Intensification de la foudre dans les Alpes // Increased lightning strikes in the Alps

Une équipe de chercheurs des départements des géosciences, des sciences de l’atmosphère et des statistiques d’Innsbruck a constaté un doublement du nombre d’éclairs à haute altitudes dans les Alpes orientales au cours des 40 dernières années. Leur étude a été publiée dans la revue Climate Dynamics.
L’équipe scientifique d’Innsbruck a reconstitué avec une précision sans précédent l’activité de foudre entre les nuages et le sol dans les Alpes orientales de 1980 à 2019. Les chercheurs ont mis en relation deux sources d’information, toutes deux disponibles à une résolution spatio-temporelle de 32 km x 32 km et sur une durée d’une heure. À partir de ces ensembles de données, ils ont obtenu des informations sur l’activité de foudre grâce à des relevés continus au cours de la dernière décennie. Ils ont également eu accès à des analyses des conditions atmosphériques à une résolution horaire sur les quatre dernières décennies.
Les chercheurs ont constaté que les zones montagneuses, en raison de leur topographie, présentent des conditions favorables au développement des orages. Leurs analyses ont aussi montré que la hausse des températures due au réchauffement climatique entraîne une augmentation de la fréquence des orages et donc de la foudre.
Selon les scientifiques d’Innsbruck, les changements les plus significatifs se sont produits à haute altitude dans les Alpes entre 1980 et 2019. L’activité de foudre a doublé dans les années 2010 par rapport aux années 1980. Dans les zones de haute altitude dans les Alpes orientales, la saison d’orages accompagnés d’éclairs atteint un maximum plus important et commence un mois plus tôt. Pendant la journée, le pic peut être jusqu’à 50 % plus fort, avec plus d’éclairs l’après-midi et le soir.
L’examen approfondi des différents processus sur le terrain complexe des Alpes contribue de manière significative à la compréhension des relations entre la météo, le climat et la foudre. Ceci est important pour la mise en place de mesures préventives visant à protéger les personnes et l’environnement des dégâts potentiels causés par la foudre. .

Source : The Watchers ; Alps: Light­ning activ­ity dou­bled in a few decades – University of Innsbruck – June 20th, 2023.

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A team of researchers from the Departments of Geosciences, Atmospheric Sciences, and Statistics at Innsbruck has reported a doubling in the number of detected lightning strikes in the high altitudes of the European Eastern Alps over the last 40 years. Their study was published in the journal Climate Dynamics.

The Innsbruck team reconstructed the lightning activity of cloud-to-ground lightning in the area of the European Eastern Alps from 1980 to 2019 with unprecedented precision. The researchers linked two sources of information, both available at a spatio-temporal resolution of 32 km x 32 km and one hour. From these datasets they obtained information on lightning activity with seamless records over the last decade. They also accessed analyses of atmospheric conditions at an hourly resolution over the past four decades.

The researchers found that mountainous areas, due to their topography, have favorable conditions for the development of thunderstorms. Their analyses have now shown that the rising temperatures due to global warming are causing the frequency of thunderstorms and thus lightning to increase even further.

According to the Innsbruck scientists, the most intensive changes occurred in the high Alps between 1980 and 2019. Lightning activity doubled in the 2010s compared to the 1980s. In the high-altitude areas of the Eastern Alps, the lightning season reaches a stronger maximum and starts a month earlier. During the day, the peak is up to 50% stronger, with more lightning in the afternoon and evening.

The researchers’ comprehensive examination of different processes over the complex terrain of the Alps contributes significantly to understanding the relationships between weather, climate, and lightning activity. This is important for the appropriate development of preventive measures to protect people and the environment from the potential damage caused by lightning strikes. .

Source : The Watchers ; Alps: Light­ning activ­ity dou­bled in a few decades – University of Innsbruck – June 20th, 2023.

Crédit photo: Météo Samoens

Le refuge du Goûter (Massif du Mont Blanc) : une erreur collective ?

Dans le massif du Mont-Blanc, à 3 835 mètres d’altitude, le refuge du Goûter est l’un des plus hauts refuges gardés d’Europe de l’Ouest. Il permet aux alpinistes d’accéder au sommet du mont Blanc par la voie normale. Le nouveau refuge de 120 places, à la conception futuriste, est entré en service en 2013. Il bénéficie de nombreuses innovations en matières architecturale et environnementale. Sa construction a coûté 7,5 millions d’euros, financés à 51 % par la Fédération française des clubs alpins et de montagne (FFCAM) et à 49 % par des collectivités publiques et des mécènes.

Lors de l’ouverture du refuge aux alpinistes, ses concepteurs ont fait remarquer que la chaleur dégagée par les alpinistes occupant le refuge chaque soir est susceptible de faire monter la température intérieure à 35 °C pour une température extérieure à −20 °C. L’air est renouvelé par une ventilation double flux qui permet de chauffer l’air neuf par l’air vicié au moyen d’un échangeur de chaleur. Le surplus de chaleur est en partie utilisé pour faire fondre la neige grâce à un système de circulation d’eau. L’assainissement des eaux usées se fait par filtration et stérilisation avant qu’elles soient rejetées dans l’environnement. L’électricité est produite par 95 m2 de capteurs solaires photovoltaïques placés sur le toit et en façade.

Malgré ces innovations, des critiques ont été émises concernant des acheminements d’eau par hélicoptère, nécessaires à cause de problèmes de réglage du fondoir, la saturation des toilettes, l’utilisation massive de fioul pour éviter les coupures d’électricité ou les pannes du système de régulation de la chaleur. Ces dysfonctionnements ont, semble-t-il, été aggravés par le comportement de certains alpinistes.

Les critiques continuent aujourd’hui. En décembre 2022, le maire de Saint-Gervais Mont-Blanc Jean-Marc Peillex a parlé, à propos du refuge du Goûter, d’une « une véritable erreur collective » par rapport à certains choix techniques pris dans la construction de ce refuge. Selon lui, « on ne peut pas commander depuis Grenoble un refuge qui est à Saint Gervais. C’est le refuge le plus polluant alors que ceux qui l’ont conçu prétendaient qu’il était le plus environnementalement correct. » Pour la maire de St Gervais, c’est la FFCAM qui est responsable des défauts d’entretien. Elle a fait mettre un système d’épuration qui est le même que dans les sous-marins, et qui consiste à filtrer l’eau et à la réutiliser. Sauf que quand on n’entretient pas, qu’on ne nettoie pas les filtres, la situation devient catastrophique. En 2021, un hélicoptère était utilisé pour évacuer les boues compactées d’excréments, Le coût était de 100.000 euros pour trois mois, Pour J-M. Peillex, c’est une situation intolérable. Il ajoute qu’on ne peut pas dire qu’on fait un refuge propre sur le plan environnemental, alors qu’on brûle 8000 litres de fioul par saison, à 3.800 mètres d’altitude, pour se fournir en électricité et qu’on a une station d’épuration qui ne marche pas depuis le début. C’est une erreur collective d’avoir accepté le projet de la FFCAM présenté comme le symbole d’une démarche écologique et durable, en pointe en matière de production et d’économie d’énergie. Dans les faits, rien ne fonctionne. Quand il y a un incident, il y a une omerta !

A noter que dans la nuit du 29 au 30 mai 2023 un incendie s’est déclaré dans un local technique du refuge. Toutes les installations électriques ont alors été coupées, et le pire a pu être évité. Le refuge n’a pas été évacué.

Si vous désirez faire l’ascension du Mont Blanc avec une halte au refuge du Goûter, il vous en coûtera 65 euros pour une nuitée, 19 euros pour le petit déjeuner et 47,20 euros pour le repas du soir…si le mal des montagnes ne vous a pas coupé l’appétit! J’ai eu l’occasion de grimper à plus de 5000 mètres d’altitude en Amérique du Sud et la vue des files de randonneurs qui se dirigent vers le toit de l’Europe m’a coupé toute envie de me joindre à elles…

Le refuge du Goûter (Crédit photo: Wikipedia)

Dégel du permafrost dans les Alpes : nouveau glissement de terrain !

Dans une note rédigée le 16 mai 2023, je rappelais que le dégel du pergélisol dans les Alpes provoque des chutes de pierres et des glissements de terrain qui peuvent devenir une menace pour les localités situées en aval. Je donnais l’exemple de Brienz, un petit village (moins de 100 habitants) des Alpes suisses, dans le canton oriental des Grisons, dont la population a été évacuée car la montagne menace de s’effondrer. On craignait que les fortes pluies des derniers jours déstabilisent deux millions de mètres cubes de roche qui pourraient dévaler la pente et atteindre les maisons. Les villageois ont eu seulement 48 heures pour emballer leurs affaires et abandonner leurs domiciles.

Le glissement de terrain s’est produit pendant la nuit du 15 juin et a épargné de justesse le village où les maisons sont intactes. La masse rocheuse s’étant arrêtée juste devant le village.
Dans les jours qui ont précédé le glissement de terrain, il y a eu une augmentation des chutes de pierres. La partie centrale du glissement de terrain a commencé à s’effondrer le 13 juin 2023, avec une série d’incidents capturés sur la webcam de surveillance de la zone.
Selon les premiers rapports, un dépôt d’un mètre de hauteur s’est formé juste devant le bâtiment de l’école du village. La zone avait été déclarée zone de danger majeur, obligeant la fermeture de deux routes et d’une ligne de train.
Des analyses sont maintenant nécessaires pour évaluer le risque restant pour le village et les environs. Les sismogrammes fourniront des informations sur le moment précis du glissement de terrain, sa durée et le volume de l’effondrement.

Source : presse suisse.

Image de la webcam Blick TV montrant l’ampleur du glissement de terrain

Nouvel effondrement dans les Alpes

Quand on parle du dégel du permafrost – ou pergélisol – on pense à celui qui recouvre les terres arctiques, la Sibérie et l’Alaska en particulier, qui subissent une nouvelle vague de chaleur au moins de juin 2023.

Le permafrost est également présent à haute altitude dans nos montagnes. C’est lui qui assure la cohésion de la roche en jouant un rôle de ciment. S’il vient à dégeler, la cohésion de la roche n’est plus assurée et elle s’effondre.

C’est ce qui vient de se produire le 11 juin dans les Alpes suisses où un spectaculaire éboulement a emporté le sommet sud du Fluchthorn. La moitié du sommet de la montagne ainsi que la croix qui s’y trouvait ont disparu. Les 100 derniers mètres se sont effondrés en quelques minutes, comme on peut le voir sur cette vidéo :

.https://youtu.be/sOC7cVcPOlI

Le nuage de pierre et de poussière provoqué par cet effondrement est descendu sur un peu plus de 1000 mètres d’altitude pour une longueur de près de 2 km. Heureusement, personne ne se trouvait sur la trajectoire de cette avalanche de matériaux. .

Selon un membre des secours en montagne de Galtür, la récente fonte des neiges, exacerbée par le réchauffement climatique ces dernières années, a provoqué l’effondrement du pic.

Ceux qui fréquentent régulièrement la haute montagne savent à quel point elle est en train de se transformer.. En haute altitude, jusqu’à environ 2 000 mètres, la durée d’enneigement a diminué d’un mois depuis les années 1970, et le phénomène n’est pas près de s’arrêter, vu que rien n’est fait pour ralentir le réchauffement climatique.

Les scientifiques s’inquiètent du dégel du permafrost car cette couche gelée depuis des milliers d’années contient d’énormes quantités de carbone et de méthane dont la libération viendra s ‘ajouter aux énormes quantités de gaz à effet de serre déjà présentes dans l’atmosphère.

Source : presse transalpine. Merci à Ludovic Ravanel de nous avoir informés de cet événement qui vient s’ajouter à l’effondrement observé sur l’Iliamna (Alaska) le 5 juin 2023 (voir ma note du 11 juin).

Image extraite de la vidéo