A propos des feux d’artifice…

Malgré une pétition visant à annuler le feu d’artifice du Nouvel An de Sydney (Australie) et à attribuer aux pompiers le budget (4 millions d’euros) dédié à cet événement, le spectacle aura bien lieu, pour des raisons purement économiques. On le sait depuis longtemps, l’environnement ne saurait lutter contre l’argent ! L’annulation du feu d’artifice nuirait gravement à l’économie de Sydney. Cela gâcherait les plans de dizaines de milliers de personnes de tout le pays et de l’étranger qui ont réservé des vols, des hôtels et des restaurants pour le réveillon. Pour se disculper, les autorités de Sydney indiquent que les pompiers volontaires qui combattent les flammes recevront une compensation financière.

Lorsqu’ils poussent des cris de joies devant les belles bleues ou les belles rouges, les gens ne réalisent pas que ces fusées multicolores contiennent un cocktail de produits chimiques particulièrement polluant. Comme on peut le lire sur le site web Futura Science, un feu d’artifice est essentiellement constitué de poudre noire servant de combustible, composée de charbon, de soufre et de salpêtre, ainsi que d’un agent oxydant, le plus souvent du perchlorate de potassium. On trouve aussi des particules fines métalliques qui confèrent leurs couleurs éclatantes aux feux d’artifice. Le bleu provient par exemple du cuivre, le rouge du strontium ou du lithium, et le vert vif ou le blanc du baryum.

Les millions de particules fines générées par les feux d’artifice génèrent une importante pollution, bien plus élevée que celle due à la circulation automobile. La combustion de la poudre noire en particulier entraîne un important dégagement de CO2. Un feu d’artifice comme celui du 14 juillet avec 30 tonnes de poudre projette ainsi dans l’atmosphère 14,7 tonnes de CO2, l’équivalent d’un trajet de 67.000 km en voiture essence ! Ce n’est pas tout ! Lorsqu’elles retombent sur le sol, les poussières vont aussi contaminer les sols et les rivières.

Depuis quelques années, les artificiers tentent de réduire l’impact environnemental des feux d’artifice. Les spectacles modernes utilisent maintenant de l’air comprimé pour propulser les engins pyrotechniques et les perchlorates peuvent être remplacés par des composés azotés. Pour éviter ces désagréments, on pourrait aussi remplacer les feux d’artifice par des spectacles son et lumière ou des vols de drones en essaims, ce qui serait tout aussi époustouflant.

Mais pour le Nouvel An, tout est permis, n’est-ce pas ? Attendons de voir combien de voitures seront brûlées, une autre forme de feu d’artifice polluant qui viendra parachever la fête…

Photo: C. Grandpey

Venise (suite): Les doutes sur la capacité du projet MOSE à protéger la ville

Au fil des siècles, Venise s’est toujours adaptée aux phénomènes naturels auxquels elle a été exposée, en commençant par l’élévation du niveau de la lagune sur laquelle elle a été construite il y a plus de mille ans, mais aujourd’hui son adaptabilité est mise à rude épreuve et il n’est pas du tout certain que le projet MOSE suffira pour faire face au changement climatique actuel. C’est le point de vue d’un professeur vénitien d’économie de l’environnement et spécialiste en science et gestion du changement climatique. Il rappelle que « les événements extrêmes sont de plus en plus fréquents. La situation de ces derniers jours à Venise est semblable à celle provoquée en 2018 par la tempête Vaia qui a frappé l’Italie fin octobre, avec de graves dégâts en Vénétie. Venise a subi de fortes précipitations associées à un fort sirocco. Sur une période de mille ans, un phénomène comme celui-ci s’est produit plusieurs fois, mais le fait qu’il survienne deux années de suite est significatif « .
Au cours des dernières décennies, le niveau de l’eau a augmenté en moyenne de 5,6 millimètres par an. Au phénomène mondial d’élévation du niveau de la mer s’ajoutent à Venise les phénomènes naturels qui ne concernent que son lagon et d’autres facteurs provoqués par l’action humaine, tels que l’encrassement des canaux et l’exploitation de la nappe phréatique. La ville s’est toujours adaptée à ces changements, mais son adaptabilité a une limite ; elle ne peut plus désormais suivre l’accélération des phénomènes ».
Les travaux pour la réalisation du MOSE, Module électromécanique expérimental ont débuté en 2003 sous le gouvernement Berlusconi. Il s’agit d’un système de cloisons qui sépare la lagune de Venise de la Mer Adriatique et qui est censé empêcher les hautes eaux d’atteindre la ville. Il s’agit d’un ouvrage dont le coût atteint quelque 7 milliards d’euros. Il n’est pas encore terminé et beaucoup de spécialistes pensent qu’il sera inadapté à la gestion des grandes marées. En particulier, il ne tient pas suffisamment compte du facteur vent, celui qui a récemment accru l’effet du phénomène. De plus, les travaux effectués pour la construction du MOSE ont à leur tour provoqué un changement sur les marées affectant le Lido: elles sont maintenant plus rapides, l’eau monte plus vite et les courants sont plus forts.

De plus, beaucoup de Vénitiens ont une dent contre le projet MOSE parce qu’il a drainé la plupart des fonds qui servent normalement à nettoyer les canaux et à faire tout ce qui est nécessaire pour que la ville soit prête à affronter l’acqua alta. Depuis une vingtaine d’années, on ne procède plus à l’entretien des canaux qui était financé par les fonds octroyés par la loi spéciale promulguée juste après la crue de novembre 1966.

Source : Presse italienne.

Vue du système MOSE à Bad-Ems en Allemagne (Source: Wikipedia)

Saccage d’un glacier en Autriche : Le domaine skiable se justifie // Destruction of a glacier in Austria: Reaction of the ski resort

Suite au tollé provoqué par la diffusion par le WWF d’une photo montrant les pelleteuses à l’oeuvre sur le glacier de Pitztal, le domaine skiable rattaché au glacier a souhaité exercer son droit de réponse.

Selon la direction de la station de ski, « les travaux qui n’ont rien à voir avec une extension du domaine skiable. Il s’agit plutôt de la préparation annuelle du domaine skiable du glacier de Pitztal pour la prochaine saison automnale et hivernale. Concrètement, des crevasses sont remplies de neige ancienne et de glace pilée sur les pistes existantes du domaine skiable afin de garantir la sécurité des activités de ski en hiver. En raison du mouvement constant du glacier, de nouvelles crevasses se forment pendant les mois d’été. Chaque année, ces crevasses doivent être remplies juste avant les premières chutes de neige.  Ces travaux sont effectués par nous sous cette forme depuis 35 ans et exécutés de même sur d’autres glaciers accessibles aux skieurs. Cette année, le remplissage des crevasses a duré deux jours environ. »

Faut-il pour autant laisser ce type de pratiques perdurer? Comme le demande le site Internet de la revue Montagnes Magazine, qu’en est-il du projet de liaison Pitztal-Ötztal qui doit niveler 64 hectares du glacier et retirer 1,6 hectares de glace? Avec la même pratique qu’en Autriche, ne pourrait-on pas imaginer un nivellement de la surface de la Mer de Glace avec des engins pour mettre en place des pistes de ski de fond ?

On a vu cet été les problèmes rencontrés par les glaciers de Tignes et des  Deux-Alpes. Il y a de fortes chances pour que le réchauffement climatique mette tout le monde d’accord pour la pratique du ski dans ces différentes stations au cours des prochaines années.

Source : Montagnes Magazine.

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Following the outcry after the release by the WWF of the photo showing excavators at work on the Pitztal glacier, the ski area attached to the glacier wished to exercise its right of reply.
According to the management of the ski resort, « the work has nothing to do with an extension of the ski area. It is rather the annual preparation of the ski area of ​​the Pitztal glacier for the next autumn and winter season. Concretely, cracks are filled with old snow and crushed ice on the existing slopes of the ski area to ensure the safety of ski activities in winter. Due to the constant movement of the glacier, new crevasses form during the summer months. Each year, they must be filled just before the first snowfall. This work has been carried out by us in this form for 35 years and similarly performed onto other glaciers accessible to skiers. This year, filling the crevices lasted about two days. »
Should we allow this type of practice to continue? As the website of Montagnes Magazine asks, what about the Pitztal-Ötztal link project that will level 64 hectares of the glacier and remove 1.6 hectares of ice? With the same practice as in Austria, could we not imagine a levelling of the surface of the Mer de Glace so as to set up ski trails?
We have seen this summer the problems encountered by the glaciers of Tignes and Les Deux- Alpes. There is a good chance that global warming will solve the skiing problems in these different sites over the next few years.
Source: Montagnes Magazine.

Source: WWF

La fonte du Glacier Blanc (Hautes-Alpes) [suite]

Dans une note publiée le 27 octobre 2017, j’attirais l’attention sur la fonte rapide du Glacier Blanc, dans les Hautes-Alpes. C’est le glacier le plus méridional de France. Il commence à se former à 4015 mètres d’altitude et descend jusqu’à 2350 mètres. En 2017, j’avais pu l’observer et le photographier depuis le célèbre Pré de Madame Carle, point de départ de nombreuses excursions dans le massif des Ecrins.

Un article paru dans la revue Sciences et Avenir en juillet 2019 confirme la fonte ultra rapide de ce glacier – il recule d’environ 25 mètres chaque année – et attire l’attention sur ses conséquences. Les dernières estimations des climatologues révèlent qu’il devrait perdre 90% de sa masse d’ici à 2050 si le réchauffement climatique continue au rythme actuel. Même si l’Accord de Paris était respecté, avec une hausse maximale de la température à 2°C, on estime que 71% de la masse glaciaire aurait disparu d’ici là.

Le glacier est surveillé attentivement par les glaciologues grenoblois qui utilisent les images obtenues lors de survols ainsi que les données satellitaires, sans oublier les visites sur le terrain à la fin de l’hiver et au terme de l’été.

Ces différentes observations montrent que le Glacier Blanc avait repris du volume dans les années 1920, puis de nouveau entre les années 1960 et 1980, avant de reculer de manière spectaculaire par la suite.

Les conséquences de cette fonte sont visibles sur le terrain où des espèces végétales ont commencé à prendre la place de la glace. Le changement de paysage ne sera malheureusement pas la seule conséquence de la fonte du Glacier Blanc. Il ne faudrait pas oublier qu’il est un important contributeur au remplissage du barrage de Serre-Ponçon qui permet de produire de l’hydroélectricité et d’arroser les terres de Provence en période de sécheresse. Il est fort à parier que dans un bref avenir, on ne pourra plus compter sur ce réservoir d’eau vital pour toute une région. Par sa situation, le Glacier Blanc n’est pas trop menacé par les éboulements ou les glissements de terrain. Lors de ma visite au Pré de Madame Carle en 2017, je regardais le chaos minéral qui entoure le site et je me disais que les alpinistes devraient se méfier de la fonte du permafrost de roche en haute altitude. Le phénomène génère des chutes de roches, comme cela s’est déjà produit à plusieurs reprises dans le massif du Mont Blanc.

Source : Sciences et Avenir.

Photos: C. Grandpey