Dégel du permafrost dans les Alpes : nouveau glissement de terrain !

Dans une note rédigée le 16 mai 2023, je rappelais que le dégel du pergélisol dans les Alpes provoque des chutes de pierres et des glissements de terrain qui peuvent devenir une menace pour les localités situées en aval. Je donnais l’exemple de Brienz, un petit village (moins de 100 habitants) des Alpes suisses, dans le canton oriental des Grisons, dont la population a été évacuée car la montagne menace de s’effondrer. On craignait que les fortes pluies des derniers jours déstabilisent deux millions de mètres cubes de roche qui pourraient dévaler la pente et atteindre les maisons. Les villageois ont eu seulement 48 heures pour emballer leurs affaires et abandonner leurs domiciles.

Le glissement de terrain s’est produit pendant la nuit du 15 juin et a épargné de justesse le village où les maisons sont intactes. La masse rocheuse s’étant arrêtée juste devant le village.
Dans les jours qui ont précédé le glissement de terrain, il y a eu une augmentation des chutes de pierres. La partie centrale du glissement de terrain a commencé à s’effondrer le 13 juin 2023, avec une série d’incidents capturés sur la webcam de surveillance de la zone.
Selon les premiers rapports, un dépôt d’un mètre de hauteur s’est formé juste devant le bâtiment de l’école du village. La zone avait été déclarée zone de danger majeur, obligeant la fermeture de deux routes et d’une ligne de train.
Des analyses sont maintenant nécessaires pour évaluer le risque restant pour le village et les environs. Les sismogrammes fourniront des informations sur le moment précis du glissement de terrain, sa durée et le volume de l’effondrement.

Source : presse suisse.

Image de la webcam Blick TV montrant l’ampleur du glissement de terrain

Nouvel effondrement dans les Alpes

Quand on parle du dégel du permafrost – ou pergélisol – on pense à celui qui recouvre les terres arctiques, la Sibérie et l’Alaska en particulier, qui subissent une nouvelle vague de chaleur au moins de juin 2023.

Le permafrost est également présent à haute altitude dans nos montagnes. C’est lui qui assure la cohésion de la roche en jouant un rôle de ciment. S’il vient à dégeler, la cohésion de la roche n’est plus assurée et elle s’effondre.

C’est ce qui vient de se produire le 11 juin dans les Alpes suisses où un spectaculaire éboulement a emporté le sommet sud du Fluchthorn. La moitié du sommet de la montagne ainsi que la croix qui s’y trouvait ont disparu. Les 100 derniers mètres se sont effondrés en quelques minutes, comme on peut le voir sur cette vidéo :

.https://youtu.be/sOC7cVcPOlI

Le nuage de pierre et de poussière provoqué par cet effondrement est descendu sur un peu plus de 1000 mètres d’altitude pour une longueur de près de 2 km. Heureusement, personne ne se trouvait sur la trajectoire de cette avalanche de matériaux. .

Selon un membre des secours en montagne de Galtür, la récente fonte des neiges, exacerbée par le réchauffement climatique ces dernières années, a provoqué l’effondrement du pic.

Ceux qui fréquentent régulièrement la haute montagne savent à quel point elle est en train de se transformer.. En haute altitude, jusqu’à environ 2 000 mètres, la durée d’enneigement a diminué d’un mois depuis les années 1970, et le phénomène n’est pas près de s’arrêter, vu que rien n’est fait pour ralentir le réchauffement climatique.

Les scientifiques s’inquiètent du dégel du permafrost car cette couche gelée depuis des milliers d’années contient d’énormes quantités de carbone et de méthane dont la libération viendra s ‘ajouter aux énormes quantités de gaz à effet de serre déjà présentes dans l’atmosphère.

Source : presse transalpine. Merci à Ludovic Ravanel de nous avoir informés de cet événement qui vient s’ajouter à l’effondrement observé sur l’Iliamna (Alaska) le 5 juin 2023 (voir ma note du 11 juin).

Image extraite de la vidéo

Climat : la partie est perdue et tout le monde s’en fiche !

Le 8 juin 2023 j’ai publié une note intitulée « C’est foutu ! » à propos de la fonte de l’Arctique. Une étude publiée début juin 2023 dans Nature Communications annonçait que la calotte glaciaire de l’océan Arctique disparaîtrait en été dès les années 2030, soit une décennie plus tôt que prévu.

Ne voulant sans doute pas affoler l’opinion, la chaîne de radio France Info a publié sur son site web l’interview de Heïdi Sevestre, une glaciologue française, qui « veut croire que la disparition annoncée de la banquise de l’Arctique en été va jouer le rôle d’un électrochoc. » La glaciologue explique à France Info comment la planète et ses occupants vont subir les conséquences de ce grand chamboulement dans l’océan le plus septentrional du monde. « Un message d’alerte mais aussi d’espoir, alors que les humains détiennent la solution au réchauffement climatique : réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre. »

Désolé, mais je ne suis pas d’accord. Il faut arrêter de lancer ces messages d’espoir auxquels les scientifiques eux-mêmes ne croient plus. Il faut arrêter de se bercer d’illusions. Je suppose que cette glaciologue a, comme moi, visité les terres arctiques et les glaciers alpins. Il n’y a pas besoin d’avoir fait les grandes écoles pour se rendre compte à quel point la situation est catastrophique.

La grande question que le public me pose à l’occasion de mes conférences est : que pouvons-nous faire ? Les solutions suggérées au niveau de notre vie quotidienne (économie de l’eau, par exemple) sont louables, mais elles ne seront pas suffisantes. Seules des mesures prises à l’échelle de la planète apporteraient un embryon de solution, en sachant qu’il faudra des décennies pour que notre planète retrouve un semblant d’équilibre climatique.
Je ne cesse de le répéter : c’est le rôle des Conferences of the Parties – les COP – de prendre des mesures drastiques, ce qu’elles ne font pas et n’ont jamais fait. Ces réunions sont des gouffres financiers au bilan carbone désastreux. Les participants émettent des promesses, mais aucune décision contraignante n’est prise !!! Chaque pays fait à sa guise. La dernière COP 27 en Egypte a tout juste daigné accorder quelques compensations aux pays en voie de développement qui subissent les conséquences du réchauffement climatique sans en être la cause.

Je suis d’un très grand pessimisme pour l’avenir. La crise climatique va en générer d’autres. Une guerre de l’eau, par exemple, sera inévitable. Nos dirigeants pratiquent à la fois la politique de l’autruche et celle de la patate chaude. Les jeunes générations les remercient d’avance !

De l’océan Arctique au Groenland…..

De l’Alaska aux Alpes….

….la catastrophe glaciaire est partout (Photos: C. Grandpey)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le ski français sur la mauvaise pente ?

Au vu des statistiques, le marché du ski en France se porte bien. Il serait à l’origine de la création d’environ 18 000 emplois directs, auxquels il faudrait ajouter près de 120 000 emplois induits dans les stations. Les recettes de fréquentation dépasseraient les 1 400 millions d’euros, et la contribution du secteur aux exportations commerciales françaises serait estimée à 2 milliards d’euros. Le France se situerait ainsi dans le trio de tête mondial des destinations de ski, aux côtés des États-Unis et de l’Autriche.

Il est vrai que la France possède, en particulier dans les Alpes, de superbes domaines skiables et des infrastructures capables d’accueillir des millions de skieurs. Malgré tout, la bonne santé de l’économie du ski montre de nombreuses failles et l’avenir n’est pas très réjouissant. Quand on étudie l’évolution de la fréquentation des stations sur 15 ans, on s’aperçoit qu’elle a stagné, voire légèrement chuté. Des problèmes structurels pourraient bien entraîner la filière française sur la voie de la décroissance.

1) Le premier problème concerne le taux de pénétration de la pratique du ski au sein de la population nationale. En France, seuls 28 % des skieurs viennent de l’étranger. Les perspectives de croissance reposent donc en grande partie sur la capacité à renouveler le vivier de skieurs nationaux. Or, seulement 13 % de la population française s’adonne aux sports d’hiver, et encore, pas toujours de façon régulière. À titre de comparaison, la Suisse est à 34 %.

2) Le deuxième problème concerne le développement immobilier des stations. La France dispose, en théorie, d’une surcapacité d’accueil, mais de trop nombreux logements ne correspondent plus aux nouveaux standards de marché.

3) Le troisième problème concerne la baisse de l’enneigement liée au réchauffement climatique. En France, le Centre d’études de la neige a montré que la hauteur moyenne de neige sur la période 1990-2017 a baissé de 40 cm par rapport à la période 1960-1990. Les stations de basse et moyenne altitude sont les plus menacées. On l’a vu avec la station du Mont-Dore (1050 m d’altitude) qui a été mise en redressement judiciaire.

Selon les projections de l’Institute of Snow and Avalanche Research de Davos, à horizon 2050-2080, la neige aura quasiment disparu dans les Alpes françaises entre 1200 et 1800 mètres d’altitude.

Face à ces problèmes structurels, les solutions envisagées ou mises en place paraissent risquées. Pour faire face au problème d’enneigement, la France s’est dotée d’un réseau d’enneigeurs qui couvre aujourd’hui 37 % des domaines skiables. L’eau nécessaire à la production de cette neige de culture est « empruntée » aux réserves locales avant de leur être rendue via la fonte des neiges. De ce fait, les conflits d’usage avec l’eau potable ne sont pas des cas isolés.

La livraison héliportée de neige, comme à Luchon-Superbagnères dans les Pyrénées est une action désespérée qui donne une piètre image de la France dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Pour faire face au problème de fréquentation et à la pression concurrentielle exercée par les grandes stations internationales, la filière française et les tours opérateurs se sont tournés vers la clientèle étrangère aisée, pour l’essentiel russe ou asiatique. Or, une telle stratégie pose deux problèmes majeurs. D’une part, il s’agit d’une clientèle difficile à fidéliser (effet du Brexit, guerre en Ukraine). D’autre part, la venue de skieurs de l’autre bout du monde implique un bilan carbone désastreux.

Pour assurer l’accueil de cette clientèle exigeante, les projets de constructions de très grandes résidences de standing dans nos massifs se multiplient, avec le risque évident de mettre les ressources naturelles sous tension pour les alimenter en eau et en électricité.

On assiste de plus en plus à une volonté des stations de diversifier leur activités (culture, balnéothérapie, centres aqua-ludiques, etc.) sans savoir quel impact cela aura sur le choix des destinations. Il est bien beau de communiquer sur des superlatifs (comme la création de l’escape ‘game’ le plus haut d’Europe à Val Thorens), ou de vouloir connecter les domaines déjà vastes des Deux Alpes et l’Alpe d’Huez avec un ambitieux projet de téléphérique, mais au final que ressortira-t-il d’une telle politique ? Les belles années du ski français sont probablement derrière nous.

Source : The Conversation.

Vue du projet de téléphérique entre les domaines skiables des Deux-Alpes et de l’Alpe d’Huez. (Source : Skiinfo / YouTube)