Chutes mortelles dans les Alpes

Avec les dernières vagues de chaleur, le massif alpin a beaucoup souffert et plusieurs accidents mortels se sont produits. Comme je l’ai indiqué précédemment, le dégel du permafrost de roche rend les parois rocheuses plus instables, avec de nombreuses chutes de blocs. Les glaciers se modifient également, avec ‘apparition de nouvelles crevasses. C’est la raison pour laquelle deux refuges permettant l’ascension du mont Blanc ont été fermés.

En vacances dans les Alpes, un chef d’entreprise aveyronnais a trouvé la mort aux abords du mont Blanc, sur le glacier des Pélerins, entre l’aiguille du Plan et l’aiguille du Midi. Il se trouvait sur la moraine du glacier, un amas de roches très raide et relativement instable à cause des dernières périodes de forte chaleur qui ont accéléré la fonte de la glace.

Le 12 août, le peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) de Chamonix est intervenu sur un accident survenu sur la voie normale du Peigne. Deux jeunes femmes, une aspirante guide et sa cliente, sont décédées alors qu’elles pratiquaient l’alpinisme. L’accompagnatrice était Adèle Milloz, championne du monde de ski alpinisme.

Quelques jours auparavant, le 9 août, deux alpinistes français, disparus depuis la veille, ont été retrouvés morts dans le massif des Hautes-Alpes. Ils faisaient partie d’ une cordée d’amateurs qui a dévissé dans l’ascension d’un sommet de l’Olan et qui est tombée dans la rimaye, une crevasse au pied des parois d’un glacier.

Fin juillet déjà, un couple tchèque y avait mortellement chuté.au fond d’une crevasse du Glacier Blanc, dans le massif des Écrins. Ils étaient bien équipés mais les conditions pour aller sur la Barre des Écrins sont très difficiles en ce moment car les crevasses sont beaucoup plus nombreuses avec la chaleur et la fonte du glacier.

Autre signe de l’impact des vagues de chaleur sur la haute montagne, le refuge de l’Aigle a fermé le 14 août à cause de la sécheresse et du risque d’éboulements En conséquence, certaines ascensions, sur la Meije notamment, ne se font quasiment plus. Les guides de montagne sont obligés de s’adapter et de proposer d’autres courses à leurs clients dans les Écrins.

Massif de la Meije (Photo: C. Grandpey)

La fonte des glaciers dans les Alpes du Sud (France)

On peut voir sur le site web du Huffington Post une superbe photo aérienne du massif du sud des Alpes, culminant à 4 102 mètres à la Barre des Ecrins. L’image est particulièrement révélatrice de l’impact,du réchauffement climatique sur les glaciers et sur la neige.

Le massif des Écrins, avec son Glacier Blanc et les quatre sommets du Mont Pelvoux, a perdu la quasi-totalité de son manteau neigeux et glaciaire. Les records de chaleur enregistrés au cours de l’été 2022, même en altitude, n’ont fait qu’aggraver la situation. Seules quelques neiges éternelles sur les faces nord des plus hauts sommets ou les lacs pro-glaciaires du glacier de l’Arsine, au premier plan de la photo, contrastent avec l’ensemble grisâtre du massif. Le sable qui avait été transporté par le vent depuis le Sahara, apparaît également sur la photo.

Des images comparatives entre 1895, 1983 et 2022, publiés dans le journal Le Monde fin juillet témoignent de l’impact du réchauffement climatique sur le Glacier-Blanc, situé sur la face nord de la Barre des Écrins. Il a reculé de 1 kilomètre depuis 35 ans, à raison de 60 mètres par an.

Les glaciologues ajoutent que la fonte des glaciers s’est accélérée au cours des sept dernières années. Dans ces conditions, on s’attend à un bilan de masse historiquement déficitaire pour le Glacier Blanc, au moins équivalent au record de fonte de 2003, voire pire. On observe des chutes de blocs de glace quotidiennes ou encore un tarissement de l’eau qui approvisionne le Refuge du Glacier Blanc depuis les névés.

A côté du Glacier Blanc, un constat identique est établi au niveau des langues glaciaires d’Ailefroide, de la Momie, des Violettes et du Pelvoux. La moitié des 120 glaciers recensés sur le massif en 1950 ont disparu. La perte de glace risque atteindre 90 à 95 % dans les Écrins à l’horizon 2100..

La disparition des glaciers et des névés met à jour des crevasses et des fissures qui représentent un réel danger pour les alpinistes.  Plusieurs sont morts au cours des dernières semaines. Ce sera le sujet de la note de demain.

Triste, triste…

Source: Huffington Post.

 

Crédit photo : Davide Asnicar, Université de Padoue

 

Vue comparative des Alpes du Sud en juillet 2018 et août 2022 (Satellite Sentinel / Copernicus)

Vues du Glacier Blanc depuis le Pré de Madame Carle en 2020 (Photos: C. Grandpey)

Le réchauffement climatique bouleverse la haute montagne dans les Alpes

J’ai expliqué dans plusieurs notes que le réchauffement climatique est en train de déstabiliser nos montagnes en haute altitude, rendant certains itinéraires de randonnée et d’escalade particulièrement dangereux. C’est pour éviter que des gens se fassent tuer par des blocs dans le Couloir du Goûter que les guides de Chamonix ont décidé de ne plus accompagner d’alpinistes le long de cette voie d’accès au sommet du Mont Blanc. A cause des épisodes de canicule à répétition, des courses parmi les plus mythiques des Alpes sont devenues impossibles cet été. La fonte des glaciers et le dégel du permafrost ont rendu des itinéraires trop dangereux, avec notamment des chutes de pierres.

Sans toutefois mettre en place des interdictions, les autorités alpines ont publié des mises en garde pour une dizaine de sommets. En Suisse, les guides ont renoncé à l’ascension de la célèbre Jungfrau. Suivant l’exemple de leurs collègues de Chamonix pour le Mont Blanc, ils ont également déconseillé de suivre les itinéraires situés sur les versants italien et suisse du Cervin.

Ces mesures sont un coup dur après deux saisons difficiles marquées par la pandémie de Covid-19. Pour les guides, ce n’est pas simple après deux saisons presque totalement vides de prendre la décision d’arrêter le travail. Pour beaucoup de vacanciers, on fait l’ascension du Mont Blanc ou on ne fait rien. Les guides acceptent mal un tel comportement. Ils font remarquer qu’il existe d’autres courses très intéressantes et beaucoup moins dangereuses.

Les glaciers fondent à une vitesse incroyable avec les températures qui battent en permanence des records. En conséquence, leur accès comporte des risques. Selon les glaciologues, les glaciers sont actuellement dans l’état qu’ils connaissent habituellement à la fin de l’été, voire plus tard. L’été 2022 est particulièrement extrême à cause d’une combinaison de facteurs. Les chutes de neige exceptionnellement faibles l’hiver dernier ont amenuisé le manteau neigeux protégeant les glaciers de la chaleur. De plus, le sable venu du Sahara plus tôt dans l’année a assombri la neige, ce qui la fait fondre plus rapidement. Les vagues de chaleur successives qui ont frappé l’Europe depuis mai ont, elles aussi, accéléré la fonte des glaciers, les rendant instables. L’effondrement du glacier de la Marmolada et ses 11 morts est un exemple parfait des conséquences du réchauffement climatique. Le glacier avait été fragilisé par des températures record enregistrées cette année en Italie. On a relevé 10ºC au sommet de la Marmolada la veille de la catastrophe. Les fortes chaleurs ont accéléré sa fonte et l’eau s’est accumulée sous la calotte glaciaire, la rendant instable. Il ne faudrait pas oublier, non plus, les poches d’eau susceptibles d’apparaître à l’intérieur des glaciers dans des périodes de grand beau temps avec des températures très chaudes; elles sont invisibles et représentent donc un danger supplémentaire.

Escalader le Mont Blanc et le Cervin est devenu très dangereux (Photos: C. Grandpey)

Tazieff avait raison !

C’est souvent une bonne chose de rafraîchir la mémoire. En 1979, donc quelques années après le début officiel du réchauffement climatique, Haroun Tazieff se trouvait sur un plateau de télévision en compagnie de l’explorateur océanographique Jacques-Yves Cousteau et du glaciologue Claude Lorius.

https://youtu.be/tPjHLRYZiHM

En réécoutant ce document, on se rend compte que Tazieff était un visionnaire et ses propos cadrent parfaitement avec l’actualité d’aujourd’hui. Alors que Cousteau qualifiait le réchauffement climatique de « baratin », Tazieff tentait déjà d’alerter la population sur les conséquences du phénomène à l’échelle de la planète. Selon lui, « on ne protège pas nos forêts pour faire des profits colossaux. Si au lieu de détruire les forêts françaises, on les protégeait et on en augmentait la surface, il n’y aurait pas de danger avec le gaz carbonique et au contraire il y aurait de plus en plus d’oxygène.” Aujourd’hui, son discours semble plus que jamais d’actualité. “La pollution industrielle dégage des quantités de produits chimiques de toute nature, dont une énorme quantité de gaz carbonique. […] Il pourrait y avoir un effet de serre général, un réchauffement de 2 ou 3°C de la température de l’atmosphère d’où fusion d’une énorme quantité de glace polaire, aussi bien au sud qu’au nord et de glace de montagne. Et il pourrait y avoir une montée des eaux qui pourrait amener à la noyade de toutes les côtes. »

En 1979, le glaciologue Claude Lorius critiquait les propos de Tazieff sur l’Antarctique en affirmant qu’une hausse de température de 2 ou 3°C n’aurait pas une incidence catastrophique sur la glace de ce continent car elle existe depuis une dizaine de millions d’années. On se rend compte aujourd’hui que le glaciologue avait parlé un peu vite…