Vous avez dit prévision volcanique?

Alors que la lave continue à jaillir de la fracture éruptive de l’Holuhraun en Islande et qu’elle a cessé de progresser à Hawaii, on peut se poser de sérieuses questions à propos de la prévision volcanique dans ces deux situations. Je ne parlerai pas de l’explosion phréato-magmatique du Mont Ontake (Japon) qui a surpris des centaines de randonneurs … mais aussi les volcanologues japonais!

S’agissant de l’Islande, 90% des observateurs misaient sur une éruption du Barðarbunga à la mi-août quand les premiers signes d’activité souterraine sont apparus. On évoquait alors l’éruption de l’Eyjafjallajökull en 2010 et la presse se régalait d’avance des tracas que la cendre allait causer au trafic aérien. On évoquait le système AVOID adopté par la compagnie EasyJet et censé détecter les nuages de cendre, même s’il n’a jamais été vraiment testé dans des conditions éruptives réelles. On s’affolait à l’idée que l’intrusion magmatique pouvait entrer en contact avec le système volcanique de l’Askja avec une forte activité explosive à la clé…

Au lieu de cela, la lave a fini par sortir – et sort toujours au moment où je rédige cette note – dans la plaine de l’Holuhraun après avoir suivi l’une des lignes de fractures qui tranchent l’Islande du sud-ouest vers le nord-est. Le volcan sous-glaciaire Barðarbunga n’a toujours pas émis ses nuages de cendre! Par contre, sa caldeira est en train de s’affaisser de plusieurs dizaines de mètres suite à l’évacuation et à la migration du magma. Au vu de la profondeur initiale des événements sismiques qui n’avaient jamais tendance à devenir superficiels, j’ai toujours défendu l’idée d’une migration du magma sans jamais croire à un événement explosif majeur au niveau du Barðarbunga. Il était clair qu’un dyke était en train de se mettre en place. La seule question était de savoir si la lave allait sortir à l’air libre ou bien emprunter une fracture et disparaître dans les profondeurs, comme cela s’était produit sur le Krafla dans les années 1990. C’est finalement la première solution qu’elle a choisie, dans un lieu désert et donc sans le moindre risque direct pour la population. Le seul problème, et pas le moindre, réside dans les gaz éruptifs qui affectent tout le nord de l’Islande et demandent aux habitants de prendre des précautions.

Les différentes hypothèses éruptives ont fait s’affronter les volcanologues islandais dont le comportement rappelait celui des médecins du 17ème siècle qui opposaient leurs diagnostics au chevet de leurs malades. Ne sachant quelle position adoptée, ces scientifiques évoquaient, via le site web du Met Office, quatre scénarios allant de l’éruption explosive du Barðarbunga à un arrêt de l’intrusion sans apparition de la lave en surface. Le risque d’erreur était vraiment faible !!! C’est comme si un météorologue disait : Le prochain été sera 1) ensoleillé, 2) pluvieux, 3) mitigé !

S’agissant d’Hawaii, il semble aujourd’hui que la déesse Pele ait piégé les volcanologues américains. Alors que la lave avançait régulièrement ces dernières semaines et menaçait très sérieusement la bourgade de Paoha et ses environs, les derniers bulletins du HVO indiquent que la coulée du 27 juin a cessé sa progression et que les zones habitées sont donc beaucoup moins exposées. Il ne faut, bien sûr, pas crier victoire car la lave est susceptible de reprendre sa progression dans les prochains jours. Le passé est là pour le démontrer. Le dernier bulletin du HVO indique que les scientifiques « se refusent à faire des prévisions ». Pendant ce temps, les travaux continuent pour mettre en place des routes de secours dans l’éventualité d’une coupure de la Route 130. Comme je l’indiquais précédemment, les bulldozers s’activent le long de l’ancienne Chain of Craters Road. Si l’arrêt de la coulée de lave se confirme, la situation aura coûté beaucoup d’argent…pour rien. Toutefois, je me garderai bien de critiquer les autorités hawaiiennes. Dans une telle situation, le principe de précaution était essentiel. Si rien n’avait été fait, la situation aurait pu être dramatique pour le district de Puna.

En observant la situation en Islande et à Hawaii, je garde à l’esprit les paroles du regretté François Le Guern qui se plaisait à débuter ses interventions publiques avec ces mots : « Je ne sais pas, nous ne savons pas prévoir une éruption volcanique ».

Lave Hawaii

Vue de la situation actuelle à Hawaii  (Source: USGS / HVO)

Le Bárðarbunga sème la zizanie chez les volcanologues ! // Will Bárðarbunga erupt? We don’t know!

drapeau francaisLa situation actuelle en Islande confirme que nous ne sommes pas vraiment en mesure de prévoir une éruption volcanique. J’ai encore en mémoire les paroles du regretté François Le Guern qui commençait souvent ses conférences avec ces mots : «Je ne sais pas, nous ne savons pas prévoir une éruption volcanique ».

Le titre d’un article paru récemment sur le site web Iceland Review était le suivant: «Les scientifiques ne sont pas d’accord sur l’éruption du Bárðarbunga ».
D’un côté, le directeur de Recherches du Met Office islandais estime que sur la base de ses interprétations des données GPS, la pression baisse et la probabilité d’éruption s’éloigne.
Pendant ce temps, un chercheur de l’Institut des Sciences de la Terre à l’Université d’Islande interprète les données différemment. Il pense que la pression augmente et que le volcan prépare une éruption.
Un géophysicien et professeur à l’Université d’Islande a déclaré que tout pouvait arriver. En s’exprimant ainsi, il est sûr d’avoir raison !!!!

Tout cela me rappelle les médecins du 17ème siècle qui opposaient leurs théories auprès de leurs malades.
En fait, personne n’est capable de dire si une éruption se produira ou non en Islande. Personnellement, en me référant à la sismicité actuelle et à la déformation du sol au niveau du Bárðarbunga, je pense qu’il n’y aura pas d’éruption. Malheureusement, nous n’avons pas d’informations sur d’autres paramètres essentiels comme les changements de température des sources chaudes dans le secteur NE du glacier ou les modifications chimiques subies par l’eau qui sort du glacier. La prévision des éruptions ne peut se faire en se basant uniquement sur la sismicité, comme le font beaucoup de gens en ce moment.

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drapeau anglaisThe current situation in Iceland confirms that we are not really able to predict a volcanic eruption. I still have in memory the late François Le Guern’s words when he started a conference. He used to say” I cannot, we cannot predict a volcanic eruption”. The title of a recent article in the Iceland Review website was: “Scientists Can’t Agree On Bárðarbunga Eruption”.

On the one hand, the Director of Research at the Icelandic Met Office believes that based on her interpretations of the GPS data, the pressure is receding and the likelihood of eruption is minimising.

Meanwhile, a researcher of the Institute of Earth Sciences at the University of Iceland interprets the data differently, believing that the pressure is increasing and that the volcano is rising in preparation for an eruption.

A geophysicist and professor at the University of Iceland said that really, it could go either way. Saying this, he is sure to be right!!!!

Actually, nobody is able to say whether an eruption will occur or not. Personally, referring to the current seismicity and ground deformation at Bárðarbunga, I think it won’t. Unfortunately, we are not informed about other essential parameters like the temperature changes of the hot springs in the area or the chemical changes in the water that comes out of the glacier. The prediction of eruptions cannot be done by relying only on seismicity as many people do at the moment.

Vatna-Jokulsa

L’analyse de l’eau qui sort du glacier peut donner de précieuses indication sur l’activité volcanique.

(Photo:  C.  Grandpey)

Prévisions islandaises

drapeau francaisLes volcans islandais ont intérêt à bien se tenir ! En gardant en tête l’éruption de l’Eyjafjallajökull en 2010 et les perturbations causées au trafic aérien en Europe, une coalition de 100 scientifiques européens et américains baptisée FutureVolc a travaillé pour anticiper le problème. Ils ont couvert le pays de dispositifs de surveillance afin de détecter les signes d’une éruption imminente. Les nouveaux composants du système comprennent :

– Des récepteurs GPS géodésiques pour contrôler en centimètres les mouvements du sol sous la poussée du magma juste avant une éruption.
– Un réseau sismique national qui montrera comment les ondes se déplacent à travers la croûte terrestre avant, pendant et après une éruption.
– des contrôleurs de contraintes  qui peuvent déterminer si la croûte terrestre se contracte ou se dilate à un moment donné.
– Un système radar: Des mesures micro-ondes radar permanentes de particules en suspension pourraient aider à prédire la quantité de cendre et autres matériaux émise par un volcan.

Pour moi, tout cela s’appelle prendre le problème à l’envers. S’agissant de l’éruption de l’Eyjafjöll en 2010, le vrai problème n’a jamais été la prévision de l’éruption qui ne menaçait pas vraiment des zones habitées. Le véritable problème de cette éruption a été le nuage de cendre émis par le volcan et ses effets désastreux sur le trafic aérien en Europe. C’est très bien de vouloir couvrir d’Islande de capteurs capables d’annoncer la prochaine éruption, mais tous ces instruments ne serviront à rien en matière de prévision des risques provoqués par la cendre sur les avions !!

Ces derniers temps, les éruptions de l’Etna et du Sinabung ont entraîné des perturbations dans le trafic aérien régional, voire la fermeture d’aéroports. C’était l’occasion d’effectuer de véritables tests du système AVOID in situ ! Ceux effectués dans le Golfe de Gascogne étaient beaucoup trop théoriques. Je suis prêt à parier que l’éruption d’un volcan islandais dans les 12 prochains mois causera la même pagaille dans le ciel européen qu’en 2010. Il se faut pas se faire d’illusions : les compagnies aériennes ne laisseront pas mettre en danger la vie de milliers de passagers !

 

drapeau anglaisRemembering the eruption of Eyjafjallajökull in 2010 and the disruption it caused to air traffic in Europe, a coalition of 100 European and US scientists calling itself Future­Volc has been working to get ahead of the problem. They’ve been covering the country with monitoring devices in an effort to detect signs of an impending eruption. The new system includes :

– Geodetic GPS receivers to monitor how the ground swells by centimetres under the push of magma just prior to eruption.

– A national seismic network that will show how waves move through Earth’s crust before, during, and after an eruption.

– Strain monitors which can determine whether Earth’s crust is being crushed or dilated at any given moment.

– Radar: Constant micro­wave radar measurements of airborne particulates could help predict the rate at which a volcano will release ash and other material.

In my opinion, this is called taking the problem backwards. With regard to the eruption of Eyjafjallajökull in 2010 , the real problem was never the forecast of the eruption that did not really threaten populated areas. The real problem of this eruption was the ash cloud emitted by the volcano and its disastrous effects on air traffic in Europe. It is a good idea to cover Iceland with sensors able to announce the next eruption, but all these instruments are useless in predicting the risk caused by the ash on aircraft !
Lately, the eruptions of Mount Etna and Sinabung led to disturbances in the regional air traffic or airport closures. It seems that the tests using the AVOID system in the Bay of Biscay were done for nothing ! I ‘m willing to bet that the next eruption of an Icelandic volcano in the next 12 months will cause the same havoc in European skies as in 2010. We must not delude ourselves : the airlines will never endanger the lives of thousands of passengers!

Islande blog 08

Une nouvelle éruption sous-glaciaire en Islande causera de nouveaux tracas dans le ciel européen!

(Photo:  C. Grandpey)