Trou dans la couche d’ozone arctique (suite) // Hole in the Arctic ozone layer (continued)

Dans une note publiée le 29 avril 2020, j’indiquais que le trou dans la couche d’ozone arctique s’était refermé. Il avait été détecté au mois de mars par des chercheurs du Copernicus Atmospheric Monitoring Service (CAMS). Trois fois plus grand que le Groenland, il était le plus vaste jamais observé sur la région.1997 et 2011 sont les seules autres années où l’on a enregistré un tel appauvrissement stratosphérique au-dessus de l’Arctique.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la fermeture du trou dans la couche d’ozone n’a rien à voir avec la chute des émissions de gaz à effet de serre due à la période de confinement actuelle imposée par la crise du coronavirus. Le phénomène est tout simplement la conséquence de la rupture du vortex polaire. Ce dernier avait été particulièrement puissant au cours des dernières semaines, avec des températures très froides dans la région. Cette situation avait favorisé une accumulation anormale sur l’Arctique de composants néfastes à l’ozone, d’où l’appauvrissement de la couche.

Il y a quelques jours, le vortex polaire s’est désagrégé. En s’affaiblissant, il a laissé le champ libre à des arrivées d’air plus chaud. Ainsi, des températures dépassant les moyennes de l’Arctique de plus de 5°C ont été enregistrées le 20 avril 2020. Cela a permis le retour d’un air plus riche en ozone dans la région.

Les chercheurs du CAMS indiquent qu’il faut s’attendre au retour d’un vortex polaire plus puissant dans les prochains jours. Toutefois, cela ne devrait pas avoir d’effet sur la couche d’ozone au-dessus de l’Arctique.

Source : Presse scientifique internationale.

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In a post released on April 29th, 2020, I indicated that the hole in the Arctic ozone layer had closed. The hole had been detected in March by researchers from the Copernicus Atmospheric Monitoring Service (CAMS). Three times the size of Greenland, it was the largest ever observed in the region. 1997 and 2011 are the only other years in which there has been such a stratospheric depletion over the Arctic.
Contrary to what one might think, the closing of the hole in the ozone layer has nothing to do with the drop in greenhouse gas emissions due to the current lockdown period imposed by the coronavirus crisis . The phenomenon is quite simply the consequence of the rupture of the polar vortex. The latter had been particularly powerful in recent weeks, with very cold temperatures in the region. This had favoured an abnormal build-up of ozone-depleting components over the Arctic, resulting in the depletion of the layer.
A few days ago, the polar vortex disintegrated. While weakening, it opened the door to warmer air arrivals. As a result, temperatures above the Arctic more than 5°C above average were recorded on April 20th, 2020. This resulted in the return of more ozone-rich air to the region.
CAMS researchers say that a more powerful polar vortex will be back in the coming days. However, this is not expected to affect the ozone layer over the Arctic.
Source: International scientific press.

Modélisation du trou dans la couche d’ozone (Source : ESA)

Un trou dans la couche d’ozone au-dessus du pôle Nord // A hole in the ozone layer above the North Pole

L’excellent documentaire Sur le front des glaciers  (France 2  le 17 mars 2020) a consacré une séquence à la réduction du trou dans la couche d’ozone – ou couche à ozone, comme se plaisait à l’appeler Haroun Tazieff – au-dessus de l’Antarctique. Grâce à l’interdiction d’utilisation des chlorofluorocarbones, les fameux CFC, ce trou est en train de se combler et on espère qu’il aura disparu dans les quatre ou cinq prochaines décennies.

La couche d’ozone est une couche naturelle de gaz dans la haute atmosphère qui protège les êtres vivants sur Terre des rayons ultraviolets du Soleil.
Paradoxalement, alors que le trou se réduit au-dessus de l’Antarctique, le centre météorologique Severe Weather Europe (SWE) a détecté une vaste zone d’appauvrissement de la couche d’ozone au-dessus de l’Arctique canadien, avec une intensité anormalement forte pour l’hémisphère nord.

Une forte chute des valeurs minimales d’ozone a déjà été observée fin novembre 2019 et janvier 2020, mais il s’agissait d’événements de courte durée qui se produisent probablement chaque année pendant la saison froide. Le SWE a déclaré que ces petits trous d’ozone au-dessus des régions polaires septentrionales ne se développent pas en raison d’un processus de destruction chimique par les aérosols, comme c’est le cas en Antarctique.
Ce qui inquiète le SWE, c’est la réduction globale de l’ozone, début mars, alors que les valeurs devraient augmenter lentement. Il ne s’agit pas de la création éphémère d’un mini trou d’ozone, mais d’un réel processus de destruction de l’ozone.
Les recherches effectuées par le SWE ont montré que le trou d’ozone au-dessus de l’Antarctique se développe en raison d’un processus chimique qui implique de l’air très froid en dessous de -78 ° C, la lumière du soleil, ainsi que des émissions humaines de chlorofluorocarbone (CFC) ) et hydrofluorocarbones (HFC). La température froide permet aux nuages ​​stratosphériques de s’établir ; la lumière du soleil réagit ensuite avec ces nuages ​​pour entamer un processus photochimique qui détruit l’ozone, entraînant la formation et la croissance du trou.
Comme la destruction de l’ozone a également besoin de la lumière du soleil, ce processus est limité au-dessus des régions polaires septentrionales. Fin février et en mars, lorsque la lumière du soleil atteint le pôle, la stratosphère n’est généralement plus assez froide pour produire ces nuages, qui sont essentiels au processus de destruction de l’ozone.

La stratosphère peut être exceptionnellement froide au niveau du pôle Nord certaines années, comme c’est la cas en 2020, et elle peut générer des nuages ​​stratosphériques en même temps que la lumière du soleil touche le pôle. Une telle concordance est susceptible de provoquer la destruction de l’ozone.
L’analyse de l’ozone par le SWE montre que l’on a affaire à un trou exceptionnellement grand pour l’hémisphère Nord et avec des valeurs record ; on a enregistré un minimum de 217 unités Dobson. Cependant, on est loin des valeurs observées en Antarctique. Comme mars n’est pas terminé, le SWE explique qu’il n’y a pas encore de données complètes pour ce mois, donc la dernière référence concerne 2019. Dans le passé, deux années – 2011 et 1997 – ont été remarquables, avec des valeurs d’ozone très basses pour le mois de mars. Toutefois, le déficit en ozone n’était pas aussi marqué qu’en 2020 qui pourrait bien être une année record.
Selon le SWE, le trou d’ozone au-dessus du pôle Nord pourrait être de courte durée car la stratosphère devrait se réchauffer avec l’influence grandissante du soleil. La température sera trop élevée pour que les nuages ​​stratosphériques se forment, ce qui réduira lentement le processus de destruction de l’ozone. Selon les prévisions de SWE sur 10 jours, on devrait observer réduction de la taille et de l’intensité du trou d’ozone, même s’il restera présent pendant un certain temps.

Source : Severe Weather Europe.

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The excellent French documentary Sur le front des glaciers (France 2 March 17th, 2020) devoted a sequence to the reduction of the hole in the ozone layer over Antarctica. Thanks to the ban on the use of chlorofluorocarbons, the famous CFCs, this hole is filling up and it is hoped that it will have disappeared in the next four or five decades.
The ozone layer is a natural layer of gas in the upper atmosphere that protects living things on Earth from the sun’s ultraviolet rays.
Paradoxically, as the hole narrows over Antarctica, the Severe Weather Europe (SWE) meteorological centre has detected a large area of ​​ozone depletion over the Canadian Arctic, with an abnormally high intensity for the northern hemisphere.
A sharp drop in minimum ozone values ​​was already observed in late November 2019 and January 2020, but these were short-lived events that likely occur each year during the cold season. SWE has stated that these small ozone holes above the northern polar regions do not develop due to a process of chemical destruction by aerosols, as in Antarctica.
What worries SWE is the overall reduction in ozone in early March, when values ​​are expected to increase slowly. It is not the ephemeral creation of a mini ozone hole, but a real process of ozone destruction.
Research by SWE has shown that the ozone hole over Antarctica is developing due to a chemical process that involves very cold air below -78°C, sunlight , as well as human emissions of chlorofluorocarbon (CFC)) and hydrofluorocarbon (HFC). The cold temperature allows stratospheric clouds to settle; sunlight then reacts with these clouds to start a photochemical process that destroys ozone, causing the hole to form and grow.
As the destruction of ozone also requires sunlight, this process is limited over the northern polar regions. In late February and March, when the sunlight reaches the pole, the stratosphere is generally no longer cold enough to produce these clouds, which are essential to the ozone-depleting process.
The stratosphere can be exceptionally cold at the North Pole in some years, in 2020, for instance, and it can generate stratospheric clouds at the moment when sunlight reaches the pole. Such a combination of events is likely to destroy the ozone.
Ozone analysis by SWE shows that we are dealing with an exceptionally large hole for the northern hemisphere and with record values; a minimum of 217 Dobson units has been recorded. However, we are far from the values ​​observed in Antarctica. As March is not over, SWE explains that there is not yet complete data for this month, so the last reference is for 2019. In the past, two years – 2011 and 1997 – were remarkable, with very low ozone values ​​for the month of March. However, the ozone deficit was not as pronounced as in 2020 which could well be a record year.
According to SWE, the ozone hole above the North Pole could be short-lived because the stratosphere should warm up with the increasing influence of the sun. The temperature will be too high for stratospheric clouds to form, which will slowly reduce the process of ozone destruction. According to SWE’s 10-day forecast, the size and intensity of the ozone hole will decrease, although it will remain there for some time.
Source: Severe Weather Europe.

Source: SWE

Mike Horn, témoin de la fonte de l’Arctique // Mike Horn, a witness to the melting of the Arctic

La très longue expédition de Mike Horn et de Borge Ousland dans l’Arctique vient de se terminer. Les deux aventuriers ont enfin accosté à Tromso, un port du nord de la Norvège. Comme je l’ai indiqué précédemment, cette expédition aurait pu se terminer très mal à cause des changements subis par l’Arctique sous les assauts du réchauffement climatique. Au lieu d’être ferme et solide comme prévu, la glace dérivait et Mike Horn a failli se noyer lors d’une chute dans l’eau glacée. Les deux hommes ont été jusqu’à l’extrême limite de leurs forces. Par manque de nourriture, ils ont été récupérés dans un état d’épuisement très avancé. Le voyage à ski à travers l’Arctique  devait s’achever mi-novembre, mais les deux aventuriers ont été confrontés à des glaces instables. Paradoxalement, le bateau envoyé pour les secourir est resté bloqué trois semaines dans les glaces.

A l’issue de cette aventure, Mike Horn a expliqué qu’il avait rencontré des difficultés liées au changement climatique qu’il n’avait pas anticipées. Sans être moralisateur, il souhaite faire comprendre l’urgence de la situation : « On ne s’en rend pas compte car, autour de chez nous, l’impact sur l’environnement est moins important. Moi je suis tout simplement un témoin. Mon terrain de jeu est en train de changer. Ça change tellement vite ! On n’a pas vu un seul ours polaire depuis trois mois ».

Les paroles de Mike Horn me vont droit au cœur car c’est le langage que je tiens lors de mes conférences. Ayant eu la chance de pouvoir observer les glaciers du Groenland et côtoyer ceux d’Alaska, je n’ai de cesse de répéter que ce qui se passe dans l’Arctique est un désastre. Certes, les glaciers fondent dans les Alpes et la disparition du permafrost de roche fait s’effondrer des pans entiers de montagnes, mais la vitesse de fonte dans l’Arctique est d’une autre ampleur. Les belles paroles d’Emmanuel Macron dans ses vœux de fin 2019 sont encourageantes, mais je ne suis pas certain qu’il ait pris – ou voulu prendre – conscience de la catastrophe environnementale qui nous guette.

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Mike Horn and Borge Ousland’s very long Arctic expedition has just ended. The two adventurers finally docked at Tromso, a port in northern Norway. As I mentioned earlier, this expedition could have ended very badly because of the changes undergone by the Arctic because of global warming. Instead of being firm and solid as expected, the ice was drifting and Mike Horn almost drowned when he fell in the icy water. The two men were at the extreme limit of their strength. Due to lack of food, they were recovered in a very advanced state of exhaustion. The ski trip across the Arctic was to end in mid-November, but the two adventurers were faced with unstable ice. Paradoxically, the boat sent to rescue them remained stranded for three weeks in the ice.
At the end of this adventure, Mike Horn explained that he encountered difficulties related to climate change which he had not anticipated. Without being moralistic, he wishes to make people understand the urgency of the situation: « We don’t realize it because, around our home, the impact on the environment is less significant. I am simply a witness. My playground is changing. It’s changing so fast! We haven’t seen a single polar bear in three months. »
Mike Horn’s words go straight to my heart because it’s the language I speak at my conferences. Having had the opportunity to observe the glaciers of Greenland and travel along those of Alaska, I keep saying that what is happening in the Arctic is a disaster. Glaciers are melting in the Alps, and the disappearance of rock permafrost is causing entire swathes of mountains to collapse, but the rate of melting in the Arctic is occurring at another scale. Emmanuel Macron’s nice words in his New Year’s wishes are encouraging, but I am not sure that he has become – or wanted to be – axare of the environmental catastrophe that awaits us.

Photo: C. Grandpey

Le réchauffement climatique menace les communautés autochtones de l’Arctique // Climate change is a threat to Arctic native communities

Comme je l’ai écrit à maintes reprises, l’Arctique est en train de devenir l’une des principales victimes du réchauffement climatique. Le permafrost fond en libérant des gaz à effet de serre comme le dioxyde de carbone et le méthane ; de nouvelles voies de navigation s’ouvrent dans l’océan et des ressources minérales voient la lumière du jour.

Les éleveurs de rennes de l’Arctique – dans le nord de la Suède, de la Norvège, de la Finlande et le nord-ouest de la Russie – subissent de plein fouet la hausse des températures, comme le confirme un reportage diffusé par la chaîne France Info.

En Laponie, les Sami sont contraints de donner de la nourriture à leurs rennes, ce qu’ils n’avaient jamais fait par le passé. Le problème, c’est que le sol gèle avec des températures pouvant atteindre -40°C. Avec le réchauffement climatique, ces périodes froides alternent avec des périodes de redoux pendant lesquelles la couche de neige fond. Cette eau gèle à nouveau quand revient le grand froid et les rennes ne peuvent pas gratter sous cette glace pour trouver leur nourriture. Les animaux maigrissent, meurent de faim et beaucoup de femelles avortent. Cette année au Svalbard, 200 bêtes ont été victimes de la famine.A cause de ce problème, les Sami de Laponie sont obligés de regrouper les rennes dans des enclos pour les nourrir, avec les frais que cela suppose. Du jamais vu ! A cela s’ajoute la réduction de taille des pâturages à cause de l’industrie minière et forestière.

Les participants à la COP25 de Madrid semblent avoir ignoré totalement ces problèmes. De toute façon, la partie est probablement perdue d’avance. L’accord de Paris et sa tentative de limiter la hausse des températures à 1,5°C n’aura servi à rien. Dans le Grand Nord, la hausse des températures atteint déjà +2°C, voire +4°C par endroits.

Les peuples de l’Arctique qui se sont retrouvés lors d’un sommet organisé à Rovaniemi (Finlande) à la mi-novembre, craignent pour l’avenir de leurs modes de vie, l’élevage de rennes ou encore la pêche. Le changement climatique intervient si vite qu’ils n’ont pas le temps de s’adapter.

Il faut savoir que jusque dans les années 1960, les autorités ont essayé de dissuader les Sami de s’adonner à l’élevage des rennes ; leur langue et leur culture n’ont pas été reconnues. Ils sont aujourd’hui 70 000 Sami et 10% seulement élèvent des rennes. Ils tirent leurs ressources de la vente de la viande, des peaux et des bois dont la taille alimente un artisanat local.

Source : France Info.

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As I have put it many times, the Arctic is becoming one of the main victims of global warming. Permafrost is melting and releasing greenhouse gases such as carbon dioxide and methane; new shipping lanes are opening in the ocean and mineral resources see the light of day.
Arctic reindeer herders – in northern Sweden, Norway, Finland and northwestern Russia – are bearing the brunt of rising temperatures, according to a report released by the French radio France Info.
In Lapland, the Sami are forced to feed their reindeer, which they had never done in the past. The problem is that the ground freezes with temperatures up to -40°C. With global warming, these cold periods alternate with periods of mild weather during which the layer of snow melts. This water freezes again when the cold weather returns and the reindeer can not scratch under this ice to find their food. Animals lose weight, starve and many females abort. This year in Svalbard, 200 animals starved to death. Because of this problem, the Sami of Lapland are forced to gather the reindeer in pens to feed them, with the expenses that includes. Never seen before ! Added to this is the reduction in pasture size because of the mining and forestry industry.
The participants at the COP25 in Madrid don(t care about these problems. In any case, the game is probably lost in advance. The Paris agreement and its attempt to limit the rise in temperatures to 1.5°C will have been useless. In the Far North, the rise in temperatures has already reached + 2°C, even + 4°C in some places.
The peoples of the Arctic who met at a summit in Rovaniemi (Finland) in mid-November, fear for the future of their lifestyles, reindeer herding or fishing. Climate change is happening so fast that they do not have time to adapt.
It should be known that until the 1960s, the authorities tried to dissuade the Sami from farming reindeer herding; their language and culture were suppressed. Today, they are 70,000 Sami and only 10% are raising reindeer. They make a living from the sale of meat, skins and antlers whose carving brings some money to craftsmen.
Source: France Info.

Photo: C. Grandpey