Une vague de chaleur inquiétante ! // A worrying heat wave!

Une vague de chaleur digne du début de l’été est actuellement observée en Espagne, alors que nous sommes au cœur du mois de janvier, donc en plein hiver. Des températures avoisinant les 30°C ont été enregistrées le 25 janvier dans les régions de Valence, Murcie et près de Malaga, dans le sud de l’Andalousie. Plusieurs records locaux de températures pour un mois de janvier ont par ailleurs été battus à travers le pays. On se croirait au mois de juin !

Cette chaleur en plein hiver touche également le sud de la France. Elle est provoquée par la présence d’un puissant anticyclone au-dessus de la Méditerranée. Elle est, bien sûr, en relation avec le réchauffement climatique et le phénomène El Niño.

L’Espagne avait déjà enregistré des températures inhabituellement élevées en décembre, avec une pointe à 29,9°C à Malaga, un record national pour un mois de décembre.

La situation est inquiétante aussi dans le sud de la France qui a déjà été en proie à une sévère sécheresse en 2023, dans le Roussillon en particulier. Le 25 janvier 2024, plusieurs records de chaleur ont été battus dans la région. Près de Perpignan, dans les Pyrénées-Orientales, il a fait jusqu’à 26°C.

Plus globalement, Météo France a confirmé que la fin janvier est marquée par une douceur hivernale exceptionnelle sur la moitié sud du pays. Des dizaines de records mensuels de températures ont été battus le 25 janvier dans les Pyrénées Orientales, mais aussi dans l’Hérault, l’Aude, les Pyrénées Atlantiques, ou encore dans le Gard.

Si des températures similaires ont déjà été constatées en plaine, c’est surtout à l’intérieur des terres et en montagne que cette vague de douceur est inédite. On a des valeurs très hautes en altitude, avec plus de 15 degrés au-dessus de 1 500m, et parfois plus. Ce n’est pas une bonne nouvelle à une semaine du début des vacances d’hiver. Les stations de basse et moyenne altitude sont bien sûr les plus impactées. La station de ski de Formiguères, dans les Pyrénées-Orientales, a enregistré 20.1°C le 24 janvier et 20.7°C le lendemain. On a relevé 18.7 °C à 1788m à Font Romeu. Comme je l’ai écrit à plusieurs reprises, ces stations ont intérêt à diversifier leurs activités, avec le risque de devoir mettre la clé sous le paillasson si elles ne le font pas. Au train où vont les choses, avec l’accélération du réchauffement climatique en montagne, on est aussi en droit de se demander si les conditions d’enneigement seront favorables à l’organisation de Jeux Olympiques d’Hiver en France en 2030.

Selon un expert météo, « la situation semble déjà très critique. La masse d’air en altitude s’est considérablement réchauffée. On continue dans le rythme de ces dernières années. On bat des records, on passe des seuils, encore et encore. Et un jour, on aura 30,5°C en février à ce rythme-là. C’est triste. »

Vue de l’enneigement dans le secteur de Super Besse (Auvergne). Pas de neige et de froid prévus dans les prochains jours. Il y aura bousculade sur les quelques pistes de ski ouvertes…(Image webcam le 26 janvier 2024).

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Même s’il représente peu de choses par rapport aux autres sources de pollution, le brûlage des pneus par les agriculteurs pendant les manifestations n’arrange pas les choses. La pollution occasionnée est considérable à l’échelle de la France. Les pneus qui brûlent génèrent des particules fines, avec des hydrocarbures aromatiques polycycliques, des métaux et du gaz comme du dioxyde de soufre, selon le rapport de l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (INERIS) qui évalue à 100 grammes la quantité de particules émises pour un kilo de pneus brûlé.

Il convient de rappeler qu’il est interdit de brûler ou d’enterrer les pneus. Le Code de l’Environnement décrit les pratiques interdites et les recommandations concernant les pneus usagers. L’article L. 541-46 sanctionne de deux ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende cette pratique de brûlage. Bien sûr, les paysans ne seront pas sanctionnés alors qu’un particulier qui ferait brûler ses pneus ne s’en sortira pas aussi facilement. Il faut comprendre les agriculteurs : le brûlage des pneus pendant les manifestations est une solution beaucoup moins onéreuse que de s’en débarrasser par l’intermédiaire d’un prestataire privé.

Source: presse nationale

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A heat wave usually seen at the start of summer is currently being observed in Spain, even though we are in the middle of January, therefore in the middle of winter. Temperatures around 30°C were recorded on January 25th, 2024 in the regions of Valencia, Murcia and near Malaga, in southern Andalusia. Several local temperature records for the month of January were also broken across the country.
This heat in the middle of winter also affects the south of France. It is caused by the presence of a powerful high pressure system above the Mediterranean. It is, of course, linked to global warming and the El Niño phenomenon.
Spain had already recorded unusually high temperatures in December, with a peak of 29.9°C in Malaga, a national record for the month of December.
The situation is also worrying in the south of France which has already been plagued by a severe drought in 2023, in Roussillon in particular. On January 25th, 2024, several heat records were broken in the region. Near Perpignan, in the Pyrénées-Orientales, the temperature reached 26°C.
More generally, Météo France has confirmed that the end of January is marked by exceptional mild winter weather in the southern half of the country. Dozens of monthly temperature records were broken on January 25th in the Pyrénées Orientales, but also in Hérault, Aude, the Pyrénées Atlantiques, and even in Gard.
If similar temperatures have already been observed in the plains, it is especially inland and in the mountains that this heat wave is unprecedented. There are very high values at altitude, with more than 15 degrees above 1,500m, and sometimes more. This is not good news one week before the start of the winter holidays. Low and medium altitude ski resorts are of course the most impacted. The ski resort of Formiguères, in the Pyrénées-Orientales, recorded 20.1°C on January 24th and 20.7°C the next day. A temperature of 18.7 °C was recorded at 1788m a.s.l. in Font Romeu. As I have written on several occasions, these resorts should diversify their activities, with the risk of having to close their doors if they do not do so. The way things are going, with the acceleration of global warming in the mountains, we may also wonder if the snow conditions will be favorable to the organization of the Winter Olympics in France in 2030.
According to a weather expert, “the situation already seems very critical. The air mass aloft has warmed considerably. We are continuing at the pace of recent years. We are breaking records, we are crossing thresholds, again and again. And one day, we will have 30,5°C in February. It’s sad. »

 

 

Réchauffement climatique : la cascade de Gavarnie à sec !

Les conséquences du réchauffement climatique s’accumulent avec les jours. Aujourd’hui on apprend que la mythique cascade du Cirque de Gavarnie (Hautes-Pyrénées), sujet d’innombrables photos, ne coule plus, ou presque. En y regardant bien, on aperçoit juste un mince filet d’eau. Météo France explique que c’est le résultat de précipitations très faibles depuis le début de l’année et une chaleur estivale qui perdure cet automne. On a enregistré à peine 754 mm de précipitations depuis le 1er janvier 2023 après un fort déficit en 2022. Pour mémoire la moyenne annuelle se situe aux alentours des 1400mm. De plus, on relève actuellement 20°C vers 1500m. Météo-Pyrénées indique une moyenne des températures supérieures de 2 à 3 degrés ou plus à la normale saisonnière le long des Pyrénées depuis le 11 juillet dernier. Une telle situation pluviométrique n’aide pas à rétablir les réserves d’eau. Comme me le faisait remarquer un ami qui habite la région, ce n’est pas le famélique névé résiduel de l’ancien glacier du Marboré qui peut alimenter la cascade en eau. D’après le dernier rapport d’Info-secheresse, le bilan pluviométrique des six derniers mois le long des Pyrénées est problématique. L’ensemble de la chaîne est en Rouge (« sécheresse extrême ») ou Orange (« grande sécheresse »).

Gavarnie sans sa cascade, c’est un peu comme le Limousin sans son clafoutis. C’est tout de même un lieu emblématique classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Météo Pyrénées a partagé une très récente photo de la célèbre chute d’eau, la plus haute de France métropolitaine avec ses 422 mètres. C’est tout juste si on parvient à distinguer l’emplacement de la cascade.

 

  (Crédit photo : Météo France)

Vue de la cascade de Gavarnie le 26 septembre 2018 (Photos : C. Grandpey)

L’agonie du glacier d’Arcouzan (Pyrénées ariégeoises)

Les glaciers des Pyrénées disparaissent les uns après les autres sous l’effet du réchauffement climatique. J’ai écrit plusieurs notes expliquant cette triste évolution. Il existe pourtant un petit glacier qui essaye de faire de la résistance, même si ses jours semblent comptés. Il s’agit du glacier d’Arcouzan (ou glacier du Mont Valier), un petit glacier de cirque situé sur la face nord-est du du mont Valier, dans le Couserans, où il s’étage entre 2 320 et 2 520 m d’altitude. Seul glacier du département de l’Ariège, c’est le plus oriental des glaciers pyrénéens.Il semblerait qu’il fonde moins vite que la moyenne des autres glaciers des Pyrénées. Sa situation lui permet de mieux résister car il récupère toute la neige qui tombe sur la face nord du Valier et qui vient ensuite se déposer sur la partie haute du glacier en se compactant.

Depuis 2011, tous les deux ans, les équipes du Parc naturel des Pyrénées Ariégeoises organisent une campagne de mesures en présence de géomètres, pour la plupart bénévoles. Le bilan sera prochainement publié mais le constat est sans appel : le pronostic vital du glacier d’Arcouzan est engagé et le réchauffement climatique accélère sa perte.

Au cours de la campagne de mesures, on a constaté que le glacier est très crevassé et coupé. À cause du réchauffement climatique, il est moins alimenté par la neige et la hausse des températures estivales n’arrange rien. Depuis le début de la campagnes de mesures, il y a eu des années où sa surface et son épaisseur ont augmenté, mais entre 2018 et 2021, il a perdu 6 mètres d’épaisseur. On ne connaît pas encore les résultats des mesures entre 2021 et 2023 mais cela est à peu près du même ordre, avec peut-être même une accélération de la fonte.

Il est difficile de prévoir une date précise de sa disparition totale. 20 ans, 30 ans, 10 ans ? On ne sait pas. Une chose est sure, il est voué à disparaître, comme tous les autres glaciers des Pyrénées.

En disparaissant, le glacier d’Arcouzan emportera avec lui l’identité de tout un territoire.

Source: France 3 Régions.

Photos : Melaine Le Roy, Parc naturel Pyrénées Ariégeoises

Le ski de fond fortement impacté par le réchauffement climatique

Avec le réchauffement climatique, la neige se fait de plus en plus rare dans nos montagnes et la saison de ski alpin se réduit comme peau de chagrin. L’impact de la hausse des températures est encore plus sévère sur le ski de fond qui se pratique à des altitudes plus basses. Depuis plusieurs années, certaines stations comme Bessans (Savoie) ou Le Grand-Bornand (Haute-Savoie) stockent la neige de l’hiver précédent sous une couverture de sciure afin de pouvoir en disposer en début de saison. En effet, aujourd’hui,les premières chutes de neige ont tendance à se produire plus tard et la saison se termine souvent plus tôt qu’auparavant.

En 2022, la station du Grand-Bornand, située à environ 1000 mètres d’altitude, accueillait du 15 au 18 décembre la troisième étape de la Coupe du monde de biathlon. Faute de neige naturelle suffisante, les organisateurs ont dû acheminer par camions des substituts en partie artificiels. La neige provenait d’une réserve à proximité. La méthode a été décriée par les défenseurs de l’environnement mais est amenée à se reproduire de plus en plus souvent à ces altitudes.

Le problème du manque d’enneigement en altitude, bien que très variable d’une année sur l’autre, est de plus en plus visible et inquiétant. Dans un rapport du WWF publié en juillet 2021, on peut lire que dans les Alpes, à une altitude de 1500m en moyenne, « une hausse des températures globales de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels correspond à une réduction de 30% de l’épaisseur moyenne du manteau neigeux en hiver d’ici à 2055 environ. « Dans un monde à +4°C, cette réduction pourrait s’élever à 80% à l’horizon de la fin du siècle. »

Les scientifiques ajoutent que si l’on regarde les enregistrements de l’évolution de l’enneigement dans les Alpes depuis le début des années 70, on remarque qu’on a perdu de l’ordre d’un mois de durée d’enneigement [20 jours sur la date de fonte, 10 jours sur le début de l’enneigement] en basse et moyenne altitude, Les effets pourront toutefois être différents selon les massifs, mais au final aucune station de ski ne présente un enneigement naturel fiable dans les Alpes et dans les Pyrénées d’ici 2090. Il est évident que des massifs de moindre altitude comme le Jura, les Vosges ou le Massif Central seront encore davantage impactés par le manque de neige.

Face à la pénurie de neige, les stations se tournent de plus en plus vers la neige de culture. Ce recours est même imposé par les organisateurs d’étapes de Coupe du monde de biathlon ou de ski de fond. En France, 32 % de la surface des pistes dans les stations sont équipés pour produire de la neige de culture, un chiffre en constante augmentation. Là encore, cette solution est limitée et la fabrication de la neige artificielle sera de plus en plus complexe sur une planète qui se réchauffe.

Tout le monde de la montagne se pose des questions pour savoir quelles solutions peuvent être adoptées pour sauver l’or blanc. Certains optent pour la conservation sous la sciure de la neige de l’année précédente, et pour une adaptation du calendrier des compétitions. D’autres pensent qu’il faudrait réfléchir à relocaliser l’ensemble de la saison dans les pays du Nord de l’Europe comme la Suède, la Norvège ou la Finlande. Leurs stations sont moins hautes en altitude, mais leur latitude devrait les épargner, du moins dans un premier temps, car il tombe aussi moins de neige dans le nord de l’Europe.

Une autre conséquence du réchauffement climatique inquiète le monde de la montagne. Le phénomène continuera d’affecter l’intensité et la fréquence de certains risques naturels déjà présents en montagne, comme les crues qui gagneront en importance avec les changements de régime de précipitation, les avalanches de neige humide, les glissements de terrain, ou encore la déstabilisation des parois rocheuses ». Les débats ne font que commencer. Les polémiques aussi.

Source: France Info.

Au Grand Bornand (Haute-Savoie) et à Bessans (Savoie), on conserve la neige de l’hiver précédent sous une couche de sciure, au cas où, mais les canicules n’arrangent pas les choses…. (Photo: C. Grandpey)