La fonte des glaciers himalayens et ses dangers // The melting of Himalayan glaciers and its dangers

Dans mon dernier livre «Glaciers en Péril, les effets du réchauffement climatique», j’attire l’attention sur le risque de la fonte des glaciers de l’Himalaya et les dangers pour les populations. J’aurai également l’occasion d’aborder ce sujet au cours de la conférence que je proposerai demain 8 février à 18h30 à la Médiathèque de Verneuil sur Vienne.

Selon une étude menée par l’International Centre for Integrated Moutain Development – Centre international pour le développement intégré des montagnes (ICIMOD) – et publiée début février, les deux tiers des glaciers de l’Himalaya, le «troisième pôle glaciaire» du monde, pourraient fondre d’ici 2100 si les émissions mondiales ne sont pas réduites. L’étude est le résultat de cinq années de travail par 350 chercheurs et experts. Les scientifiques y expliquent que même si l’objectif le plus ambitieux de l’Accord de Paris consistant à limiter le réchauffement de la planète à 1,5°C est atteint, un tiers des glaciers disparaîtront.
La région montagneuse de Hindou-Kouch-Himalaya (HKH), qui s’étire sur plus de 3 500 kilomètres de l’Afghanistan à la Birmanie, comprend des glaciers qui constituent une source d’approvisionnement en eau essentielle pour quelque 250 millions de personnes dans les montagnes ainsi que pour 1,65 milliard d’autres dans les vallées fluviales en aval. .
Les glaciers alimentent 10 des réseaux hydrographiques les plus importants du monde, notamment le Gange, l’Indus, le Fleuve Jaune, le Mékong et l’Irrawaddy, et approvisionnent directement ou indirectement des milliards de personnes en nourriture, en énergie et en revenus.
Les effets de la fonte des glaciers sur les populations vont de l’aggravation de la pollution de l’air aux phénomènes météorologiques extrêmes, tandis que la baisse des débits des rivières d’avant la mousson déstabilise les systèmes d’approvisionnement en eau urbains ainsi que la production alimentaire et énergétique. Selon l’ICIMOD, «le réchauffement climatique est en passe de transformer en un peu moins d’un siècle les sommets recouverts de glace de huit pays en rochers nus».
L’objectif central de l’Accord de Paris de 2015 était de maintenir au cours de ce siècle la hausse globale de température bien au-dessous de deux degrés Celsius par rapport aux niveaux préindustriels, et de poursuivre les efforts visant à limiter l’augmentation de la température à 1,5 degrés Celsius.
En décembre, les participants à la COP24 en Pologne se sont mis d’accord sur la mise en œuvre de l’accord, avec engagement à limiter la hausse de la température mondiale bien en dessous de deux degrés Celsius. Toutefois, les principaux pollueurs, notamment les États-Unis et l’Arabie saoudite, ont contesté un rapport scientifique publié en octobre dans lequel il était demandé aux pays de réduire de moitié l’utilisation de combustibles fossiles en un peu plus d’une décennie.
La nouvelle étude de l’ICIMOD indique que même si l’objectif de 1,5°C est atteint, cela signifiera une augmentation de 2,1°C dans la région de l’Himalaya. Si les émissions ne sont pas réduites, la hausse sera de cinq degrés. Les glaciers de l’Himalaya, formés il y a environ 70 millions d’années, sont extrêmement sensibles aux variations de température. Depuis les années 1970, ils ont perdu de l’épaisseur et ont reculé, et les zones recouvertes de neige ont diminué. Comme je l’explique dans mon livre, la zone d’accumulation des glaciers des Alpes et de l’Himalaya est à peu près identique, autour de 3000 mètres d’altitude, mais les glaciers des Alpes disparaîtront plus tôt car les sommets les plus hauts ne dépassent guère 4 000 mètres, alors qu’ils dépassent souvent plus de 7 000 mètres dans l’Himalaya.
En même temps que les glaciers reculent, des centaines de lacs glaciaires risquent de rompre les fragiles moraines qui les retiennent et déclencher des inondations. Les données satellitaires montrent que le nombre de lacs de ce type dans la région est passé de 3 350 en 1990 à 4 260 en 10 ans.
La pollution atmosphérique provenant des plaines de l’Indus et du Gange – l’une des régions les plus polluées au monde – dépose également du carbone noir et de la poussière sur les glaciers, ce qui accélère leur fonte et modifie la circulation de la mousson.
Selon les estimations du rapport, la région aura besoin de 4,6 milliards de dollars par an d’ici 2030 pour s’adapter au changement climatique, et cette somme pourrait atteindre 7,8 milliards de dollars par an d’ici 2050.
Source: ICIMOD.

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In my new book “Glaciers en Péril, les effets du réchauffement climatique”, I draw attention to the risk of glacier melting in the Himalayas and the dangers to the populations.

According to a study led by the International Centre for Integrated Moutain Development (ICIMOD) and published in early February, two-thirds of Himalayan glaciers, the world’s ‘Third Pole’, could melt by 2100 if global emissions are not reduced. The study is the result of five years of work by 350 researchers and experts. The scientists explain that even if the most ambitious Paris Agreement goal of limiting global warming to 1.5 degrees Celsius is achieved, one-third of the glaciers will go.

Stretching over 3 500 kilometres from Afghanistan to Burma, the mountainous region of Hindu-Kush-Himalaya (HKH) includes glaciers that are a critical water source for some 250 million people in the mountains as well as to 1.65 billion others in the river valleys below.

The glaciers feed 10 of the world’s most important river systems, including the Ganges, Indus, Yellow, Mekong and Irrawaddy, and directly or indirectly supply billions of people with food, energy, clean air and income.

Impacts on people from their melting will range from worsened air pollution to more extreme weather, while lower pre-monsoon river flows will throw urban water systems and food and energy production off-kilter. According to ICIMOD, “global warming is on track to turn the frigid, glacier-covered mountain peaks across eight countries into bare rocks in a little less than a century.”

The 2015 Paris Agreement’s central aim was to keep a global temperature rise this century well below two degrees Celsius above pre-industrial levels and to pursue efforts to limit the temperature increase even further to 1.5 degrees Celsius.

In December, world leaders COP24 in Poland agreed on a common rule book to implement the accord, in which countries committed to limiting global temperature rises to well below two degrees Celsius. However, major polluters, including the United States and Saudi Arabia, disputed a landmark scientific report released in October that suggested nations must slash fossil fuel use by nearly half in a little over a decade.

The new ICIMOD study says that even if the 1.5-degrees target is achieved, it would mean a rise of 2.1 degrees in the Himalayas region. If emissions are not reduced, the rise would be five degrees. The Himalayan glaciers, formed some 70 million years ago, are highly sensitive to changing temperatures. Since the 1970s, they have thinned and retreated, and areas covered by snow and snowfall have decreased. As I explain in my book, the accumulation zone for glaciers in the Alps and the Himalayas is roughly the same, about 3000 metres a.s.l., but glaciers in the Alps will disappear sooner because the highest peaks are only about 4,000 metres high whereas in the Himalayas they are often more than 7,000 metres high

As the glaciers shrink, hundreds of dangerous glacial lakes maintained by fragile moraines can burst and unleash floods. Satellite data shows that numbers of such lakes in the region grew to 4,260 in a decade from 3,350 in 1990.

Air pollution from the Indo-Gangetic Plains – one of the world’s most polluted regions – also deposits black carbon and dust on the glaciers, hastening melting and changing monsoon circulation.

The region would require up to $4.6 billion per year by 2030 to adapt to climate change, rising to as much as $7.8 billion per year by 2050, according to an estimate in the report.

Source : International Centre for Integrated Moutain Development (ICIMOD).

Carte reconstituée montrant l’Hindou Kouch – au premier plan – et le Pamir (Source : NASA)

 

3 réflexions au sujet de « La fonte des glaciers himalayens et ses dangers // The melting of Himalayan glaciers and its dangers »

  1. Bonjour Claude,
    En passant de la « Cocotte » minute au bain marie.
    Il est un point qui m’interpelle sérieusement et de plus en plus. En effet, devant le visible et évident réchauffement de la planète, une seule et sempiternelle « démonstration » compte à longueur de communiqués médiatico-politico-scientifiques : c’est l’augmentation de la concentration du CO2 dans l’atmosphère qui provoque un effet de serre supplémentaire, ce qui induit l’essentielle du réchauffement climatique, et cette affirmation s’appuie essentiellement et presque uniquement sur le constat que révèle la courbe de Keeling, montrant une parfaite corrélation entre concentration de CO2 et température. Alors qu’il est aujourd’hui de notoriété public, que le seul effet de serre qui, rend la planète habitable est celui de la vapeur d’eau, et qui permet de faire passer la température ambiante de -18°C à +15, et sachant qu’elle représente 14% de l’atmosphère (contre 0,04% pour le CO2), il me semble qu’une variation, même minime de cette quantité pourrait avoir une conséquence notoire sur le réchauffement climatique. J’ai encore à l’esprit la réflexion, certes un peu humoristique de Tazieff qui interrogé sur ce point rétorquait que l’on ne savait pas vraiment si c’est l’augmentation du gaz carbonique qui crée le réchauffement ou bien le réchauffement qui est la raison de son augmentation. A tout bien considérer cela pourrait bien être une toute autre et tout aussi cohérente lecture de la courbe de Keeling. Par ailleurs, « l’affolement » dont les scientifiques nous font part en observant la fonte accélérée des inlandsis (Antarctique et Groenland) semble provenir d’une autre découverte qui est, au moins en antarctique que les glaces ont commencé à fondre il y a une bonne centaine d’année, c’est-à-dire avant l’âge industriello-pétroleux, ce qui laisserait supposer que certes nous y rajoutons notre dose à qui mieux mieux, mais l’origine du réchauffement profond aurait une autre cause.
    Evidemment, « rétropédaler » sur le réchauffement climatique et le CO2, laisserait la porte ouverte à tous les excès et absurdités liés au climatosepticisme.
    L’étrangeté de ce débat ne m’inspire vraiment rien qui vaille. Pour moi, la production anthropique de CO2 et une petite conséquence de la production de chaleur qui est colossale et qui plus est très concentrée géographiquement, puisque plus de la moitié des 7.6 milliards d’individus que compte la planète plus de la moitié sont regroupé dans les zones urbanisées (1 000 000 de villes dans le monde occupant 1% tout au plus des surfaces habitables). Or qui dit production de chaleur dit évaporation et donc production de vapeur d’eau et donc augmentation de l’effet de serre, et donc augmentation du CO2 qui se dissout moins dans l’eau chaude…
    Etant donné, qu’il est très fréquent que l’expression de ce petit raisonnement soit balayé d’un revers de mains comme étant totalement absurde, ce qui me laisse le ressentir comme un : « shuttt, il ne faut pas dire cela », j’ose espérer qu’il comporte réellement une bonne part d’invraisemblance. Ne pensez-vous pas que dans le cas contraire il y aurait de quoi désespérer du sérieux de la science ?
    Très chaudes amitiés
    Pierre Chabat

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    1. Bonjour Pierre,
      Je vous livre in-extenso la réponse du site Futura Science à votre question concernant la vapeur d’eau et son rôle dans l’aggravation de l’effet de serre:
      « La vapeur d’eau, contenue dans les nuages ou les fumées des tours des centrales nucléaires est un puissant gaz à effet de serre. Il s’agit même du principal gaz à effet de serre, puisque la vapeur contribue pour 60% à l’effet de serre planétaire, contribution qui monte jusqu’à 90% si l’on considère aussi les nuages. Cependant, seule une partie très infime de la vapeur d’eau atmosphérique est due aux activités humaines. L’essentiel de la vapeur d’eau est donc responsable de l’effet de serre naturel, sans lequel la planète Terre aurait une température moyenne de -18°C. Enfin, la vapeur d’eau reste très peu de temps dans l’atmosphère, à peine quelques jours, tandis qu’un gaz comme le dioxyde de carbone y demeure un siècle environ. Les émissions de vapeur d’eau jouent donc un rôle direct très négligeable dans l’augmentation de l’effet de serre. »
      (Maintenant, c’est moi qui parle!) S’agissant de la fonte de l’Antarctique, le phénomène affecte la partie Est depuis très peu de temps et l’accélération de la fonte de la partie Ouest est récente elle aussi. Quand je vois la vitesse à laquelle fondent les glaciers en Alaska (j’ai vu de mes propres yeux la différence d’une année sur l’autre), je me dis que nous sommes probablement fautifs en accélérant – à travers les émissions de CO2 – un réchauffement de la planète qui fait probablement partie d’un cycle naturel.
      Très amicalement,
      Claude Grandpey

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      1. Bonjour Claude,
        Merci de votre réponse bien sympa. Il est toujours bon de recueillir un peu de contradiction à ses propos lorsqu’ils manquent de clarté.
        J’ai cependant deux remarques concernant les affirmations de Futura Science :
        1) La vapeur d’eau est un gaz inodore et invisible. Ce qui est visible au sortir des tours de refroidissement des centrales nucléaires ou même des nuages est la condensation de cette vapeur d’eau chauffée, ce qui est alors, non pas de la vapeur mais déjà de l’eau sous forme de gouttelettes. Lorsque je parle d’augmentation du volume de vapeur d’eau dans l’atmosphère, je me réfère non pas à ce que les activités humaines produisent de vapeur mais de ce que la chaleur qu’elles créent impact l’évaporation des océans et du différé de leur condensation dû aux aléas de la pression atmosphérique environnante.

        2) Si la durée de vie du CO2 dans l’atmosphère, de l’ordre du siècle, est un argument pour montré que chaque fois que nous en émettons, nous en subirons les conséquences d’autant, cet argument est pour moi tout à fait inadéquat. Correct au niveau de la stabilité de cette molécule intrinsèquement, dans la nature cela n’est absolument pas le cas. Des quelques 39, 40, voir un peu plus en ce moment de GIGA tonnes de CO2 que nous produisons annuellement par nos combustions, 25% sont absorbée par les végétaux et 30 par les océans. Ces quantités là ne séjournent donc pas 1 siècle dans l’atmosphère, elles disparaissent de l’air aux grés des mois et des saisons. Ce qui séjourne dans l’atmosphère, c’est la différence : production moins absorption, c’est-à-dire environs 17 GT, qui une fois cumulées depuis 1960 ont portée le taux de CO2 de 280 à 400ppm. Il existerait donc, un frein, une limite dans l’absorption du CO2 par la nature, et c’est justement la méconnaissance des raisons de cela qui font notre malheur, diminutions des végétaux ?, réchauffement des eaux de surface dans les océans ?…que sais-je. Il serait donc beaucoup plus intéressant et constructif que nous ayons sur ce point quelques infos, hypothèses et démonstrations scientifiques portant un réel éclairage sur cette semi obscurité. J’ai beau également fréquenté le site de Futura Science, mais n’y trouve pas une petite lueur d’explication à ce sujet, en tout cas beaucoup moins qu’en parcourant le site du « CNRS-INSU » ou celui de « Trust My Science ».
        Très bonne journée et excellente conférence.
        Amitiés
        Pierre Chabat

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