Avril 2019 encore trop chaud ! // April 2019 still too hot !

On attend les statistiques de la NASA, mais les centres de prévisions NCEP-NCAR indiquent qu’avec + 0,638°C au-dessus de la moyenne 1981-2010, le mois d’avril 2019 se classe au 2ème rang depuis 1948, date du début des relevés NCEP-NCAR. L’année 2019 est également à la deuxième place derrière 2016 pour le moment.

Comme en février et en mars, la moyenne globale élevée est en partie due aux Tropiques (notamment au Vietnam et en Thaïlande), mais aussi aux régions polaires (Antarctique et Arctique). En Scandinavie, Helsinki a franchi les 12°C en moyenne sur la journée du 19 avril 2019, ce qui n’était jamais arrivé aussi tôt depuis 1882.  L’Arctique a signé un record de la plus faible extension de glace de mer pour un mois d’avril.

Source : global-climat.

————————————–

NASA statistics are still to come, but the NCEP-NCAR forecast centers indicate that with +0.638°C above the 1981-2010 average, April 2019 ranks second since 1948, the beginning of NCEP-NCAR surveys. The year 2019 is also in second place behind 2016 at the moment.
As in February and March, the high global average is partly due to the tropics (notably Vietnam and Thailand), but also to the polar regions (Antarctic and Arctic). In Scandinavia, Helsinki averaged 12°C on April 19th 2019, which had never happened so early since 1882. The Arctic has set a record for the lowest sea ice April.
Source: global-climat.

Sale temps pour la glace de mer (Photo: C. Grandpey)

Antarctique : Les manchots empereurs en difficulté // Antarctica: Emperor penguins in trouble

Dans une note parue le 3 mars 2018, je faisais état d’une étude publiée dans la revue Nature Climate Change selon laquelle le réchauffement de la planète et la surpêche pourraient provoquer en Antarctique la quasi extinction des populations de manchots royaux d’ici la fin du siècle. L’étude montrait qu’avec les transformations de l’environnement induites par le réchauffement de la planète, 70% des manchots royaux – soit 1,1 million de couples – pourraient disparaître ou être contraints de trouver de nouveaux sites de reproduction.

Les manchots royaux ne se reproduisent que sur des îles isolées de l’Océan Austral où il n’y a pas de couverture de glace et où ils disposent d’un accès facile à la mer. Au fur et à mesure que l’océan se réchauffe, la convergence antarctique est repoussée plus au sud. Cela signifie que les manchots royaux, qui se nourrissent de poisson et de krill dans cette zone, doivent parcourir une plus longue distance pour atteindre leurs aires d’alimentation et ils sont contraints de laisser leurs poussins plus longtemps derrière eux. Au vu de cette nouvelle situation, les scientifiques redoutent que des colonies entières disparaissent.

On apprend aujourd’hui que la deuxième plus grande colonie de manchots empereurs a presque disparu. La colonie de Halley, dans la mer de Weddell, était jusqu’à récemment la deuxième plus importante colonie de manchots empereurs au monde, avec jusqu’à 25 000 couples.

La quasi-totalité des poussins nés dans cette colonie sont morts en raison de la fonte de leur habitat ces trois dernières années. C’est ce que révèle une étude publiée le 25 avril 2019 et qui qualifie ces épisodes de « catastrophiques ».  .

Des images satellites étudiées par le British Antarctic Survey (BAS), centre de recherche britannique de l’Antarctique,  ont montré qu’en 2016, année marquée par une météo particulièrement chaude et orageuse, la glace sur laquelle les couples de manchots élèvent leurs petits a cédé, causant la mort de presque tous les poussins. Le phénomène s’est répété en 2017 et en 2018. C’est la raison pour laquelle cette colonie a presque disparu.

Un scientifique explique que le BAS a suivi la population de cette colonie et d’autres colonies de la région ces 10 dernières années, en utilisant des images satellites haute définition qui ont clairement montré « une faillite catastrophique dans la reproduction sur ce site ces trois dernières années. »

A côté de cette catastrophe, l’équipe de chercheurs a noté une augmentation de la taille d’une colonie voisine, celle de Dawson Lambton, ce qui laisse supposer que beaucoup des manchots de la colonie de Halley ont migré vers un lieu plus sûr. Selon un scientifique du BAS, il n’est pas possible de dire sans le moindre doute que la fonte de la glace de la baie d’Halley est liée au changement climatique, mais un tel échec de reproduction sur ce site est sans précédent.

Source : France Info.

Cette dernière déclaration est quelque peu surprenante car tous les scientifiques qui ont étudié les manchots royaux et empereurs s’accordent pour dire que ces oiseaux rencontrent les pires difficultés pour établir la jonction entre leurs zones d’alimentation et de reproduction à cause de la fonte de la glace. Or, il ne fait plus aucun doute que la fonte de la glace en Antarctique, en particulier en Antarctique de l’Ouest, est causée par le réchauffement de la planète.

——————————————————–

In a post released on March 3rd, 2018, I mentioned a study published in the journal Nature Climate Change indicating that global warming and overfishing could push the region’s king penguin populations to the brink of extinction by the end of the century. The study found that as global warming transforms the environment in Antarctica, 70% of king penguins – 1.1 million breeding pairs – could either disappear or be forced to find new breeding grounds.

King penguins only breed on specific isolated islands in the Southern Ocean where there is no ice cover and easy access to the sea. As the ocean warms, the Antarctic polar front – an upwelling of nutrient rich sea that supports huge abundance of marine life – is being pushed further south. This means that king penguins, that feed on fish and krill in this body of water, have to travel further to their feeding grounds, leaving their hungry chicks for longer. And as the distance between their breeding grounds and their food grows, scientists predict entire colonies will be wiped out.

Today we learn that the second largest colony of emperor penguins has almost disappeared. The Halley colony in the Weddell Sea was until recently the second largest emperor penguin colony in the world, with up to 25,000 pairs.
Almost all the chicks born in this colony have died due to the melting of their habitat in the last three years. This is revealed in a study published on April 25th, 2019, which describes these episodes as « catastrophic ». .
Satellite images studied by the British Antarctic Survey (BAS) showed that in 2016, a year marked by particularly hot and stormy weather, the ice on which the pairs of penguins raise their young yielded, causing the death of almost all the chicks. The phenomenon was repeated in 2017 and 2018. This is why this colony has almost disappeared.
One scientist explains that BAS has been tracking the population of this colony and other colonies in the region over the last 10 years, using high-definition satellite images that have clearly shown « a catastrophic failure in breeding on this site these last three years. »
In addition to this disaster, the research team noted an increase in the size of a neighbouring colony, Dawson Lambton, suggesting that many of the Halley colony penguins migrated to a safer place. According to a BAS scientist, it is not possible to say without a doubt that the melting of Halley Bay ice is related to climate change, but such a failure of reproduction on this site is unprecedented.
Source: France Info.
This last statement is somewhat surprising because all the scientists who have studied emperor and king penguins agree that these birds face the greatest difficulties in establishing the junction between their feeding and breeding areas because of the melting of ice. There is no doubt that the melting of ice in Antarctica, particularly in West Antarctica, is caused by global warming.

Manchot empereur (Crédit photo: Wikipedia)

Réchauffement climatique: La Mer de Béring en danger // Global warming : The Bering Sea in danger

Au cours de l’hiver dernier, on n’a jamais vu aussi peu de glace de mer dans la Mer de Béring. Les modèles climatiques ont prédit qu’il y aurait moins de glace dans les prochaines années, mais pas dès maintenant. Il est évident que le réchauffement climatique est en train de s’accélérer dans cette région et dans l’Arctique en général.

La glace empêche normalement les vagues de se former et de venir s’écraser sur le rivage, ce qui protège les villages pendant les tempêtes. Le problème, c’est qu’elles n’ont pas joué leur rôle protecteur cette année. En février, les vents du sud-ouest ont apporté de l’air chaud, de sorte que la glace de mer s’est transformée en bouillie de neige qui a fondu avant de disparaître. Lorsqu’une tempête a frappé Norton Sound le 12 février 2019, l’eau – qui n’était plus entravée par la glace – a remonté le fleuve Yukon. : elle a pénétré dans Kotlik, un village Eskimo situé sur la côte nord-ouest de l’Alaska, et inondé les maisons proches du rivage.
Comme je l’ai indiqué dans une note précédente, les morses et les phoques utilisent la glace de mer pour se reposer et mettre bas. Les villageois utilisent la glace de mer pour les chasser. La glace de mer est également l’habitat préférentiel des ours polaires. Les algues qui s’accrochent au dessous de la glace de mer prolifèrent au printemps avant de dépérir et de tapisser le fond de l’océan, constituant ainsi une nourriture aux palourdes et autres coquillages qui, à leur tour, deviennent la proie des baleines grises, des morses et des phoques. Grâce à la glace de mer, on assiste à l’apparition de toute une chaîne alimentaire.
La glace de mer joue également un rôle au niveau des poissons destinés à être commercialisés. La zone d’eau froide établie par la glace de mer permet depuis des lustres la concentration des bancs de morues du Pacifique et de goberges (aussi appelé colin ou lieu d’Alaska) dans le sud-est de la Mer de Béring. Des études récentes ont révélé de fortes concentrations de morues du Pacifique et de goberges dans le nord de la Mer de Béring, mais l’espèce censée être présente dans la région, la morue polaire, se fait rare.
Il ne fait guère de doute que les changements intervenus dans l’atmosphère et l’océan sont dus au réchauffement climatique de la planète. Après que la glace de mer ait commencé à se former en novembre comme elle le fait d’habitude, des vents chauds ont soufflé en février et l’ont fait disparaître dans sa quasi totalité entre le nord de la mer de Béring et le détroit de Béring jusqu’à la mer des Tchouktches.
Le US Fish and Wildlife Service et le National Park Service avaient déjà détecté des problèmes au début de l’été dernier. Les habitants de la région ont fait état d’oiseaux de mer très amaigris ou morts, en particulier des guillemots de Troïl qui peuvent épuiser leurs réserves de graisse et mourir de faim après trois jours sans manger ; ils parcourent des centaines de kilomètres pour trouver des bancs de poissons ou du krill et n’ont apparemment pas réussi à trouver leur pitance. Des pétrels tempête, des fulmars, des puffins, des mouettes tridactyles, des stariques cristatelles et des macareux ont également péri.
Le plus important maintenant est de savoir si l’eau de mer plus chaude permettra aux algues nocives de vivre suffisamment longtemps pour permettre aux mollusques et crustacés de les absorber et de les transmettre aux mammifères marins et aux humains. Les biologistes marins se demandent si les toxines ont joué un rôle dans la mort des oiseaux marins en affectant leur capacité à se nourrir.
Source: Médias de l’Alaska.

—————————————————

The Bering Sea last winter saw record-low sea ice. Climate models predicted less ice, but not this soon. The ice normally prevents waves from forming and locks onto beaches, walling off villages. But not this year. In February, southwest winds brought warm air and turned thin sea ice into « snow cone ice » that melted or blew off. When a storm pounded Norton Sound on February 12th, water surged up the Yukon River and entered Kotlik, a Yupik Eskimo village on Alaska’s northwest coast, flooding low-lying homes.

Walruses and seals use sea ice to rest and give birth. Villagers use sea ice to hunt them. Sea ice is the primary habitat of polar bears. Algae that clings to the bottom of sea ice blooms in spring, dies and sinks, sending an infusion of food to clams, snails and sea worms on the ocean floor, the prey of gray whales, walruses and bearded seals.

Sea ice also affects commercially valuable fish. The wall of cold water historically has concentrated Pacific cod and walleye pollock in the southeastern Bering Sea. Recent surveys made by researchers revealed high concentrations of Pacific cod and walleye pollock in the northern Bering Sea, but the species that was supposed to be there, Arctic cod, was hardly found.

It is likely that atmosphere and ocean changes are due to climate change. When sea ice in November began forming as usual, warm winds in February mostly cleared the northern Bering Sea of sea ice through the Bering Strait into the Chukchi Sea.

The U.S. Fish and Wildlife Service and the National Park Service early last summer detected trouble. Resident called with reports of emaciated and dead seabirds. Common murres, which can use up fat reserves and starve after three days without eating, fly hundreds miles to find fish schools or krill but were washing up dead on shore. Forktail storm petrels, fulmars, shearwaters, kittiwakes, auklets and puffins also died.

Of immediate concern is whether warmer water will allow harmful algae containing toxins to stay viable long enough for shellfish to eat them and pass toxins to marine mammals and people. Seabird experts wonder if toxins played a role in recent seabird deaths by affecting their ability to forage.

Source : Alaskan news media.

  

Evolution de la glace de mer dans l’Arctique (Source : NSIDC)

Les glaciers rejettent des résidus radioactifs ! // Glaciers release radioactive residues!

On le sait depuis longtemps : Les glaciers sont de précieux indicateurs de l’histoire de notre planète. Ils permettent en particulier de dater des événements géologiques majeurs comme les éruptions volcaniques. De temps à autre, ils nous rendent les corps de personnes victimes d’une catastrophe aérienne ou d’alpinistes ayant chuté dans des crevasses en escaladant l’Everest.

Le site de la chaîne de télévision BFMTV nous apprend que des retombées radioactives d’accidents nucléaires civils et d’essais militaires sont emprisonnées dans les glaciers à travers le monde. Les chercheurs avertissent que ces résidus risquent fort d’être libérés par la fonte de la glace liée au réchauffement climatique.

Une équipe internationale de scientifiques a cherché la présence de retombées radioactives dans les sédiments à la surface de glaciers dans l’Arctique, en Islande, dans les Alpes, le Caucase, l’Antarctique et l’ouest du Canada. Ces chercheurs ont découvert des résidus radioactifs sur les 17 sites étudiés, souvent à des concentrations au moins 10 fois supérieures aux niveaux relevés ailleurs. Une scientifique britannique a expliqué que les niveaux mesurés sont les plus élevés dans un environnement en dehors des zones d’exclusion nucléaires

Il est facile de comprendre pourquoi les glaciers conservent ces résidus radioactifs. Quand ils sont relâchés dans l’atmosphère, ils retombent sur terre par le biais des pluies acides et peuvent être absorbés par les plantes et le sol. En revanche, quand ils tombent sous forme de neige et s’installent sur la glace, ils forment des sédiments plus lourds, qui s’accumulent dans les glaciers.

Les scientifiques donnent l’exemple de l’accident de Tchernobyl en 1986 qui avait généré des nuages radioactifs contenant notamment du césium, et provoqué une contamination à travers l’Europe du Nord. Dans le cas de Tchernobyl, les éléments radioactifs sont retombés sous forme de pluie ou de neige. Dans ce dernier cas, ils sont restés dans la glace pendant des décennies, et avec la fonte des glaciers liée au réchauffement, ils se déversent maintenant dans les rivières.

L’équipe scientifique a détecté quelques résidus de Fukushima, mais une grande partie des éléments issus de cet accident de 2011 ne se sont pas encore agglutinés dans les sédiments des glaciers.

Sur plusieurs des sites, les chercheurs ont également retrouvé des traces d’essais nucléaires, en particulier ceux qui ont été effectués des années 1950 et 1960. Une scientifique a expliqué qu’en étudiant une carotte de sédiments, on voit clairement un pic au moment de Tchernobyl, mais aussi un pic relativement précis autour de 1963, période intense d’essais nucléaires.

Le risque aujourd’hui, c’est qu’avec le réchauffement climatique et la fonte de la glace, on assiste à l’entrée dans la chaîne alimentaire d’un des résidus potentiellement les plus dangereux, l’américium, issu de la dégradation du plutonium et qui a une demi-vie de 400 ans, contre 14 ans pour le plutonium.

Source : BFMTV.

—————————————————

We have known for a long time that glaciers are precious indicators of the history of our planet. In particular, they allow to date major geological events such as volcanic eruptions. From time to time, they release the bodies of people who have fallen victim to a plane crash or mountaineers who have fallen into crevasses while climbing Mount Everest.
The BFMTV television site tells us that radioactive fallout from civilian nuclear accidents and military tests are trapped in glaciers around the world. The researchers warn that these residues are likely to be released by the melting of ice due to global warming.
An international team of scientists has investigated the presence of radioactive fallout in glacial surface sediments in the Arctic, Iceland, the Alps, the Caucasus, Antarctica and western Canada. These researchers found radioactive residues at the 17 sites they studied, often at concentrations at least 10 times higher than levels found elsewhere. A British scientist explains that measured levels are highest in an environment outside nuclear exclusion zones
It is easy to understand why glaciers retain these radioactive residues. When released into the atmosphere, they fall back to earth through acid rain and can be absorbed by plants and soil. On the other hand, when they fall in the form of snow and settle on the ice, they form heavier sediments, which accumulate in the glaciers.
Scientists give the example of the Chernobyl accident in 1986 that generated radioactive clouds including cesium and caused contamination throughout northern Europe. In the case of Chernobyl, radioactive elements fell as rain or snow. In the latter case, they remained in the ice for decades, and with the melting glaciers associated with global warming, they now flow into the rivers.
The scientific team has detected some Fukushima residues, but much of the evidence from this 2011 accident has not yet accumulated in the glacial sediments.
On several of the sites, the researchers also found traces of nuclear tests, in particular those that were carried out in the 1950s and 1960s. A scientist explained that by studying a core of sediments, one clearly sees a peak at the moment of the Chernobyl accident, but also a relatively accurate peak around 1963, which was an intense period of nuclear testing.
The risk today is that with global warming and the melting of ice, we may witness the entry into the food chain of one of the potentially most dangerous residues, americium, resulting from the degradation plutonium and which has a half-life of 400 years, compared with 14 years for plutonium.
Source: BFMTV.

Photos: C. Grandpey