Un nouvel iceberg s’est détaché de l’Antarctique // A new iceberg broke off Antarctica

Les médias ne se sont guère attardés sur l’événement, mais un impressionnant iceberg s’est détaché du Glacier de l’Ile du Pin (Pine Island Glacier) en Antarctique le samedi 23 septembre 2017.
Le National Ice Center aux États-Unis a estimé la superficie de l’iceberg à 184 kilomètres carrés, soit environ trois fois la taille de Manhattan. Il se trouve maintenant dans la Mer d’Amundsen et continuera sa course dans Pine Island Bay. L’iceberg montre des signes de fracturation, ce qui signifie que des morceaux de glace plus petits vont probablement se détacher de la masse principale. Le National Ice Center pense que l’iceberg ne devrait pas poser de problèmes aux navires dans la région.
Selon le Goddard Space Flight Center de la NASA, le vêlage de cet iceberg fait partie d’un processus naturel, mais la fréquence du phénomène est inquiétante. Des forces telles que le vent, les marées, les courants et les collisions avec d’autres icebergs peuvent faire apparaître des fractures dans la glace. Par ailleurs, l’eau plus chaude qui se déplace sous les glaciers fait que la glace s’amincit, ce qui accélère probablement la fracturation. Le fait que les vêlages soient de plus en plus fréquents n’est pas de bon augure car rien n’indique que la tendance soit en passe de s’inverser. Cela signifie que l’on va assister à d’autres pertes de glace en Antarctique et donc une probable augmentation du niveau de la mer.
Le Pine Island Glacier fait partie de l’Antarctique de l’Ouest qui perd déjà 45 milliards de tonnes de glace chaque année, phénomène qui contribue à l’élévation du niveau des océans. Le glacier est connu pour être celui qui avance le plus vite en Antarctique.

La naissance du nouvel iceberg intervient deux mois après qu’un autre morceau de glace de 5,700 kilomètres carrés se soit détaché de l’Antarctique au mois de juillet. De la taille du département français de la Lozère, l’iceberg était l’un des plus grands jamais enregistrés. En 2014, un iceberg de 660 kilomètres carrés avait également rompu ses liens avec l’Antarctique.
Source: USA Today

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The media did not talk a lot about the event, but a massive iceberg broke off Antarctica’s Pine Glacier on Saturday September 23rd 2017.

The U.S. National Ice Center measured the iceberg at 184 square kilometress, about three times the size of Manhattan. It is now in the Amundsen Sea but will eventually drift into Pine Island Bay. The iceberg shows signs of fracturing, meaning smaller pieces of ice may break off. The Ice Center said it is not expected to cause any shipping hazards.

According to NASA’s Goddard Space Flight Center, the break is part of a natural process, but the frequency of the breaks is concerning. Forces such as wind, tides, currents and even collisions with other icebergs can create rifts in the ice. Warm water moving underneath the glaciers causes the ice to thin and perhaps accelerates the rifts. The fact that the calving events have got more frequent is not a good sign, and there is no indication that the trend is reversing. The continuation means further ice losses to Antarctica and possible rising sea levels as a result.

The glacier is a part of West Antarctica that already loses 45 billion tons of ice annually, contributing to sea level rises.  Pine Island Glacier is known to be the fastest-melting glacier in Antarctica. The break comes two months after a 5,700 square-kilometre piece of ice detached from Antarctica in July. At nearly the size of Delaware, the iceberg was one of the largest ever recorded. In 2014, a 660-square-kilometre iceberg also calved from Antarctica.

Source : USA Today

 Localisation du glacier de Pine Island (Source : NOAA)

 

 

La fonte inquiétante du Groenland // Greenland’s alarming melting

Dans une note publiée le 18 avril 2017, j’ai attiré l’attention sur la fracturation du glacier Petermann au Groenland.
https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2017/04/18/nouvelle-fracturation-du-glacier-petermann-groenland-new-fissure-detected-in-petermann-glacier-greenland/

Ces dernières semaines, les médias ont donné la priorité au vêlage de la plate-forme glaciaire Larsen C en Antarctique. Pourtant, la fracturation qui s’est produite au Groenland est certainement plus inquiétante et peut avoir des conséquences plus importantes.
L’iceberg qui s’est détaché dans l’Arctique la semaine dernière pose problème car, contrairement à son homologue antarctique, il pourrait contribuer faire monter le niveau de la mer. Il s’est détaché de la plate-forme glaciaire sur laquelle s’appuie le glacier Petermann au moment où les températures sont à leur maximum dans l’Arctique.

Le mouvement du glacier Petermann s’est accéléré au cours des dernières années, en faisant se déverser de la glace terrestre dans l’océan à un rythme plus rapide, et en attirant plus de glace depuis le centre du Groenland.
Le dernier iceberg arctique n’est pas particulièrement impressionnant, mais sa séparation du glacier pourrait conduire à une expansion des grandes fractures en amont dans la banquise, ce qui pourrait provoquer une rupture plus rapide. Ce qui inquiète le plus les chercheurs, c’est une fracture au centre de la plate-forme glaciaire. C’est un endroit inhabituel pour la formation des fractures et cette dernière pourrait se connecter à d’autres qui se forment sur les côtés.
Avec le détachement de l’iceberg, la plate-forme glaciaire montre une morphologie jamais observée au cours des 150 années de suivi du glacier Petermann. Elle a déjà perdu de gros morceaux en 2010 et 2012, avec des icebergs qui faisaient plusieurs fois la taille de l’île de Manhattan.
Les glaciers terrestres au Groenland contribuent à l’élévation du niveau de la mer et on s’attend à ce qu’ils perdent de plus en plus de leur masse dans le futur. Le glacier Petermann représente près de 10% de la couche de glace du Groenland; à lui seul, il pourrait faire monter le niveau de la mer de 30 centimètres.
Au fur et à mesure que Petermann reculera, il attirera de la glace en provenance du centre du Groenland, ce qui aura un effet direct sur la hausse du niveau de la mer. Les chercheurs ont prévenu que ce niveau pourrait augmenter de 90 centimètres d’ici la fin du siècle, et une désintégration plus rapide des glaciers de l’Arctique rendrait la situation encore plus inquiétante. Une étude publiée début 2017 dans la revue Nature a montré que la vitesse de fonte au Groenland s’est multipliée par cinq au cours des 25 dernières années.
Source: Scientific American.

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In a note released on 18 April 2017, I drew attention to the fracturing of the Petermann Glacier in Greenland.

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2017/04/18/nouvelle-fracturation-du-glacier-petermann-groenland-new-fissure-detected-in-petermann-glacier-greenland/

In recent weeks, the media gave priority to the calving of the Larsen C ice shelf in Antarctica. However, the fracturing in Greenland is certainly more worrisome and may have bigger consequences.

The chunk of ice, which broke free in the Arctic last week, is a problem as it might contribute to raising sea level, contrary to the huge iceberg in Antarctica.  It came off the ice shelf that buttresses the Petermann Glacier at the height of seasonal warming in the Arctic region.

Movement of the Petermann Glacier has sped up in recent years, dumping land-based ice into the ocean at a faster rate and drawing more ice down from the centre of Greenland.

The latest iceberg is not particularly dramatic, but it could lead to an expansion of major cracks upstream in the ice shelf, causing it to break up more quickly. Most troubling to researchers is a crack at the center of the shelf. It is an unusual place for cracks to form, and it could connect to separate cracks forming at the sides.

The loss of the iceberg brings the shelf to a state not observed in the 150 years of tracking the Petermann Glacier. The ice shelf bracing the glacier lost major pieces in 2010 and 2012. Both those icebergs were the size of several Manhattans.

Land-based glaciers in Greenland are a primary contributor to global sea-level rise, and they are expected to increasingly lose their mass in the future. Petermann accounts for almost 10 percent of the Greenland ice sheet; it alone could raise sea levels by 30 centimetres.

As Petermann retreats, it will draw down ice from the center of Greenland, all of which will have a direct effect on sea-level increase. Researchers have cautioned that sea levels could rise by 90 centimetres at the end of the century, but a more rapid disintegration of Arctic glaciers would make that number larger. A study published earlier this year in Nature showed that the rate of melting in Greenland has increased fivefold in the last 25 years.

Source: Scientific American.

Image satellite du glacier Petermann (Source: NASA)

Photo: C. Grandpey

Suite de la désintégration de l’Antarctique ? // Will Antarctica keep disintegrating ?

Comme je l’ai indiqué il y a quelques jours, l’immense fracture qui cisaillait la plate-forme glaciaire Larsen C a finalement atteint son point de rupture entre le 10 et le 12 juillet 2017. L’événement a donné naissance à un iceberg de la taille de la Lozère.
Cependant, ce n’est pas la fin de l’histoire. En fait, ce pourrait être le début d’une série d’événements plus importants et plus inquiétants. L’iceberg qui s’est détaché – baptisé A68 – n’était qu’un élément de la plate-forme Larsen C. Maintenant, les scientifiques veulent savoir jusqu’à quel point le reste de la plate-forme glaciaire va rester stable et relié au continent antarctique.
Des images satellitaires récentes laissent supposer que certaines parties du reste de la plate-forme Larsen C sont sur le point de larguer les amarres et de donner naissance à de nouveaux icebergs plus petits qui iront tenir compagnie au A68.
En outre, une nouvelle fracture s’est formée près de l’endroit où l’ancienne s’est ouverte. Elle se dirige vers Bawden Ice Rise, élévation de glace qui est un point d’ancrage essentiel pour la plate-forme Larsen C. Les scientifiques ne savent pas si la fracture atteindra Bawden Ice Rise, mais ils surveillent attentivement l’évolution de la situation.
Source: Business Insider.

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As I put it before, the giant crack that had been racing across Antarctica Larsen C ice shelf finally met its breaking point between July 10th and 12th. The result was an iceberg the size of Lozère.

However, this is not the end of the story. In fact, it could be the beginning of a more important, more dangerous series of events. The iceberg that broke off – dubbed A68 – was just one piece of the much larger Larsen C ice shelf. Now, scientists want to know how stable is the ice shelf that has been left intact, connected to the Antarctic continent.

Recent satellite images suggest that pieces of the remaining ice shelf are already preparing to break off, creating more, smaller icebergs that will join Iceberg A68.

Moreover, a new crack has formed close to where the old crack left off. And it has headed for Bawden Ice Rise, which is a critical anchor point for the ice shelf. Scientists are not certain the crack will reach Bawden Ice Rise, but they are keeping a close eye on it, nevertheless.

Source: Business Insider.

Vue de la plate-forme Larsen C et de Bawden Ice Rise (Source: Science Nordic)

Naissance d’un iceberg géant en Antarctique ! // Birth of a mega iceberg in Antarctica !

Bien qu’elles soient un peu floues, les dernières images fournies par un satellite MODIS de la NASA montrent que l’un des plus grands icebergs jamais observés vient de se détacher de la plate-forme glaciaire Larsen C. Comme je l’ai indiqué précédemment l’iceberg est de la taille de l’État du Delaware – ou du département français de la Lozère – et représente un volume équivalent à celui du lac Michigan.
Les chercheurs ont observé pour la première fois la fracture dans la glace de l’Antarctique en 2010 ; elle a ensuite évolué très rapidement depuis 2016. L’iceberg s’est probablement détaché complètement entre le 10 juillet et le 12 juillet. C’est le troisième plus gros iceberg depuis le début des observations satellitaires.
Avec ce vêlage, la superficie de la plateforme Larsen C est réduite de plus de 12% et le paysage de cette région de la Péninsule Antarctique se trouve définitivement bouleversé..
Quelques jours avant qu’il se détache, les glaciologues de l’Université d’Édimbourg ont estimé que l’iceberg avait une épaisseur d’environ 190 mètres et contenait environ 1 155 kilomètres cubes d’eau sous forme de glace. Ce serait suffisant pour remplir de glace plus de 460 millions de piscines olympiques, ou presque tout le lac Michigan, l’un des plus grands réservoirs d’eau douce de la planète.
Les scientifiques ne savent pas trop ce qui va se passer maintenant que le vêlage a eu lieu, car des événements d’une telle ampleur sont rarement observés. Comme je l’ai déjà souligné, l’iceberg ne fera pas monter sensiblement le niveau de la mer car il flottait déjà dans l’océan, comme un glaçon dans un verre d’eau. Le problème est que maintenant que Larsen C a perdu son iceberg, le reste de la plateforme sera moins stable qu’auparavant. Selon les glaciologues, il y a toutefois très peu de chances pour que l’ensemble de la plate-forme Larsen C et un ancien glacier qui se trouve en amont se désintègrent lentement et finissent leur course dans la mer. Si cela se produisait, ce qui ne peut être exclu, la situation ne serait pas exceptionnelle. En 2002, la plate-forme glaciaire Larsen B, voisine de Larsen C, s’est effondrée et s’est disloquée dans l’Océan Austral. Si Larsen C et la langue glaciaire qui l’accompagne suivent le même processus, certains scientifiques pensent que le niveau de la mer pourrait augmenter de 10 centimètres.
On peut se demander si le réchauffement climatique provoqué par l’homme peut être tenu responsable de ces énormes vêlages en Antarctique. D’une part, ce sont des processus normaux qui affectent une banquise saine ; ils se produisent depuis des décennies, des siècles, des millénaires, sur des cycles qui sont beaucoup plus longs que la vie humaine ou les observations satellitaires. Cependant, de tels vêlages ont tendance à devenir de plus en plus fréquents en Antarctique. Comme l’a dit un glaciologue: «Les plateformes glaciaires en Antarctique s’amincissent de plus en plus vite et la banquise perd de la masse dans des secteurs clés de l’Antarctique. Si le phénomène continue, on pourrait s’orienter à court terme vers un déclin irréversible ».
Source: Médias américains.

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Although they are a bit fuzzy, the latest images provided by a NASA Earth-observing MODIS satellite are showing that one of the largest icebergs ever recorded has broken free of Antarctica. The crack in Larsen C ice shelf is now wide open and has released an iceberg which is roughly the area of Delaware State and the volume of Lake Michigan.

As I put it before, researchers noticed the rift in Antarctica’s ice in 2010, and it has grown rapidly since 2016. The iceberg probably calved between July 10th and July 12th. It is the third-largest recorded since satellite measurements began.

The calving of this iceberg leaves the Larsen C Ice Shelf reduced in area by more than 12%, and the landscape of the Antarctic Peninsula changed forever.

Days before it broke free, glaciologists at the University of Edinburgh estimated the iceberg that is now drifting through the Southern Ocean was about 190 metres thick and harboured some 1,155 cubic kilometres of frozen water. This is big enough to fill more than 460 million Olympic-size swimming pools with ice, or nearly all of Lake Michigan, one of the largest freshwater reservoirs in the world.

Scientists previously said they aren’t sure what will happen when the iceberg breaks off, since such large calvings rarely seen.

As I put it before, the iceberg won’t noticeably raise sea levels, since it was already floating in the ocean as part of Larsen C and displacing water. It is like an ice cube in a glass of water. The problem is that now that Larsen C has lost its iceberg, the rest of the shelf will be less stable than it was prior to the rift. However, there is a very slim chance that new iceberg could cause the entire Larsen C ice shelf, and an ancient glacier behind it, to slowly disintegrate and fall into the sea. If it did, which cannot be excluded, the chaos would not be unprecedented. In 2002, the neighbouring Larsen B ice shelf collapsed and broke up in the Southern Ocean. If and when Larsen C and its accompanying glacial ice eventually collapse, some scientists think sea levels may rise by up to 10 centimetres.

One can wonder whether human-induced global warming can be held responsible for such huge calving events. On the one hand, they are normal processes of a healthy ice sheet, ones that have occurred for decades, centuries, millennia, on cycles that are much longer than a human or satellite lifetime. However, such calving events tend to become more and more frequent in Antarctica. As one glaciologist said: « Antarctic ice shelves overall are seeing accelerated thinning, and the ice sheet is losing mass in key sectors of Antarctica. « Continuing losses might soon lead to an irreversible decline. »

Source: American news media.

Source: Satellite MODIS / NASA

Source: European Space Agency (ESA)