Réchauffement climatique : Méga-sécheresse dans l’Ouest des Etats-Unis // Climate change : Megadrought in Western U.S.

Comme je l’indiquais dans une note hier, l’Ouest des États-Unis est confronté cette année à une sécheresse extrême. Une grande partie du Sud-Ouest du pays est en proie à ce que les scientifiques appellent une « méga-sécheresse ». Tel qu’il est défini par la NASA et la NOAA, ce mot fait référence à une période de sécheresse extrême qui s’étale sur des décennies. Au cours de cette période, il peut y avoir parfois des années plus favorables apportant un peu d’humidité, mais le répit est bref. Le temps sec revient vite et la sécheresse maintient son emprise sur le long terme.

Dans le sud-ouest des Etats Unis, dans des régions comme l’Arizona, le Nevada, l’Utah et certaines parties de la Californie, du Colorado et du Nouveau-Mexique, la sécheresse dure depuis une vingtaine d’années.

Les climatologues expliquent que la méga-sécheresse actuelle est une conséquence directe du réchauffement des températures à l’échelle de la planète. Près de 75 % de l’Ouest américain est actuellement en état de sécheresse sévère. La situation dans le Sud-Ouest remonte à la fin des années 1990, mais la méga-sécheresse actuelle s’est intensifiée en 2020.

L’intensification de la sécheresse dans le sud-ouest est avant tout liée à l’une des moussons les plus sèches jamais enregistrées en 2021. Les précipitations ont été bien inférieures à la moyenne en Arizona et au Nouveau-Mexique en juillet, août et septembre 2020. En général, pendant les mois d’été, une grande partie du sud-ouest des États-Unis est sèche car le jet-stream se déplace vers le nord et les grands systèmes de précipitations n’atteignent pas le désert. En hiver, quand le jet-stream se déplace vers le sud, la pluie et la neige ont tendance à revenir dans certaines parties de la région.

Ce n’est pas la première fois que l’Ouest américain est en proie à une méga-sécheresse. Les cernes sur les troncs d’arbres montrent que les États-Unis ont connu des méga-sécheresses au cours du dernier millénaire, avec une série de sécheresses intenses au cours de la période médiévale, comparable à la période actuelle. Un climatologue explique que lorsque l’Océan Pacifique tropical se refroidit plus que la normale pendant de longues périodes, cela modifie la configuration des précipitations sur le Pacifique tropical ; cela peut alors modifier la circulation atmosphérique sur la planète et peut provoquer des méga-sécheresses dans l’Ouest américain et le sud de l’Amérique du Sud.

Une sécheresse sévère ne s’inverse pas rapidement. En raison du changement climatique, l’inversion de la méga-sécheresse actuelle ne sera pas aussi simple qu’un changement saisonnier. En effet, en raison de l’augmentation des gaz à effet de serre, les sécheresses qui se produisent de nos jours sont plus chaudes qu’elles ne l’étaient autrefois car elles se produisent dans un contexte de réchauffement climatique. Un climatologue a déclaré : « La méga-sécheresse actuelle a certes été provoquée par la réduction des pluies et de la neige, mais elle a été aggravée par le réchauffement des températures provoqué par le changement climatique.

Source : ABC News.

——————————————-

As I put it in a post yesterday, Western United States is confronted with an extreme drought this year. Much of the Southwest is in the throes of a « megadrought ». A megadrought- as defined by NASA and NOAA – is a period of extreme dryness that lasts for decades. Within that period there may be occasional better, wet, years, but the respite is brief. The dryness soon returns and drought maintains its long-term grip.

For the Southwest, including Arizona, Nevada, Utah and parts of California, Colorado and New Mexico, the drought has lasted two decades.

Climatologists warn that the current megadrought in western U.S. is a direct consequence of warming global temperatures. Nearly 75% of the American West is currently in severe drought. The situation in the Southwest has origins dating back to the late 1990s, but the ongoing megadrought has intensified in the last year.

The major factor in the development and intensification of the drought across the Southwest was tied to one of the driest monsoons on record during 2021. Precipitation was well below average across Arizona and New Mexico during July, August, and September.

Typically during the summer months, much of the southwestern U.S. is dry because the jet stream pushes northward and big rain systems do not reach the desert. During winter, as the jet stream shifts southward, rain and snow tend to return to parts of the region.

This is not the first time the American West has been in a megadrought. Tree ring records reveal that the U.S. has experienced megadroughts over the last millennium, including a series during the Medieval period comparable to the current one. A climatologist explains that when the tropical Pacific Ocean becomes cooler than normal for long periods of time, it alters the pattern of rainfall over the tropical Pacific, which can then alter the global atmosphere circulation and it does this in a way that can cause megadroughts in the American West and southern South America.

Severe drought is not reversed quickly, and because of climate change, reversing this latest megadrought might not be as straightforward as a seasonal change. Indeed, due to rising greenhouse gases, droughts that occur now are warmer than droughts used to be because they are occurring against a background of global warming. Explained one expert: “The current megadrought has been driven by reduced rain and snow but has been made worse by warming temperatures due to climate change.”

Source : ABC News.

 

Carte montrant les conditions de sécheresse aux Etats-Unis (Source : NOAA)

Sécheresse sévère dans l’Ouest des Etats-Unis // Severe drought in western U.S.

Le réchauffement climatique est en train d’affecter très sévèrement l’ouest des États-Unis où presque tous les indicateurs de sécheresse sont au Rouge après un hiver sec et un début de printemps chaud. Le manteau neigeux est à moins de la moitié de la normale dans une grande partie de la région. Le niveau des réservoirs diminue, celui des rivières aussi, et les sols se dessèchent.

Nous sommes seulement en mai et plusieurs États envisagent déjà des restrictions d’utilisation de l’eau pour préserver l’approvisionnement. Le gouverneur de Californie a émis un bulletin d’Urgence Sécheresse dans 41 des 58 comtés. Dans l’Utah, les fournisseurs d’eau destinée à l’irrigation verbalisent sévèrement en cas de surutilisation. Certains éleveurs de l’Idaho parlent de vendre leur bétail car les rivières et les réservoirs dont ils dépendent sont à un niveau très bas et que la demande d’irrigation pour les fermes ne fait que commencer.

Les scientifiques surveillent attentivement l’impact de la hausse des températures et de la sécheresse sur les arbres. Ils craignent que le stress hydrique puisse entraîner la mort d’une grande partie des arbres. La végétation morte et sèche représente un contexte idéal pour les incendies de forêts.

À l’heure actuelle, environ 84% de l’ouest des États-Unis est en alerte sécheresse et il n’y a aucun signe d’amélioration de la situation. En avril, les précipitations dans la majeure partie de l’Ouest ont été inférieures de 10% à la normale et le manque de pluie s’est poursuivi jusqu’en mai. De nombreux États mettent en garde contre le manque d’eau après un hiver avec des chutes de neige inférieures à la normale et des températures printanières chaudes au début de l’année 2021, ce qui a accéléré la fonte de la neige. Le lac Mead, qui fournit de l’eau à des millions de personnes, va atteindre un tel niveau en juin que les instances fédérales vont probablement devoir imposer des restrictions d’utilisation de l’eau dans toute la région.

La sécheresse sera également un réel problème pour l’agriculture. En effet, le degré moyen d’humidité du sol dans l’ouest des États-Unis en avril était à son niveau le plus bas depuis plus de 120 ans, époque où ont commencé les relevés.

Les problèmes d’eau dans l’ouest des États-Unis cette année ont leur source dans la faiblesse du manteau neigeux. En effet, la région dépend énormément de la fonte de la neige hivernale dans les montagnes pour remplir les réservoirs en vue des mois secs de l’été. Mais la quantité d’eau fournie par le manteau neigeux est en baisse dans l’ouest des Etats-Unis, comme partout ailleurs dans le monde à cause de la hausse des températures. Dans l’Utah, le manteau neigeux est à 52% de la normale et on s’attend à ce que le débit des cours d’eau soit largement inférieur à la normale tout au long de l’été, avec en certains endroits un niveau à moins de 20% de la normale.

Cette sécheresse ne concerne pas uniquement la nature. De plus en plus de personnes s’installent dans l’ouest des États-Unis, ce qui augmente la demande en eau et en terres agricoles irriguées. Avec l’augmentation de la demande, l’Ouest des Etats-Unis pompe de plus en plus d’eau souterraine pour l’irrigation et d’autres besoins. Les réserves d’eau souterraine ne suffisent plus car les nappes phréatiques ne se rechargent pas assez vite pour faire face à la demande. Les niveaux de certains puits ont chuté de 2 mètres par an.

La hausse des températures contribue largement à la sécheresse actuelle aux Etats-Unis. C’est de la température que dépendent les précipitations qui se feront sous forme de pluie ou de neige. Ce sont aussi les températures qui gèrent la fonte du manteau neigeux et, surtout, la vitesse à laquelle la terre, les arbres et la végétation se dessèchent. Les conditions chaudes et sèches dans l’Ouest en 2020 ont favorisé une saison record d’incendies de forêt, en particulier dans le Colorado et en Californie. Les agences fédérales sont pessimistes ; elles pensent que 2021 sera une autre année longue et difficile avec de nombreux incendies de végétation.

Source: The Conversation.

Dernière minute : La sécheresse est tellement sévère dans la zone entre la Californie et l’Oregon que les autorités fédérales ont coupé l’eau destinée à l’irrigation, avec des conséquences désastreuses pour l’agriculture dans la région.

——————————————-

Global warming is currently having a very severe impact in western United States where about every indicator of drought is flashing red after a dry winter and warm early spring. The snowpack is at less than half of normal in much of the region. Reservoirs are being drawn down, river levels are dropping and soils are drying out.

It’s only May, and states are already considering water use restrictions to make the supply last longer. California’s governor declared a drought emergency in 41 of 58 counties. In Utah, irrigation water providers are increasing fines for overuse. Some Idaho ranchers are talking about selling off livestock because rivers and reservoirs they rely on are dangerously low and irrigation demand for farms is only just beginning.

Scientists are also closely watching the impact that the rapid warming and drying is having on trees, worried that water stress could lead to widespread tree deaths. Dead and drying vegetation means more fuel for what is already expected to be another dangerous fire season.

Right now, about 84% of the western U.S. is under some level of drought, and there is no sign of relief.

In April, precipitation across large parts of the West was less than 10% of normal, and the lack of rain continued into May.

Many states are warning about low streamflow after a winter with less-than-normal snowfall and warm spring temperatures in early 2021 speeding up melting. Lake Mead,  that provides water for millions of people, is on pace to fall to levels in June that could trigger the first federal water shortage declaration, with water use restrictions across the region.

The drought will also be a real problem for agriculture. Indeed, the average soil moisture levels in the western U.S. in April were at or near their lowest levels in over 120 years of observations.

One of the western U.S. biggest water problems this year is the low snowpack. The region is critically dependent on winter snow slowly melting in the mountains and providing a steady supply of water during the dry summer months. But the amount of water in snowpack is on the decline here and across much of the world as global temperatures rise.

Several states are already seeing how that can play out. In Utah, the state’s snowpack is at 52% of normal. Streamflows are expected to be well below normal through the summer, with some places at less than 20%.

It’s important to understand that drought today is not only about nature. More people are moving into the U.S. West, increasing demand for water and irrigated farmland. As demand for water has increased, the West is pumping out more groundwater for irrigation and other needs. Groundwater reserves recharge slowly, and the West is seeing a decline in those resources, mostly because water use for agriculture outpaces their recharge. Water levels in some wells have dropped at a rate of 2 metres per year.

Rising global temperatures also play several roles in drought. They influence whether precipitation falls as snow or rain, how quickly snow melts and, importantly, how quickly the land, trees and vegetation dry out.

Extreme heat and droughts can intensify one another. As global warming increases temperatures, soil moisture evaporates earlier and at larger rates, drying out soils and triggering the warming and drying cycle.

Hot, dry conditions in the West in 2020 fuelled a record-breaking wildfire season, including the largest fires on record in Colorado and California.

As drought persists, the chance of large, disastrous fires increases. Federal agencies are expecting another tough, long fire year.

Source: The Conversation.

Last minute : The water crisis along the California – Oregon border is so acute that federal regulators have shut off irrigation water to farmers, severely impacting the agricultural sector.

Lac Powell, l’un des réservoirs de l’ouest américain (Photo: C. Grandpey)

 

Etats-Unis : Le climat aride progresse vers l’Est // United States The arid climate is moving East

Selon une nouvelle étude du Lamont-Doherty Earth Observatory de l’Université Columbia (Etat de New York), la ligne de partage entre les zones humides de l’Est et les plaines sèches de l’Ouest semble s’être déplacée de 225 kilomètres vers l’est au cours du siècle dernier, à cause du réchauffement climatique. Les scientifiques estiment que cette ligne va continuer sa progression au cours des prochaines décennies, ce qui fera pénétrer encore davantage le climat aride des plaines occidentales dans le Midwest, avec des conséquences majeures pour l’agriculture.
La ligne de partage climatique a été identifiée pour la première fois en 1878 par le géologue et explorateur américain John Wesley Powell. Elle se situe à 100 degrés de longitude à l’ouest de Greenwich et est mieux connue sous le  nom de 100ème  méridien. S’étirant du sud au nord, le 100ème méridien traverse le Texas, l’Oklahoma, le Kansas, le Nebraska et les deux Dakotas. Il marque le début des Grandes Plaines, étendue dépourvue d’arbres et peu peuplée qui couvre une grande partie de 10 États et occupe un cinquième de la superficie des Etats Unis.
La population et les activités économiques sont clairsemées à l’ouest du 100ème méridien où les fermes sont plus grandes et dépendent principalement de cultures comme le blé qui résistent bien à l’aridité du climat. L’Est plus humide est davantage peuplé et présente plus d’infrastructures. Les fermes sont plus petites et la culture principale est le maïs qui aime l’humidité.
Maintenant, en raison des changements intervenus dans les précipitations, le vent et la température depuis les années 1870 – à cause du changement climatique induit par l’homme – la limite entre l’Ouest sec et l’Est plus humide s’est déplacée vers le 98ème méridien. Par exemple, au Texas, la ligne de partage climatique s’est déplacée d’Abilene à Fort Worth.
Selon l’étude, comme la ligne va continuer progresser vers l’Est, les fermes devront s’adapter et s’agrandir pour rester viables. Si les agriculteurs ne sont capables de s’adapter, par exemple en utilisant l’irrigation, ils devront envisager de se tourner vers le blé ou une autre culture mieux adaptée que le maïs aux nouvelles conditions climatiques. Un chercheur a déclaré: « Il se peut que de vastes étendues de terres cultivées ne produisent plus et doivent être converties en pâturages. De plus, l’approvisionnement en eau pourrait devenir un problème pour les zones urbaines. »
Source: USA Today.

————————————————

According to a new study by Columbia University’s Lamont-Doherty Earth Observatory (New York State), the boundary that divides the humid eastern U.S. and the dry western Plains appears to have shifted 225 kilometres to the east over the past century due to global warming. Scientists say it will almost certainly continue shifting in coming decades, expanding the arid climate of the western Plains into what is called the Midwest. The implications for farming could be huge.

The boundary line was first identified in 1878 by the American geologist and explorer John Wesley Powell. At that time, it was at 100 degrees west longitude, also known as the 100th meridian.

Running south to north, the 100th meridian cuts through Texas, Oklahoma, Kansas, Nebraska and the Dakotas. It is considered the beginning of the Great Plains, a treeless, poorly populated expanse that covers large parts of 10 states and occupies one-fifth of the nation’s land area.

Both population and development are sparse west of the 100th meridian, where farms are larger and primarily depend on arid-resistant crops like wheat. To the more humid east, more people and infrastructure exist. Farms are smaller and a large portion of the harvested crop is moisture-loving corn.

Now, due to shifting patterns in precipitation, wind and temperature since the 1870s because of man-made climate change, the boundary between the dry West and the wetter East has shifted to roughly 98 degrees west longitude, the 98th meridian. For instance, in Texas, the boundary has moved approximately from Abilene to Fort Worth.

The study predicts that as the line continues to move farther East, farms will have to consolidate and become larger to remain viable. Unless farmers are able to adapt, such as by using irrigation, they will need to consider growing wheat or another more suitable crop than corn. Said one researcher: « Large expanses of cropland may fail altogether, and have to be converted to western-style grazing range. Water supplies could also become a problem for urban areas.”

Source: USA Today.

Evolution de la ligne de partage climatique entre les terres humides de l’est et les terres arides de l’ouest des Etats-Unis. (Source : Earth Interactions)