact important sur la vie des femmes. En effet, de nombreuses femmes sont des agricultrices et la charge de la gestion de l’eau pour le ménage leur incombe de manière disproportionnée. Aujourd’hui, dans le cadre du projet de développement du Pakistan et des Nations Unies (PNUD) financé par le Fonds Vert pour le Climat (GCF), les femmes sont consultées à l’occasion de la greffe des glaciers et pour d’autres activités.
Le directeur des études et des relations à l’Université du Baltistan, donne une explication scientifique au mariage des glaciers : « Scientifiquement, lorsque l’on place une certaine masse de glace au niveau du pergélisol, elle est susceptible d’y rester toute l’année. Là où la masse de glace dure existe, elle commence à prendre du volume en solidifiant les précipitations, l’humidité dans les nuages et la neige en hiver. Lorsque le taux d’accumulation devient supérieur au taux d’ablation, la masse de glace commence à se développer.
Source : The Third Pole.

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With more than 7,000 glaciers, Pakistan’s province Gilgit Baltistan is called the land of glaciers. But where some glaciers have not formed naturally, an ancient grafting technique is used. The practice is shrouded in both technique and ritual. An appropriate place must first be located – a cave or deep pit in a mountain – situated at least 4,000 to 5,000 meters above sea level, where temperatures remain below zero throughout the year. Snowfall and avalanches must be common, with no direct exposure to sunlight.

According to folklore, glaciers are also given male and female identities. Male glaciers are grey in colour, having a lot of debris, meanwhile female glaciers are shiny white or blue. This male-female distinction is common in mountainous areas, like in Bhutan.

The people of Gligit Baltistan believe that glaciers are living entities. That’s why a combination of female and male ice is absolutely necessary. The male glacier – called ‘po gang’ locally – gives off little water and moves slowly, while a ‘female glacier’ – or ‘mo gang’ – is a growing glacier that gives off a lot of water.

Grafting a new glacier requires a piece each of a “male” and “female” glacier weighing approximately 35 kilogrammes. Villagers carefully pack these pieces in some hay to keep them safe from warmer temperature and put them into a chorong (a conical basket made of willow twigs). They then transport it to the designated place and cover them with the mixture of mud, ash and charcoal and close the site with heavy stones.

On this occasion, villagers also organise special prayers and sacrifices, usually animal slaughter which is customary in Muslim celebrations. This entire process is called a “wedding of glaciers”. After ten or 12 years, these efforts are supposed to birth a glacier.

A resident of Kharmang in Baltistan who participated in a wedding ceremony explained that he visited the site five years ago and observed that the glacier had spread over a large area. The villagers get plenty of water continuously after grafting the glacier, while the flow of the river was irregular previously. Now peasants are cultivating wheat, millet, barley and vegetables regularly. A local organisation has grafted 19 glaciers at different places with a success ratio of 80%.

However, in some places, the wedding of glaviers does not rely so much on folklore as from an example from across the border. In 1987, A retired engineer in Ladakh created the first “artificial glacier” by diverting streams into shady areas and slowing down the water to freeze over time. This successful experiment has then been expanded and replicated, including ice stupas (see my post of July 22nd, 2017).

In Gilgit-Baltistan, though, the work is still shrouded in tradition. One aspect of the traditional practice is that women do not take part in what is believed to be a “masculine activity”. Nevertheless it makes a great impact on their lives, especially since many women are farmers, and the burden of managing water for the household falls disproportionately on them. Today, as part of the Pakistan and United Nations development project (UNDP) funded by the Green Climate Fund (GCF), women are consulted in glacier grafting and other activities too.

The director of academic and linkages at Baltistan University, gives a scientific explanation to glacier wedding : “Scientifically, when we place certain critical mass of ice at permafrost level, it is likely to remain round the year. Where hard ice mass exists, it starts accumulation by solidifying rainfall, humidity in clouds and snow in winter. When the rate of accumulation becomes greater than the rate of ablation i.e. melting and sublimation, the ice mass starts growing in size.”

Source: The Third Pole.