Gran Mèr Kal, l’âme damnée de la Fournaise

Dans la plupart des pays qui hébergent des volcans, des légendes sont liées à ces monstres de feu. Le livre Mémoires Volcaniques que j’ai écrit avec Jacques Drouin (Editions Séquoia), évoque certaines d’entre elles.

A la Réunion, le Piton de la Fournaise possède lui aussi sa légende qui associe l’esclavage et le volcan : la légende de Gran Mèr Kal, que je vous propose en ce jour de Noël.

Il était une fois – toutes les légendes commencent ainsi – une belle femme du nom de Kalla. Esclave d’intérieur, elle bénéficiait de la confiance de sa jeune maîtresse dont elle était la confidente. Un jour, elle épousa Zelindor, un esclave marron chef d’une République noire, qui avait succombé à ses charmes. Voulant rendre la liberté à sa bien aimée, Zélindor décida de l’enlever. Il mit son projet à exécution pendant une nuit sans lune. Par malheur, il se trompa de personne et c’est la maîtresse qu’il enleva. Son épouse ne supporta pas la méprise et la légende dit qu’elle dénonça Zelindor, mais on ne sait pas ce qu’il advint du mari de Kalla.

On retrouve Kalla dans l’imaginaire réunionnais sous les traits d’une vieille femme aux allures de sorcière, Gran Mèr Kal. Comme Pele à Hawaii, elle erre dans les champs de lave du Piton de la Fournaise où elle côtoie Gran Diable. Il se dit que son âme errante ne trouvera le repos que le jour où une sépulture décente sera donnée à ses restes qui gisent, selon la légende, au fond du gouffre de l’Etang-Salé…

Quand un enfant refuse de manger son cari ou qu’il désobéit à ses parents, on menace d’appeler Gran Mèr Kal qui l’emportera avec elle sur le volcan…

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Une autre légende raconte qu Gran Mèr Kal était une vieille femme qui habitait une case près du pont de la Ravine des Cafres. Elle cachait chez elle des condamnés et quand quelqu’un passait à proximité de sa case elle l’invitait à boire le café et un petit verre de rhum. Si le voyageur portait de l’argent sur lui, les condamnés le suivaient sur le chemin, et au passage de la Ravine des Cafres, ils le dévalisaient puis le précipitaient au fond du ravin. Cette femme a fait commettre tant de crimes par ces condamnés que lorsqu’elle est morte son âme s’est envolée par la toiture de sa case. Désormais, elle n’a plus de tête et porte un grand chapeau au bout de son cou. Elle passe annoncer la mort la nuit en rodant près des cases. Elle vient chaque fois que quelqu’un est gravement malade. Si elle ricane d’une voix sinistre, elle annonce la mort. Si au contraire elle passe en pleurant, c’est bon signe pour le malade…

Photo: C. Grandpey

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