Phot’Aubrac 2016: Rencontre avec Jean-Louis Etienne

Le week-end dernier, j’étais dans l’Aubrac, dans le cadre du festival Phot’Aubrac, une manifestation très sympa au cours de laquelle les photos sont exposées dans les villages autour de Nasbinals (Lozère), bien connu des pèlerins qui se rendent à Saint Jacques de Compostelle. Les vastes étables se trouvent transformées en galeries d’expositions !

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Invité du festival, Jean-Louis Etienne a présenté samedi soir une conférence autour du projet Polar Pod que vous pourrez découvrir à cette adresse :

http://www.jeanlouisetienne.com/polarpod/

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Le projet Polar Pod débutera en 2018. Il permettra en particulier de mieux étudier la capacité des eaux froides de l’Océan Arctique a absorber le CO2 contenu dans l’atmosphère. D’autres applications concerneront le comportement des animaux marins qui fréquentent la région.

A l’issue de la conférence, j’ai pu avoir un moment privilégié avec le médecin-explorateur. Je tenais à lui demander de me dédicacer son ouvrage  consacré à l’Expédition Erebus en 1994 car plusieurs participants étaient des amis personnels. Nous avons ensuite abordé le thème du réchauffement climatique. A l’inverse de Nicolas Sarkozy – dont les compétences scientifiques restent à prouver – Jean-Louis Etienne est persuadé que l’Homme est responsable de la hausse actuelle des températures sur la planète. Comme moi, il a pu constater en Alaska le recul spectaculaire et inquiétant des glaciers. Selon lui, à supposer qu’une politique de réduction des gaz à effet de serre soit mise en place – ce qui est loin d’être gagné – il faudra au moins un siècle pour que la terre retrouve son équilibre climatique. Il reconnaît par ailleurs qu’il est très difficile de convaincre le grand public de ce phénomène. Au cours de cette conversation à bâtons rompus, j’ai abordé le thème de la COP 21 et j’ai rappelé à Jean-Louis Etienne que l’Inde avait décidé d’augmenter sa production de charbon quelques jours après la fin de la conférence de Paris. Il m’a alors déclaré: » Connaissez-vous un pays producteur de charbon ou de pétrole qui décide spontanément, sans raison majeure, de baisser sa production? » La messe est dite!

Cette soirée à Nasbinals restera pour moi un excellent souvenir qui s’ajoutera à mes rencontres avec d’autres personnages hors du commun tels que Haroun Tazieff et Maurice Krafft.

J’ai également retrouvé au cours de cette soirée le biologiste marin de renommée mondiale Laurent Ballesta, souvent intervenu dans l’émission de Nicolas Hulot Ushuaia Nature. Il sera probablement l’invité de la prochaine édition de Phot’Aubrac en 2017.

L’Antarctique se casse // Antarctica is breaking

drapeau-francaisDepuis quelque temps, les scientifiques qui étudient l’Antarctique observent attentivement l’évolution d’une longue fracture dans Larsen C, l’une des plus grandes plateformes glaciaires au monde. Larsen C est la plus septentrionale du continent antarctique et la quatrième par la taille. A titre de comparaison, elle est à peine plus petite que l’Ecosse.
La fracture qui tranche Larsen C s’est allongée d’environ 30 kilomètres entre 2011 et 2015. Elle s’est également élargie; en 2015, elle présentait une largeur d’environ 200 mètres qui a encore augmenté depuis cette époque. L’équipe de chercheurs qui observe Larsen C explique qu’avec la fin de la nuit polaire sur l’Antarctique, ils ont pu avoir un aperçu de l’évolution de la fracture, ce qui était impossible par satellite au cours des derniers mois. Ils ont constaté que la fracture s’était allongée de 22 kilomètres depuis la dernière observation de mars 2016 et qu’elle s’était élargie d’environ 350 mètres. La longueur totale de la fracture est actuellement 130 km.
On va donc peut-être assister bientôt au détachement d’un énorme bloc de Larsen C. Ce serait un événement historique qui rappellerait la perte de glace de la plateforme Larsen A en 1995 et la rupture soudaine de Larsen B en 2002. Lorsque ce dernier événement s’est produit, le National Snow and Ice Data Center a fait remarquer que la Terre venait de perdre un élément majeur qui avait «probablement existé depuis la fin de la dernière grande glaciation il y a 12000 ans. »
La surface de glace que pourrait perdre Larsen C serait d’environ 6000 kilomètres carrés, à peu près la taille de l’Etat du Delaware. Il est toutefois impossible de prédire quand cela se produira. Comme l’a dit un chercheur: « Probablement pas demain, mais pas plus que quelques années »
Les chercheurs qui étudient la fracture sur Larsen C ont écrit dans un article en 2015 que, après la perte de cette glace, le reste de la plateforme glaciaire pourrait devenir instable et continuer à perdre davantage de masse. Une fois que le bloc se sera détaché complètement, le front de glace pourrait avoir tendance à s’écrouler et à reculer. Le phénomène pourrait s’accélérer si la température de l’air ambiant augmentait en provoquant la formation d’un grand nombre de lacs d’eau de fonte à la surface de la plateforme.
La crainte est que la plateforme glaciaire Larsen C connaisse une perte de glace semblable à la plus petite plateforme Larsen B. Dans les années 1980, cette dernière a subi un intense épisode de vêlage jusqu’à finalement disparaître complètement. C’est probablement le même sort qui attend Larsen C.
Lorsque les plateformes glaciaires perdent de gros blocs, cela ne fait pas forcément s’élever le niveau de la mer. En revanche, le détachement d’une partie de la plateforme peut accélérer l’écoulement vers la mer de la glace qui ne flotte pas à l’arrière de la plateforme, et cette glace peut contribuer à l’élévation du niveau de la mer. Les chercheurs ont estimé que la perte de toute la glace retenue par Larsen C actuellement ferait monter le niveau des mers de 10 centimètres.
Une étude publiée au début de cette année dans Nature Climate Change a indiqué que Larsen C possède une grande quantité de « glace passive » que la plateforme  pourrait perdre sans conséquences majeures pour les océans. Cependant, l’équipe de chercheurs qui étudie en ce moment Larsen C pense que les conséquences pourraient être beaucoup plus graves Si la fracture continue à évoluer à son rythme actuel, on verra bientôt qui a raison.

Source: The Washington Post.

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drapeau-anglaisFor some time, scientists who study Antarctica have been watching the progression of a large crack in one of the world’s great ice shelves – Larsen C, the most northern major ice shelf of the Antarctic peninsula, and the fourth largest Antarctic ice shelf overall. By comparison, I t is slightly smaller than Scotland.

The crack in Larsen C grew around 30 kilometers in length between 2011 and 2015. As it grew, it also became wider; by 2015, it was some 200 meters wide and growth has continued since that time. Now, a team of researchers monitoring Larsen C say that with the intense winter polar night over Antarctica coming to an end, they’ve been able to catch of glimpse of what happened to the crack during the time when it could not be observed by satellite. They could see that the rift had grown another 22 kilometers since it was last observed in March 2016, and has widened to about 350 meters. The full length of the rift is now 130 km.

What this means is that it may be only a matter of time before we see the loss of an enormous chunk of Larsen C, an historic event that would bring to mind the losses of the Larsen A ice shelf in 1995 and the sudden breakup of Larsen B in 2002. When that last event happened, the National Snow and Ice Data Center remarked that the Earth had lost a major feature that had « likely existed since the end of the last major glaciation 12,000 years ago. »

 The amount of ice that could be lost would be around 6,000 square kilometers, nearly the size of Delaware. However, it is impossible to predict when this will happen. Said one researcher: “Probably not tomorrow, probably not more than a few years”

Researchers studying the widening crack in a 2015 paper predict that after the loss of this ice, the remaining shelf could be unstable and continue to lose more mass. Once the iceberg has calved off completely, there might be a tendency for the ice front to crumble backwards. That could be further enhanced if warmer air temperatures cause the formation of large numbers of meltwater lakes atop the shelf.

The fear is that something could then happen with Larsen C analogous to the loss of the smaller Larsen B ice shelf. In the 1980s, the Larsen B ice shelf underwent a large iceberg calving event much like what is expected in the coming years at Larsen C, setting off a series of similar episodes until eventually the whole shelf disappeared.

When ice shelves lose large chunks, it does not raise sea level because these bodies are already afloat. However, the loss of an ice shelf can speed up the seaward flow of the non-floating glacial ice behind it, and this ice can in turn contribute to sea-level rise. Researchers have estimated that the loss of all the ice that the Larsen C ice shelf currently holds back would raise global sea levels by 10 centimeters.

A study earlier this year in Nature Climate Change revealed that Larsen C actually has a lot of « passive » ice that it can lose without major consequences. The current team of researchers monitoring Larsen C, though, think the consequences could be considerably more severe. If the crack continues on its current pace, we may soon learn who is correct.

Source : The Washington Post.

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Progression (en jaune) de la fracture sur Larsen C entre mars et août 2016.

(Source : MIDAS : Managing Impacts of Deep-seA reSource )

 

Le volcan et les manchots // The volcano and the penguins

drapeau francaisTrès peu de gens ont entendu parler de l’Ile Zavodovski. Elle a 8 km de large et est inhabitée par les hommes. C’est l’un des lieux les plus reculés sur Terre. C’est la plus septentrionale de la chaîne des îles Sandwich du Sud. Elle est dominée par un volcan, le Mont Curry qui culmine à 551 mètres. Les seuls êtres vivants sur l’île sont 1.2 millions de manchots à jugulaire (la plus grande colonie du monde) et près de 200.000 gorfous dorés qui sont sous la menace du volcan actuellement en éruption. On craint pour les manchots en raison des colonnes de cendre émises par le volcan et que l’on aperçoit sur les images satellites.

Zavodovski Island 13 June 2016

Panache du Mt Curry le 13 juin 2016 (Source: NASA)

L’île est si isolée que les scientifiques du British Antarctic Survey indiquent qu’il ne sera pas possible d’évaluer l’impact de l’éruption avant une expédition prévue en Décembre 2016 – Janvier 2017. Au pire, les manchots – hauts de 55 cm à l’âge adulte – pourraient être enterrés vivants sous la cendre, être brûlés ou souffrir de difficultés respiratoires. Le danger vient surtout du fait que l’éruption a commencé au cours de leur mue. Au cours de cette période, qui peut durer six semaines, les manchots ne sont pas revêtus d’un plumage étanche et ils ne peuvent donc pas aller dans l’eau. Le volcan se trouve à quelques centaines de mètres des colonies de manchots à l’est, au sud et au nord de l’île, et la cendre est poussée vers l’est par les vents dominants.
Les manchots à jugulaire sont une espèce sub-antarctique qui vit à proximité, mais pas sur le continent. Ils sont environ 7,5 millions dans le monde avec une espérance de vie d’une vingtaine d’années. Ils pondent deux œufs chaque année et les poussins mettent trois à quatre ans pour devenir adultes. Ils nichent sur la surface du sol et se nourrissent de krill et de poissons.
Source: The Guardian.

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drapeau anglaisVery few people have heard about Zavodovski Island. It is 8 km wide, uninhabited by humans, and about as remote a place as you can find on Earth. It is the northernmost in the chain of the volcanic South Sandwich Islands, and its dominant feature is Mount Curry volcano. The only living beings on the island are1.2 million chinstrap penguins (the world’s largest colony) and nearly 200,000 macaroni penguins that are at risk from the volcano that is currently erupting. There are fears over the penguins’ fate due to the columns of ash and smoke drifting from the volcano and that have been captured by satellite images (see above).

The island is so remote that experts at the British Antarctic Survey (BAS) say it will be impossible to assess what impact the eruption has had until an expedition visits in December 2016 or January 2017, but the risk to the penguins is that at worst they could be buried alive in ash, burned or suffer breathing difficulties. The danger to the 55-centimetre-tall chinstraps comes from the fact the eruption began during their moulting season. During this time, which can last six weeks, the penguins are not waterproof and cannot go into the water. The volcano is hundreds of metres from the penguin colonies to the east, south and north of the island, and the ash is being blown eastwards by prevailing winds.

Chinstrap penguins are a sub-Antarctic species that live close to, but not on, the continent. There are around 7.5 million globally, and they live for about 20 years, breeding two eggs each year, with chicks taking around three to four years to mature to adults. They nest on the surface of the ground, and feed on krill and fish.

Source : The Guardian.

Manchot jugulaire

Manchot à jugulaire.

Gorfou

Gorfou doré

(Crédit photo: Wikipedia)

 

La glace de mer en Antarctique et dans l’Arctique // Sea ice in the Antarctic and the Arctic

drapeau-francaisUne nouvelle étude conduite par une équipe scientifique sous l’égide de la NASA et de la NOAA a identifié les causes des différences de comportement entre la glace de mer de l’Arctique et son homologue de l’Antarctique.

L’étendue de glace de mer au pôle nord a atteint sa surface la plus faible de tous les temps au cours des dernières années et elle s’est amincie de 65 pour cent entre 1975 et 2012. Dans le même temps, l’Antarctique a augmenté sa couverture de glace en dépit des inquiétudes qui sont apparues quant à la fonte de ses glaciers.
En utilisant des données thermiques, topographiques, et bathymétriques, l’équipe scientifique a identifié les raisons de la préservation de la glace de mer en Antarctique. Ils ont découvert que la profondeur de l’océan dans la région et certaines caractéristiques à la surface du continent avaient un impact sur la circulation des vents et des courants océaniques, de telle manière que la production et la protection de la glace de mer n’étaient pas affectées. Dans le même temps, des conditions très différentes dans l’Arctique entraînaient la fonte de la glace de mer.
En utilisant les données fournies par le satellite QuikScat de la NASA, lancé en 1999, les scientifiques ont analysé la formation et la trajectoire suivie par la glace de mer en Antarctique, ainsi que les différents types de couverture de glace dans l’Océan Austral. La conclusion de l’étude est que les vents poussent et installent la glace de mer autour du continent pendant sa période de formation entre Juin et Septembre, ce qui entraîne la formation d’une Grande Zone Bouclier (Great Shield Zone / GSZ) qui protège la jeune glace qui se trouve à l’intérieur.
La GSZ ainsi formée s’étend sur une largeur de 100 à 1000 kilomètres et empêche que la nouvelle glace soit brisée par les éléments. La situation géographique de la GSZ correspond également au front sud du courant circumpolaire antarctique qui marque la frontière qui entre les eaux froides et les eaux chaudes près du continent austral. Le contact avec des eaux plus froides favorise la stabilité de la GSZ et permet à la nouvelle glace de se développer rapidement.
La Grande Zone Bouclier (GSZ) offre des conditions pratiquement opposées à celles de la zone où se forme la glace de mer dans l’Arctique. Dans les hautes latitudes, on a affaire à une zone de formation glace peu épaisse, facilement perturbée par le vent et les vagues et soumise à des eaux plus chaudes que la GSZ. La distribution des vents de l’Arctique peut également faire se déplacer la glace en cours de formation vers des secteurs plus chauds de l’océan, où elle va forcément fondre.
En dépit de ces explications sur la formation de la glace de mer en Antarctique, les scientifiques sont inquiets quand ils observent les températures record enregistrées à travers le monde et la fonte continue des grands glaciers. Ils se posent des questions sur le comportement de la glace en Arctique et en Antarctique dans les années à venir et sur son impact sur l’élévation du niveau des océans. Selon un chercheur australien, «les glaciers de l’Antarctique sont susceptibles de perdre une importante masse de glace et, conjointement avec le changement climatique, ils pourraient contribuer à une élévation de plusieurs mètres du niveau de l’océan à proximité du continent. »
Source: Alaska Dispatch News and The Christian Science Monitor.

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drapeau-anglaisA new study by a NASA- and NOAA-backed team has identified the causes of the stark contrast between Arctic and Antarctic sea ice change.

The northern pole’s sea ice extent has been recorded at all-time lows in recent years and thinned by 65 percent between 1975 and 2012, while the southern continent has seen gains in its ice coverage despite concerns over glacier melting.

Using temperature, topographical, and bathymetric data, the research team identified the cause behind the preservation of Antarctica’s ice. They found local ocean depth and continental surface features impact the region’s wind and ocean currents in such a way that the production and protection of sea ice is sustained. Meantime, dissimilar conditions in the Arctic have led to the ongoing melt of the sea ice.

Using data from NASA’s QuikScat satellite, launched in 1999, the scientists analyzed the formation and routes of Antarctic sea ice, as well as the different types of ice coverage in the Southern Ocean. The conclusion of the study is that winds push building ice out and around the continent during the sea ice growth season from June to September, forming a Great Shield Zone (GSZ) that shelters young interior ice.

The established GSZ stretches from 100 to 1,000 kilometres wide and keeps the new ice from being broken up by the elements. The zone’s path also corresponds with the the southern Antarctic Circumpolar Current front, a boundary that marks a separation of cooler and warmer waters near the southern continent. The contact with colder waters maintains the GSZ and allows for new ice to grow quickly.

The southern GSZ provides conditions nearly opposite to those of the Arctic’s marginal ice zone, a boundary of thin, new ice easily disturbed by wind and waves and subjected to warmer waters than the GSZ. Arctic wind patterns can also move developing ice toward warmer sections of the ocean, where it melts.

Even with evidence and an explanation for sea ice growth in Antarctica, record high global temperatures and the ongoing melting of major glaciers have some scientists worried about the future of both Arctic and Antarctic ice features and their impact on sea level rise. According to an Australian researcher, “Antarctic glaciers may be at risk of substantial ice loss, and could contribute to a multi-metre response to climate change near the continent.”

Source: Alaska Dispatch News and The Christian Science Monitor.

Antarctic sea ice 2012

Etendue de la glace de mer en Antarctique en 2012 (Source: NASA)

Groenland-blog

Vue de la glace de mer dans l’Arctique (Photo: C. Grandpey)