Le GIEC toujours aussi pessimiste // The IPCC still pessimistic

Après un premier volet consacré à l’évolution du climat, le GIEC vient de publier le deuxième volet de son sixième rapport. Le dernier volet sera diffusé en avril 2022. Cette 2ème partie aborde les effets du changement climatique sur les sociétés humaines et les écosystèmes, ainsi que les moyens de s’y adapter.

Comme on pouvait s’y attendre, le rapport est un terrible avertissement sur les conséquences de l’inaction. Il s’attarde en particulier sur les inondations, les pertes agricoles, les vagues de chaleur et leurs conséquences..

Avec une hausse des températures qui est actuellement de +1,09°C par rapport à l’ère pré-industrielle, les vagues de chaleur deviennent plus intenses et plus fréquentes. On observe une augmentation des feux de forêt et des précipitations, une élévation du niveau de la mer et une acidification des océans. Selon le rapport, « l’augmentation des extrêmes météorologiques et climatiques a eu des impacts irréversibles, poussant les systèmes humains et naturels au-delà de leur limite d’adaptation. »

Le changement climatique est déjà un problème sanitaire avec des pertes de vies humaines. Le rapport souligne également l’augmentation des maladies respiratoires à cause des feux de forêt, ou des pathologies liées à la nourriture, à l’eau et aux animaux. On note une progression du choléra, provoquée par l’augmentation des pluies et des inondations. Dans certaines régions, l’augmentation des températures et des événements extrêmes a également des conséquences sur la santé mentale.

Au niveau de nos sociétés, le changement climatique a « réduit la sécuritaire alimentaire et l’accès à l’eau » pour des millions de personnes, en particulier en Afrique, en Asie, en Amérique centrale et du Sud.

Dans les villes, le réchauffement a aggravé la pollution de l’air et limité le fonctionnement d’infrastructures clés, comme les transports, l’énergie ou la distribution d’eau.

S’agissant des écosystèmes, les animaux, les plantes et les espaces naturels sont en première ligne, avec des « dégâts substantiels et des pertes de plus en plus irréversibles pour les écosystèmes terrestres, d’eau douce, côtiers et marins ».

Des changements irréversibles se dessinent avec le retrait des glaciers, la fonte du permafrost dans les régions arctiques ou l’acidification des océans. Dans les prochaines années, ces effets vont s’aggraver et s’intensifier avec chaque dixième de degré supplémentaire.

Le rapport distingue deux périodes, le court terme (2021-2040) et le moyen-long terme (2040-2100). Pour la première, les jeux sont en partie déjà faits puisque nous avons déjà émis trop de gaz à effet de serre. Pour la seconde, cela dépendra du niveau de réchauffement. Si l’on prend l’exemple des inondations, les dégâts seront jusqu’à 2 fois supérieurs pour 2°C, et jusqu’à 4 fois supérieurs pour un réchauffement de 4°C. Environ un milliard de personnes pourraient être menacées par des aléas climatiques côtiers.

Face à cette situation, l’humanité peut en partie s’adapter. Trois scénarios d’adaptation sont passés en revue dans le rapport du GIEC. S’il salue quelques progrès, le rapport constate surtout l’existence d’un « fossé entre le niveau d’adaptation actuel et les niveaux nécessaires pour réduire les risques climatiques ». Avec l’augmentation du réchauffement climatique, les pertes et dommages vont augmenter et de plus en plus de systèmes humains ou naturels atteindront leurs limites d’adaptation. Certains écosystèmes, comme les coraux, ont déjà passé le point de non-retour.

La diminution des émissions de gaz à effet de serre résultant de nos modes de vie (transport, alimentation, logement) et moteur du réchauffement, est donc indispensable

Le rapport dresse un constat d’échec. « Les tendances actuelles et passées (les émissions, le développement et le changement climatique) n’ont pas permis de progresser vers un développement global résilient au changement climatique. »

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After a first part devoted to climate change, the IPCC has just published the second part of its sixth report. The last part will be released in April 2022. This 2nd part addresses the effects of climate change on human societies and ecosystems, as well as the means of adapting to it.
Predictably, the report is a dire warning about the consequences of inaction. It focuses in particular on floods, agricultural losses, heat waves and their consequences.
With a rise in temperatures which is currently +1.09°C compared to the pre-industrial era, heat waves are becoming more intense and more frequent. There is an increase in forest fires and precipitation, sea level rise and ocean acidification. According to the report, “increasing weather and climate extremes have had irreversible impacts, pushing human and natural systems beyond their adaptive limit.”
Climate change is already a health problem with loss of human life. The report also highlights the increase in respiratory diseases due to forest fires, or pathologies related to food, water and animals. There is an increase in cholera, caused by increased rains and floods. In some regions, rising temperatures and extreme events are also impacting mental health.
At the level of our societies, climate change has « reduced food security and access to water » for millions of people, particularly in Africa, Asia, Central and South America.
In cities, global warming has aggravated air pollution and limited the functioning of key infrastructures, such as transport, energy or water distribution.
When it comes to ecosystems, animals, plants and natural spaces are on the front line, with « substantial damage and increasingly irreversible losses to terrestrial, freshwater, coastal and marine ecosystems ».
Irreversible changes are taking shape with the retreat of glaciers, the melting of permafrost in the Arctic regions or the acidification of the oceans. In the next few years, these effects will worsen and intensify with each additional tenth of a degree.
The report distinguishes two periods, the short term (2021-2040) and the medium-long term (2040-2100). For the first, the stakes are partly already cast since we have already emitted too many greenhouse gases. The second will depend on the level of warming. If we take the example of floods, the damage will be up to 2 times greater for 2°C, and up to 4 times greater for a warming of 4°C. Around one billion people could be threatened by coastal climate hazards.
Faced with this situation, humanity can partly adapt. Three adaptation scenarios are reviewed in the IPCC report. If it welcomes some progress, the report notes above all the existence of a « gap between the current level of adaptation and the levels necessary to reduce climate risks ». With increasing global warming, losses and damages will increase and more and more human or natural systems will reach their adaptation limits. Some ecosystems, such as corals, have already passed the point of no return.
The reduction of greenhouse gas emissions resulting from our lifestyles (transport, food, housing) and drivers of global warming, is therefore essential.
The report draws up an acknowledgment of failure. “Current and past trends (emissions, development and climate change) have not allowed progress towards climate-resilient global development.

La Courbe de Keeling n’incite guère à l’optimisme. Les concentrations de CO2 dans l’atmosphère ne cessent d’augmenter et vont probablement crever le plafond des 420 ppm.

La sécheresse continue dans le sud-ouest des Etats Unis // Drought continues in the American Southwest

Les médias européens parlent peu de la grave sécheresse qui continue d’affecter le sud-ouest américain, mais la situation n’a guère évolué au cours des derniers mois. Selon les climatologues, il s’agit des deux décennies les plus sèches dans cette région du globe depuis au moins 1 200 ans, et les scientifiques confirment que le changement climatique est en grande partie responsable.
La « méga-sécheresse », qui a commencé en 2000, a réduit l’approvisionnement en eau, dévasté les cultures et l’élevage, et contribué à alimenter les incendies de forêt dans la région, était auparavant considérée comme la pire depuis 500 ans. Cependant, des conditions exceptionnelles au cours de l’été 2021 ont aggravé la situation. En conséquence, 2000-2021 est la période la plus sèche depuis l’an 800 qui est la limite les données météorologiques.
Les climatologues expliquent que la sécheresse aurait tout de même eu lieu, indépendamment du changement climatique, mais sa gravité n’aurait été qu’environ 60% de ce qu’elle est actuellement. Les scientifiques insistent sur le rôle de la température, plus que celui des précipitations, dans les sécheresses exceptionnelles. Les précipitations peuvent augmenter et diminuer au fil du temps et peuvent varier d’une région à l’autre, mais les activités humaines continuent d’envoyer des gaz à effet de serre dans l’atmosphère; le résultat, c’est que les températures augmentent et les conditions de sécheresse deviennent encore plus extrêmes.
Bien qu’il n’existe pas de définition officielle, une « méga-sécheresse » est généralement considérée comme une sécheresse sévère de longue durée, de l’ordre de plusieurs décennies. Toutefois, il peut y avoir des périodes où des conditions humides prévalent au coeur d’une méga-sécheresse. Le problème, c’est que dans le sud-ouest américain, il n’y a pas eu assez d’années humides consécutives pour mettre fin à la sécheresse. Avec le changement climatique, il est probable que la sécheresse continuera. Cela dure depuis 22 ans sans le moindre répit. Plusieurs méga-sécheresses depuis 1 200 ans ont duré jusqu’à 30 ans. Les climatologues pensent qu’il est probable que la sécheresse actuelle durera aussi longtemps.
Les cernes des arbres permettent de mesurer leur croissance année après année. En utilisant des données climatiques d’observation au cours du siècle dernier, les chercheurs ont pu établir un lien étroit entre la largeur des cernes et la teneur en humidité du sol. Ensuite, ils ont appliqué cette relation largeur-humidité aux données d’arbres beaucoup plus âgés. Le résultat est un enregistrement presque parfait de l’humidité du sol sur 12 siècles dans le Sud-Ouest.
En utilisant ces données, les chercheurs ont déterminé que l’été 2021 a été le deuxième plus sec des 300 dernières années, dépassé seulement par 2002. Les pluies de la mousson dans le désert du sud-ouest l’été dernier avaient donné l’espoir que la sécheresse pourrait prendre fin, tout comme les fortes pluies et la neige en Californie à l’automne et en décembre. Mais janvier a produit des conditions record de sécheresse dans une grande partie de l’Ouest, et jusqu’à présent, février a également été sec. Les réservoirs qui, il y a quelques mois, étaient à des niveaux supérieurs à la normale, sont à nouveau inférieurs, et le manteau neigeux est également insuffisant sur les montagnes. Les prévisions saisonnières laissent entendre que la sécheresse se poursuivra.
Source : Yahoo News, The New York Times.

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Little is said in the European news media about the severe drought that is still affecting the American Southwest, but nothing has much changed during the past months. The megadrought has become so severe that it is now the driest two decades in the region in at least 1,200 years, and scientists do confirm that climate change is largely responsible.

The drought, which began in 2000 and has reduced water supplies, devastated farmers and ranchers and helped fuel wildfires across the region, had previously been considered the worst in 500 years. However, exceptional conditions in the summer of 2021 made the situation much worse. As a result, 2000-2021 is the driest 22-year period since A.D. 800, which is as far back as the data goes.

Climate scientists say there would have been a drought regardless of climate change, but its severity would have been only about 60% of what it is. They insist on the role of temperature, more than precipitation, in driving exceptional droughts. Precipitation amounts can go up and down over time and can vary regionally. But as human activities continue to pump greenhouse gases into the atmosphere, temperatures are more generally rising, and drought conditions become much more extreme.

Although there is no uniform definition, a megadrought is generally considered to be one that is both severe and long, on the order of several decades. But even in a megadrought there can be periods when wet conditions prevail. The problem is that in the American Southwest there are not enough consecutive wet years to end the drought.

Climate change also makes it more likely that the drought will continue. It has lasted 22 years and is still in full swing. Several previous megadroughts in the 1,200-year record lasted as long as 30 years. Climate scientists think it is likely that the current drought will last that long.

Tree rings are a year-by-year measure of growth. Using observational climate data over the past century, researchers have been able to closely link tree ring width to moisture content in the soil, which is a common measure of drought. Then they have applied that width-moisture relationship to data from much older trees. The result is an almost perfect record of soil moisture over 12 centuries in the Southwest.

Using that record, the researchers determined that last summer was the second driest in the past 300 years, with only 2002, in the early years of the current drought, being drier. Monsoon rains in the desert Southwest last summer had offered hope that the drought might come to an end, as did heavy rain and snow in California from the fall into December. But January produced record-dry conditions across much of the West, and so far February has been dry as well. Reservoirs that a few months ago were at above-normal levels for the time of year are now below normal again, and mountain snowpack is also suffering. Seasonal forecasts also suggest the dryness will continue.

Source: Yahoo News, The New York Times.

Les réserves d’eau sont au plus bas dans le SO des Etats Unis, comme ici le Lac Powell (Photo: C. Grandpey)

L’agonie de la Mer de Glace (France) [suite]

Après un premier chapitre consacré à la hausse des températures dans le monde, ma conférence « Glaciers en péril, les conséquences du réchauffement climatique » débute par la situation dans les Alpes et en particulier la Mer de Glace. J’ai visité le glacier pour la première fois à l’âge de 8 ans. Dans les années 1950-1960, il n’y avait pas besoin d’un télécabine et plus de 400 marches pour atteindre la grotte percée dans le glacier. On y accédait pratiquement de plain pied.

Aujourd’hui, le réchauffement climatique a eu raison de la Mer de Glace. Les repères annuels qui ponctuent la descente par l’escalier métallique montrent avec quelle vitesse le glacier a fondu. On peut presque affirmer qu’à l’instar de l’Okjökull en Islande il est à l’agonie, voire mort.

Un article paru sur le site de la radio France Info nous montre une autre conséquence de l’effet du réchauffement climatique sur la Mer de Glace. Au cœur du glacier, la centrale hydroélectrique est, elle aussi, rattrapée par la hausse des températures et EDF a engagé une course contre la montre pour trouver un nouveau point de captage.

Grégoire Lecalot, journaliste à France Info, explique que l’on accède à la centrale par une galerie de deux kilomètres de long, creusée dans la montagne. Au bout de cette galerie, il faut escalader un escalier de fer particulièrement pentu. On arrive enfin au niveau des trois prises d’eaux qui montrent parfaitement la course engagée entre EDF et la fonte du glacier. Un technicien de l’exploitation explique qu’il y a 10 ans, le glacier et la prise d’eau pour capturer l’eau étaient beaucoup plus bas. Compte tenu du réchauffement climatique, il a fallu creuser une nouvelle galerie d’environ un kilomètre pour aller chercher l’eau plus haut. Les températures n’ayant pas cessé de grimper et le glacier n’ayant pas cessé de fondre, il faut de nouveau aller chercher l’eau différemment.

Ces nouveaux travaux vont coûter 3 millions d’euros, à ajouter aux 25 millions qu’il avait fallu consacrer à la recherche de l’actuel point de captage de l’eau. Ce dernier, similaire à une cascade, débouche sur une salle souterraine. Des ouvriers y travaillent au renforcement des parois. Il faut faire vite car la salle n’est accessible que trois mois par an. Au centre, un bassin recueille l’eau du torrent glaciaire. Le plafond de la salle est constitué de la glace du glacier de la Mer de Glace. Pour le moment, son épaisseur est de plusieurs dizaines de mètres, mais il va continuer de fondre a raison de 40 à 50 mètres par an.

L’avenir de la Mer de Glace s’annonce très sombre. Dans sa conclusion, Grégoire Lecalot explique que « si le réchauffement climatique se poursuit au même rythme, les générations futures ne verront plus de la Mer de Glace qu’un lac et un torrent de montagne. La centrale électrique sera peut-être toujours là mais elle captera l’eau au débouché du torrent, à l’air libre, comme de nombreuses autres. Les huit kilomètres de galeries creusées au cœur du massif du mont Blanc ne raconteront alors plus qu’une vieille histoire. »

Vous pourrez lire le reportage dans son intégralité à cette adresse :

https://www.francetvinfo.fr/economie/energie/reportage-au-coeur-de-la-centrale-hydroelectrique-de-la-mer-de-glace-rattrapee-par-le-rechauffement-climatique_4975395.html

Voici la Mer de Glace en août 1956 :

La voici en septembre 2020 :

Le réchauffement climatique en Suisse // Global warming in Switzerland

Un internaute, visiteur assidu de mon blog, m’a transmis des observations très intéressantes effectuées par les météorologues suisses à propos du dérèglement climatique. Jusqu’en 2021, ils ont utilisé la moyenne des différents paramètres de la période 1981-2010, y compris pour les stations du Valais.

Toutefois, depuis 2022, les Suisses prennent en compte comme référence les données de la période 1991-2020. Cette évolution est nécessaire au vu de la rapidité du réchauffement climatique depuis la fin des années 1980, en particulier dans les latitudes tempérées où nous vivons, et surtout dans les latitudes boréales. On remarquera qu’en 2019 et 2020, mis à part deux mois, toutes les moyennes mensuelles de température se sont situées au-dessus de la norme 1981-2020.

S’agissant des 6 stations de référence du Valais, la moyenne des températures sur 30 ans a augmenté de près de 0,5°C entre la période 1981-2010 et 1991-2020. C’est considérable pour une seule décennie, si on réalise que le réchauffement moyen de 2°C en Suisse s’étend sur 130 ans. Cette situation peut s’expliquer par l’accélération du réchauffement à la fin des années 1980.

Le remplacement de la norme décennale 1981-2021 par 2011-2020 a une conséquence importante au niveau des températures. Ainsi, la décennie 2011-2020 a été la plus chaude jamais relevée depuis le début des mesures en Suisse. A noter toutefois que l’augmentation des températures ne se fait pas selon un schéma régulier. Le réchauffement est plus significatif en avril et juin (+0,8°c) qu’en septembre et octobre, par exemple.

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A frequent visitor to my blog has sent me some very interesting observations made by Swiss meteorologists. Until 2021, they used the average of the various parameters for the period 1981-2010, including the Valais stations.
However, since 2022, the Swiss have taken into account the data for the period 1991-2020 as a reference. This evolution is necessary in view of the rapidity of global warming since the end of the 1980s, in particular in temperate latitudes where we live, and in boreal latitudes. It should be noted that in 2019 and 2020, apart from two months, all the monthly temperature averages were above the 1981-2020 standard.
With regard to the 6 reference stations in Valais, the average temperature over 30 years has increased by almost 0.5°C between the period 1981-2010 and 1991-2020. This is considerable for a single decade, if we realize that the average warming of 2°C in Switzerland extends over 130 years. This situation can be explained by the acceleration of warming at the end of the 1980s.
The replacement of the ten-year standard 1981-2021 by 2011-2020 has an important consequence in terms of temperatures. Thus, the decade 2011-2020 was the coldest ever recorded since the start of measurements in Switzerland. However, the increase in temperature does not follow a regular pattern. The warming is more significant in April and June (+0.8°C) than in September and October, for example.

Graphique montrant le réchauffement de la température moyenne, mensuelle et annuelle, pour les stations du Valais (plaine en bleu, montagne en orange) [Source: MétéoSuisse]

Dans le Valais, les glaciers d’Aletsch et du Rhône fondent à vue d’oeil sous les coups de boutoir du réchauffement climatique (Photos: C. Grandpey)