L’énergie géothermique de Montserrat // Geothermal energy at Montserrat

Après un passé de catastrophes géologiques et météorologiques dévastatrices (ouragan Hugo en 1989 et éruption de Soufrière Hillsen 1995), l’île de Montserrat reprend goût à la vie et essaye de tirer profit ce passé violent.
Montserrat est en passe de devenir l’une des quelques îles « vertes » et adeptes du développement durable dans le monde. Les mêmes forces géologiques qui ont secoué le volcan de Soufrière Hills vont être mises à profit pour alimenter le réseau électrique de l’île à partir d’une source géothermique.
L’énergie géothermique est l’une des rares sources d’énergie renouvelables à faible émission de carbone ; elle peut produire de l’énergie 24 heures sur 24, quelle que soit la saison. Le principal obstacle à son développement n’est pas le temps mais le lieu, car elle ne peut être exploitée que dans des endroits disposant d’une géologie spécifique. La géologie de Montserrat est idéale: le magma à très haute température remonte jusqu’à faible profondeur où il chauffe des fluides qui peuvent être exploités par forage de puits géothermiques. Quand ces fluides sont portés à ébullition au cours de leur ascension, ils produisent de la vapeur sous pression qui entraîne des turbines pour produire de l’électricité.
Le coût élevé des puits de forage ainsi que le risque potentiel de forage d’un puits improductif ont freiné le développement de l’énergie géothermique sur l’île de Montserrat. Le projet d’exploitation a utilisé un éventail de technologies, telles que la magnétotellurique (basée sur les variations de résistivité du sous-sol) et la tomographie sismique (réponses d’ondes de pression créées par des explosions afin de générer des images pour comprendre les roches sous la surface). Ces techniques ont été utilisées pour créer des cartes du sous-sol qui ont guidé le programme de forage géothermique à Montserrat.
Entre mars et septembre 2013, la Iceland Drilling Company a foré deux premiers puits géothermiques, à des profondeurs de 2300 et 2900 mètres et en atteignant des températures supérieures à 260 ° C. Les premiers résultats suggèrent que les fluides circulant dans les puits seront en mesure de générer plus de puissance que nécessaire pour par la population de l’île (environ 5000 habitants). Cela signifie que la centrale géothermique permettra à l’île de ne plus dépendre des générateurs diesel coûteux pour produire son électricité.
Montserrat n’est pas le seul pays des Antilles avec des aspirations géothermiques. Toutes les îles des Petites Antilles ont un potentiel géothermique similaire. La Guadeloupe, avec 15 MW de capacité installée, est la seule île des Caraïbes qui utilise actuellement l’énergie géothermique pour produire de l’électricité. Toutefois, de récents investissements privés à Saint-Kitts-et-Nevis et un projet financé par l’Union Européenne à la Dominique ont également permis de forer plusieurs puits d’exploration prometteurs.

Source : Géothermie Caraïbe.

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After a devastating meteorological and geological heritage (Hurricane Hugo in 1989 and the eruption of Soufriere Hills in 1995), the island of Montserrat is coming back to life and trying to put this violent heritage to good use. .

Indeed, Montserrat is about to become one of the world’s few “green” and sustainable islands. The same geological forces unleashed by the Soufrière Hills volcano are being harnessed to power the island’s electricity grid from a geothermal source.

Geothermal energy is one of the few renewable, low-carbon emission energy sources that can generate power 24 hours a day, irrespective of the season. Its primary limitation is not weather but location, as it can only be exploited in places with specific geology. Montserrat’s geology is ideal for geothermal use: hot molten magma rises to shallow depths, heating a hot fluid that can be tapped by drilling geothermal wells. As the ascending fluid boils it produces pressurised steam which rotates turbines to generate electricity.

The high cost of drilling wells coupled with the potential risk of drilling an unproductive well, are the principle reasons that put a brake to the development of geothermal energy on the island of Montserrat. The project to exploit geothermal power on Montserrat used an array of technologies, such as magnetotellurics (based on variations of resistivity of the underground) and seismic tomography (responses of pressure waves created by explosions to generate images of the rocks to understand the rocks beneath the surface).These techniques were used to create subsurface maps that have guided Montserrat’s geothermal drilling programme.

Between March and September 2013, the Iceland Drilling Company drilled Montserrat’s first two geothermal wells, to depths of 2,300 and 2,900 metres, striking temperatures of over 260°C. The initial results suggest that the fluid flowing from the wells will be able to generate more power than needed by the island’s population of around 5,000 inhabitants. This means the geothermal power station will free the island from its current reliance on expensive diesel-powered generators for its electricity.

Montserrat is not the only nation in the region with geothermal aspirations. All of the islands of the Lesser Antilles have a similar geothermal potential. Guadeloupe, with 15MW of installed capacity, is the only Caribbean island that currently uses geothermal energy for electricity, but recently private investment in St Kitts and Nevis and a European Union funded project in Dominica have also resulted in several promising exploratory wells.

Source : Géothermie Caraïbe.

Soufriere-Hills-2-blog

Le volcan de Soufriere Hills à Montserrat  (Source:  Wikipedia)

 

Forage géothermique en Ethiopie! // Geothermal drilling in Ethiopia!

drapeau francaisEn lisant le site web Iceland Review du 26 mai 2014, on apprend que la compagnie islandaise de développement géothermique Reykjavík Geothermal et l’Union Africaine ont signé ce même jour un contrat de 5,8 millions d’euros qui autorise Reykjavik Geothermal a commencer un forage en Ethiopie dans la Rift Valley dans le cadre de la construction de deux centrales de 500 mégawatts. L’énergie produite par ces centrales sera vendue à la compagnie d’électricité de l’état éthiopien Ethiopian Electric Power.

Le financement est assuré par le Ministère du Développement allemand, le Fonds Africain de l’Union Européenne, et la Banque Allemande de Développement.

L’article ne précise pas le lieu du forage. Il faut seulement espérer qu’il ne contribuera pas à dénaturer les extraordinaires couleurs du site de Dallol ! Mais vous le savez comme moi, l’argent passe bien avant  la Nature !

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drapeau anglaisReading the Iceland Review website of May 26th 2014, we learn that Reykjavík Geothermal and the African Union signed on that very day a 5.8-million euro contract allowing Reykjavík Geothermal to start drilling in the Ethiopian Rift Valley as part of two 500 MW power plants under construction. The energy produced by the power plants will be sold to the state electrical company Ethiopian Electric Power (EEP).

The money comes from the Ministry of Development in Germany, the European Union African Fund, and the German Development Bank.

The article does not say where the drilling will take place. We must just hope that the marvellous colours of Dallol will not be spoilt by this initiative. Unfortunately, big money leaves Nature behind!

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Percer les secrets du Moho…

drapeau francaisChaque semaine, les scientifiques de l’Hawaiian Volcano Observatory écrivent un article intitulé Volcano Watch sur un sujet différent. Cette semaine, ils attirent l’attention de leurs lecteurs sur la discontinuité de Moho.

Comme je l’écris souvent dans ce blog, nous savons souvent plus de choses sur les autres planètes que sur la nôtre! Nous savons beaucoup de choses sur la Lune ou sur Mars, mais les profondeurs des océans terrestres restent un mystère. Il en va de même avec la structure interne de la Terre. La raison est facile à comprendre : la surface de la Terre, les océans et l’atmosphère sont facilement accessibles à l’exploration directe. La même remarque est valable pour l’espace. Il est beaucoup plus difficile de pénétrer des roches solides que de se déplacer à travers l’atmosphère ou le vide de l’espace.
En conséquence, nos connaissances sur la structure profonde de la Terre jusqu’à son centre (6371 km sous la surface) s’appuient sur des mesures indirectes, en particulier sur la sismologie. En étudiant la trajectoire et la vitesses des ondes sismiques provoquées par les tremblements de terre, les sismologues ont conclu que la Terre ressemble à un œuf, avec trois couches principales : la croûte, le manteau et le noyau.

En 1909, Andrija Mohorovičić, un sismologue croate qui étudiait un tremblement de terre dans les Balkans, a observé une brusque augmentation de la vitesse des ondes de compression dans la zone qui marque la limite entre la croûte terrestre et le manteau. En l’honneur de son découvreur, cette discontinuité sismique a été nommée discontinuité de Mohorovičić. Maintenant, pour plus de facilité, elle est communément désignée sous le nom de Moho.
Le Moho est présent sous tous les continents et les océans, mais sa profondeur varie ; elle est, en moyenne, d’environ 35 km sous les continents et généralement de 6 km environ sous les océans. Bien que le Moho soit défini comme la limite entre la croûte et le manteau, la raison de la brusque augmentation de la vitesse des ondes de compression reste mal définie. La plupart des scientifiques pensent que  cette augmentation reflète un changement dans le type de roche, avec du basalte au-dessus du Moho et de la péridotite riche en olivine sous le Moho

Les géologues rêvent depuis longtemps de percer le Moho dans le manteau supérieur pour voir si cette discontinuité est due à un changement de composition des roches ou à d’autres facteurs. Cette tâche est assez difficile à réaliser. Un forage dans un secteur où la croûte est mince au fond de l’océan est en théorie plus facile à réaliser que le forage d’un continent. Mais forer à partir d’un navire est techniquement difficile, et la difficulté augmente avec la profondeur de la mer.
Le fond marin est relativement peu profond près des dorsales médio-océaniques où une nouvelle croûte se forme avec la montée du magma. Il est donc tentant de forer près d’une dorsale. Cependant, la croûte nouvellement formée dans ces zones est chaude, et l’équipement de forage ne ​​peut pas faire face à de telles températures. L’astuce consisterait à trouver un endroit où le Moho n’est ni trop chaud ni trop profond pour pouvoir percer.
La première tentative pour percer le Moho a eu lieu en 1961, au large des côtes du Mexique. Le trou le plus profond a pénétré sur 183 mètres le fond de l’océan, en sachant que les 179 mètres supérieurs étaient constitués de sédiments. Dans les années suivantes, seuls quatre forages sont descendus à plus de 1 km dans la croûte océanique ; le plus profond a atteint 2,1 km au large des côtes de l’Equateur.
En Septembre 2012, un nouveau navire de forage scientifique doté de technologies de pointe – le Chikyu – a réussi à forer plus profond. Le Chikyu représente la contribution du Japon à un effort de recherche international « dédié à une meilleure compréhension scientifique de la Terre par des forages, des carottages et la surveillance de ce qui se passe sous le plancher océanique. » Le but final du Chikyu est de forer le Moho jusque dans le manteau.
Des recherches sont en cours pour sélectionner un emplacement de forage pour le Chikyu . Trois sites sont à l’étude : un au large des côtes du Mexique où a déjà eu lieu le forage de 1961, un au large de la côte ouest du Nicaragua, qui a également déjà été foré, et un dans l’Arc Nord de l’archipel hawaïen qui s’étire à environ 400 km au nord et parallèlement aux îles Hawaii.

 

drapeau anglaisEvery week, scientists at the Hawaiian Volcano Observatory write an article named Volcano Watch about a different topic. This week, they draw their readers’ attention to the Moho.

As I often write in this blog, we often know more about the other planets than about our own one! We know a lot about the Moon or Mars but the depths of the oceans are still a mystery. It is just the same with the inner structure of the Earth. The reason is easy to understand: The Earth’s surface, the oceans, and the atmosphere are readily accessible to direct exploration. The same is true of space. It is much more difficult to penetrate solid rocks than it is to move through the atmosphere or the vacuum of space.

As a consequence, our knowledge about the Earth’s deep structure to its centre (6,371 km below the surface) is based on indirect measurements, particularly on seismology. By studying the paths and speeds of seismic waves caused by earthquakes, seismologists have concluded that the Earth looks like an egg, with three main layers: the crust, the mantle, and the core.

In 1909 Andrija Mohorovičić, a Croatian seismologist studying a Balkan earthquake, identified an abrupt increase in the speed of compressional waves that marks the boundary between the Earth’s crust and the mantle below. In honour of its discoverer, this seismic discontinuity was named the Mohorovičić discontinuity. Now it’s commonly referred to as the Moho.

The Moho is present under all continents and oceans, but its depth varies—with an average depth of about 35 km under the continents and typically 6 km under the oceans. Although the Moho is defined as the boundary between the crust and mantle, the reason for the abrupt increase in compressional wave speed is uncertain. Most scientists think that the wave-speed increase reflects a change in rock type from basalt above the Moho to denser, olivine-rich peridotite below the Moho.

Geoscientists have long wanted to drill through the Moho into the upper mantle to see whether the Moho is caused by a compositional change or by something else, a task that is quite difficult to perform. Drilling where the crust is thin on the sea floor is obviously a more attractive target than drilling on a continent. But drilling from a ship is technologically difficult, and the difficulty increases with the depth of the water.

So a place where the sea floor depth is at a minimum would seem to be the place to drill. The seafloor is relatively shallow near the mid-ocean ridges, where new crust forms from rising magma. So drilling near a ridge seems attractive. However, the young, newly formed crust near ridges is hot, and drilling equipment cannot tolerate the expected temperatures. The trick is to find a place where the Moho is cool enough to drill, yet not too deep to drill.

The first attempt to drill to the Moho was in 1961, off the coast of Mexico. The deepest hole penetrated 183 metres into the sea floor, with the upper 179 metres consisting of sediments. In the following years, only 4 holes penetrated more than 1 km into the oceanic crust; the deepest of these was 2.1 km off the coast of Ecuador.

In September 2012, a new state-of-the-art scientific drilling ship – Chikyu – managed to drill deeper. The Chikyu is part of Japan’s contribution to an international research effort “dedicated to advancing scientific understanding of the Earth through drilling, coring, and monitoring the subseafloor.” The Chikyu is designed to ultimately drill through the Moho into the mantle.

Planning is currently underway to select a drill site for the Chikyu. Three sites are under consideration: the site off the coast of Mexico that was drilled in 1961, a site off the west coast of Nicaragua that has also been previously drilled, and the North Arch of the Hawaiian Archipelago. The North Arch is about 400 km north and parallel to the Hawaiian Islands.

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