Réchauffement climatique : la cascade de Gavarnie à sec !

Les conséquences du réchauffement climatique s’accumulent avec les jours. Aujourd’hui on apprend que la mythique cascade du Cirque de Gavarnie (Hautes-Pyrénées), sujet d’innombrables photos, ne coule plus, ou presque. En y regardant bien, on aperçoit juste un mince filet d’eau. Météo France explique que c’est le résultat de précipitations très faibles depuis le début de l’année et une chaleur estivale qui perdure cet automne. On a enregistré à peine 754 mm de précipitations depuis le 1er janvier 2023 après un fort déficit en 2022. Pour mémoire la moyenne annuelle se situe aux alentours des 1400mm. De plus, on relève actuellement 20°C vers 1500m. Météo-Pyrénées indique une moyenne des températures supérieures de 2 à 3 degrés ou plus à la normale saisonnière le long des Pyrénées depuis le 11 juillet dernier. Une telle situation pluviométrique n’aide pas à rétablir les réserves d’eau. Comme me le faisait remarquer un ami qui habite la région, ce n’est pas le famélique névé résiduel de l’ancien glacier du Marboré qui peut alimenter la cascade en eau. D’après le dernier rapport d’Info-secheresse, le bilan pluviométrique des six derniers mois le long des Pyrénées est problématique. L’ensemble de la chaîne est en Rouge (« sécheresse extrême ») ou Orange (« grande sécheresse »).

Gavarnie sans sa cascade, c’est un peu comme le Limousin sans son clafoutis. C’est tout de même un lieu emblématique classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Météo Pyrénées a partagé une très récente photo de la célèbre chute d’eau, la plus haute de France métropolitaine avec ses 422 mètres. C’est tout juste si on parvient à distinguer l’emplacement de la cascade.

 

  (Crédit photo : Météo France)

Vue de la cascade de Gavarnie le 26 septembre 2018 (Photos : C. Grandpey)

L’agonie du glacier d’Arcouzan (Pyrénées ariégeoises)

Les glaciers des Pyrénées disparaissent les uns après les autres sous l’effet du réchauffement climatique. J’ai écrit plusieurs notes expliquant cette triste évolution. Il existe pourtant un petit glacier qui essaye de faire de la résistance, même si ses jours semblent comptés. Il s’agit du glacier d’Arcouzan (ou glacier du Mont Valier), un petit glacier de cirque situé sur la face nord-est du du mont Valier, dans le Couserans, où il s’étage entre 2 320 et 2 520 m d’altitude. Seul glacier du département de l’Ariège, c’est le plus oriental des glaciers pyrénéens.Il semblerait qu’il fonde moins vite que la moyenne des autres glaciers des Pyrénées. Sa situation lui permet de mieux résister car il récupère toute la neige qui tombe sur la face nord du Valier et qui vient ensuite se déposer sur la partie haute du glacier en se compactant.

Depuis 2011, tous les deux ans, les équipes du Parc naturel des Pyrénées Ariégeoises organisent une campagne de mesures en présence de géomètres, pour la plupart bénévoles. Le bilan sera prochainement publié mais le constat est sans appel : le pronostic vital du glacier d’Arcouzan est engagé et le réchauffement climatique accélère sa perte.

Au cours de la campagne de mesures, on a constaté que le glacier est très crevassé et coupé. À cause du réchauffement climatique, il est moins alimenté par la neige et la hausse des températures estivales n’arrange rien. Depuis le début de la campagnes de mesures, il y a eu des années où sa surface et son épaisseur ont augmenté, mais entre 2018 et 2021, il a perdu 6 mètres d’épaisseur. On ne connaît pas encore les résultats des mesures entre 2021 et 2023 mais cela est à peu près du même ordre, avec peut-être même une accélération de la fonte.

Il est difficile de prévoir une date précise de sa disparition totale. 20 ans, 30 ans, 10 ans ? On ne sait pas. Une chose est sure, il est voué à disparaître, comme tous les autres glaciers des Pyrénées.

En disparaissant, le glacier d’Arcouzan emportera avec lui l’identité de tout un territoire.

Source: France 3 Régions.

Photos : Melaine Le Roy, Parc naturel Pyrénées Ariégeoises

Le ski de fond fortement impacté par le réchauffement climatique

Avec le réchauffement climatique, la neige se fait de plus en plus rare dans nos montagnes et la saison de ski alpin se réduit comme peau de chagrin. L’impact de la hausse des températures est encore plus sévère sur le ski de fond qui se pratique à des altitudes plus basses. Depuis plusieurs années, certaines stations comme Bessans (Savoie) ou Le Grand-Bornand (Haute-Savoie) stockent la neige de l’hiver précédent sous une couverture de sciure afin de pouvoir en disposer en début de saison. En effet, aujourd’hui,les premières chutes de neige ont tendance à se produire plus tard et la saison se termine souvent plus tôt qu’auparavant.

En 2022, la station du Grand-Bornand, située à environ 1000 mètres d’altitude, accueillait du 15 au 18 décembre la troisième étape de la Coupe du monde de biathlon. Faute de neige naturelle suffisante, les organisateurs ont dû acheminer par camions des substituts en partie artificiels. La neige provenait d’une réserve à proximité. La méthode a été décriée par les défenseurs de l’environnement mais est amenée à se reproduire de plus en plus souvent à ces altitudes.

Le problème du manque d’enneigement en altitude, bien que très variable d’une année sur l’autre, est de plus en plus visible et inquiétant. Dans un rapport du WWF publié en juillet 2021, on peut lire que dans les Alpes, à une altitude de 1500m en moyenne, « une hausse des températures globales de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels correspond à une réduction de 30% de l’épaisseur moyenne du manteau neigeux en hiver d’ici à 2055 environ. « Dans un monde à +4°C, cette réduction pourrait s’élever à 80% à l’horizon de la fin du siècle. »

Les scientifiques ajoutent que si l’on regarde les enregistrements de l’évolution de l’enneigement dans les Alpes depuis le début des années 70, on remarque qu’on a perdu de l’ordre d’un mois de durée d’enneigement [20 jours sur la date de fonte, 10 jours sur le début de l’enneigement] en basse et moyenne altitude, Les effets pourront toutefois être différents selon les massifs, mais au final aucune station de ski ne présente un enneigement naturel fiable dans les Alpes et dans les Pyrénées d’ici 2090. Il est évident que des massifs de moindre altitude comme le Jura, les Vosges ou le Massif Central seront encore davantage impactés par le manque de neige.

Face à la pénurie de neige, les stations se tournent de plus en plus vers la neige de culture. Ce recours est même imposé par les organisateurs d’étapes de Coupe du monde de biathlon ou de ski de fond. En France, 32 % de la surface des pistes dans les stations sont équipés pour produire de la neige de culture, un chiffre en constante augmentation. Là encore, cette solution est limitée et la fabrication de la neige artificielle sera de plus en plus complexe sur une planète qui se réchauffe.

Tout le monde de la montagne se pose des questions pour savoir quelles solutions peuvent être adoptées pour sauver l’or blanc. Certains optent pour la conservation sous la sciure de la neige de l’année précédente, et pour une adaptation du calendrier des compétitions. D’autres pensent qu’il faudrait réfléchir à relocaliser l’ensemble de la saison dans les pays du Nord de l’Europe comme la Suède, la Norvège ou la Finlande. Leurs stations sont moins hautes en altitude, mais leur latitude devrait les épargner, du moins dans un premier temps, car il tombe aussi moins de neige dans le nord de l’Europe.

Une autre conséquence du réchauffement climatique inquiète le monde de la montagne. Le phénomène continuera d’affecter l’intensité et la fréquence de certains risques naturels déjà présents en montagne, comme les crues qui gagneront en importance avec les changements de régime de précipitation, les avalanches de neige humide, les glissements de terrain, ou encore la déstabilisation des parois rocheuses ». Les débats ne font que commencer. Les polémiques aussi.

Source: France Info.

Au Grand Bornand (Haute-Savoie) et à Bessans (Savoie), on conserve la neige de l’hiver précédent sous une couche de sciure, au cas où, mais les canicules n’arrangent pas les choses…. (Photo: C. Grandpey)

La mort des glaciers pyrénéens et le dégel des glaciers alpins

On le sait depuis plusieurs années : avec les réchauffement climatique, les glaciers des Pyrénées sont en sursis et la canicule de ces derniers jours aura forcément accéléré leur agonie. Tous les témoignages vont dans le même sens et arrivent à la même conclusion : il n’y aura plus de glace sur la chaîne d’ici 2040 ou 2050, peut-être même avant.

Plusieurs visiteurs de mon blog m’ont fait part de leurs observations à l’issue de randonnées dans le massif.

Le glacier de la Maladeta fait partie des victimes du réchauffement climatique. Voici deux photos prises depuis Vénasque.

 

Des photos du cirque des Crabioules montrent l’étendue des dégâts, même si le Maupas (3109 mètres) abrite encore un famélique névé… Au cours des années 1960, toute la zone grise des moraines était couverte de glaciers.

 

Un ami qui a randonné dans le secteur de Gavarnie m’explique qu’ « à part un petit névé juste en dessous de la brèche de Roland, il n’y a absolument plus de glacier et c’est à la fois un crève cœur et des difficultés supplémentaires pour accéder au site, tellement le sol rempli de pierres est glissant et instable. »

Même punition pour le glacier des Oulettes de Gaube à 2285 m d’altitude, dans le massif du Vignemale. L’immense masse de glace d’autrefois n’offre plus désormais qu’une mince étendue et ses jours sont comptés. Comme pour ses homologues pyrénéens, sa disparition bouleversera à tout jamais le paysage de la région. Il y a eu peu de neige sur le glacier cet hiver, 3 ou 4 mètres de neige au maximum alors qu’il y en avait 6 ou 7 mètres il y a quelques années. Avec la chaleur au printemps, tout a fondu et la zone d’accumulation ne s’est donc pas rechargée.

Depuis 1850, le glacier des Oulettes a perdu pratiquement 600 mètres de longueur, soit plus de la moitié de sa taille. Depuis 1980, sa diminution de longueur s’est accélérée en lien avec l’accélération du réchauffement climatique. On estime qu’il lui reste encore cinq ans à vivre. Cela correspond à une tendance globale : au cours des vingt dernières années, le nombre de glaciers dans les Pyrénées a été divisé par deux, ainsi que leur surface totale. Il y avait une centaine de glaciers dans le massif vers le milieu du 19ème siècle. Aujourd’hui, une vingtaine ont disparu, emportant avec eux une part de la biodiversité montagnarde.

À la disparition des glaciers dans les Pyrénées s’ajoute une autre mauvaise nouvelle. Selon les climatologues, dans 70 ans , il n’y aura plus de neige sur la chaîne. 70 ans, c’est demain, avant la fin du 21e siècle ! Les stations de ski pyrénéennes ont intérêt à diversifier leurs activités ; c’est urgent !

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De son côté, la police suisse mets en garde les alpinistes sur les risques des chutes de pierres et de glace occasionnés par la vague de chaleur qui s’est abattue sur le massif alpin. On recense de nombreux décès cette année, surtout parmi les étrangers.
Les températures élevées ont mis en péril le regel nocturne qui assure habituellement la cohésion de la roche gelée. Avec le dégel qui en résulte, des plaques et blocs de glace tels que les séracs, ainsi que des formations rocheuses maintenues ensemble par la glace, ppeuvent lâcher prise et constituer une menace pour les alpinistes.
Depuis le début de l’année 2023, 17 alpinistes ont perdu la vie à haute altitude dans les Alpes valaisannes. C’est plus que les bilans annuels enregistrés au cours de chacune des cinq années précédentes. Par ailleurs, six randonneurs sont morts cette année lors d’excursions à basse altitude dans le Valais.
Seules cinq de ces 23 victimes étaient suisses. Les autres sont des ressortissants autrichiens, belges, britanniques, néerlandais, français, allemands, italiens, roumains, taïwanais et ukrainiens.
Source : Associated Press.

Massif du Mont Rose au-dessus de Zermatt Photo: C. Grandpey