Ski : la descente de Zermatt/Cervinia annulée !

Le 20 octobre 2022, dans une note intitulée  » Ski : Polémique autour d’une descente ! », j’expliquais qu’une polémique était en train de naître suite à l’entêtement de la Fédération Internationale de Ski (FIS) de maintenir des épreuves de Coupe du monde de ski alpin à Zermatt les 29-30 octobre et 5-6 novembre au pied du Cervin, malgré des conditions d’enneigement défavorables. Pour plusieurs skieurs, la décision de la Fédération était « un non-sens ». Les conditions sur les glaciers sont de pire en pire chaque année; l’organisation des épreuves en Suisse demandait des moyens énormes en hélicoptère et des moyens humains pour boucher les crevasses sur le glacier.

Dans la matinée du 22 octobre, la FIS a finalement annulé la première épreuve transfrontalière de l’histoire de la Coupe du Monde de ski alpin. Les épreuves masculines prévues le week-end prochain au pied du Cervin n’auront donc pas lieu. A cause du manque de neige au pied de la piste de la «Gran Becca», le deuxième «snow control» n’a pas été plus concluant que celui de la semaine dernière.

Les dames doivent également lancer leur saison de vitesse entre Zermatt et Cervinia d’ici quinze jours (les 5 et 6 novembre). La FIS indique qu’un nouveau «snow control» sera effectué le 25 novembre afin de décider du maintien ou non de ces courses féminines.

Source: Rhône FM.

Photo: C. Grandpey

Fonte dramatique des glaciers suisses

Ce n’est pas vraiment une surprise, mais l’ampleur du phénomène devrait faire réfléchir. Les glaciers suisses ont pulvérisé tous les records de fonte en 2022. Cela est dû, d’une part, à un hiver 2021-2022 avec très peu de neige, de sorte que la zone d’accumulation des glaciers n’a pas été alimentée. Au printemps, l’épaisseur de la neige dans les Alpes n’a jamais été aussi faible et la poussière de sable du Sahara est venue salir la neige qui a donc absorbé davantage de chaleur et a fondu plus vite. Ensuite, il y a eu les vagues de chaleur à répétition à la fin du printemps et au cours de l’été. Il n’est pas besoin d’être glaciologue pour observer les effets du réchauffement climatique sur les glaciers, que ce soit en Suisse ou ailleurs en Europe. Trois kilomètres cubes de glace, soit 6% du volume total des glaciers suisses, ont été perdus au cours des derniers mois. Une perte de 2% en un an était auparavant considérée comme “extrême”. 6%, c’est énorme et on ne peut que craindre une évolution très négative de la situation glaciaire.

Une réduction immédiate de nos émissions de CO2 serait bien sûr la bienvenue, mais elle ne suffirait pas à mettre fin au désastre qui, par un phénomène de latence, se prolongera de toute façon pendant de nombreuses années encore. La situation actuelle dans les Alpes vient confirmer le dernier rapport du GIEC selon lequel la fonte des glaces et des neiges est l’une des dix menaces majeures causées par le réchauffement climatique.

Il ne faudrait pas oublier que les glaciers jouent un rôle essentiel en Suisse où l’hydroélectricité assure plus de 60 % de la production totale d’énergie du pays. On redoute la disparition totale des glaciers helvètes dans une cinquantaine d’années, ce qui poserait aussi un sérieux problème d’alimentation en eau.

Source: médias d’information suisses et français.

Le glacier d’Aletsch et celui du Rhône sont fortement menacés par le réchauffement climatique (Photos: C. Grandpey)

Effondrement et fonte des Alpes

On l’a dit et redit: la montagne souffre et s’écroule avec le dégel du permafrost. Les glaciers souffrent eux aussi par manque ne neige dans leur zone d’accumulation. Ils reculent et s’amincissent. Tous les phénomènes liés au réchauffement climatique posent de plus en plus de problèmes aux alpinistes et à tous ceux qui fréquentent la haute montagne.

Début septembre, je me suis rendu dans le Pré de Madame Carle dans le Parc National des Ecrins. J’avais envie d’aller rendre visite au Glacier Blanc. Il faut compter aujourd’hui une bonne heure et demie de grimpette pour atteindre le point de vue sur son front.

Photo: C. Grandpey

Au cours des dernières décennies, le glacier descendait beaucoup plus bas et on voit sur la roche les traces laissées par son abrasion.

Source: Parc des Ecrins

Au cours de la montée vers le Glacier Blanc, on aperçoit à main gauche le front du Glacier Noir dont la masse disparaît sous une épaisse couche de matériaux qui a au moins le mérite de le protéger des rayons du soleil. Sans cette protection, le glacier n’existerait plus depuis longtemps. La superbe moraine qui s’étire le long de la vallée nous montre le niveau qu’atteignait la glace il n’y a pas si longtemps.

Photos: C. Grandpey

Je ne reviendrai pas sur la Mer de Glace qui, à elle seule, symbolise la catastrophe glaciaire.

Comme je l’ai écrit plus haut, le dégel du permafrost et la fonte des glaciers posent des problèmes aux alpinistes. Pour mieux vous en rendre compte, je vous conseille de consulter le blog de Manu Ibarra qui détaille, avec une foule de belles photos, les obstacles que l’on rencontre en haute montagne :

https://www.manu-ibarra-alpineguide.com/

L’auteur du blog a rédigé un article très intéressant intitulé « Futur de l’alpinisme estival dans les Alpes ». Il fait référence au compte rendu de La Chamoniarde du lundi 25 juillet 2022 qui dresse un tableau dramatique de l’état de la haute montagne. Le constat est alarmant et sans appel. En fondant, les glaciers perdent une grande partie de leur couverture neigeuse et offrent  une vision claire sur leurs crevasses. Plus en amont, leur manque d’alimentation ouvre de nouvelles crevasses inconnues et cachées sous des ponts de neige de plus en plus précaires. C’est ce que j’ai pu observer sur le glacier de la Girose où les guides locaux hésitent à s’aventurer.

Photo: C. Grandpey

On apprend grâce à ce blog que les secours en montagne ont opéré cet été plus du double de sauvetages en crevasses que l’an passé, avec de nombreux accidents mortels ou très graves.

Manu Ibarra explique que « les couloirs classiques disparaissent et deviennent de sordides déversoirs aux pierriers qui souvent les composent. » Des projets estivaux ont ainsi disparu tels que les couloirs du cirque glaciaire du glacier Noir.

Ce n’est malheureusement qu’un début. Le processus d’effondrement et de fonte de la haute montagne semble irréversible.

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La presse allemande vient d’apporter de l’eau à mon moulin en faisant état d’une nouvelle conséquence de l’accélération du réchauffement climatique dans les Alpes. La partie sud du glacier Schneeferner, dans les Alpes bavaroises a fondu pendant l’été 2022 et a perdu définitivement son statut de glacier. L’épaisseur de la glace n’atteint même plus 2 mètres à de nombreux endroits, et moins de 6 mètres aux endroits les plus profonds. C’est ce qu’ont révélé les mesures des radars à pénétration de sol réalisées en septembre. En 2018, cette épaisseur était encore de dix mètres. Parallèlement, la surface du glacier s’est réduite à moins de 1 hectare, soit environ moitié moins qu’en 2018.

Il ne reste plus que quatre glaciers dignes de ce nom en Bavière : la partie nord du Schneeferner, le Höllentalferner, sur le massif de la Zugspitze, ainsi que les glaciers de Watzmann et de Blaueis sur le massif de Berchtesgaden.

Un rapport publié il y a deux ans par le gouvernement bavarois avait mis en garde contre une fonte plus rapide que prévu des glaciers, dont le dernier pourrait disparaître complètement d’ici une décennie.

Source: Presse bavaroise.

Crédit photo: Wikipedia

 

 

 

Un nouveau téléphérique sur le glacier de la Girose (Hautes-Alpes)?

La semaine dernière, au moment où je me trouvais à La Grave (Hautes-Alpes), petit village au pied de la Meije, sur le route du col du Lautaret, toutes les conversations tournaient autour du projet d’extension du téléphérique. L’idée divise les habitants; pour certains, l’aménagement est nécessaire, mais pour d’autres, ce serait une perte d’identité du village avec la crainte de voir la mise en place d’une jonction avec les stations de l’Alpe d’Huez et des Deux Alpes.

Depuis 40 ans, le téléphérique de La Grave ouvre à tous l’expérience de la montagne à 3 200 mètres d’altitude. L’exploitant de la station veut remplacer le vieux téléski par un troisième tronçon de téléphérique accessible aux piétons et qui offrirait au public une vue imprenable sur le glacier de la Girose. Au village, certains habitants craignent que ce projet en cache un autre qui fait régulièrement surface : le projet « Grand Oisans » qui prévoit une liaison entre les stations de La Grave, l’Alpe d’Huez et les Deux Alpes, en Isère.

A La Grave, le collectif d’habitants, opposé à la construction d’un troisième tronçon du téléphérique, vient de financer une étude qui met en doute la viabilité économique de l’extension. Face à ce super-projet de liaison, les membres du collectif craignent de voir leur station dissoute dans un vaste ensemble touristique qui effacerait son identité.

Les partisans du 3ème tronçon de téléphérique font valoir son côté positif pour l’environnement. Le remplacement du téléski actuel – propulsé par une motrice fonctionnant au fioul – par un téléporté qui sera alimenté en électricité, permettra de diviser par cinq l’énergie finale consommée. Avec cette opération, dans 15 ans, on émettra moins de gaz à effet de serre, construction comprise, que si on continue à exploiter le téléski en l’état. A La Grave, tout le monde reconnaît que l’ancien téléski doit être retiré du site, mais c’est l’avenir de cet aménagement qui alimente le débat.

Comme je l’ai fait remarquer aux habitants de La Grave avec lesquels j’ai abordé le sujet du téléphérique, personne ne parle de la fonte du glacier de la Girose et, plus globalement, de ceux du massif des Ecrins. L’expression « réchauffement climatique  » est tabou en montagne. Au train où vont les choses, il n’est pourtant pas certain que le spectacle proposé par le glacier de la Girose dans 10 ans sera aussi beau qu’aujourd’hui. Le glacier existera-t-il encore? Et puis, comment sera l’enneigement? Au cours de l’hiver 2021-2022, il y a eu une bonne chute de neige en novembre qui a été balayée par la pluie dans les semaines suivantes. Une nouvelle chute de neige a eu lieu en mars, mais très insuffisante pour sauver la saison de ski. Apparemment, personne n’a évoqué – et ne veut évoquer! – l’impact du réchauffement climatique sur le projet…. Ça s’appelle la politique de l’autruche…

Glacier de la Girose et site du projet de téléphérique (Photo: C. Grandpey)