Prévision volcanique à Yellowstone // Volcanic prediction at Yellowstone

drapeau francaisComme je l’ai écrit dans une note précédente, la situation actuelle à Yellowstone est très calme et aucun paramètre n’indique une éruption à court terme.
Dans une étude récente publiée dans la revue Geology, des scientifiques américains pensent pouvoir estimer entre 10 mois et 10 ans à l’avance le déclenchement de la prochaine éruption. Ils affirment qu’elle ne sera pas cataclysmale, même si la lave et la cendre sont susceptibles de provoquer un hiver volcanique.
L’étude a été réalisée par des chercheurs de l’Université d’Arizona. Ils se sont basés sur les éruptions passées du volcan de Yellowstone – la plus récente a eu lieu il y a près de 70 000 ans – afin de mieux étudier la fin de sa période de sommeil. Ils ont mis en commun des données sur le passé du volcan et des mesures obtenues par NanoSIMS, un instrument d’imagerie chimique de dernière génération. Ce dernier a permis une observation plus précise des cristaux de magma qui, à son tour, a permis un calcul du laps de temps entre la remontée en température du magma et l’éruption du volcan. Les scientifiques ont remarqué que la dernière éruption du Yellowstone après une longue période de sommeil s’est produite dans les 10 mois qui ont suivi la remontée du magma à l’intérieur de l’édifice volcanique. Par contre, d’autres fois, l’éruption a eu lieu dans un délai proche d’une dizaine d’années.
Les derniers résultats suggèrent que l’éruption au début du dernier cycle volcanique s’est déclenchée dans les 10 mois après la montée en température d’un réservoir de magma partiellement cristallisé après une période de repos de 220 000 ans. Une montée en température du magma qui se trouve actuellement sous la surface de Yellowstone pourrait mettre un terme à une période d’environ 70 000 années de repos volcanique et conduire à une nouvelle éruption avec un délai similaire.
Yellowstone est surveillé en continu depuis une trentaine d’années et rien n’indique que le volcan va entrer en éruption dans 10 mois, ni même dans 10 ans. Les scientifiques indiquent par ailleurs que la prochaine éruption « ne sera pas cataclysmale. » En effet, en se basant sur des données géologiques, ils  pensent qu’il y a eu 3 éruptions majeures à Yellowstone, mais que les éruptions mineures sont beaucoup plus nombreuses. Depuis la dernière grande éruption il y a environ 640 000 années, il y a eu plus de 23 petites éruptions, avec la plus récente il y a quelque 70 000 ans.
Malgré cet optimisme, il ne fait guère de doute qu’une éruption dans la caldeira de Yellowstone causerait de nombreux problèmes. Il est à craindre qu’elle donnerait lieu à un cataclysme à l’échelle mondiale. Une grande partie du territoire américain serait recouvert de cendre et le nuage de cendre affecterait sérieusement le trafic aérien. C’était le fond de ma pensée il y a quelques jours alors que je l’observais l’activité du Norris Geyser Basin, l’un des endroits les plus chauds du Parc National de Yellowstone.
Source: The Austrian Tribune.

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drapeau anglaisAs I put it in a previous note, the current situation in Yellowstone is very quiet and there are no parameters to indicate an eruption will occur in the short term.
In a recent study published in the journal Geology, US scientists have found a way to estimate the time of the next eruption from 10 months to 10 years beforehand. They promise it won’t be cataclysmic, even though lava and ash could cause a volcanic winter.
The study was made by Arizona State University researchers.They focused on past eruptions of theYellowstone volcano, with the most recent happening nearly 70,000 years ago, in order to learn more about the time when its sleep is over. They combined the data on the volcano’s past with measurements obtained by NanoSIMS, an advanced chemical imaging instrument. It allowed a closer observation of magma crystals that enabled a calculation of the time period between magma’s reheating and the volcano’s eruption. They noticed that the last time Yellowstone erupted after being dormant for a long time, the eruption was triggered within 10 months of new magma moving into the base of the volcano, while other times it erupted closer to the 10-year mark.
The latest results suggest an eruption at the beginning of Yellowstone’s most recent volcanic cycle was triggered within 10 months after reheating of a mostly crystallized magma reservoir following a 220,000-year period of volcanic quiescence. A similarly energetic reheating of Yellowstone’s current sub-surface magma bodies could end approximately 70,000 years of volcanic repose and lead to a future eruption over similar timescales.
As Yellowstone has been continuously monitored for about 30 years, there have been no indications that the volcano will erupt in 10 months, or even 10 years. They also reassure that the next eruption “won’t be cataclysmic.” Indeed, within the past 2.1 million years there have been three major eruptions at Yellowstone, according to geological evidence, but smaller ones are far more numerous. Since the last wide scale eruption that took place approximately 640,000 years ago, there have been over 23 smaller ones with the most recent one happening some 70,000 years ago.
Despite this optimism, there is little doubt that an eruption within the Yellowstone caldeira would cause many problems. It is feared that it could lead to a global cataclysm, with much of the US territory covered in ash and air travel complicated by the resulting ash cloud. This was my own fear a few days ago while I was observing activity at the Norris Geyser Basin, one of the hotttest spots of Yellowstone National Park.
Source: The Austrian Tribune.

Norris  Vue du Norris Geyser Basin  (Photo:  C.  Grandpey)

Le Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) et la prévision volcanique // Piton de la Fournaise and volcanic prediction

drapeau francaisDans des bulletins diffusés à la mi-journée et en soirée le 30 avril 2015, l’Observatoire dresse un bilan de la sismicité, des déformations et des mesures de gaz sur le Piton de la Fournaise. Il y a des signes certains qu’il se passe des choses sous le volcan mais les scientifiques ne peuvent guère en dire plus. La conclusion du dernier bulletin est la suivante :

« Au regard des signaux enregistrés et de l’expérience tirée de l’observation par l’OVPF du Piton de la Fournaise, nous pouvons conclure que nous sommes dans un contexte très sensible où la probabilité de la survenance d’une crise sismique suivie d’une crise éruptive est grande ».

La conclusion du bulletin du 1er mai à la mi-journée était rédigée comme suit:

« Le bilan des observations tend à monter que durant journée du 30 avril 2015 l’activité s’est atténuée significativement. Rappelons néanmoins que les variations d’activité sont fréquentes. Depuis 0h00 TU (4H00 locale le 1er mai), 8 séismes volcano-tectoniques profonds et 1 séisme volcano-tectonique superficiels ont été enregistrés« .

La situation actuelle reflète parfaitement le niveau de la prévision volcanique à l’heure actuelle. Le Piton de la Fournaise a beau être truffé d’instruments de mesures de toutes sortes, nous sommes encore incapables de définir exactement le déclenchement d’une éruption. Nous sommes pratiquement certains qu’elle va avoir lieu mais nous ne pouvons pas dire dans quel secteur du volcan et à quel moment.

Il faut tout de même reconnaître que de gros progrès ont été réalisés au cours des dernières décennies. Dans le cas du Piton, aucune population n’est menacée, du moins pour le moment. Il en va différemment sur des volcans explosifs comme le Mayon. On a vu récemment que des dizaines de milliers de personnes ont été évacuées lorsque ce volcan a manifesté des signes de réveil en octobre 2014. Quelques semaines plus tard, alors qu’aucun événement éruptif ne s’était produit, on a autorisé ces personnes à revenir chez elles. On ne peut maintenir éternellement des individus dans des camps de réfugiés aux conditions sanitaires souvent précaires.

C’est dans de telles situations que la prévision volcanique doit être améliorée. En attendant, on met en œuvre le principe de précaution, une décision que j’approuve car on connaît le passé historique dévastateur d’un volcan comme le Mayon.

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drapeau anglaisIn two bulletins released in mid-day and evening on April 30th, 2015, the Observatory gives information abou the seismicity, deformation and gas measurements on the Piton de la Fournaise. There are certain signs that things are happening under the volcano, but scientists can not say more. The conclusion of the last bulletin is as follows:
« In view of the recorded signals and the experience of observation by OVPF, we can conclude that we are in a very sensitive situation where the probability of the occurrence of a seismic crisis followed by an eruptive crisis is high.  »
This perfectly reflects the current level of volcanic prediction. The Piton de la Fournaise may well be riddled with measuring instruments of all kinds, we are still unable to define exactly the triggering of an eruption. We are almost certain that it will occur but we can not say where and when.
However, we must admit that much progress has been made over the past decades. In the case of the Piton, no population is threatened, at least for now. It is different on explosive volcanoes like Mayon. Tens of thousands of people were recently evacuated when the volcano showed new signs of activity in October 2014. A few weeks later, while no eruptive event had occurred, these people were allowed to return home. Individuals can not be kept forever in refugee camps, in often precarious sanitary conditions.
It is in such situations that volcanic prediction must be improved. Meanwhile, authorities are implementing the precautionary principle, a decision with which I agree, because we know the devastating historical past of Mayon volcano.

Dolomieu-blog

Tout est relativement calme en ce moment dans le cratère du Dolomieu  ((Webcam OVPF)

Holuhraun (Islande): Et si H. Sigurðsson avait raison? // What if H. Sigurðsson’s prediction proved true?

drapeau francaisDans des notes rédigées le 14 octobre 2014 et le 21 janvier 2015, j’exprimais ma surprise devant la prévision du volcanologue islandais Haraldur Sigurðsson qui affirmait que l’éruption dans l’Holuhraun prendrait fin en mars 2015. Il allait jusqu’à avancer la date du 4 mars pour la fin des hostilités. Une telle affirmation semblait quelque peu fantaisiste à notre époque, alors que la prévision volcanique n’en est – malgré ce que disent certains – qu’à ses balbutiements.

Sigurðsson expliquait que l’affaissement de la caldeira du Bárðarbunga était linéaire – pas une courbe – et qu’il ralentirait progressivement en même temps que se tarirait la source. Ainsi, selon lui, l’éruption devait se terminer 173 jours après le 12 septembre.

Les dernières informations fournies par le comité scientifique islandais indiquent que « l’éruption dans l’Holuhraun continue mais a beaucoup diminué au cours des dernières semaines ». Les rapports fournis à l’issue de survols en hélicoptère indiquent que la taille du lac de lave est en train de diminuer.

Attendons de voir comment va évoluer la situation. Si l’éruption prend fin de manière définitive le 4 mars (plus ou moins une semaine), on pourra dire que H. Sigurðsson avait raison. Sa découverte aurait une importance particulière car elle pourrait servir de référence pour prévoir la durée d’éruptions islandaises du même type dans le futur.

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drapeau anglaisIn notes written on 14 October 2014 and 21 January 2015, I expressed my surprise to the prediction made by Icelandic volcanologist Haraldur Sigurdsson who said that the eruption in Holuhraun would end in March 2015. He went as far as telling the day –  March 4th – for the end of hostilities. Such a statement seemed somewhat fanciful in our days when volcanic prediction is only – despite what some say – at its beginning.
Sigurðsson explained that the collapse of the Bárðarbunga caldera was linear – not a curve – and it would gradually slow down at the same time that the source would dry up. Thus, in his opinion, the eruption would end 173 days after September 12th.
The latest information provided by the Icelandic scientific committee indicates that « the eruption in Holuhraun continues but has decreased significantly in recent weeks. » The reports from helicopter pilots indicate that the size of the lava lake is decreasing.
Let’see how the situation will evolve. If the eruption were to end definitively on March 4th (plus or minus one week), we could say that H. Sigurðsson was right. Its discovery would be of particular importance because it could serve as a benchmark for predicting the duration of Icelandic eruptions of the same type in the future.

Barda-blog

Crédit photo:  Wikipedia.

Holuhraun (Islande): Fin de l’éruption le 4 mars? // Will the eruption end on March 4th?

drapeau francaisLe 14 octobre 2014 *, je rédigeais une note indiquant que volcanologue islandais Haraldur Sigurðsson avait prédit la fin de l’éruption dans l’Holuhraun pour le 4 mars 2015. Un nouvel article sur le site Iceland Review confirme la prévision, mais la date exacte n’est plus mentionnée!
La prévision s’appuie principalement sur le lent affaissement de la caldeira du Bárðarbunga, en supposant qu’il s’agit d’un indicateur fiable du volume de magma évacué à 50 km au nord de la caldeira. Si c’est le cas, cela signifie que le volume de magma évacué au niveau de la caldeira correspond au volume de lave émis dans l’Holuhraun. Comme la vitesse d’affaissement de la caldeira est assez régulière, Haraldur Sigurdsson pense qu’elle peut être extrapolée en utilisant une courbe mathématique (voir ci-dessous). Ainsi, la vitesse d’affaissement de la caldeira est modélisée sous la forme une simple courbe de la fonction carrée qui s’aplatit en mars avec la proximité de la fin de l’éruption.
Pourquoi pas, mais l’expérience montre qu’une éruption de ce type ne se termine pas d’un seul coup et qu’il faut un certain temps avant que les scientifiques décident qu’elle est bel et bien terminée. Ce sera cette date officielle décrétée par les scientifiques qui devra être prise en compte pour dire si la prédiction formulée en octobre 2014 par Haraldur Sigurðsson est valable.
Entre-temps, comme je l’ai écrit dans ma note d’octobre, l’Islande devrait organiser des paris autour de la date de l’éruption prévue par Sigurðsson. L’argent ainsi recueilli pourrait aider à financer la recherche volcanique dans le pays!

* Lien vers ma note du 14 octobre 2014:

http://volcans.blogs-de-voyage.fr/2014/10/14/4-mars-2015-fin-de-leruption-en-islande-eruption-in-iceland-will-stop-on-march-4th-2015/

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Pendant qu’Haraldur  Sigurdsson se livrait au jeu des pronostics, ses collègues islandais se rendaient dans l’Holuhraun le 19 Janvier, pour la première fois depuis six semaines. Ils ont survolé le site de l’éruption et ont pu constater que le champ de lave avait considérablement augmenté. Il atteint maintenant 84 kilomètres carrés.
Le cratère où bouillonne la lave mesure 80 mètres de haut, 100 mètres de large et plusieurs centaines de mètres de long. La lave a tendance à avancer constamment vers le nord et elle a coupé la route 910. L’activité se concentre désormais dans la partie nord du cratère où la chaleur a augmenté, tandis que la partie sud est en voie de refroidissement. Le survol a révélé que des fractures se sont formées en bordure du cratère, ce qui pourrait provoquer l’effondrement d’une de ses parois. Un tel effondrement pourrait changer la trajectoire de la lave qui pourrait commencer à se diriger vers le nord-ouest et agrandir encore davantage le champ de lave à l’ouest.
Source: Iceland Review.

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drapeau anglaisOn October 14th 2014*, I wrote a note indicating that Icelandic volcanologist Haraldur Sigurðsson had predicted the end of the Holuhraun eruption for March 4th 2015. A new article on the Iceland Review website confirms the prediction, but the exact day is no longer mentioned!

The prediction is mainly based on the ongoing slow subsidence of the Barðarbunga caldeira, with the assumption it is an indicator of the magma erupted 50 km to the north of the caldeira. This would mean the evacuated volume of magma corresponds to the erupted volume of lava. As the rate of subsidence is quite regular, Haraldur Sigurðsson thinks it can be extrapolated using a mathematical curve (see below). Thus, the rate of caldera subsidence is modelled as a simple square-function curve that flattens out in March with the end of the eruption.

Why not, but experience shows that an eruption of this type does not come to an end all of a sudden and that it lingers some time before scientists decide it is definitely over. It is the scientists’ official end date that will need to be taken into account to say if Haraldur Sigurðsson’s October prediction was right.

Meantime, as I put it in my October note, Iceland should organize some betting around the predicted eruption date. The money that would be collected could help volcanic research in the country!

* Link to my note of October 14th 2014: http://volcans.blogs-de-voyage.fr/2014/10/14/4-mars-2015-fin-de-leruption-en-islande-eruption-in-iceland-will-stop-on-march-4th-2015/

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While Haraldur Sigurdsson was making his predictions, his Icelandic colleagues Icelandic scientists were travelling to Holuhraun on January 19th for the first time in six weeks. They observed the eruption from the air and could see that the lava field had grown significantly. It now measures 84 square kilometres.

The eruption crater is now 80 metres tall, 100 metres wide and several hundred metres long. Lava is constantly moving further to the north and has flowed across Road 910. Activity is now concentrated in the northern part of the crater where the heat has increased, while the southern part is cooling down. The overflight has revealed that cracks have formed in the edge of the crater, which could cause one of its walls to collapse. Such a collapse could change the course of the lava which might start flowing to the northwest and expand the lava field to the west.

Source : Iceland Review.

Holuhraun-blog