La lente agonie du glacier du Calderone (Italie) et du glacier d’Ossoue (Pyrénées) // The slow death of Calderone Glacier (Italy) and Ossoue Glacier (Pyrenees)

Situé dans le cirque du versant nord-est du Corno Grande, le plus haut sommet des Apennins, le glacier du Calderone étale sa blancheur entre 2 680 et 2 870 mètres d’altitude. .
Après la disparition du glacier Corral de la Veleta dans la Sierra Nevada en 1913, « Il Calderone » est devenu l’un des glaciers les plus méridionaux d’Europe, devancé en latitude par les glaciers Snezhnika et Banski Suhodol en Bulgarie. Si la tendANCE de fonte actuelle se confirme, le Calderone pourrait bientôtconnaître le même sort que le Corral de la Veleta.
En 1794, le Calderone avait un volume estimé à plus de 4 millions de mètres cubes ; en 1916, le volume du glacier n’atteignait plus que 3,3 millions de mètres cubes, et en 1990, il était tombé à 360 931 mètres cubes. En 1998, les glaciologues italiens, lors d’un symposium à L’Aquila , ont prédit que le Calderone disparaîtrait dans quelques décennies. Certains glaciologues ont même prédit que le glacier disparaîtrait d’ici 2020. Cependant, l’année 2014 a été légèrement positive pour le glacier. Fin août 2014, le volume de glace résiduelle était plus important qu’à la même période en 2013.
Aujourd’hui, les glaciologues italiens estiment que le glacier de Calderone pourrait disparaître d’ici 10 à 20 ans.La durée de la saison d’ablation s’est allongée, les précipitations sont restées constantes mais il y a une réduction des chutes de neige et le bilan de masse du glacier a forcément de plus en plus diminué. Depuis 2000, on assiste à une réduction progressive de l’épaisseur de la zone d’ablation et à une fragmentation du glacier.
Source : Wikipédia et médias italiens.

Le glacier du Calderone en 2004 (Source: Wikipedia)

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La situation est la même au sein ce ce qui reste des glaciers pyrénéens. Ces dernières semaines, la presse française s’attardait sur le glacier d’Ossoue auquel je faisais déjà allusion dans une note le 23 septembre 2019. Situé dans le massif du Vignemale,il est le plus étendu côté français avec environ un kilomètre de longueur.

Au 19ème siècle, il présentait une longueur de 4 ou 5 km. Son altitude (3000m) a pu le protéger plus longtemps que d’autres, mais son exposition face au soleil le rend aujourd’hui très vulnérable.

Le recul du glacier d’Ossoue au cours des 40 dernières quarante dernières années est terrible. Il a perdu en un siècle et demi plus de 2 km de longueur, et son épaisseur s’est réduite d’environ 30 mètres entre 2002 et 2019. Le déficit hivernal de neige n’arrange pas les choses. Les prévisions sont pessimistes ; on estime aujourd’hui qu’il aura totalement disparu d’ici 10 à 15 ans, peut-être moins.

Source : Météo Pyrénées.

Crédit photo : Mathieu LFG (15 août 2021)

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The Calderone Glacier is located in the Apennine Mountains in Abruzzo, Italy. Found in the Gran Sasso, it lies just beneath the Corno Grande, the highest peak in the Apennines, between 2 680 and 2 870 metres above sea level. .

With the disappearance of the Corral de la Veleta glacier in the Sierra Nevada in 1913, « Il Calderone » became one of Europe’s southernmost known glaciers, being slightly to the north only compared to Snezhnika and Banski Suhodol Glaciers in Pirin Mountain in Bulgaria. If the current ice melting trends continue, the Calderone may soon share Corral de la Veleta’s fate.

In 1794, the Calderone had an estimated volume of over 4 million cubic metres; by 1916, the glacier’s volume had decreased to 3.3 million cubic metres, and by 1990, it had decreased to 360,931 cubic metres. In 1998 Italian glaciologists at a symposium in L’Aquila predicted that the Calderone would vanish within a few decades.

Some glaciologists have even predicted that the glacier will disappear by 2020. However, 2014 has been slightly positive for the glacier. By the end of August 2014, the volume of residual ice was larger than during the same period in 2013.

Today, Italian glaciologists estimate the Calderone glacier could disappear within the next 10-20 years. The duration of the ablation seasons became longer, the rainfall remained constant but there is a reduction in the snowfall and of course the mass balance of the glacier has shrunk more and more.Since 2000, there has been a gradual reduction of the thickness, of the area and a further fragmentation into smaller glacierets.

Source : Wikipedia and Italian news media.

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The situation is the same for what is left of the Pyrenean glaciers. In recent weeks, the French press lingered on the Ossoue Glacier to which I already alluded in a post on September 23, 2019. Located in the Vignemale massif, it is the most extensive on the French side with approximately one kilometre in length.
In the 19th century, it wasout 4 – 5 km long. Its altitude (3000m) may have protected it longer than others, but its exposure to the sun makes it very vulnerable today.
The retreat of the Ossoue Glacier over the past 40 to 40 years is terrible. In a century and a half, it has lost more than 2 km in length, and its thickness has reduced by about 30 metres between 2002 and 2019. The winter snow deficit does not help matters. The forecasts are pessimistic; it is now estimated that it will have completely disappeared within 10 to 15 years, perhaps less.
Source: Météo Pyrénées.

L’agonie de la Mer de Glace (France)

Je ne sais pas s’il s’agit d’une coïncidence, mais au moment où le GIEC publiait son inquiétant rapport sur le réchauffement climatique, la chaîne LCI diffusait un reportage tout aussi inquiétant sur la Mer de Glace. Il ne fait que confirmer mes dernières visites. Il ne faut pas se voiler la face : la Mer de Glace est morte. Elle ressemble aujourd’hui davantage à un désert de pierre qu’à un glacier, et d’ici quelques années elle aura totalement disparu.

Les glaciologues locaux expliquent que la Mer de Glace perd quatre à cinq mètres d’épaisseur chaque année. Les repères affichés le long de l’escalier qui descend vers la grotte permettent aux touristes de se rendre compte de la vitesse de fonte de la glace et donc de sa perte d’épaisseur. Depuis 1986, le plus grand glacier des Alpes françaises a perdu 146 mètres d’épaisseur !

La baisse de niveau de la Mer de Glace provoque des effondrements de son encaissant et les matériaux sombres qui jonchent la surface de la glace accélèrent sa fonte en supprimant l’albédo, autrement dit son pouvoir réfléchissant.

Dans les Alpes, comme dans tout l’Arctique – les glaciers d’Alaska sont dans la même galère – la fonte s’accélère à cause du réchauffement climatique ; elle est deux à trois fois plus rapide dans ces régions que dans le reste de la planète.

Le glaciologue Luc Moreau – que je salue ici – explique que la fonte s’observe même sur un temps très court, ce qui est confirmé par les ouvriers en charge de la grotte de glace qui est recouverte d’une bâche blanche pour tenter de ralentir la fonte de la voûte. La même technique est utilisée en Suisse pour essayer de freiner l’agonie de la grotte percée dans le Glacier du Rhône. On estime que ces bâches permettent de réduire la fonte d’environ 75%. Il est toutefois impossible d’étendre le dispositif à toute la Mer de glace car le coût serait trop important.

Le réchauffement climatique dans les Alpes ne se limite pas aux glaciers. Comme je l’ai écrit précédemment, c’est tout le massif qui transpire, à commencer par le permafrost de roche qui assure la solidité et la stabilité des parois rocheuses. Ludovic Ravanel, autre glaciologue alpin, explique que les mesures à l’Aiguille du Midi révèlent une hausse de température de 0,15°C tous les ans. Je me pose beaucoup de questions quand je regarde les pylônes ancrés dans la roche qui supportent le téléphérique de l’Aiguille du Midi.

Dans leur conclusion, les glaciologues sont aussi pessimistes que les rédacteurs du rapport du GIEC. D’ici à la fin du siècle et dans le pire scénario, ils prévoient la fonte de 95% du volume des glaciers alpins.

Une fonte vertigineuse!

Mer de Glace et Glacier du Rhône, on bâche!

Photos: C. Grandpey

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En Italie, inquiétude pour le glacier de Planpincieux…

Le 25 septembre 2019 et le 6 août 2020, j’attirais l’attention sur le risque d’effondrement du glacier de Planpincieux, dans le Val d’Aoste, sur le versant italien du Mont Blanc, sous la face sud des Grandes Jorasses..
Avec les fortes températures de ces derniers jours, le glacier perché à 2700 mètres d’altitude, avance dangereusement, parfois à une vitesse de 1,50 m par jour. La raison de cette accélération est facile à comprendre : l’eau de fonte glisse sous le glacier et joue un rôle de lubrifiant, ce qui accélère la progression de la masse de glace. Le danger serait que quelque 800 000 mètres cubes de glace se détachent et tombent sur le village de Planpincieux. Pour éviter une telle catastrophe, des radars et capteurs surveillent le comportement du glacier.

 Glacier de Planpincieux (Crédit photo: Wikipedia)

 

Refuges alpins et dégel du pergélisol

La fonte des glaciers et le dégel du permafrost de roche dans nos Alpes ont commencé à poser de gros problèmes, avec des effondrements spectaculaires de parois et une menace grandissante pour certaines infrastructures. J’ai expliqué comment, en Suisse, plusieurs supports de téléphériques ont dû être modifiés pour assurer une meilleur stabilité car le sol dégelé se dérobait sous les assises des pylônes.

Plusieurs articles parus dans la presse alpine ou environnementale – le site Reporterre, par exemple – nous apprennent que le refuge de la Pilatte, dans le massif des Ecrins (Alpes françaises) a été déstabilisé par la fonte d’un glacier. Il s’est fissuré au point de ne plus pouvoir recevoir randonneurs et alpinistes. Ce refuge n’est pas une exception et d’autres camps de base connaissent le même sort. Ce fut le cas du refuge des Cosmiques en 1998 quand une dalle de 600 mètres cubes a lâché prise, déstabilisant le bâtiment et nécessitant d’importants travaux de consolidation. La situation était à la fois due au retrait du glacier du Géant et à la dégradation du pergélisol qui n’était plus suffisamment cohérent pour maintenir la dalle.

Quand on observe la structure du refuge de la Pilatte, on se rend compte qu’il est fissuré, non par le gel, mais par un mouvement de terrain causé par le retrait du glacier éponyme. La dalle de soutènement a tendance à s’affaisser, le faîtage s’écarte et l’eau s’infiltre. Le refuge est à cheval sur une partie stable et un bloc d’environ 400 000  mètres cubes qui s’appuie sur le glacier. Depuis le 19ème siècle, le glacier a reculé de 2 kilomètres et perdu 100 mètres d’épaisseur. Le gros bloc ne bute plus dessus, déstabilisant tout l’ensemble.

Certains montagnards se demandant s’il faut accuser le réchauffement climatique. La réponse ne fait guère de doute lorsque l’on observe le recul du glacier et ce qui se passe ailleurs dans les Alpes dans des conditions identiques. Pourtant, à ma connaissance, aucune radio et aucune télévision nationales n’ont mentionné la fermeture du refuge de la Pilatte à cause du réchauffement climatique. Comme l’a dit un jour Nicolas Hulot à l’Assemblée Nationale, « tout le monde s’en fiche ! »Je me demande quelle catastrophe majeure devra se produire pour que nos gouvernants – et pas seulement en France – prennent des mesures dignes de ce nom pour ralentir (je ne parle pas de mettre fin) un phénomène qui va faire durement souffrir les prochaines générations.

Ayant pu me rendre compte, au cours de mes pérégrinations, du drame qui se prépare, je lance régulièrement des alertes à mon petit niveau, bien conscient qu’elle tombent dans un océan de j’menfoutisme….

Vue du refuge de la Pilatte (Crédit photo: Oisans Tourisme)

Réchauffement climatique et avalanches meurtrières en Suisse // Global warming and deadly avalanches in Switzerland

Plusieurs études ont montré que le réchauffement climatique accroît les risques d’avalanche. On observe de plus en plus de longues périodes sèches, froides et sans précipitations alternant avec des chutes de neige brèves mais abondantes. Les périodes sèches favorisent la formation de couches fragiles à la surface du manteau neigeux. Ces couches fragiles sont ensuite recouvertes par une nouvelle neige. Les conditions sont alors réunies pour un déclenchement d’avalanches de plaques. Les études montrent que 90% des accidents mortels sont causés par ce type se situation nivale. Très souvent, c’est le skieur qui déclenche l’avalanche qui va l’ensevelir.
De plus, avec la hausse en altitude de la limite pluie/neige, on observe une augmentation de la densité des couches supérieures du manteau neigeux par humidification. Cela signifie que les contraintes exercées sur les couches fragiles en dessous sont plus fortes et peuvent provoquer leur rupture.

Ces nouvelles conditions du manteau neigeux liées au réchauffement climatique expliquent en grande partie le bilan très lourd des avalanches en Suisse pendant l’hiver 2020-2021. 27 skieurs avaient perdu la vie le 31 mars 2021, date des dernières statistiques. C’est 50% de plus que la moyenne pendant cette la période hivernale. 296 personnes ont été surprises par des avalanches, soit une hausse de 67%. La moyenne était de 177 au cours des 20 dernières années.

Parmi toutes les avalanches, 215 ont été déclenchées par des skieurs ou des randonneurs, contre 113 au cours des 20 dernières années.  Au cours de cette même période, 18 skieurs avaient péri dans des avalanches. Au cours du seul hiver 2020-2021, 11 randonneurs a ski et 6 pratiquants du hors piste ont perdu la vie. L’accident le plus meurtrier a eu lieu dans la région de Verbier où 7 personnes – dont une championne olympique française de snowboard – ont été emportées à jamais par des avalanches.

Source : WSL Institut pour l’étude de la neige et des avalanches SLF.

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Several studies have shown that global warming increases the risk of avalanches. Long dry, cold and precipitation-free periods are increasingly observed, alternating with brief but heavy snowfalls. Dry periods favour the formation of fragile layers on the surface of the snowpack. These fragile layers are then covered with new snow. The conditions are then ripe for the triggering of plate avalanches. Studies show that 90% of fatal accidents are caused by this type of snow situation. Very often, the skier triggers the avalanche who will bury him.

In addition, with the increase in altitude of the rain / snow limit, one can observe an increase in the density of the upper layers of the snowpack by humidification. This means that the stresses exerted on the fragile layers below are greater and can cause them to break.

These new snowpack conditions linked to global warming largely explain the very heavy toll of avalanches in Switzerland during the winter of 2020-2021. 27 skiers had been killed on March 31st, 2021, the date of the latest statistics. This is 50% more than the average during this winter period. 296 people were surprised by avalanches, an increase of 67%. The average was 177 over the past 20 years.

Of all the avalanches, 215 were triggered by skiers or hikers, up from 113 in the past 20 years. During this same period, 18 skiers were killed in avalanches. During the winter of 2020-2021 alone, 11 ski tourers and 6 free-riders lost their lives. The deadliest accident took place in the Verbier region where 7 people – including a French Olympic snowboard champion – were swept away by avalanches forever.

Source: WSL Institute for Snow and Avalanche Research.

Photo: C. Grandpey