Conséquences sociales de la fonte de la banquise et des glaciers // Social consequences of glacier and ice sheet melting

Avec la fonte des glaciers et des calottes polaires, le niveau des mers monte à un rythme inquiétant, avec des conséquences sociales pour les zones habitées le long des côtes. Ainsi, dans le sud de la Floride, le comté de Miami-Dade, situé entre 1,20 m et 1,80 m au-dessus du niveau de la mer, avec une population de plus de 2,7 millions d’habitants, est sous la menace de la hausse de l’océan, mais aussi de conditions météorologiques extrêmes.
Miami possède le plus grand nombre de zones menacées et la quatrième plus grande population exposée à l’élévation du niveau de la mer dans le monde. Souvent surnommé « Ground Zero » du changement climatique, le comté de Miami-Dade compte plus de personnes vivant à moins de 1,20 mètre au-dessus du niveau de la mer que n’importe quel autre État américain, à l’exception de la Louisiane.
La montée des eaux menace des propriétés de plusieurs millions de dollars dans les localités situées le long de la côte sud de la Floride. Mais les résidences de luxe ne sont pas les seules à être menacées. Alors que de plus en plus de personnes recherchent des terrains plus élevés, les communautés à l’intérieur des terres sont contraintes de s’en aller.

Cette situation va inévitablement créer une gentrification* et les problèmes qui l’accompagnent. Dans le cas de Miami, l’élévation du niveau de la mer a poussé les promoteurs immobiliers à s’intéresser à des biens situés à l’intérieur des terres et à des altitudes plus élevées. Des personnes de couleur, souvent très pauvres, vivent  sur ces terres depuis des générations et elles se trouvent confrontées à un coût de la vie et de l’immobilier qui ne leur permettent plus de rester sur place. On assiste donc à une sorte de « gentrification climatique ».
Ce genre de situation ne concerne pas seulement les zones côtières. Les événements météorologiques extrêmes tels que les ouragans, les vagues de chaleur, les incendies de forêt et les inondations se produisent de plus en plus fréquemment et les gens sont tentés de reconsidérer leur domicile dans les zones exposées. En Arizona, le maire de Flagstaff, une ville située à 2100 mètres d’altitude, a noté une augmentation de 25% du nombre de propriétaires de résidences secondaires qui achètent des biens immobiliers dans la région moins exposée aux canicules, à 230 kilomètres au nord de Phoenix qui vient de connaître des températures record. Le maire a décrit ceux qui fuyaient la chaleur comme des «réfugiés climatiques» et a déploré la pression exercée sur les personnes à faible revenu qui ont vu grimper en flèche le coût de la vie et les prix de l’immobilier.
Source: Yahoo Finance.

* La « gentrification » (du mot anglais gentry), en français « embourgeoisement », fait référence à la transformation de quartiers populaires suite à l’arrivée de catégories sociales plus favorisées. La conséquence est une hausse des prix de l’immobilier à laquelle ne peuvent faire face les populations les plus modestes qui sont contraintes de partir.

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With the melting of glaciers and polar ice sheets, sea levels are rising at an alarming rate with social consequences for populated areas along the coasts. For instance, in southern Florida, Miami-Dade County, situated between 1.20 m and 1.80 m above sea level, with a population of over 2.7 million people, is under the threat of rising waters and extreme weather.

Miami has the largest amount of exposed assets and the fourth-largest population vulnerable to sea-level rise in the world. Often called ground zero for climate change, Miami-Dade has more people living less than 1.20 metres above sea level than any U.S. state, except Louisiana.

Rising seas are threatening multi-million dollar properties in communities up and down the coast of South Florida. But luxury homes are not the only ones at risk. As more and more people are searching for higher ground, lower-income, inland communities are being forced out.

This situation will inevitably create gentrification* pressures. In the case of Miami, rising sea levels have real estate developers eyeing inland communities which are at higher elevations. For generations, these communities have been home to people of colour, who are now finding themselves priced out of their homes. It is a kind of “climate gentrification”

This kind of situation is not just happening in coastal areas. Extreme weather events such as hurricanes, heatwaves, wildfires and flooding are occurring more and more frequently and have forced people to reconsider taking up residence in exposed areas. The mayor of Flagstaff, Arizona, (2,100 metres above sea level) has noted a 25% increase in second-home owners buying up real estate in the region, which is located in a cooler, mountainous area, 230 kilometres north of Phoenix. The mayor described those fleeing the heat as “climate refugees” and lamented the squeeze put on low-income people who have seen their cost of living and real estate prices escalate.

Source : Yahoo Finance.

Gentrification is a process of changing the character of a neighbourhood through the influx of more affluent residents. Gentrification often increases the economic value of a neighbourhood. Modest populations are often unable to face price increases and are forced to move away.

La partie méridionale de la Floride est particulièrement exposée à la hausse du niveau de la mer et aux événements climatiques extrêmes. (Source : Google Map)

L’agonie des glaciers alpins : de la Mer de Glace (France) au Pasterze (Autriche) [7ème partie]

Le Pasterze est le plus grand glacier d’Autriche, au cœur du massif des Hohe Tauern dominées par le Grossglockner (3797 m), point culminant du pays. Il est possible d’admirer le Pasterze et le Grossglockner en voiture, en empruntant une route à péage, la Grossglockner Hochalpenstrasse, qui conduit au Kaiser Franz-Josefs Höhe. De là, on surplombe le glacier – ou ce qu’il en reste – et on bénéficie d’une vue magnifique sur la montagne. Le site est un haut lieu touristique, avec un immense parking à étages qui gâche un peu le paysage.
Un funiculaire permettait de descendre sur le glacier au moment de sa mise en service en 1963. La surface de la glace était alors au niveau de la station inférieure du funiculaire. Le problème, c’est que le glacier a perdu de la hauteur et a considérablement reculé depuis cette époque. De nos jours, il faut continuer de descendre à pied un dénivelé aussi important que celui franchi par la remontée mécanique. Une bonne condition physique est nécessaire car il faut remonter et l’altitude se fait sentir !

La zone d’accumulation qui donne naissance au Pasterze se trouve à 3 453 m d’altitude, mais on se rend très vite compte qu’elle ne réussit plus à nourrir le glacier qui ne cesse de reculer. Comme pour la Mer de Glace ou le glacier du Rhône, les images d’archives exposées sur la terrasse d’observation montrent la vitesse de recul du glacier. Au train où vont les choses, il aura disparu bien avant la fin du 21ème siècle.

Photos : C. Grandpey

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Je suis d’un grand pessimisme quand je constate la situation glaciaire dans les Alpes, tout comme je le suis devant les glaciers d’Alaska. Je fais partie de ceux qui ont connu ces glaciers à une époque où leur masse majestueuse emplissait les vallées ou débordait des flancs de la montagne. Aujourd’hui, c’est fini. Le drame, c’est qu’une grande partie de la population n’a pas conscience de la catastrophe qui nous attend. La haute montagne avec sa neige et ses glaciers est le pivot d’une économie, avec le tourisme et surtout l’alimentation en eau. En observant le jeune Rhône du haut de la falaise du Belvédère au mois de septembre 2020, je me disais que dans un avenir plus proche qu’il y paraît, l’eau ne coulera plus dans la vallée. Suite à l’absence de neige ou de glace, des affluents du Rhône vont se tarir eux aussi, avec des conséquences faciles à imaginer….

L’agonie des glaciers alpins : de la Mer de Glace (France) au Pasterze (Autriche) [6ème partie]

Le glacier du Rhône (Rhonegletscher en allemand), donne naissance au fleuve bien connu des Genevoix et de Lyonnais. Ce n’est pas le plus célèbre des glaciers alpins; il ne saurait rivaliser avec la Mer de Glace et encore moins avec le Glacier d’Aletsch, le plus grand glacier des Alpes, qui se trouve à quelques kilomètres. Tous ces glaciers ont un point commun : ils fondent à une vitesse incroyable et feront bientôt partie des souvenirs. Je pense que mes petits-enfants vont assister à la disparition pure et simple de certains d’entre eux. Les glaciologues la prévoient pour la fin de 21ème siècle, mais ils sont probablement trop optimistes.

Perché à l’extrémité nord-est de la superbe vallée du Valais suisse, le glacier du Rhône est accessible depuis la montée du Col de la Forclaz qui culmine à 2429 mètres. Ce col est une superbe grimpette pour les cyclos dont je fais partie. Le glacier s’étend en théorie sur une longueur de 8 kilomètres, avec une largeur d’un peu plus de 1 000 mètres. Sa superficie est de 17 km2. J’écris « en théorie » car ces dimensions sont en régression permanente sous les coups de boutoir du réchauffement climatique. Les glaciologues suisses expliquent que le volume du glacier du Rhône aura diminué de moitié en 2050 et qu’il ne sera plus que de 10% en 2100.

Tel un caméléon, l’hôtel Belvédère confond sa masse grisâtre avec l’univers minéral qui l’entoure. Se dressant dans un lacet de la route d’accès au col de la Furka, il est le point de départ d’un sentier (payant) qui conduit au bord du glacier du Rhône et à la grotte de glace signalée par un panneau spectaculaire en aval du parking. Ce sentier offre de belles vues sur le lac qui s’étale devant le front du glacier. Il donne naissance au jeune Rhône qui dévale vigoureusement les premières pentes.

A l’extrémité du sentier, on atteint un univers surréaliste. Au lieu de la masse de glace à laquelle on est en droit de s’attendre, on se trouve face à une immense bâche blanche percée d’une petite ouverture. Quelques planches permettent de pénétrer dans une galerie creusée directement dans la glace. L’appellation « grotte de glace » est un peu osée. En effet, les premières dizaines de mètres font avancer entre deux murs de glace, avec un plafond constitué de la toile blanche qui étonne le visiteur. Si elle n’existait pas, la grotte n’existerait pas elle non plus. Ce n’est qu’au fond du couloir que la voûte apparaît et donne l’aspect d’une cavité creusée dans la glace. On observera au passage les bulles à l’intérieur de la glace ; elles renferment de l’air emprisonné il y a plusieurs décennies. Combien de temps cette « grotte » survivra-t-elle? Probablement pas très longtemps. Au fil des ans, j’ai vu la bâche occuper une surface de plus en plus grande, à tel point qu’elle recouvre aujourd’hui la quasi totalité du front du glacier.

Le long du sentier qui conduit à la grotte de glace, je conseille vivement de faire des haltes pour lire les panneaux explicatifs bilingues (allemand – anglais) judicieusement installés par les autorités suisses et qui évoquent le recul du glacier dans les prochaines décennies

Quand je contemple le glacier du Rhône aujourd’hui depuis l’un des promontoires qui ont été aménagés, j’ai encore en tête l’image de ce même glacier que j’ai découvert pour la première fois au mois d’août 1981. L’impressionnante masse de glace surplombait le vide et servait de toile de fond à l’hôtel Belvédère.

Aussi spectaculaire que fut cette masse glaciaire dans les années 1980, elle avait été largement dépassée par  la taille du glacier du Rhône  au cours des périodes de glaciation. Il recouvrait alors une bonne partie du sud-ouest de la Suisse avec une épaisseur pouvant atteindre 2 000 mètres! Au début du 20ème siècle, il descendait jusqu’au village de Gletsch, situé à environ 1 800 mètres d’altitude. Sa langue se trouvait alors à proximité de l’hôtel du village, un édifice aux allures de caserne militaire. Lorsque l’on grimpe le col de la Forclaz, on voit parfaitement sur la gauche de la route les moraines et les blocs déposés ou rabotées par la masse de glace.

Photos : C. & C. Grandpey

L’agonie des glaciers alpins : de la Mer de Glace (France) au Pasterze (Autriche) [5ème partie]

Situé dans le sud de la Suisse, dans le canton du Valais, le Glacier d’Aletsch est le plus grand glacier des Alpes. Il est entouré au nord par le massif de la Jungfrau et au sud par la vallée du Rhône. Il présente une longueur d’environ 22 km  et une superficie d’environ 80 km². Comme tous les grands glaciers actifs, sa vitesse de progression varie selon que l’on se trouve dans la partie centrale ou sur les bords où elle est freinée par les frottements. Ce phénomène explique, entre autres, la formation des crevasses. S’agissant de l’Aletsch, la vitesse de progression varie entre 80 et 200 mètres par an.

Selon les glaciologues suisses, les Alpes pourraient perdre 80 % de leurs glaciers si aucun changement ne survient dans l’émission des gaz à effet de serre. Le Glacier d’Aletsch a reculé de 2 600 mètres depuis 1880. Comme pour ses homologues alpins, le recul s’est accéléré depuis 1980 et l’Aletsch a reculé de 800 mètres en 30 ans soit 30 % du recul total.

Selon ces mêmes glaciologues, les glaciers suisses continueront de fondre massivement, même si le réchauffement climatique cesse, ce qui est loin d’être gagné dans le contexte économique actuel. Celui d’Aletsch aura perdu au moins quatre kilomètres et un tiers de sa masse d’ici un siècle. En effet, les glaciers réagissent aux changements climatiques avec des dizaines d’années, voire un siècle, de retard.

Dans une note rédigée sur mon blog le 15 octobre 2016, j’évoquais un problème causé par la fonte du Glacier d’Aletsch. La glace d’amenuisant, les pans de montagne qui entourent le glacier sont fragilisés et des effondrements se produisent. L’un de ces pans menace de s’effondrer en aval du glacier et il est demandé à tous les randonneurs de respecter l’interdiction d’accès aux sentiers pédestres dans une zone de 2 km2.

Une remontée mécanique permettant d’accéder aux abords du glacier d’Aletsch subit elle aussi les effets du mouvement du pan de montagne. Les pylônes d’arrivée de la télécabine d’Aletsch Arena, qui relie Riederalp à Moosfluh, bougent de 1 centimètre par jour. Toutefois, l’exploitant des remontées avait prévu le problème et il a investi 23 millions de francs suisses dans un système qui permet de glisser les pylônes sur un rail pour les maintenir parfaitement droits et ainsi laisser l’installation ouverte. La surveillance est permanente, avec un système d’alarme en cas de gros déplacement.

J’ai emprunté à Fiesch (Valais) en 2017 le double téléphérique qui permet d’accéder à l’Eggishorn d’où l’on a une vue splendide sur le Glacier d’Aletsch. A noter que la première partie de ce téléphérique vient d’être remplacée par un télécabine plus moderne et probablement moins contraignant pour les pylônes.

Photos : C. Grandpey