Le GPS et la hauteur du panache éruptif // GPS and height of the eruptive plume

drapeau francaisDepuis l’éruption de l’Eyjafjöll en 2010 et la panique générale qu’elle a déclenchée dans le trafic aérien en Europe, les chercheurs essayent de trouver des solutions pour que pareille mésaventure ne se reproduise pas. On a beaucoup parlé (et, me concernant, émis des réserves !) d’un système embarqué à bord des avions et qui serait capable de détecter la densité des nuages de cendre. La revue Nature Geoscience nous apprend aujourd’hui que le GPS pourrait permettre d’évaluer la hauteur du panache éruptif et donc, lui aussi, apporter des solutions aux problèmes rencontrés par le trafic aérien en cas d’éruption.

Ce sont des volcanologues islandais qui font part de cette information. Cette fois, ce n’est pas l’Eyjafjöll qui est concerné, mais le Grimsvötn, un volcan qui se cache sous la glace du Vatnajökull. Il est entré en éruption en 2011, avec un panache de cendre de 20 km de hauteur qui a perturbé le trafic aérien au Royaume Uni.

Selon les scientifiques islandais, le GPS aurait un double avantage : il permettrait non seulement de prévoir les éruptions, mais aussi de déterminer la hauteur du panache de cendre qu’elles génèrent.

L’univers de glace du Grimsvötn  rend difficile l’installation d’instruments de mesure. Par chance, les volcanologues islandais avaient pu placer un équipement GPS sur un petit éperon rocheux rendu accessible grâce à une fumerolle. Une heure avant l’éruption du Grimsvötn en 2011, le GPS a révélé un déplacement significatif du sol de plus de 50 centimètres. En mettant en oeuvre les équations qui décrivent les caractéristiques physiques d’une chambre magmatique, les scientifiques ont traduit les données GPS sur les mouvements du sol en variations de pression à l’intérieur de la chambre. Le résultat donnait une indication sur la hauteur probable du panache éruptif. Les volcanologues islandais comparent le phénomène à un ballon qui serait rempli d’eau. Quand on comprime ses parois, l’eau jaillit et la hauteur du jet dépend de la pression exercée sur les parois du ballon. Dans le cas d’un volcan, les sismographes indiquent qu’une éruption est susceptible de se produire, mais seul le GPS est capable de donner une idée de la taille de l’éruption.

L’installation de balises GPS sur des volcans difficiles d’accès, comme ceux des Iles Aléoutiennes par exemple, pourraient donner des indications sur la hauteur des panaches de cendre dans une région empruntée par les vols entre l’Amérique et l’Asie. Le principal problème reste le coût d’installation de stations GPS performantes à une époque où les fonds alloués aux observatoires rétrécissent comme peau de chagrin. De plus, il faudrait tester à nouveau le système lors d’une prochaine éruption pour s’assurer de sa fiabilité.

drapeau anglaisSince the eruption of Eyjafjöll in 2010 and the panic it triggered in European air traffic, researchers have tried to find solutions to avoid a similar mishap. Many comments (and reservations, as far as I’m concerned!) have been made about a system on board the planes that would be able to detect the density of the ash clouds. When reading the Nature Geoscience review, we learn that GPS could help estimate the height of the ash plume and, as such, bring solutions to the problems encountered by air traffic during an eruption.

The piece of news comes from Icelandic scientists. In their opinion, GPS might have a dual advantage: It would not only allow to predict eruptions, but also the height of the ash plumes they generate.

The icy universe of Grimsvötn makes it difficult to set up measuring instruments. Fortunately, Icelandic volcanologists had managed to install a GPS system on a rocky outcrop that was made accessible thanks to a fumarole. One hour before the start of the 2011 eruption, GPS had revealed a significant shift of the ground which had moved by more than 50 centimetres. By resorting to the equations that describe the physical characteristics of a magma chamber, the scientists could translate the GPS data about ground movement into changes in pressure inside the chamber. The results gave indications about the height of the eruptive plume. Icelandic volcanologists compare this phenomenon with a balloon filled with water. When you squeeze the walls of the balloon, then the height of the water coming out of the balloon correlates with how hard you were squeezing. On a volcano, seismographs indicate that an eruption is likely to happen, but the GPS system is the only one able to give an idea of the size of the eruption.

Setting up GPS systems on remote volcanoes like on the Aleutians could help indicate the height of the ash plumes in an area where air traffic between America and Asia is quite heavy. The main problem remains the cost of installing reliable GPS systems at a time when the funds allocated to observatories are being reduced year after year. Moreover, the system will need to be tested again during a future eruption so as to confirm its reliability.

Grimsvotn-blog

Image satellite du Grimsvötn le 22 mai 2011  (Crédit photo: NASA)

Eruptions super volcaniques

drapeau francaisUne équipe de géologues suisses, français et britanniques a tenté de comprendre ce qui peut provoquer les éruptions des super volcans.
Le résultat de leur étude, publié dans la revue Nature Geoscience , montre que la flottabilité et la poussée du magma constituent la principale explication du réveil de ces monstres de feu.
Afin d’essayer de comprendre pourquoi les super volcans comme Yellowstone sont si différents des volcans classiques, l’équipe a procédé à une modélisation informatique de l’activité volcanique en basant l’âge des éruptions sur un minéral témoin, le zircon, que l’on trouve dans les roches volcaniques.
Par ailleurs, une équipe de l’Institut Fédéral Suisse de Technologie de Zurich a utilisé une installation à rayons X de haute technologie (le synchrotron européen) pour étudier la densité de la roche en fusion qui sommeille sous les super volcans. La densité est un facteur important: Comme le magma dans la chambre est moins dense que la roche encaissante, il exerce une poussée sur le toit de cette même chambre.
Dans les volcans classiques, l’activité est déterminée par la taille de la chambre magmatique. Relativement faible en volume, elle est alimentée par des montées régulières de magma qui est expulsé ensuite en quantités modérées lorsque la pression devient trop élevée.
En revanche, s’agissant des super volcans, la chambre magmatique est trop volumineuse pour être mise sous pression par les seules injections de magma. Ce qui se passe, c’est qu’un magma moins dense et donc plus léger s’accumule régulièrement dans la chambre. Au début, cette dernière est assez forte pour résister à la pression, mais elle finit par céder et provoque une libération cataclysmale de matériaux.
L’équipe de géologues suisses, français et britanniques a calculé que l’éruption volcanique la plus intense impliquerait une libération de magma comprise entre 3500 et 7000 kilomètres cubes. C’est la première fois qu’un plafond est défini pour une telle éruption volcanique.
Les auteurs espèrent que les deux études fourniront des indications utiles quant à la fréquence des événements provoqués par les super volcans. A ce jour, on ne sait presque rien sur la vitesse de remplissage et l’explosion de la chambre magmatique. Seules 23 éruptions de ce type se sont produites au cours des 32 derniers millions d’années.

Source : Presse britannique.

Voici un lien vers un communiqué de presse du CNRS qui donne plus d’explications sur « les conditions d’éruption d’un super volcan » : http://www2.cnrs.fr/presse/communique/3375.htm

A noter que l’article paru dans GeoScience a provoqué un certain nombre de réactions. Un volcanologue néo-zélandais a fait remarquer que l’étude française sur les super volcans n’apportait rien de vraiment nouveau. Il a ajouté que la modélisation informatique avait ses limites. Comme il n’y avait pas d’humains pour assister aux éruptions des super volcans dans les temps préhistoriques, les scientifiques doivent se rabattre sur l’examen des matériaux expulsés pendant les éruptions pour trouver des indices.

drapeau anglaisA team of geologists from Switzerland, France and Britain has tried to understand what may cause super volcanoes to erupt.

The result of their study, published in the journal Nature Geoscience, shows that the buoyancy of magma is the key explanation as to why these monsters come to life

Seeking to understand why super volcanoes like Yellowstone can be so different from conventional ones, the team built a computer model of volcanic activity, basing the age of eruptions on a telltale mineral, zircon, found in volcanic rocks.

Separately, a team from the Swiss Federal Institute of Technology in Zurich used a hi-tech X-ray facility to study the density of molten rock below super-volcanoes. Density is important: As magma in the chamber is less dense than solid rock, it pushes on the roof of the chamber

In conventional volcanoes, activity is determined by the size of the magma chamber. Relatively small in volume, it is replenished by regular ascents of magma which is expelled in moderate amounts when the pressure becomes too high.

Differently, in super volcanoes, the magma chamber is too big to be pressurised by magma injections alone. What happens is that a buoyant kind of magma steadily accumulates in the chamber. At the beginning, the chamber is strong enough to resist the pressure but it eventually breaks apart in a cataclysmic discharge.

The Swiss-French-British team calculated that the maximum volcanic eruption would entail a release of between 3,500 and 7,000 cubic kilometres of magma; this is the first time an upper limit has ever been established for a volcano.

The authors hope the two studies will provide useful pointers as to the frequency of super-volcano events. Almost nothing is known about how fast these volcanoes recharge with magma and blow up. Only 23 such eruptions have occurred in the last 32 million years.

Source: British press.

The GeoScience article has triggered some reactions. Among them, a New Zealand volcanologist said the new French research on super-volcanoes does not offer anything new.

He added that computer modelling has a limited value, and as there were no humans around to see super-volcanoes erupting in prehistoric times, scientists have to examine the debris from eruptions for clues.

Yellowstone-blog

(Photo:  C. Grandpey)

Kilauea, un volcan explosif // Kilauea, an explosive volcano

drapeau francaisDans le cadre d’un programme de sensibilisation aux risques volcaniques, plusieurs présentations publiques auront lieu à l’Université d’Hawaii à Hilo dans les prochaines semaines.

A cette occasion, les scientifiques rappellent que le Kilauea, réputé pour ses fontaines et coulées de lave spectaculaires, peut connaître des séquences explosives extrêmement dangereuses. Au cours des 1500 dernières années, au moins six éruptions ont envoyé de la cendre à une altitude suffisante pour affecter le trafic aérien. L’éruption de 1790 reste la plus meurtrière aux Etats-Unis. De nos jours, la foule de visiteurs qui fréquente le Kilauea a tendance à oublier le risque volcanique.

En cliquant sur le lien ci-dessous, vous pourrez lire un très intéressant article (en anglais) rédigé par Don Swanson, Dick Fiske, Tim Rose, Bruce Houghton et Larry Mastin. Il est intitulé : « Kilauea – un volcan explosif à Hawaii ».

http://pubs.usgs.gov/fs/2011/3064/fs2011-3064.pdf

drapeau anglaisJanuary 2014 is “Volcano Awareness Month,” and talks will be presented at the University of Hawai‘i at Hilo in the coming weeks.

This will be an opportunity for scientists to remind people that Kilauea volcano, though best

known for its dramatic lava fountains and lava flows, can also be extremely dangerous. At least six such eruptions in the past 1,500 years sent ash at the cruising altitudes for today’s aircraft. The eruption of 1790 remains the most lethal eruption known from a U.S. volcano. However, the tendency of today’s crowds of visitors is to forget this dangerous potential.

By clicking on the link below, you will read a very interesting article written by Don Swanson, Dick Fiske, Tim Rose, Bruce Houghton, and Larry Mastin. It is entitled: “Kilauea – An explosive volcano in Hawaii”.

http://pubs.usgs.gov/fs/2011/3064/fs2011-3064.pdf

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Le cratère de l’Halema’uma’u avant et après l’ouverture de la bouche active actuellement.

(Photos:  C.  Grandpey)

2014: Centenaire de la naissance d’Haroun Tazieff !

Au cas où vous ne le sauriez pas, 2014 va marquer le centenaire du début de la Première Guerre Mondiale. Les médias ont déjà copieusement inondés ondes et journaux avec cette information !

Pour nous autres volcanologues et volcanophiles, 2014 va marquer le Centenaire de la naissance d’Haroun Tazieff  (le 11 mai 1914 à Varsovie).

Le 2 février 1998, Haroun Tazieff quittait notre monde, laissant un vide énorme dans le monde de la volcanologie, tout comme l’avaient fait Katia et Maurice Krafft quelques années avant lui. Pour moi, simple volcanophile, ces trois noms sont indissociables car ils correspondent à l’image que je me suis toujours faite du volcanologue de terrain, un scientifique qui va sur place ausculter un volcan de la même manière qu’un médecin va examiner un patient. Garouk a toujours été mon maître et encore aujourd’hui, je pense à ses remarques et à ses conseils lorsque je vais – à mon modeste  niveau – faire des observations et des mesures sur les volcans de la planète.

A l’occasion de ce Centenaire, une biographie intitulée  » Un volcan nommé Tazieff  » va sortir en avril et peut être d’ores et déjà réservée sur le site du Centre Tazieff (http://tazieff.fr/) qui énumère les différents événements qui auront lieu en France et en Belgique, avec le soutien de plusieurs associations : L.A.V.E. (L’Association Volcanologique Européenne), APNHC (Association Protection Nature des Hauts Cantons de l’Hérault présidée par Bernard Halleux), APANAGE (présidée par Thierry Del Rosso) …

A noter pour commencer :

Du  27 janvier  au 7 février  :  Exposition LAVE intitulée « les volcans remarquables » à l’Espace Isabelle de Hainaut et ateliers pour les scolaires animés par Frédéric Lavachery (CHT) à Bapaume  (Pas-De Calais).

Samedi 1er février 2014 à partir de 18h : Soirée publique animée par Frédéric Lavachery avec visite commentée de l’exposition, conférence et débat, à l’Espace Isabelle de Hainaut à Bapaume (Pas-de-Calais)

Le programme complet est accessible via ce lien :

http://tazieff.fr/programme-des-commemorations-du-centenaire-de-la-naissance-dharoun-tazieff/

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(Photo:  Centre Haroun Tazieff)