Alpes françaises : la mort d’une station de ski // French Alps : the death of a ski resort

Les médias nationaux n’en ont pas beaucoup parlé, mais un événement montre à nouveau l’impact du réchauffement climatique sur les activités en montagne, notamment les stations de ski de basse et moyenne altitude.
Les habitants de Seyne-les-Alpes (Alpes-de-Haute-Provence) ont voté à une écrasante majorité (71 %) la fermeture d’une station de ski en difficulté, en raison de la diminution des chutes de neige, de la baisse de la fréquentation et de l’augmentation de la dette. Le référendum qui a eu lieu le 6 octobre 2024 est considéré comme le premier du genre en France à avoir décrété l’arrêt des activités dans une station de ski.
Le Grand Puy, une station de ski familiale de 13 pistes située entre 1 300 et 1 800 mètres d’altitude, éprouve des difficultés depuis plusieurs années à attirer les visiteurs qui préfèrent se ruer vers les grandes stations alpines situées en haute altitude. Le Grand Puy a débuté ses activités en 1959 et proposait un forfait journalier de 20 €. C’était la troisième station la moins chère d’Europe.
Au fil des ans, le manque de neige a entraîné des pertes annuelles de près de 350 000 euros et trois fois moins de fréquentation au cours de la dernière décennie, selon le maire de Seyne-les-Alpes.
Lors du référendum avec un taux de participation de 58 %, 71 % des votants se sont prononcés en faveur de la fermeture de la station. Les remontées mécaniques cesseront de fonctionner en novembre 2024.
La fermeture du Grand Puy est loin d’être un cas isolé. Plusieurs autres stations de ski ont dû fermer en France cet automne dans des circonstances similaires. L’Alpe du Grand Serre près de Grenoble, dont la fermeture avait également été annoncée, est en sursis grâce notamment aux aides de l’État, mais pour combien de temps ? (voir na note du 5 novembre 2024) Les stations de ski italiennes ont été confrontées à des problèmes identiques.
Le réchauffement climatique a de sévères conséquences pour l’enneigement, et donc pour les sports de montagne. De nombreuses destinations de ski parmi les plus importantes d’Europe risquent de ne plus être viables d’ici 2060.
Les dangers qui pèsent sur l’avenir des sports de montagne affectent également les États-Unis, où le manque de neige frappe durement l’économie des stations de montagne.
En Europe, de nombreuses destinations de montagne suivent l’exemple de Grand Puy en fermant leurs portes ou en se reconvertissant dans d’autres activités comme la randonnée.
Source : Yahoo News et presse régionale.

 

Le Grand Puy : souvenir d’une station de ski familiale (document station)

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Not much has been said in the media about an event that shows the impact of global warming on activities in the mountains, especially the ski resorts in low ansd medium altitude.

The residents of Seyne-les-Alpes (Alpes-de-Haute-Provence) overwhelmingly (71%) voted to close down a struggling ski resort in the wake of dwindling snowfall, fewer visitors, and rising debts.

The referendum which took place on October 6th, 2024 is believed to be the first of its kind in France to shutter ski operations of a mountain.

Grand Puy, a 13-run ski resort between 1,300 and 1,800 meters above sea level, tailored to families, has been struggling for years to attract visitors flocking to bigger high altitude mountains in the Alps. Built in 1959, the mountain’s €20 day pass cost makes it the third-cheapest resort in all of Europe.

Still, a consistent lack of snow has led to annual losses of almost €350,000 and a nearly threefold drop in visitors over the last decade, according to the mayor of Seyne-les-Alpes.

In the referendum, 71% of the vote was to shut down the resort, with a 58% turnout which was expected to be higher. With that, the 65-year-old ski mountain is done. The skilifts will stop working in November 2024.

The Grand Puy’s closure is far from an isolated incident. Several other ski resorts were forced to shut down in France this autumn alone under similar circumstances.The Alpe du Grand Serre near Grenoble, whose closure had also been announced, is on a reprieve thanks to state aid in particular, but for how long? Ski mountains in Italy have battled similar problems.

The warming of the planet is affecting snowfall, with alarming impact on mountain sports. Many of Europe’s biggest skiing destinations are in peril of not being viable by 2060.

The dangers to the future of mountain sports extend to the United States as well, with limited snowfall hitting the economies of mountain resort towns particularly hard.

Lots of mountain destinations are following Grand Puy’s example in either shutting down or rebranding to other activities like hiking.

Source : Yahoo News and regional news media.

COP 29 à Bakou (Azerbaïdjan) : à quoi bon ? // COP 29 in Baku (Azerbaijan) : what’s the point?

On le sait d’avance : la COP 29 qui va se tenir à Bakou (Azerbaïdjan) du 11 au 22 novembre 2024 – elle commence aujourd’hui – ne servira à rien. À la limite, on peut se demander s’il est souhaitable qu’elle ait lieu. Emmanuel Macron, Joe Biden et Xi Jinping l’ont bien compris; ils sont restés à la maison.

Comme je l’ai écrit précédemment, organiser des COP chez les producteurs de pétrole (Dubaï l’an dernier, Bakou cette année), c’est prendre les gens pour des imbéciles. Sans parler de l’empreinte carbone qui entoure l’organisation de telles manifestations. Ce tour de force avait déjà été réalisé en 2018 en installant la COP 24 à Katowice en Silésie, le principal bassin houiller de la Pologne. Il faut se souvenir qu’à l’issue de cette réunion, le Président polonais a déclaré que son pays allait augmenter sa production de charbon, l’une des principales énergies fossiles. C’est tout dire.

Aujourd’hui, l’ONU lance un nouveau message d’alerte qui, comme à l’accoutumée, ne sera pas entendu par nos gouvernants, en particulier par Donald Trump dont l’élection est une catastrophe pour le climat. Pourtant, comme l’a déclaré un climatologue, « nous sommes complètement en dehors des clous ». Sans une action climatique digne de ce nom, l’espoir de maintenir le réchauffement planétaire à moins de 1,5°C « sera bientôt mort ». En fait, cet espoir est déjà mort étant donné que ce seuil fatidique de 1,5°C a été atteint en 2024.

Selon le nouveau rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), publié à moins d’un mois de la COP29, les politiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre mises en place pour l’heure entraîneraient un réchauffement « catastrophique » de 3,1°C au cours du siècle par rapport à l’ère-préindustrielle. Et même en intégrant toutes les promesses de faire mieux, y compris celles que des pays en développement ont conditionnées à l’obtention d’aides financières ou technologiques, les températures mondiales grimperaient de 2,6°C, avec à la clé une série de « points de bascule » irréversibles : effondrement des calottes glaciaires, élévation incontrôlable des mers et amplification des phénomènes météorologiques extrêmes, tels que ceux que viennent de subir la Floride et certaines régions d’Espagne, de France et d’Italie.

Selon l’ONU, pour éviter de dépasser la limite de 1,5°C fixée par l’accord de Paris, les États doivent collectivement s’engager à réduire de 42% par rapport à 2019 leurs émissions annuelles de gaz à effet de serre d’ici 2030, et de 57% d’ici 2035.

Pour rappel, selon le programme européen Copernicus, la température moyenne durant l’ensemble de 2023 a été de 14,98°C sur la planète. L’année 2016, qui était le record jusqu’à présent, a donc été largement détrônée avec 0,17°C de plus.

Selon six grands jeux de données internationaux utilisés pour surveiller les températures mondiales et consolidés par l’OMM, la température moyenne annuelle de la planète en 2023 a dépassé de 1,45 ± 0,12 °C les niveaux préindustriels (1850-1900).

Au cours de la période février 2023 – janvier 2024, la température moyenne observée sur la surface de la Terre était supérieure de 1,52 °C à ces mêmes niveaux préindustriels. Au final, l’année 2024 sera la plus chaude jamais enregistrée et la première à dépasser les 1,5°C promis par l’Accord de Paris à l’issue de la COP 21 de 2015.

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We know it in advance: COP 29 that will be held in Baku (Azerbaijan) from November 11th to 22nd, 2024 will be useless. We can even wonder whether it is desirable. Emmanuel Macron, Joe Biden and Xi Jinping seem to agree with me as they have decided to stay at home. As I wrote previously, organizing COPs in oil producers (Dubai last year, Baku this year) is taking people for fools. Not to mention the carbon footprint that surrounds the organization of such events. This feat had already been achieved in 2018 by setting up COP 24 in Katowice in Silesia, Poland’s main coal basin. It should be remembered that at the end of this meeting, the Polish President declared that his country would increase its production of coal, one of the main fossil fuels. That says it all.
Today, the UN is issuing a new warning message that, as usual, will not be heard by our governments. Yet, as one climate scientist has said, « we are completely off the rails. » Without meaningful climate action, hopes of keeping global warming below 1.5°C « will soon be dead. » According to a new report from the United Nations Environment Programme (UNEP), published less than a month before COP 29, current greenhouse gas reduction policies would lead to a « catastrophic » 3.1°C of warming this century compared to the pre-industrial era. And even if we take into account all the promises to do better, including those that developing countries have made conditional on obtaining financial or technological aid, global temperatures would rise by 2.6°C, leading to a series of irreversible « tipping points »: the collapse of the ice caps, uncontrollable sea level rise and an increase in extreme weather events, such as those that have just been observed in Florida and certain regions of Spain, France and Italy.
According to the UN, to avoid exceeding the 1.5°C limit set by the Paris Agreement, States must collectively commit to reducing their annual greenhouse gas emissions by 42% compared to 2019 by 2030, and by 57% by 2035.
As a reminder, according to the European Copernicus programme, the average temperature for the whole of 2023 was 14.98°C on the planet. The year 2016, which had been the record until now, was largely dethroned with 0.17°C more.
According to six major international datasets used to monitor global temperatures and consolidated by the WMO, the average annual temperature of the planet in 2023 exceeded pre-industrial levels (1850-1900) by 1.45 ± 0.12°C.

During the period February 2023 – January 2024, the average temperature observed on the Earth’s surface was 1.52°C higher than these same pre-industrial levels.Ultimately, 2024 will be the hottest year ever recorded and the first to exceed the 1.5°C promised by the Paris Agreement following COP 21 in 2015.

Vendée Globe : entre empreinte carbone et intérêt scientifique

Il y a quelques jours, je me trouvais aux Sables d’Ononne (Vendée), histoire d’aller jeter un coup d’oeil aux 40 embarcations Imoca des concurrents du Vendée Globe 2024. J’ai toujours admiré ces navigateurs qui se lancent dans une course de 45 000 kilomètres en solitaire autour du monde, sans escale et sans assistance, et dont le départ est donné aujourd’hui 10 novembre 2024..

Malgré une réservation sur Internet, j’ai dû faire la queue pendant près d’une heure avant de pouvoir accéder aux pontons. En patientant, je me disais que je participais à une sacrée empreinte carbone car la grande majorité des personnes autour de moi étaient venues, elles aussi, en voiture, et souvent de beaucoup plus loin que moi.

Des bateaux moins polluants.

En réfléchissant encore davantage, je me disais que la construction de ces monocoques de compétition de 18 mètres de long contribuait largement à cette empreinte carbone. J’ai donc fait une recherche sur Internet et une séquence diffusée sur France Info a apporté une réponse à la question que je me posais.

Même si ces bateaux fonctionnent à la voile, ils traînent dans leur sillage quelques tonnes de CO2. Lors de leur fabrication, pas moins de 600 tonnes d’équivalent CO2 sont envoyées dans l’atmosphère. À titre de comparaison, chaque Français en émet huit tonnes par an en moyenne. De plus, cette empreinte carbone de la construction des Imoca n’a cessé d’augmenter ces dernières années.

L’avenir semble malgré tout prometteur et devrait améliorer la situation au niveau de l’empreinte carbone car certains navigateurs ont trouvé des solutions pour la réduire. Près de Nantes, le skipper Armel Tripon (qui ne participe pas à ce Vendée Globe) fait construire son futur voilier de course avec des rouleaux de fibres de carbone mis au rebut par l’industrie aéronautique. Il en a récupéré gratuitement trois tonnes pour réaliser 70% de son bateau. Au final, les émissions de CO2 ont été divisées par deux. Le skipper compte aller plus loin avec la fabrication des pièces d’accastillage (les poulies permettant de manœuvrer le bateau) à partir de titane recyclé qu’il compte récupérer dans les hôpitaux car non utilisé pour les prothèses orthopédiques. Aujourd’hui, l’équipe d’Armel Tripon a déjà stocké deux tonnes de ce titane hors d’usage et s’apprête à mettre en place une filière industrielle pour le recycler.

Certaines des voiles qui se dressent fièrement le long des pontons des Sables d’Olonne sont fabriquées avec des matériaux non polluants. C’est ainsi qu’à Carnac (Morbihan), l’atelier All Purpose – l’un des fabricants de voile qui équipent des bateaux du Vendée Globe – intègre 50% de fibre de lin dans la fabrication de la grand-voile. Ce lin, récolté en Normandie, remplace en partie les fibres synthétiques et permet donc d’améliorer l’empreinte carbone. D’autres fibres naturelles sont à l’étude, comme le chanvre ou l’ortie dont les fibres étaient déjà utilisées au Moyen-Age pour faire des cordes d’arc.

L’intérêt scientifique.

Les skippers du Vendée Globe participent certes à une compétition sportive de très haut niveau, mais ils contribuent aussi à faire avancer la science environnementale. Un article paru dans le numéro de novembre 2024 du National Geographic nous apprend que pour la première fois, au cours de l’épreuve 2024, la moitié de la flotte sera impliquée dans un projet scientifique en collaboration avec l’IFREMER. Cela permettra à l’Institut français d’accéder aux zones méconnues de l’Atlantique Sud.

Les skippers seront en charge de trois missions : 1) larguer des bouées météo et des flotteurs du réseau mondial Argo permettant de déterminer en temps réel la température et la salinité de l’océan, ainsi que d’autres paramètres ; 2) effectuer des prélèvements d’eau, en particulier pour évaluer sa teneur en microplastiques et analyser l’ADN environnemental ; 3) réaliser des mesures visant à mieux comprendre l’évolution de la circulation océanique. (J’ai insisté à plusieurs reprises sur ce blog sur les profonds changements qu’entraînerait l’effondrement de l’AMOC).

L’objectif de ces différentes mesures est de mieux comprendre les effets du réchauffement climatique et l’impact de l’Homme sur l’Océan. [Photos: C. Grandpey]

2024, l’année la plus chaude. Les 1,5°C de réchauffement sont dépassés !

On s’en doutait et les climatologues l’annonçaient depuis plusieurs mois : l’agence européenne Copernicus vient d’indiquer que l’année 2024 sera la plus chaude jamais enregistrée et la première à dépasser les 1,5°C promis par l’Accord de Paris à l’issue de la COP 21 de 2015. Jamais le coup de marteau de Laurent Fabius n’a semblé aussi ridicule.

L’année 2023 avait déjà battu des records et frôlé le seuil fatidique de 1,5°C. 2024 l’a atteint et même dépassé. Tout laisse à penser que les records vont se succéder au cours des prochaines années. On parle ici de la température globale de la planète et pas de températures locales qui, en de nombreux points du globe ont déjà pulvérisé ce niveau de chaleur moyenne.

Il est bien évident qu’avec un tel dépassement des températures, les événements météorologiques extrêmes vont se multiplier et devenir de plus en plus violents. On vient d’en avoir des échantillons avec les ouragans Helene et Milton aux États-Unis et avec l’épisode méditerranéen qui a ravagé la région de Valence en Espagne.

C’est dans ce contexte que la COP 29 va s’ouvrir à Bakou en Azerbaïdjan. Le titre de la note à paraître demain sur ce blog montre tout le bien que j’en pense. Avec l’élection de Donald Trump, on se retrouve dans le même contexte que la COP 22 de Marrakech en 2016 qui, comme les autres conférences, n’avait débouché sur rien de concret et de contraignant.

Avec Trump à la Maison Blanche, les États-Unis vont sans aucun doute changer radicalement de politique environnementale. Le futur président n’a jamais caché son climatoscepticisme. Il avait qualifié le réchauffement de la planète de « canular » et il a promis de relancer l’extraction des énergies fossiles. Parmi ses autres promesses, il y a la fin des réglementations sur les émissions polluantes des voitures et la fin des normes pour limiter les émissions des centrales à charbon. Il est donc peu probable que l’Oncle Sam participe au financement climatique, autrement dit à l’effort de solidarité visant à aider les pays en voie de développement qui sont victimes du réchauffement climatique sans en être la cause. Je crains fort que Trump réduise considérablement le financement des agences climatiques. Les communiqués qui étaient devenus fréquents sous l’ère Biden risquent de se réduire comme peau de chagrin.

Avec la hausse des concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, les États Unis vont prendre des gifles de plus en plus sévères à l’occasion de nouveaux ouragans que je me propose d’appeler « Trump 1 », « Trump 2 », etc. à partir du mois de janvier 2025 lorsque le milliardaire sera effectivement en poste à la Maison Blanche…

De puissants ouragans comme Helene vont devenir de plus en plus fréquents et de plus en plus violents (Source: NASA)