Les glaciers à Brive-la-Gaillarde le 24 janvier 2025 !

Je présenterai le vendredi 24 janvier 2025 une conférence intitulée « Glaciers en péril – Les effets du réchauffement climatique » dans le cadre de l’Université de tous les Âges et du Temps Libre de BRIVE (Corrèze).

Elle aura lieu à 14h45 au Cinéma REX, 3 Boulevard Kœnig.

Tempêtes, glissements de terrain et autres catastrophes naturelles se multiplient. Elles sont souvent la conséquence du réchauffement climatique.
Lors de ses voyages à travers le monde pour étudier les phénomènes volcaniques, j’ai eu l’occasion de parcourir des terres nordiques – en particulier l’Islande, le Canada et l’Alaska – et de me rendre compte de l’impact du réchauffement climatique sur les glaciers. L’approche terrestre et les survols ne laissent pas le moindre doute sur leur recul. Plus près de nous, dans les Alpes, les glaciers sont en passe de devenir une espèce en voie de disparition.
Aucun continent ne semble épargné, pas plus l’Afrique et les neiges du Kilimandjaro que l’Asie avec la chaîne himalayenne. Une prise de conscience est urgente, faute de quoi notre société sera confrontée à de graves problèmes.
Mon exposé se poursuivra avec un diaporama d’une vingtaine de minutes, en fondu-enchaîné sonorisé, illustrant la situation glaciaire en Alaska.

A l’issue de la séance, les spectateurs pourront se procurer un CD de 160 photos de glaciers à travers le monde, ainsi que l’ouvrage « Dans les Pas de l’Ours » écrit conjointement avec Jacques Drouin.

Glacier Columbia (Alaska) – Photo: C. Grandpey

Nouvel effondrement dans les Alpes

Un glissement de terrain impressionnant s’est produit ces derniers jours sur la face est du Mont Rose, dans la zone de Punta Tre Amici. L’événement a touché tout un flanc de montagne. La masse de débris a d’abord atteint le lac Locce et ensuite l’Alpe Pedriola. Heureusement, l’effondrement s’est produit pendant la nuit et n’a impliqué personne. L’éboulement a également atteint la partie supérieure des pentes du Belvédère, les recouvrant d’une couche de poussière brune. Il est fortement déconseillé dans les prochains jours de se diriger vers l’Alpe Pedriola car les effondrements se poursuivent.

Comme l’indique le géomorphologue Ludovic Ravanel sur Facebook, cet événement vient clore ou poursuivre une impressionnante série de déstabilisations dans les Alpes occidentales cet automne. Il y a en particulier eu une déstabilisation de terrain au Mont Pourri, en Vanoise, qui a mis en marche plus de 700 000 m3 de matériaux en novembre. On observe en ce moment une inversion des températures en montagne, avec des températures inédites mesurées dans les parois. On aboutit donc à une dégradation du permafrost qui ne joue plus son rôle de ciment, ce qui facilite grandement les effondrements et autres glissements de terrain.

Image extraite d’une vidéo publiée sur les réseaux sociaux

Manque de neige naturelle et recours à la neige de culture

Ça devient une habitude. Avec le réchauffement climatique, le manque de neige se fait de plus en plus sentir dans les Alpes et les Pyrénées en basse et moyenne altitude. Les stations de haute altitude s’en tirent mieux, mais pour combien de temps ? Quand on voit la vitesse à laquelle les températures globales grimpent, on est en droit de se poser des questions sur l’organisation des Jeux Olympiques d’Hiver en 2030 dans notre pays.

En ce moment, c’est au Grand Bornand, à 1000 mètres d’altitude, que le bât blesse. Alors que la Coupe du monde de biathlon fait étape dans la station de Haute-Savoie du19 décembre au 22 décembre 2024, le neige fait cruellement défaut. 75 000 spectateurs sont attendus sur les quatre jours de compétition, avec un enjeu économique évident autour de cet événement,. Alors il faut absolument se débrouiller pour qu’il ait lieu.

Comme il y a deux ans, la neige n’est pas suffisamment tombée sur le Grand-Bornand. Une large bande blanche serpente dans la vallée en guise de piste, mais autour l’herbe est bien visible. Sans apport de neige, il serait impossible d’organiser cette Coupe du monde. Les organisateurs ont donc dû préparer la piste avec de la neige de culture ou stockée, quitte à en faire venir une partie par camions, ce qui, une nouvelle fois, a créé la polémique. Quand on se promène dans des sites de ski de fond comme Le Grand Bornand (Haute-Savoie) ou Bessans (Savoie) en été, on peut voir d’énormes monticules de sciure sous laquelle est stockée la neige de l’hiver précédent pour le cas où elle manquerait l’hiver suivant. Cela montre bien à quel point la pénurie de neige naturelle est sévère aujourd’hui dans les Alpes.

Stockage de la neige sous la sciure à Bessans et au Grand Bornand (Photos: C. Grandpey)

La neige apportée au Grand Bornand est de la neige qui a été travaillée. Elle a été fabriquée en altitude et elle est descendue par douze camions entiers qui ont multiplié les allers-retours durant trois jours. Il y a aussi de la neige naturelle qui a été mêlée. Le comité d’organisation se justifie en déclarant qu' »aujourd’hui, pour faire des pistes de haut niveau, il faut bien comprendre qu’il faut une qualité de neige requise, que seule la neige de culture permet. » Comme je l’ai signalé dans une note précédente, il faut aussi savoir que ce recours à la neige de culture, plus compacte, est imposé par les instances du biathlon et fait partie des clauses d’organisation des Jeux d’Hiver. .

Pour Simon Fourcade, l’un des entraîneurs de l’équipe de France, des questions se posent pour l’avenir du biathlon. La station du Grand Bornand va de nouveau porter sa candidature pour organiser la Coupe du monde jusqu’aux Jeux olympiques d’hiver de 2030, en proposant de la déplacer en janvier pour bénéficier d’un enneigement plus abondant. Les organisateurs réfléchissent aussi à stocker de la neige uniquement sur le site du biathlon, et non plus à des kilomètres pour éviter le transport par camions.

Source : France Info et presse régionale.

Le réchauffement climatique à l’origine de la catastrophe de La Bérarde (Isère)

Dans la nuit du 20 au 21 juin 2024, le hameau de la Bérarde a été en grande partie ravagé par une lave torrentielle (voir mes notes du 10 juillet et 12 octobre 2024).

Crédit photo: presse régionale

Afin d’évaluer les aménagements qui seront nécessaires pour faire revivre le village, il était essentiel de déterminer avec précision les évènements naturels qui ont conduit à la catastrophe. Il s’agissait aussi de déterminer si de tels évènements peuvent se reproduire. Parmi les éléments qui ont été analysés, le glacier de Bonne Pierre a été l’objet d’une attention particulière. Une équipe scientifique a participé à ces explorations.

En cliquant sur ce lien, vous trouverez la description détaillée de la visite sur le terrain :

https://alpinemag.fr/berarde-premieres-conclusions-enquete-scientifique-origine-catastrophe/?fbclid=IwZXh0bgNhZW0CMTEAAR1ANBm0E1sph1c4PqtI8HDsR-KJL8BuFW3EfAeZZvKQ95ZjthbUQJ9-LQE_aem_o5t0KH3Yti1m6IuoNKPkhw

La conclusion de la mission scientifique a particulièrement attiré mon attention. On peut lire que « le réchauffement climatique (que je préfère à ‘changement climatique’) est présent à presque toutes les étapes de la catastrophe. De façon statistique d’abord, les précipitations intenses et la fonte de la neige sur une épaisseur importante sont les caractéristiques d’une météo plus chaude et humide, compatible avec les scénarios de changements climatiques. De façon plus déterministe, le changement climatique a entrainé la fonte du glacier et la création d’un lac, ainsi que la mise à nue de la moraine en aval, la rendant facile à déstabiliser et à emporter par la crue du torrent. [NDLR : il s’agit d’un phénomène bien connu, que j’ai décrit à plusieurs reprises à propos des glaciers himalayens] Si pendant longtemps les scientifiques ont été prudents sur les effets et conséquences (parfois complexes et indirectes) du réchauffement climatique, on peut dire ici que la catastrophe en est bien le produit. »

S’agissant du risque qu’un tel événement se reproduise, on peut lire dans le rapport scientifique que « même si la catastrophe du 20-21 juin 2024 n’a pas d’équivalent sur les derniers milliers d’années à la Bérarde, il n’est probablement pas possible d’exclure une récidive. »

Vue du glacier de Bonne Pierre où la vidange de lacs et cavités a provoqué la catastrophe du mois de juin 2024 (Crédit photo : E. Larose / CNRS)