Retour sur l’éruption sous-marine du volcan Havre (Iles Kermadec) en 2012 // Return on the 2012 submarine eruption of Havre Volcano (Kermadec Islands)

En 2012, une puissante éruption sous-marine a secoué le volcan Havre, dans les îles Kermadec, à environ 1000 km de l’île du Nord de la Nouvelle-Zélande. A l’époque, j’avais publié plusieurs articles à propos de cet événement.
Dans une étude de deux ans, publiée dans la revue Science Advances, des chercheurs ont reconstitué l’éruption qui fut plus importante que n’importe quelle autre sur Terre au cours du 20ème siècle. Les chercheurs de l’Université de Tasmanie (Australie) ont utilisé des robots pour explorer le volcan sous-marin et mieux comprendre ce qui se passe sous la surface de la Terre. En 2015, ils ont envoyé un véhicule sous-marin autonome (AUV) et une douzaine d’autres engins télécommandés pour cartographier et observer le volcan, et collecter des échantillons de roches.
L’événement de 2012 a été révélé lorsque les satellites ont détecté un banc de pierre ponce d’une superficie de quelque 400 kilomètres carrés à la surface de l’océan. Le volcan à l’origine de l’éruption avait été découvert une dizaine d’années plus tôt.

Source: NASA

 Les robots ont observé 14 bouches éruptives sur le volcan Havre ;  ils ont mesuré la quantité de lave et de roche émise sur le site. A lui seul, le nombre de bouches éruptives montre la puissance de l’éruption le long d’une impressionnante ligne de fractures dans la structure du volcan.
Selon un chercheur, « c’est le premier événement avec un magma à forte teneur en silice où nous sommes en mesure de vérifier si la pression hydrostatique a supprimé l’explosivité ». Les scientifiques ont pu démontrer que 80% du volume de pierre ponce avait alimenté le banc à la surface de l’Océan Pacifique avant son échouage sur les plages de l’île de Micronésie et sur le littoral oriental de l’Australie.
L’éruption a recouvert le volcan de cendre et de ponce et a anéanti la vie qui s’y trouvait. Les biologistes ont hâte de savoir comment les espèces recolonisent un territoire et quelle est leur provenance. Une étude plus approfondie pourrait donner aux scientifiques une meilleure idée de la façon dont ces environnements renaissent, non seulement après les éruptions de volcans sous-marins, mais aussi lorsqu’ils sont soumis à l’exploitation minière des fonds marins.

Sources: New Zealand Herald et Newsweek.

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In 2012, a powerful undersea eruption occurred on the seafloor Havre volcano, which lies in the Kermadec Islands, about 1000 km off the North Island of New Zealand. I had published several posts on this blog about the event.

In a two-year study published in the journal Science Advances, researchers have pieced together the eruption that proved larger than any on land in the past century. The researchers from the University of Tasmania in Australia, used robot submarines to probe the underwater volcano, and could reshape our understanding of what is happening beneath the Earth’s surface. In 2015, they sent an autonomous underwater vehicle (AUV) and a team of a dozen remotely operated vehicles to map, observe and collect samples from the volcano.

The 2012 event was revealed when satellite imagery picked up a pumice raft spread across some 400 square kilometres of ocean. The volcano that produced the eruption had been discovered only a decade earlier.

The robots looked at 14 different vents on the Havre volcano to better measure the amount of lava and rock at the site. That number of vents alone pointed to the significance of the event, punching holes along a huge tear line in the volcano’s structure.

According to one researcher, “This was the first event of high silica magma composition where we are able to provide the constraints that test whether the hydrostatic pressure did suppress explosivity”. The scientists were able to demonstrate that 80 per cent of the volume of the pumice was delivered to the pumice raft and efficiently dispersed into the Pacific Ocean landing on Micronesian island beaches and the East Australian seaboard.

The eruption blanketed the volcano with ash and pumice and devastated the biological communities. Biologists are interested to learn more about how species recolonise, and where those new species are coming from. Further study may give scientists a better sense of how these environments rebound not only after submarine volcanoes, but also when subjected to seafloor mining.

Sources: New Zealand Herald and Newsweek.

Plancher océanique autour du volcan de Havre avec, en rouge, la lave de l’éruption de 2012. (Source : University of Tasmania)

En attendant la prochaine éruption à Auckland (Nouvelle Zélande) // Waiting for the next eruption in Auckland (New Zealand)

drapeau-francaisNous ne savons pas prévoir les éruptions à court terme, mais les Néo-Zélandais sont en mesure de dire que la prochaine grande éruption à Auckland est susceptible d’être causée par un volcan qui n’existe pas encore!
Une étude publiée dans le Journal of Volcanology and Geothermal Research s’appuie sur une hypothétique éruption d’une durée de deux mois près du pont de Mangere, dans le sud d’Auckland. Les scientifiques de GNS Science, de l’Université de Canterbury et de l’Université Massey ont examiné les dangers immédiats d’une telle éruption et l’impact qu’elle pourrait avoir sur les infrastructures essentielles de la ville d’Auckland. L’auteur principal de l’étude pense que même si les scientifiques ne savent pas où aura lieu la prochaine éruption, l’imaginer leur permettra de mieux y faire face. L’étude a mis l’accent sur le ravitaillement en carburant, les voies de communications routières et ferroviaires, les ports, les aéroports, l’approvisionnement en eau et les télécommunications afin d’obtenir une image dynamique de la ville d’Auckland dans une telle circonstance.
La topographie de la ville d’Auckland montre qu’il n’y a que trois lignes électriques principales qui alimentent Auckland et le Northland. Cela signifie que, par exemple, un problème sur la ligne Mangere pourrait affecter toute la région. Si les approvisionnements en électricité de la ville étaient affectés par une éruption, les habitants d’Auckland et du Northland pourraient connaître des pannes d’une durée comprise entre un mois et un an, voire plus.
Le champ volcanique d’Auckland a une très forte densité de population, la plus élevée au monde pour un site de ce type. Il est vieux de 250 000 ans et a connu 55 éruptions. La plus récente est celle de Rangitoto il y a environ 600 ans.
La plupart des volcans d’Auckland sont monogéniques, ce qui signifie qu’ils n’entrent en éruption qu’une seule fois. Il est donc très probable que le prochain volcan à Auckland entrera en éruption dans un tout nouveau secteur impossible à prévoir. Toutefois, même s’ils ne peuvent pas dire où la prochaine éruption aura lieu, les scientifiques du GNS sont certains qu’elle aura lieu un jour ou l’autre.
L’étude est le premier document à présenter le scénario détaillé d’une éruption à Auckland depuis les années 1990. En novembre 2007 et mars 2008, la Protection Civile avait mis sur pied l’«Exercice Ruaumoko», destiné à voir comment réagirait le pays lors de la période précédant une éruption, mais aucun bilan de cet exercice n’a jamais été communiqué.
L’activité volcanique prise en compte dans l’étude s’étend sur 10 semaines: deux semaines de non activité, quatre semaines d’activité faible à élevée et quatre semaines d’activité éruptive totale. Le scénario éruptif imagine l’apparition d’un cône de 800 mètres de diamètre qui s’accroît au cours de l’éruption pour atteindre  environ 1200 mètres. Une première coulée pyroclastique représente le «pire scénario», avec une destruction totale dans un rayon de 2,5 km de la bouche éruptive et d’importants dégâts à la plupart des édifices, et la destruction de structures plus fragiles jusqu’à 6 km de distance. La coulée de lave est censée avoir 10 mètres d’épaisseur et des vagues de tsunami de 2 mètres de haut sont prévues sur le littoral
Source: Organes de presse néo-zélandais..

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drapeau-anglaisWe are not able to predict eruptions in the short term, but in New Zealand, they are able to say that Auckland’s next big eruption is likely to come from a volcano that doesn’t yet exist!

A research paper, released in the Journal of Volcanology and Geothermal Research, is based on a hypothetical two-month-long period of unrest and eruption near Mangere Bridge, in south Auckland. Geoscientists from GNS Science, the University of Canterbury and Massey University looked at the immediate hazards of an eruption and the impact it could have on Auckland’s critical infrastructure. The lead author of the study said that while scientists had no idea where the next eruption will take place, they could be better prepared by looking at how to respond. The study looked at fuel, roads, rail, ports, aviation, water supply and telecommunications to get a dynamic picture of how Auckland would hold up.

The geography of Auckland means there are only three main electricity lines supplying Auckland and Northland with power. This means that, for instance, a power disruption to the Mangere line could affect the entire region. If electricity supplies to the city were comprised during an eruption, residents in Auckland and Northland could experience rolling outages from anywhere between a month to a year or more.

The Auckland volcanic field is the most densely populated field of its type in the world. The field is 250,000 years old and there have been 55 recorded eruptions, the most recent being Rangitoto around 600 years ago.

Most Auckland volcanoes are monogenic, meaning they only erupt once, so it is very likely that the next volcanic vent in Auckland will erupt in an entirely new location which cannot be predicted. While they can’t say where the next eruption will be, GNS scientists say they are certain that there will be a future eruption.

The paper presents the first complete eruption scenario developed for Auckland since the 1990s. In November 2007 and March 2008, Civil Defence carried out ‘Exercise Ruaumoko’, which tested nationwide preparedness during the ‘unrest’ period leading up to an eruption, but didn’t assess the aftermath.

The volcanic activity in the study spans 10 weeks: two weeks of non activity, four weeks of low to heightened activity and four weeks of eruptive activity. The eruptive scenario imagines that an 800 metre-diameter volcanic vent emerges, expanding over course of the eruption to around 1200metres. The first pyroclastic surge represents the « worst case scenario », resulting in complete destruction within 2.5km of the vent, severe damage to most structures and destruction of weaker structures as far as 6km away. The lava flow is assumed to be 10metres thick, and 2 metre-high tsunami waves are predicted for the shoreline.

Source: New Zealand news media.

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Vue de la ville d’Auckland (Photo: C. Grandpey)

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Rangitoto, site de la dernière éruption dans la région d’Auckland.

(Crédit photo: Wikipedia)

Pas de pause du réchauffement climatique dans les années 2000 // No pause of global warming in the 2000s

drapeau-francaisUne étude américano-britanniques publiée cette semaine dans la revue Science Advances. confirme les résultats d’une étude précédente, très controversée, sur le réchauffement des océans. Selon cette dernière étude, il n’y a pas eu de «pause» dans le réchauffement climatique entre 1998 et 2014. Des scientifiques de l’Université de Californie à Berkeley et de l’Université de York en Angleterre ont corroboré les résultats du document de recherche de la très sérieuse NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) publiés en 2015.  Les arguments pour et contre la «pause» dans le réchauffement climatiques ont été quelque peu mis de côté jusqu’en juin 2015, année où les scientifiques de la NOAA ont publié un article dans la revue Science indiquant qu’ils avaient légèrement revu à la hausse la température de la surface de la mer. Selon eux, les anciennes méthodes de mesure, basées sur des capteurs dans les orifices d’admission des moteurs des navires, étaient inexactes. Au vu de la nouvelle méthodologie, la température de la surface de la mer au cours des années 2000 avait été légèrement supérieures à celle mesurée précédemment. La NOAA a donc mis à jour les données, ce qui a abouti à la conclusion que la température de surface de la mer au cours des années 2000 était plus élevée qu’elle ne l’avait été au cours des décennies précédentes. Il n’y avait donc pas eu de « hiatus » ou de « pause » dans le réchauffement climatique.
La NOAA s’est faite attaquée de toutes part au moment de la publication de ces résultats. Certains ont affirmé que l’Administration avait falsifié les chiffres pour rejeter l’idée d’une « pause ». Le député républicain du Texas à la Chambre des Représentants a commandé une enquête du Congrès sur les scientifiques de la NOAA, en demandant qu’ils communiquent leurs e-mails, ce que les scientifiques ont refusé de faire.
Aujourd’hui, ce sont des scientifiques indépendants qui ont donné leur verdict. L’étude publiée cette semaine montre que les corrections apportées par la NOAA étaient justifiées. L’équipe scientifique a analysé les données brutes fournies par les balises, les satellites et les capteurs robotiques installés sur les océans du globe. Ils ont conclu que les anciennes méthodes avaient effectivement surestimé la température de surface de la mer dans le passé, mais que les calculs plus récents avaient sous-estimé celle des années 2000. Ils ont également insisté sur le fait que de telles investigations devraient être menées par des scientifiques indépendants et non par des hommes politiques.
Source: Médias américains.

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drapeau-anglaisA reported “pause” in global warming between 1998 and 2014 was false, according to US-British research published this week that confirmed the findings of a controversial US study on ocean warming. Scientists at the University of California, Berkeley, and the University of York, England, corroborated the results of the National Oceanic and Atmospheric Administration’s (NOAA) research paper in 2015. Their findings were reported in the US journal Science Advances.

The arguments for and against “the pause” were somewhat muted until June 2015, when scientists at NOAA published a paper in Science saying that it had slightly revised the sea surface temperatures.. The measurement methods, based on sensors in the engine intake ports of ships, had been flawed. The revised methodology also meant that sea surface temperatures during the 2000s had been slightly higher than reported. NOAA adjusted both records, which led to a conclusion that global surface temperatures during the 2000s were indeed higher than they had been in previous decades. No hiatus.

Critics attacked NOAA, claiming it had cooked the books to dismiss claims of a pause. The Republican Representative of Texas in the U.S. Congress asked for a congressional investigation of NOAA scientists, including demands that they turn over their emails, which they have not.

Now independent scientists have weighed in. The study published this week shows that the adjustments NOAA made were justified. The scientific team analyzed raw data from buoys, satellites and robotic sensors around the world’s oceans. They concluded that the old methods had indeed overestimated sea surface temperatures in the past—but that the newer calculations had underestimated temperatures for the 2000s. hey also insisted that such investigations should be done by independent scientists, not politicians.

Source: American news media.

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Les balises océaniques (en vert) et les données satellitaires (en orange) indiquent la température de surface des océans au cours des deux dernières décennies. Les anciennes mesures de la NOAA sont indiquées par la courbe bleue tandis que la moyenne actuelle globale est en rouge. Les tendances globales apparaissent en pointillés. (Source: NOAA)

 

Nouvelle approche des bassins hydrothermaux de Yellowstone // New approach of Yellowstone’s hydrothermal basins

drapeau-francaisUne nouvelle étude permettant d’obtenir une vue sans précédent de la croûte terrestre sous le Parc National de Yellowstone débutera demain 7 novembre 2016 par un levé électromagnétique et magnétique (HEM) à partir d’un hélicoptère. Des scientifiques de l’USGS, de l’Université du Wyoming et de l’Université d’Aarhus au Danemark espèrent répertorier séparément les zones d’eau douce froide, d’eau salée chaude, de vapeur, d’argile et de roches non altérées pour mieux comprendre les innombrables systèmes hydrothermaux de Yellowstone. Les vols héliportés se poursuivront pendant les deux à quatre semaines suivantes.
Bien que les systèmes hydrothermaux du Parc soient bien cartographiés à la surface, les systèmes d’écoulement des eaux souterraines sont pratiquement inconnus. Les relevés HEM, effectués par SkyTEM, fourniront une première image souterraine des systèmes hydrothermaux de Yellowstone, avec les signatures géophysiques des geysers, des sources chaudes, des mares de boue et des bouches de vapeur à des profondeurs supérieures à 300 mètres.
Un hélicoptère se déplaçant à environ 60 mètres au-dessus de la surface du sol, évoluera selon des grilles de vol pré-établies en se concentrant sur le couloir Mammoth-Norris, les Upper et Lower Geyser Basins et la partie nord du lac Yellowstone. Un système électromagnétique, avec des allures de hula hoop géant, sera suspendu sous l’hélicoptère (voir photo ci-dessous). Cet équipement est capable de détecter et d’enregistrer de minuscules tensions liées à la conductivité électrique du sol.
Ces observations, combinées à des données géophysiques, géochimiques et géologiques existantes, permettront de combler une lacune majeure entre les systèmes hydrothermaux de surface et le système magmatique en profondeur. Par exemple, des recherches montrent que l’eau chaude qui jaillit des geysers de Yellowstone provient d’anciennes précipitations, sous forme de neige et de pluie qui percolent dans la croûte, avant d’être chauffées et de finalement remonter à la surface. Ce processus peut prendre des centaines voire des milliers d’années, mais on sait peu de choses sur le cheminement de ces eaux.
Source: USGS.

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drapeau-anglaisA new study providing an unprecedented regional view of the Earth’s crust beneath Yellowstone National Park will begin with a helicopter electromagnetic and magnetic (HEM) survey tomorrow November 7th, 2016. Scientists from the USGS, University of Wyoming and Aarhus University in Denmark hope to distinguish zones of cold fresh water, hot saline water, steam, clay and unaltered rock from one another to understand Yellowstone’s myriad hydrothermal systems. The flights will continue for the next two to four weeks.

Although the park’s hydrothermal systems are well mapped at the surface, their subsurface groundwater flow systems are almost completely unknown. The HEM survey, operated by SkyTEM, will provide the first subsurface view of Yellowstone’s hydrothermal systems, tracking the geophysical signatures of geysers, hot springs, mud pots and steam vents to depths in excess of 300 metres.

A low flying helicopter, about 60 metres above the ground’s surface, will travel along pre-planned flight grids focusing on the Mammoth-Norris corridor, Upper and Lower Geyser Basins and the northern part of Yellowstone Lake. An electromagnetic system, resembling a giant hula hoop, will be suspended from the helicopter’s base (see photo below). The equipment senses and records tiny voltages that can be related to the ground’s electrical conductivity.

These observations, combined with existing geophysical, geochemical and geological data, will help close a major knowledge gap between the surface hydrothermal systems and the deeper magmatic system. For example, research shows that the hot water spurting from Yellowstone’s geysers originates as old precipitation, snow and rain that percolates down into the crust, is heated and ultimately returns to the surface. This process takes hundreds if not thousands of years. Little, however, is currently known about the paths taken by the waters.

Source: USGS.

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Exemple de levé électromagnétique et magnétique SkyTEM au-dessus de Spirit Lake, près du Mt St Helens, avec le Mt Adams à l’arrière-plan. (Source: USGS)

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Norris Geyser Basin, l’un des endroits les plus chauds du Parc de Yellowstone.

(Photo: C. Grandpey)