Bâchage des glaciers contre le réchauffement climatique // Covering glaciers against global warming

Alors que l’Europe est en proie à de très fortes chaleurs, la presse revient sur un sujet que j’ai évoqué dans une note rédigée le 23 juin 2020: le bâchage des glaciers. En particulier, de nombreux articles évoquent le bâchage spectaculaire du glacier de Presena en Iitalie.

Au glacier de Presena dans le nord du pays, entre le Trentin Haut-Adige et la Lombardie, quelque 120 000 mètres carrés de toile blanche sont installés pour le recouvrir et ralentir sa fonte. Depuis 1993, ce glacier a en effet perdu plus d’un tiers de son volume. Déployée à plus de 2700 mètres d’altitude, la toile est une bâche géotextile qui reflète la lumière (voir ma note sur l’albédo) , maintenant en dessous une température inférieure à la température ambiante, et qui donc aide à la préservation de la neige. Le projet a débuté en 2008, avec près de 30 000 m² de toile déployés et posés sur la neige.

Des ouvriers déroulent de longues bandes de bâche. Elles donnent à ce flanc de montagne des allures de cadeau géant. Il faut coudre les bandes méthodiquement pour éviter qu’elles glissent au bas de la pente ou se délient sous l’effet du temps. Chacune mesure 70 mètres de long sur 5 mètres de large et coûte 400 euros. Il faut près de six semaines pour les installer à la fin du printemps, et autant à l’automne pour les enlever.

Plusieurs stations de montagne utilisent ce type de toile blanche pour freiner la fonte de leurs glaciers. C’est le cas de la Mer de Glace en France et du Glacier du Rhône en Suisse où de grandes bâches ont été installées pour protéger les grottes creusées dans la glace et empêcher qu’elles disparaissent avant la fin des étés.

Malgré tout, selon les glaciologues, la couverture des glaciers n’est pas un remède miracle. De toute façon, les bâches ne peuvent être installées que sur de petits glaciers. La véritable solution serait avant tout réduire les émissions de gaz à effet de serre, responsables de l’augmentation des températures. Si rien n’est fait, les glaciers en dessous de 3 000 mètres disparaîtront avant la fin du siècle.

Voici une vidéo (en italien) qui explique la finalité du projet sur le glacier de Presena:

https://youtu.be/QjvSv8gnuzI

Source: différents organes de presse européens.

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While Europe is in the grip of very hot weather, the press is returning to a topic that I mentioned in a post written on June 23rd, 2020: the covering of glaciers. Many articles refer to the spectacular covering of the Presena glacier in Italy.
At the Presena glacier in the north of the country, between Trentino Alto Adige and Lombardy, some 120,000 square meters of white canvas are installed to cover it and slow down its melting. Since 1993, this glacier has indeed lost more than a third of its volume. Deployed at an altitude of more than 2700 meters, the canvas is a geotextile tarpaulin which reflects light (see my post on albedo), maintaining a temperature below ambient temperature, and which therefore helps to preserve the snow. The project began in 2008, with nearly 30,000 m² of canvas deployed and placed on the snow.
Workers unroll long strips of tarpaulin. They give this mountainside the appearance of a giant gift. The strips must be sewn methodically to prevent them from slipping at the bottom of the slope or from coming loose under the effect of time. Each strip is 70 meters long by 5 meters wide and costs 400 euros. It takes almost six weeks to install them in late spring, and as many in autumn to remove them.
Several mountain resorts use this type of white canvas to slow down the melting of their glaciers. This is the case of the Mer de Glace in France and the Glacier du Rhône in Switzerland where large tarpaulins have been installed to protect the caves dug into the ice and prevent them from disappearing before the end of the summers.
However, according to glaciologists, covering glaciers is not a miracle cure. The tarps can only be installed on small glaciers. The real solution would be above all to reduce greenhouse gas emissions, responsible for the increase in temperatures. If nothing is done, the glaciers below 3,000 meters will disappear before the end of the century.

Here is a video (in Italian) that explains the purpose of the project on the Presena glacier:
https://youtu.be/QjvSv8gnuzI

Source: various European news media.

Ouvriers en train d’installer les bâches sur le glacier de Presena (Image extraite de la vidéo)

Alpes et Pyrénées : un bilan glaciaire inquiétant

Les glaciers alpins fondent à vue d’oeil. A travers le site web dédié à la Transition écologique et à la Transition énergétique, le gouvernement français dresse un bilan des impacts du réchauffement climatique sur les massifs alpins et pyrénéens.

Voici quelques unes des conclusions livrées par l’ONERC (Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique) :

– Le bilan moyen d’une sélection de glaciers français montre un retrait de 18,8 mètres équivalent eau en 2013 par rapport à 2001. Un schéma montre l’évolution de l’épaisseur des glaciers :

 

– Entre 1924 et 2019, le glacier d’Ossoue dans les Pyrénées s’est raccourci de 590 mètres. Sa surface est passée de 90 à 32 ha, soit 64 % de perte. Sur la même période, la perte d’épaisseur est estimée à environ 80 mètres.

Même constat pour le glacier du Vignemale. Malgré des valeurs fluctuantes de l’accumulation et de l’ablation, le bilan est négatif quasiment chaque année depuis le cycle 2001-02.

– Le site gouvernemental montre l’évolution des bilans de masse cumulés de 3 glaciers des Alpes françaises depuis 1900 : Saint-Sorlin, Gébroulaz, Argentière :

On remarque que la diminution des glaciers n’est pas uniforme au cours de cette période, avec deux étapes de fortes décroissances : 1942-1953 et 1985-2010. La forte perte de masse enregistrée depuis 1982 est le résultat d’une augmentation très importante de la fusion estivale. La perte de masse des 30 dernières années s’est accentuée depuis 2003.

 

Glacier d’Argentière (Photo: C. Grandpey)

– Au Col de Porte, dans le massif de la Chartreuse à 1325 mètres d’altitude, le manteau neigeux a diminué en moyenne de 38 cm entre les périodes 1960/1961-1989/1990 et 1990/1991-2019/2020. L’ONERC précise qu’aucune tendance ne peut être mise en évidence en ce qui concerne le cumul de précipitations au cours de la période 1960-2020 ; ceci semble indiquer un lien direct entre la hausse de la température moyenne induisant une remontée de la limite pluie-neige et la diminution de l’enneigement constatés sur la même période.

 

Source: Météo-France

– Le site présente aussi le stock nival dans nos massifs le 1er mai. L’équivalent en eau du manteau neigeux représente la masse de neige accumulée au sol par unité de surface. Il augmente pendant la phase d’accumulation du manteau neigeux saisonnier, en général pendant l’automne, l’hiver et une partie du printemps, puis décroît lorsque la fonte du manteau neigeux devient plus importante que l’accumulation de nouvelles chutes de neige.

Au 1er mai, le stock nival se réduit sur tous les massifs en moyenne de 20 kg/ m2 par décennie, soit -12 % par rapport à la normale 1981-2010.

 

Source: https://www.ecologie.gouv.fr/impacts-du-changement-climatique-montagne-et-glaciers

Fermeture des glaciers pendant l’été : ça continue !

Pour la première fois dans l’histoire de la station Valaisanne, les pistes situées sur le glacier de l’Allalin à Saas Fee, à plus de 3000m d’altitude, seront fermées durant toute la saison estivale.

Comme dans les Alpes Françaises à Tignes, Val d’Isère ou encore aux Deux-Alpes,, les glaciers souffrent et ne sont plus en mesure de servir de pistes de ski durant la saison estivale. On est aujourd’hui très loin des années 1980, 1990 ou 2000, lorsque les conditions étaient souvent exceptionnelles à cette époque.

Le glacier de l’Allalin à Saas Fee se trouve entre 3100m et 3500m d’altitude. Les pistes ont certes ouvert le 18 juillet 2022, mais uniquement sur un espaces restreint et uniquement pour les skieurs pros des équipes nationales. Même les fameux camps de ski, qui sont une véritable tradition pour les jeunes dans cette région, sont annulés.

Comme pour les stations françaises, cette fermeture est due à l’enneigement insuffisant de l’hiver dernier et, bien entendu, au changement climatique qui oblige les responsables à de longues réflexion sur l’avenir du glacier en saison estivale.

Installer des enneigeurs serait possible mais à si haute altitude le coût serait énorme et pour un bénéfice très peu important. Il faudrait aussi que les températures soient suffisamment basses pour permettre leur fonctionnement. Les responsables de la station font remarquer qu’à la mi-juin la situation était celle normalement observée à la mi-août.

Source: presse helvétique.

Vue nord du Feegletscher (Crédit photo: Wikipedia)

Pas de guides pour accéder au sommet du Mont Blanc !

Les compagnies des guides de Chamonix et Saint-Gervais ont suspendu temporairement l’ascension du mont Blanc par la voie normale en raison d’importantes chutes de pierres dans le couloir du Goûter, à plus de 3000 mètres d’altitude. Suite à un hiver où il a peu neigé et un printemps où il a fait chaud, des blocs se détachent fréquemment de la montagne, de jour comme de nuit. En effet, le permafrost qui assure la stabilité de la montagne dégèle et les parois rocheuses sont particulièrement fragiles. Le 22 juin, un alpiniste a trouvé la mort dans ces circonstances sous le couloir du Goûter. On se souvient qu’un record de chaleur a été enregistré juste en dessous du sommet du mont Blanc à 4800 mètres d’altitude le 18 juin 2022 avec 10,4°C. Le précédent record, établi en juin 2019, était de 6,8 °C.

En conséquence, les alpinistes amateurs sont appelés à « différer leur ascension ». Ce n’est pas la première fois que les guides suspendent l’ascension du mont Blanc. De telles mesures ont déjà été prises sur de courtes périodes en 2018 ou en 2020, pour les mêmes raisons. C’est la preuve que le réchauffement climatique est particulièrement sévère en haute montagne. Ce qui était exceptionnel est en train de devenir banal.

Comme pour les randonnées glaciaires avec les risques d’effondrement – comme au glacier italien de la Marmolada, – aucune interdiction d’ascension du Mont Blanc ne sera décrétée. Le PGHM s’en tient à un message « de vigilance et de prudence ». La préfecture de Haute-Savoie a elle aussi lancé un appel à la prudence par voie de communiqué, recommandant aux alpinistes « de différer leur ascension momentanément ».

Mais c’est bien connu, la montagne, c’est la liberté….quitte à se faire tuer!

Source: Presse régionale.

Photo: C. Grandpey