Le réchauffement climatique en Alaska

Il y a quelques jours, dans un magasin d’Anchorage, j’ai vu un T-shirt montrant un ours blanc sur une plaque de glace dans l’Océan Arctique. On pouvait lire sous le plantigrade : « Global warming sucks Alaska », autrement dit : le réchauffement climatique ronge l’Alaska.

La population du 49ème état de l’Union est très sensible à ce problème qui est évident dans plusieurs régions. Dans les zones arctiques les plus septentrionales, la banquise rétrécit à vue d’oeil. Les animaux qui y vivent ont de plus en plus de difficultés à faire la navette entre la glace et la terre ferme. Comme je l’avais signalé lors d’un précédent voyage en Alaska, de plus en plus de morses meurent d’épuisement. A mes yeux, l’un des risques majeurs de la disparition de la banquise est la mise à jour de gisements pétrolifères que les Etats-Unis n’hésiteront pas à exploiter, malgré les risques pour l’environnement. C’est sûrement l’une des raisons pour lesquelles le gouvernement fédéral n’a jamais ratifié le Protocole de Kyoto !

Plus au sud, les glaciers reculent et certains d’entre eux sont même en voie de disparition. Le phénomène est particulièrement visible lorsque l’on survole les rivières et langues de glace de Glacier Bay qui, au 18ème siècle, constituaient un unique bloc – le Grand Pacific Glacier – de 1200 mètres d’épaisseur et d’une largeur de 32  kilomètres. Cette masse de glace a ensuite commencé à se morceler et à donner naissance à plusieurs langues séparées par des bras de mer. La fonte des glaces a aussi pour conséquence l’augmentation des séismes car le poids que doit supporter la croûte terrestre est moins important.

D’autres signes indiquent que quelque chose d’anormal est en train de se produire. Les Alaskiens m’ont affirmé que leurs étés étaient plus longs. Si les hivers sont encore très froids, en particulier dans la partie centrale de l’Etat, les températures descendent rarement au dessous de -40°C, ce qui était monnaie courante il y a quelques années seulement. Suite au raccourcissement de la période froide, l’hibernation des ours est moins longue. La migration des saumons subit elle aussi les effets du réchauffement climatique.

Mes voyages à travers le monde, ne serait-ce que dans nos Alpes françaises, me font prendre de plus en plus conscience du danger qui menacera notre planète dans les prochaines décennies. Certains parlent de cycles climatiques ; d’autres accusent nos industries et notre société de consommation. Quel que soit le responsable, le problème est bien réel et nos gouvernants auraient tout intérêt à le prendre en compte le plus vite possible !

Columbia 01

En 2009, les icebergs empêchaient l’approche  du front en pente douce du Columbia Glacier que l’on aperçoit au fond de la photo.

Columbia 02

Depuis cette époque, le glacier a considérablement reculé et le front en pente douce a été remplacé en 2013 par un mur d’une centaine de mètres de hauteur.

(Photos:  C.  Grandpey)

La mort au coin du bois (Yukon / Canada)

Pour clôturer mon périple en Alaska et au Yukon, j’aimerais vous raconter une histoire vraie assez extraordinaire. Elle se passe à l’automne 1968, époque des amours chez les cervidés, les élans en particulier. Comme toujours dans ce cas, les mâles s’affrontent pour obtenir les faveurs des femelles. Les combats sont parfois extrêmement violents.
Au cours de l’automne 1968, un pilote d’hélicoptère survolait en compagnie d’un ami Lake Creek, petite rivière du Yukon, au sud de Stewart Crossing, sur la route du Klondike. Après quelques dizaines de minutes de vol, les deux hommes aperçurent deux élans en train de se battre. C’est du moins la première impression qu’ils eurent en contemplant la scène en dessous de l’appareil. En y regardant mieux, ils s’aperçurent que les deux élans ne bougeaient pas! Très étrange pour des animaux censés se battre! En fait, l’affrontement avait été si sévère que leurs bois s’étaient entremêlés et bloqués et qu’il leur avait été impossible de se séparer. Paralysés dans cette position, ils étaient voués à une mort certaine car ils ne pouvaient plus toucher le sol avec leurs museaux. Il ne pouvaient donc ni manger, ni boire. De plus, ils n’avaient plus aucun moyen de se défendre mis à part leurs sabots. Les loups et les ours étant nombreux dans la région, leur sort était scellé d’avance.
Le jour de la découverte de la scène, le pilote d’hélicoptère et son ami n’eurent pas le temps de se poser pour accéder au lieu du drame. Ils repérèrent l’endroit avec précision, se promettant de revenir prochainement. Malheureusement, l’hiver, la neige et le froid arrivèrent trop vite et ils durent attendre le printemps de l’année suivante pour effectuer leur visite. Là où les deux élans étaient immobilisés dans la position de combat, ils ne découvrirent que quelques os et les bois des deux cervidés, toujours entremêlés. Ils les  transportèrent soigneusement jusqu’à Whitehorse, la capitale du Yukon, où ils sont aujourd’hui exposés dans le hall du Riverside Hotel. Leur poids est estimé à une trentaine de kilos chacun, en sachant qu’ils étaient plus lourds du vivant des élans car ils se sont desséchés par la suite. Leur envergure est d’environ 1,60 mètre.

Les bois emmêlés des deux élans au Riverside Hotel de Whitehorse

Elan fem

Il n’est pas rare d’observer des élans femelles en Alaska et dans le Yukon. Les mâles sont beaucoup plus difficiles à approcher. Par crainte des chasseurs, ils se cachent dans des lieux reculés.

(Photos:  C.  Grandpey)

Bons baisers d’Alaska (8) // From Alaska with love (8)

Comme je l’ai indiqué dans ma note précédente, le tourisme et l’or sont les principales ressources économiques de Dawson. Le minerai est essentiellement exploité dans Bonanza Creek où les pelleteuses et autres bulldozers remplacent depuis longtemps l’exploitation traditionnelle en bouleversant considérablement la morphologie de cette petite vallée. L’exploitation artisanale à force de pelles, pioches, sluices, etc.n’a duré que quelques années (entre 1896 et 1906) avant que les grosses dragues fassent leur apparition. La dernière d’entre elles (la n°4) trône toujours au milieu de Bonanza Creek et fait désormais partie des monuments historiques canadiens.
Il faut savoir que la plupart des milliers de chercheurs arrivés en 1898 lors du pic du Gold Rush se sont vite rendus compte que les meilleures places étaient déjà prises et qu’ils ne pourraient guère s’enrichir avec l’or qu’ils espéraient trouver. Ils se sont alors recyclés et ont proposé leurs services aux nouveaux arrivants, ce qui leur apporta plus de revenus que le peu d’or qu’ils auraient peut-être trouvé. Les autres chercheurs ont pris la direction de Nome, sur la côte ouest de l’Alaska, où de nouveaux gisements venaient d’être découverts. Avec leur départ, Dawson perdit de son aura et son économie déclina rapidement…
Dawson City – où vient de tomber la première neige – marque le point le plus septentrional de mon voyage. Je vais maintenant rouler en direction de l’Alaska avec une étape finale à Anchorage où je prendrai l’avion pour rejoindre la France via Seattle et Londres. A bientôt donc!

TVB.

Sluice

Lavage de l’or ‘à l’ancienne’ à l’aide d’un sluice

Dredge

La drague n°4, aujourd’hui monument historique

Claim

Concession à vendre. Vous avez même le numéro de téléphone du propriétaire. Avis aux amateurs!

(Photos:  C.  Grandpey)

Bons baisers d’Alaska (7) // From Alaska with love (7)

Dawson City (Dawson pour les intimes) n’est que l’ombre de ce que la ville était au moment de la Ruée vers l’Or. En la parcourant aujourd’hui au mois de septembre, il est difficile d’imaginer l’heure de gloire de cette bourgade perdue au confluent du Klondike et du Yukon! Comme à Skagway, les habitations ont été restaurées ou construites ‘à l’ancienne’ pour le bonheur des touristes.
Pourtant, aujourd’hui encore, plusieurs prospecteurs détiennent des concessions sur les rivières de la région. L’exploitation a bien sûr évolué et est fortement mécanisée. Le « gold panning » fait partie du folklore local, même si, avec un peu de chance, on arrive à récolter quelques poussières ou paillettes. Comme à Skagway et tout le long du parcours entre Dyea et Dawson, il faut avoir en tête les récits qui racontent la vie et les épreuves rencontrées par les chercheurs d’or. En y regardant bien, on peut encore voir le long de la route entre Whitehorse et Dawson des « log cabins » datant de la fin du 19ème siècle. Le buste de Jack London trône dans une rue de Whitehorse et son « Appel de la Forêt » (« The Call of the Wild » en V.O.) constitue un témoignage précieux de cette époque héroïque. L’angliciste que je suis éprouve au moins autant d’admiration pour la Ruée vers l’Or que pour la Conquête de l’Ouest et l’avancée de la « Frontière ». Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’Alaska a été surnommée « la Dernière Frontière »!

TVB

Yukon

Le Yukon, épine dorsale de la Ruée vers l’Or

Cabanes

Log cabins à Carmacks

Dawson City

Dawson City aujourd’hui

(Photos:  C.  Grandpey)