Une année volcanique finalement très calme!

Dans quelques jours, l’année 2012 prendra fin et, qui sait, peut-être le monde avec elle !! D’un point de vue volcanique, les douze mois qui viennent de s’écouler ont été remarquablement calmes car aucun événement majeur n’est à signaler. J’ai parfois été bien embarrassé pour mettre à jour quotidiennement les notes de mon blog !

Si l’on fait un bilan rapide, on se rend compte que l’activité est restée concentrée sur un petit nombre de volcans qui figurent au hit parade depuis pas mal de temps. En tête de liste figure le Kilauea qui déverse sa lave de manière quasi permanente depuis janvier 1983. Ce sera donc le 30ème anniversaire le mois prochain!.

Les volcans du Kamchatka (Karymsky, Shiveluch et Kizimen en particulier) sont restés la plupart du temps en vigilance Orange. Seul le Plosky Tolbachik a attiré l’attention avec une belle éruption fissurale qui a commencé à la fin du mois de novembre.  Les coulées de lave sont impressionnantes et il sera peut-être le volcan de l’année…

Le Popocatepetl reste bien actif même s’il est moins virulent qu’au début de l’éruption en cours.

Le Fuego a souvent attiré mon attention par ses coulées de lave, ses avalanches incandescentes ou ses panaches de cendre. Son voisin Santiaguito est resté stable et son activité n’a guère varié en 2012, malgré une certaine intensification ces dernières semaines.

En Amérique du Sud, le Reventador et le Tungurahua doivent être surveillés car leur réveil est parfois brutal comme le prouvent ces derniers jours sur le Tungurahua.

Au Japon, le Sakurajima montre une belle activité, sans pour autant être vraiment menaçant pour les zones urbaines à proximité.

Le Cleveland et les autres volcans de la chaîne des Aléoutiennes ne menacent pas les populations car ces îles sont pour la plupart inhabitées. En revanche, les éruptions peuvent poser des problèmes au trafic aérien, particulièrement dense entre l’Amérique et l’Asie.

On pourrait mentionner aussi Santorin et le Nevado del Ruiz, mais ils n’ont montré qu’une hausse de la sismicité sans suite volcanique digne d’intérêt.

Pour terminer, il ne faudrait pas oublier l’Etna et son Cratère SE qui a connu de beaux paroxysmes en début d’année. L’activité a par la suite migré vers la Bocca Nuova avant de revenir vers le Cratère SE, mais le volcan est capable de beaucoup mieux faire !

On me fait souvent remarquer lors de mes interventions en public que les éruptions et les séismes sont plus fréquents qu’auparavant. Ce n’est en fait qu’une impression due aux nouveaux moyens de communication. Grâce à Internet, les nouvelles se propagent à la vitesse de la lumière. Cela me permet de vous tenir au courant – pratiquement en temps réel – de  l’activité volcanique dans le monde, ce qui n’était pas le cas il y a seulement une vingtaine d’années. Il en va de même des séismes. La Terre ne tremble pas plus qu’avant, mais ses moindres soubresauts sont signalés sur le Web quelques minutes après leur apparition.

PuuOo-blog

La lave du Pu’O’o en juillet 2006 (Photo: C. Grandpey)

(Image extraite du CD/DVD « Kilauea, le Feu de la Terre)

Santorin (Grèce)

On peut lire sur le site Ekathimerini.com un de ces articles de plus en plus fréquents dans la presse actuelle et qui sont vraiment inutiles. Le sujet abordé est celui de l’île de Santorin, dont l’éruption cataclysmale a anéanti la civilisation minoenne il y a quelque 3600 ans.

Des chercheurs anglais de l’Université d’Oxford ont étudié le volcan et observé que le volume de la chambre magmatique sous le volcan aurait augmenté de 10 à 20 millions de mètres cubes entre janvier 2011 et avril 2012. Conclusion logique du rapport : « While no imminent eruption is suggested by the data, it can’t be ruled out », autrement dit,  si une éruption imminente ne semble pas à l’ordre du jour au vu des données récoltées, elle ne saurait être exclue. C’est un peu ce que je dis en été en voyant des nuages dans le ciel : si un orage ne semble pas imminent, il n’est pas impossible qu’il se déclenche avant la fin de la journée !

A mes yeux, si des scientifiques dignes de ce nom veulent s’aventurer à faire des prévisions, ils doivent se situer à un autre niveau !

Les chercheurs britanniques ont par ailleurs remarqué (grâce aux mesures GPS et images radar satellitaires) que l’intrusion magmatique a fait se soulever Santorin de 8 à 14 centimètres selon les endroits. Selon eux, le volume de magma qui s’est accumulé depuis janvier 2011 représente la moitié du volume rejeté pendant les petites éruptions qui ont secoué Santorin dans le passé. Si cette accumulation se poursuit pendant encore quelques années, le volume de magma accumulé pendant l’intrusion sera équivalent à celui qui a provoqué les éruptions précédentes. Cela signifie implicitement que le réservoir ayant fait le plein, l’éruption peut avoir lieu !

Les sujets de Sa Gracieuse Majesté ont remarqué que les « petites » éruptions se produisaient en moyenne tous les 14 ans et que la dernière a eu lieu il y a 70 ans. Le volcan de Santorin serait donc en retard, « overdue » comme se plaisent à dire les Anglo-Saxons.

A mes yeux, une telle théorie semble quelque peu simpliste car un volcan ne répond pas à une science exacte comme la mathématique. On sait pertinemment que le magma peut rester stocké dans la chambre pendant une très longue période avant de sortir à l’air libre ! De plus, comme je l’ai indiqué à plusieurs reprises, la notion de cycle volcanique est très discutable.

Les volcanologues grecs de l’Institut de Géologie et d’Exploration Minérale d’Athènes ne sont pas d’accord avec leurs homologues d’Outre-Manche. Ils font remarquer que la sismicité, la déformation du terrain, les émissions gazeuses et la température ont connu une baisse cette année, de sorte que l’activité enregistrée à Santorin est « normale » pour ce volcan en sommeil.

Dans une note officielle diffusée dans la presse ce matin, les autorités grecques descendent en flèche les conclusions des chercheurs britanniques et affirment que les craintes de voir le volcan de Santorin se réveiller sont infondées. Elles font référence aux observations des scientifiques grecs décrites ci-dessus. Il est vrai aussi que Santorin est un pôle touristique important et une source de revenus bienvenue en ces temps de crise!

Cet article montre parfaitement, si besoin était, les hésitations de la volcanologie moderne et notre incapacité à prévoir le comportement d’un volcan. Comment évoluera l’activité de Santorin ? Nul ne le sait !

santorin,volcans

Santorin vue depuis l’espace (Avec l’aimable autorisation de la NASA)