Hiver 2023-2024 : une mauvaise saison pour les stations de ski

Je ne cesse de le répéter sur ce blog : si les stations de ski, alpines en particulier, continuent de faire du déni du réchauffement climatique et refusent de se diversifier, elles courent à leur perte et beaucoup devront mettre la clé sous le paillasson.

En février 2024, les montagnes françaises ont subi les effets de la hausse des températures record enregistrées sur la planète. La neige a disparu d’une grande partie des massifs pendant la quasi-totalité du mois de février, une situation jamais observée ces dernières décennies à cette période. Certes, il a neigé en abondance fin février et début mars, mais trop tard pour vraiment sauver la saison car les vacances scolaires tiraient à leur fin. Sur la totalité du mois de février, la superficie au sol recouverte de neige dans les régions alpines était en moyenne de seulement 37,7%.

Vue satellite des pistes de ski à Font-Romeu et aux Angles (Pyrénées-orientales) le 14 février 2024. (Source : Copernicus Sentinal-2)

Au mois de février, des records de faible enneigement ont été enregistrés dans de nombreuses stations. Ce phénomène s’inscrit, bien sûr, dans un contexte de réchauffement climatique provoqué par les activité humaines. Le graphique ci-dessous montre l’évolution au jour le jour de la surface enneigée dans les Alpes françaises et une partie des Alpes suisses. La courbe rouge, qui représente le niveau de la saison 2023-2024, renoue avec les valeurs de référence, mais fait suite à une période particulièrement critique, avec 26 jours consécutifs en dessous des minimums connus, entre le 27 janvier et le 21 février 2024. L’enneigement a été très faible voire inexistant dans les zones de moyenne et de basse altitude. En revanche, à haute altitude, au-dessus de 2000 m, le stock de neige a été satisfaisant.

  Source : Cesbio (Alps Snow Monitor)

Dans les Pyrénées également, la neige a brillé par son absence et la chaîne a souffert de la sécheresse qui frappe la région. La surface enneigée du massif pyrénéen a battu des records à la baisse pendant 15 jours d’affilée, entre le 26 janvier et le 9 février. Le retour de la neige à la fin du mois a permis de limiter un peu les dégâts dans les stations de ski, mais certaines avaient dû fermer. Dans son dernier bulletin du 6 mars, Météo-France précise que l’enneigement dans les Pyrénées est désormais « proche des normales, en particulier aux altitudes intermédiaires, autour de 1 500 à 1 800 m ».

Source : Cesbio (Pyrenees Snow Monitor)

Le Massif Central et le Jura ont également été confrontés à un sévère manque de neige. J’ai publié plusieurs photos de la station du Mont-Dore (Puy-de-Dôme) et des compétitions traditionnelles de ski de fond ont dû être carrément annulées dans la région de Mouthe dans le Doubs.

 La station du Mont-Dore-Sancy à la mi février 2024

Les stations de ski sont en première ligne face au réchauffement climatique. Un rapport de la Cour des comptes, publié début février, estime que seules « quelques stations » pourront espérer poursuivre leur exploitation après 2050. Mais les sports d’hiver ne sont pas les seuls concernés. Les chercheurs s’interrogent également sur les conséquences que la hausse des températures pourrait avoir sur la biodiversité et les écosystèmes dans les montagnes.

Source : France Info.

Stations de ski : on vous avait prévenus !

Je l’ai toujours dit : il faudra qu’il n’y ait plus de neige en montagne et que les gens ne puissent plus skier pour qu’ils découvrent les effets du réchauffement climatique. A l’approche des vacances d’hiver, la situation n’est pas brillante dans les stations de basse et moyenne altitude. Les Pyrénées, le Jura, le Massif Central sont à la peine. Sans les canons à neige, il n’y aurait pas de blanc sur la montagne. À hautes altitude, les Alpes sont un peu mieux loties, mais pour combien de temps ? On est en droit de se demander si c’est une bonne idée de prévoir l’organisation des Jeux d’Hiver en 2030 dans notre pays.

À plusieurs reprises, on m’a quasiment ri au nez dans les Alpes quand je répétais que le ski vivait ses dernières années. C’est fou comme le déni du réchauffement climatique est vivant dans certaines stations ! J’ai prévenu que, faute de diversification, la situation allait devenir critique. On m’a rétorqué qu’avec les canons il y aurait toujours de la neige. Pas si sûr ! Pour que les enneigeurs fonctionnent, il faut des températures négatives. On m’a fait remarquer que les enneigeurs nouvelle génération peuvent se mettre en route avec des températures plus élevées qu’auparavant. On ne m’a bien sût pas dit que ces nouvelles machines sont très coûteuses et qu’elles sont très gourmandes en énergie. Bonjour l’empreinte carbone… !

A quelques jours des vacances d’hiver, la presse française dresse un bilan de l’enneigement et rappelle les annulations en série. Il y a quelques jours, j’ai signalé l’annulation d’épreuves de Coupe du Monde à Chamonix. Dans le Jura, la Transjurassienne 2024 n’aura pas lieu. Prévue les 10 et 11 février prochain, la plus importante course de ski de fond française a été annulée, faute de neige. Tous les participants ont été automatiquement réinscrits pour l’édition 2025… en espérant qu’il y aura de la neige.

Les prévisions à moyen et à long terme de Météo France ne sont guère favorables à la pratique du ski. semaine du 29 janvier 4 février : grande douceur et quelques faibles pluies au nord ; semaine du 5 février au 11 février : temps plus perturbé et un peu moins doux ; semaine du 12 au 18 février : un temps redevant de saison, mais toujours très sec au sud ; semaine du 19 au 25 février : l’anticyclone d’hiver persiste et signe. La conclusion de Météo France est sans appel : « Deux périodes distinctes ressortent de cette tendance. La douceur s’imposera les deux premières semaines, alors que les températures rejoindront les normales de saison mi-février. Quoi qu’il en soit, la tendance est sèche et le manque de neige se fera cruellement sentir sur tous les massifs, bien qu’un peu moins dans les Alpes. »

La station du Mont Dore (Auvergne) il y a quelques jours (image webcam)

 

Une vague de chaleur inquiétante ! // A worrying heat wave!

Une vague de chaleur digne du début de l’été est actuellement observée en Espagne, alors que nous sommes au cœur du mois de janvier, donc en plein hiver. Des températures avoisinant les 30°C ont été enregistrées le 25 janvier dans les régions de Valence, Murcie et près de Malaga, dans le sud de l’Andalousie. Plusieurs records locaux de températures pour un mois de janvier ont par ailleurs été battus à travers le pays. On se croirait au mois de juin !

Cette chaleur en plein hiver touche également le sud de la France. Elle est provoquée par la présence d’un puissant anticyclone au-dessus de la Méditerranée. Elle est, bien sûr, en relation avec le réchauffement climatique et le phénomène El Niño.

L’Espagne avait déjà enregistré des températures inhabituellement élevées en décembre, avec une pointe à 29,9°C à Malaga, un record national pour un mois de décembre.

La situation est inquiétante aussi dans le sud de la France qui a déjà été en proie à une sévère sécheresse en 2023, dans le Roussillon en particulier. Le 25 janvier 2024, plusieurs records de chaleur ont été battus dans la région. Près de Perpignan, dans les Pyrénées-Orientales, il a fait jusqu’à 26°C.

Plus globalement, Météo France a confirmé que la fin janvier est marquée par une douceur hivernale exceptionnelle sur la moitié sud du pays. Des dizaines de records mensuels de températures ont été battus le 25 janvier dans les Pyrénées Orientales, mais aussi dans l’Hérault, l’Aude, les Pyrénées Atlantiques, ou encore dans le Gard.

Si des températures similaires ont déjà été constatées en plaine, c’est surtout à l’intérieur des terres et en montagne que cette vague de douceur est inédite. On a des valeurs très hautes en altitude, avec plus de 15 degrés au-dessus de 1 500m, et parfois plus. Ce n’est pas une bonne nouvelle à une semaine du début des vacances d’hiver. Les stations de basse et moyenne altitude sont bien sûr les plus impactées. La station de ski de Formiguères, dans les Pyrénées-Orientales, a enregistré 20.1°C le 24 janvier et 20.7°C le lendemain. On a relevé 18.7 °C à 1788m à Font Romeu. Comme je l’ai écrit à plusieurs reprises, ces stations ont intérêt à diversifier leurs activités, avec le risque de devoir mettre la clé sous le paillasson si elles ne le font pas. Au train où vont les choses, avec l’accélération du réchauffement climatique en montagne, on est aussi en droit de se demander si les conditions d’enneigement seront favorables à l’organisation de Jeux Olympiques d’Hiver en France en 2030.

Selon un expert météo, « la situation semble déjà très critique. La masse d’air en altitude s’est considérablement réchauffée. On continue dans le rythme de ces dernières années. On bat des records, on passe des seuils, encore et encore. Et un jour, on aura 30,5°C en février à ce rythme-là. C’est triste. »

Vue de l’enneigement dans le secteur de Super Besse (Auvergne). Pas de neige et de froid prévus dans les prochains jours. Il y aura bousculade sur les quelques pistes de ski ouvertes…(Image webcam le 26 janvier 2024).

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Même s’il représente peu de choses par rapport aux autres sources de pollution, le brûlage des pneus par les agriculteurs pendant les manifestations n’arrange pas les choses. La pollution occasionnée est considérable à l’échelle de la France. Les pneus qui brûlent génèrent des particules fines, avec des hydrocarbures aromatiques polycycliques, des métaux et du gaz comme du dioxyde de soufre, selon le rapport de l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (INERIS) qui évalue à 100 grammes la quantité de particules émises pour un kilo de pneus brûlé.

Il convient de rappeler qu’il est interdit de brûler ou d’enterrer les pneus. Le Code de l’Environnement décrit les pratiques interdites et les recommandations concernant les pneus usagers. L’article L. 541-46 sanctionne de deux ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende cette pratique de brûlage. Bien sûr, les paysans ne seront pas sanctionnés alors qu’un particulier qui ferait brûler ses pneus ne s’en sortira pas aussi facilement. Il faut comprendre les agriculteurs : le brûlage des pneus pendant les manifestations est une solution beaucoup moins onéreuse que de s’en débarrasser par l’intermédiaire d’un prestataire privé.

Source: presse nationale

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A heat wave usually seen at the start of summer is currently being observed in Spain, even though we are in the middle of January, therefore in the middle of winter. Temperatures around 30°C were recorded on January 25th, 2024 in the regions of Valencia, Murcia and near Malaga, in southern Andalusia. Several local temperature records for the month of January were also broken across the country.
This heat in the middle of winter also affects the south of France. It is caused by the presence of a powerful high pressure system above the Mediterranean. It is, of course, linked to global warming and the El Niño phenomenon.
Spain had already recorded unusually high temperatures in December, with a peak of 29.9°C in Malaga, a national record for the month of December.
The situation is also worrying in the south of France which has already been plagued by a severe drought in 2023, in Roussillon in particular. On January 25th, 2024, several heat records were broken in the region. Near Perpignan, in the Pyrénées-Orientales, the temperature reached 26°C.
More generally, Météo France has confirmed that the end of January is marked by exceptional mild winter weather in the southern half of the country. Dozens of monthly temperature records were broken on January 25th in the Pyrénées Orientales, but also in Hérault, Aude, the Pyrénées Atlantiques, and even in Gard.
If similar temperatures have already been observed in the plains, it is especially inland and in the mountains that this heat wave is unprecedented. There are very high values at altitude, with more than 15 degrees above 1,500m, and sometimes more. This is not good news one week before the start of the winter holidays. Low and medium altitude ski resorts are of course the most impacted. The ski resort of Formiguères, in the Pyrénées-Orientales, recorded 20.1°C on January 24th and 20.7°C the next day. A temperature of 18.7 °C was recorded at 1788m a.s.l. in Font Romeu. As I have written on several occasions, these resorts should diversify their activities, with the risk of having to close their doors if they do not do so. The way things are going, with the acceleration of global warming in the mountains, we may also wonder if the snow conditions will be favorable to the organization of the Winter Olympics in France in 2030.
According to a weather expert, “the situation already seems very critical. The air mass aloft has warmed considerably. We are continuing at the pace of recent years. We are breaking records, we are crossing thresholds, again and again. And one day, we will have 30,5°C in February. It’s sad. »

 

 

Les Jeux d’hiver de 2030 en France : une bonne idée ?

On vient de nous l’annoncer avec tambours et trompettes : la France – seule en lice – devrait organiser les Jeux Olympiques d’hiver en 2030. A l’heure où la COP 28 de Dubaï est censée apporter des solutions au réchauffement climatique, la volonté d’organiser des compétitions de ski dans un tel contexte semble assez surprenante. Il est vrai – j’ai pu le constater à plusieurs reprises – que le déni du réchauffement climatique est bien implanté dans les Alpes françaises.

Selon leurs défenseurs, les Jeux d’hiver de 2030 seront « sobres et responsables. » Il ne faudrait toutefois pas oublier le fiasco environnemental des JO d’hiver de Pékin 2022, organisés dans une zone semi-aride sur de la neige 100% artificielle.

Le président du Comité national olympique et sportif français (CNOSF) est persuadé que les pistes seront « très majoritairement » recouvertes de neige naturelle, et que le recours aux canons à neige sera limité. Au vu de l’accélération de la hausse des températures et du recul de l’enneigement dans les Alpes, je ne serais pas aussi affirmatif !

Si le patinage artistique, le hockey sur glace et tous les autres sports d’intérieur ne souffrent pas vraiment de la hausse des températures, les épreuves disputées en plein air – ski alpin, ski de fond, biathlon, snowboard – sont dépendantes de la météo, de l’enneigement et donc du climat. C’est loin d’être gagné dans sept ans !

Selon une étude publiée en 2022, seuls quatre des 21 sites – tels que Chamonix et Grenoble – où ont eu lieu les Jeux d’hiver depuis 1924 serraient en mesure de pouvoir accueillir un tel événement en 2050, si les émissions de gaz à effet de serre continuent de suivre la trajectoire actuelle. A l’horizon de la fin du siècle, Sapporo (Japon) serait la seule ancienne ville organisatrice susceptible d’accueillir les Jeux d’hiver sans encombre.

Il est trop tôt aujourd’hui pour affirmer que les Jeux olympiques d’hiver sont condamnés. Il reste des sites hôtes fiables sur le plan climatique en Amérique du Nord, en Europe et en Asie pour quelques décennies. Certains font remarquer que la situation peut se compliquer pour les Jeux paralympiques, qui se déroulent traditionnellement en mars, après la quinzaine olympique. Il faudrait peut-être songer à les avancer en février, voire les organiser simultanément dans une autre ville ou un autre pays.

Source : France Info.

Un recours aux canons à neige limité? A voir! (Photo: C. Grandpey)

A Bessans (Savoie) et au Grand Bornand (Haute Savoie), stations pressenties pour accueillir les épreuves de biathlon, on stocke la neige sous une épaisse couche de sciure pour la préserver d’un hiver sur l’autre (Photo : C. Grandpey)