« Il y a quelque chose qui ne va pas! »

« Il y a quelque chose qui ne va pas ! » C’est par ces paroles que Christine Pena, présentatrice de la météo sur France Info, a débuté son bulletin du 3 décembre 2018 au matin. Comme le faisait remarquer Marc Fauvelle, le temps est quasi printanier dans le sud, avec des températures susceptibles de dépasser 20°C. Dans l’est, on prévoit 15°C à Strasbourg ! Beaucoup de régions vont être arrosées, ce qui est une bonne nouvelle après la sécheresse des mois écoulés, mais ce ne sera pas suffisant pour combler le déficit en eau. En montagne, la limite pluie-neige se situe très haut, vers 2200 mètres d’altitude dans le nord des Alpes, ce qui n’est pas une bonne nouvelle pour les stations de ski à l’approche des vacances de Noël. La température est bien trop élevée pour permettre le déclenchement des enneigeurs.

Ailleurs dans le monde, les événements climatiques extrêmes se multiplient. Les radios et télés n’ont guère l’occasion de les mentionner à cause des événements qui agitent la France en ce moment.

Le 1er décembre, une tornade – du jamais vu à cette époque de l’année – a détruit une centaine de maisons et tué une personne dans le Midwest des Etats-Unis (Illinois et Missouri). C’est la conséquence d’un déplacement vers l’est de la célèbre Tornado Alley, pour une raison que les climatologues ignorent, mais qui est très probablement liée au changement climatique.

Depuis le 10 novembre, l’Arabie Saoudite connaît de très fortes pluies qui ont provoqué des inondations catastrophiques. 4000 personnes ont été évacuées et on déplore une trentaine de morts.

En Australie, des incendies d’une ampleur jamais vue avec plus de 140 foyers déclarés détruisent le Queensland. Ils sont provoqués par une très forte vague de chaleur.

Malgré les récentes alertes du GIEC sur la hausse des températures, de nombreux médias pensent que la COP 24 de Katowice ne devrait pas être marquée par des avancées significatives.

Inutile de dire que dans un tel contexte les glaciers continuent à fondre…

Toutes les informations pour se procurer le livre sont ici:

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Conséquences prévisibles du réchauffement climatique dans les Pyrénées

L’Observatoire Pyrénéen du Changement Climatique (OPCC) alerte une nouvelle fois sur les conséquences de la hausse des températures sur le massif. On peut lire dans le dernier rapport de l’Observatoire que l’épaisseur de neige dans les Pyrénées pourrait diminuer de moitié et les températures maximales moyennes augmenter de 1,4 à 3,3°C d’ici à 2050.

Dans des notes publiées le 17 et le 29 septembre 2018, j’ai personnellement attiré l’attention sur la hausse des températures dans les Pyrénées. Ainsi, cela faisait 91 jours le 15 septembre 2018 qu’il n’y avait pas eu de gel au Pic du Midi de Bigorre, à 2877 mètres d’altitude. La dernière journée de gelée – avec – 1,6°C – datait du 14 juin. Depuis que les mesures de températures sont enregistrées sur le site, c’est un record. Il faut remonter à 1822 pour retrouver pareille situation

Selon le rapport de l’OPCC, « la Terre n’a jamais connu de changements climatiques aussi rapides que ceux d’aujourd’hui. » Les variations de températures actuelles sont comparables à celles connues durant les périodes de transitions glacières et l’Holocène, soit les 11 700 dernières années. Depuis 1949, les températures moyennes annuelles ont augmenté de 0,2°C par décennie, soit une augmentation totale de 1,2 degré sur l’ensemble du massif pyrénéen.

Selon plusieurs scénarios de projection réalisés dans le cadre du projet de recherche transfrontalier ClimPy – entre la France, l’Espagne et Andorre – les températures maximales pourraient augmenter de 1 à 2,7°C à l’horizon 2030 et de 1,4 à 3,3°C à l’horizon 2050.

En fin de siècle, l’augmentation oscillerait entre 4,3 et 7,1°C pour le pire scénario, et entre 1,9 et 4,2°C dans le meilleur des cas.

Le rapport souligne aussi la baisse des volumes annuels de précipitations, de l’ordre de 2,5 % par décennie. Cette baisse s’accompagnerait d’une baisse significative de l’épaisseur moyenne de neige. Ainsi, dans les Pyrénées centrales à une altitude de 1800 mètres, l’épaisseur moyenne de neige pourrait diminuer de moitié d’ici 2050 et la période de permanence de la neige au sol se raccourcirait de plus d’un mois.

Ces multiples changements sans précédent auront une influence sur les espèces de montagne les plus sensibles. On observe déjà des modifications de l’état physiologique et de l’abondance de certains oiseaux, en même temps que des diminutions considérables de population chez les amphibiens, groupe de vertébrés parmi les plus vulnérables.

A l’échelle globale, le rapport de l’OPCC estime que les espèces européennes se sont déplacées de 11 mètres en moyenne par décennie vers les altitudes supérieures à cause du réchauffement climatique. D’autres effets négatifs sont à prévoir, comme la diminution du débit des cours d’eau qui, à terme, peut affecter la capacité des centrales hydrauliques à produire de l’énergie. Il ne faudrait pas oublier non plus l’augmentation des risques naturels (inondations violentes, glissements de terrain, avalanches) ainsi que la réduction de l’attrait touristique hivernal de certaines stations de ski situées dans les Pyrénées.

Ces derniers points pourraient cependant être contrebalancés par quelques évolutions positives, comme l’augmentation de la capacité de production d’énergie photovoltaïque (+ 10 % au milieu du siècle) et un prolongement de la saison touristique estivale dans les Pyrénées.

Source : Observatoire Pyrénéen du Changement Climatique.

Vue du massif pyrénéen depuis le Pic du Midi (Photo: C. Grandpey)

Le Grand-Bornand (Haute Savoie) et Bessans (Savoie) : Même combat !

Dans une note mise en ligne hier, je montrais comment le village savoyard de Bessans s’adaptait au réchauffement climatique en faisant des réserves de neige. La même stratégie est utilisée par Le Grand-Bornand (Haute Savoie), station de moyenne montagne qui culmine à 2 100 mètres, au cœur du massif des Aravis, et qui réalise plus d’un million de nuitées par an, dont 40 % hors saison hivernale.. Il y a trois ans, la commune a créé une réserve à neige, installée à 1 500 mètres d’altitude, dans le village du Chinaillon, sur la route du Col de la Colombière. .

La technique de conservation de la neige est la même qu’à Bessans. Il s’agit de fabriquer la neige en hiver et de la recouvrir ensuite avec de la sciure qui est un isolant parfait. Ainsi, un volume de15 000 mètres cubes est mis à l’abri pendant l’été et donne à la station du Grand-Bornand la possibilité d’organiser tous les deux ans début décembre la Coupe du monde de biathlon. Cette neige permet aussi d’enneiger les animations pour les enfants.

Conscient que le réchauffement climatique risque de s’amplifier, la station prévoit de disposer de plus de réserves de neige. Il est prévu de doubler le volume stocké d’ici une quinzaine d’années.

A côté de cette réserve de neige, la station du Chinaillon dispose d’autres moyens pour essayer de garantir son enneigement. Il existe des réserves d’eau et plus de 300 enneigeurs (également appelés canons à neige) répartis sur la montagne. En tout, 360 000 mètres cubes d’eau ont été stockés, ce qui est supérieur aux besoins de production de poudreuse.

Malgré tout, le manque de neige chronique inquiète les autorités locales. L’eau stockée en amont pour produire de la neige risque de manquer en bas pour la consommation de la population. Un jour ou l’autre, on devra choisir entre boire ou skier ! Il faut se faire une raison : Avoir de la neige à tout prix sera bientôt terminé. Les stations de ski sans neige devront s’adapter à la nouvelle situation climatique et proposer d’autres activités, comme le développement du VTT. Les fans de poudreuse accepteront-ils cette nouvelle situation ? Pas si sûr !

Source : France Info.

Vue du village du Grand-Bornand (Photo: C. Grandpey)

Les stations de ski et le réchauffement climatique

Avec le réchauffement climatique, la neige tombe à des altitudes de plus en plus élevées, et sans les canons à neige, beaucoup de stations auraient mis depuis longtemps la clé sous le paillasson. Même en haute altitude, les stations sont confrontées à des problèmes d’enneigement. C’est ainsi qu’à Tignes, le glacier de la Grande Motte a ouvert péniblement une piste rouge avec deux semaines de retard par rapport aux années précédentes

Situé plus de 1.000 mètres plus bas, à 1750 mètres d’altitude, le sympathique village de Bessans a trouvé une solution astucieuse pour conserver la neige d’une année sur l’autre, et ainsi ouvrir la saison de ski de fond plus tôt que d’habitude. Le procédé s’appelle le « snowfarming » que l’on pourrait traduire par « culture de la neige. » Il s’agit d’une technique pour laquelle la commune de Bessans a dépensé entre 8000 et 10 000 euros. Elle a permis de conserver un dôme de 7.000 m3 de neige depuis l’hiver dernier en l’isolant de l’air ambiant et du soleil avec un mélange de sciure de bois. Grâce à cette stratégie, deux kilomètres de pistes de ski de fond ont été enneigés et étaient prêtes à accueillir les premiers skieurs cette semaine.

Le maire de Bessans reconnaît que sans neige de culture, il aurait été impossible de skier à Noël lors des cinq dernières années. Deux cents athlètes de ski de fond et de biathlon de toute la France sont attendus à partir du 29 octobre sur un domaine ouvrant habituellement mi-novembre.

La technique du « snowfarming » présente l’avantage de ne pas utiliser les réserves d’eau de pluie mises en place artificiellement dans les stations pour alimenter les enneigeurs. Si les épisodes de sécheresse se multiplient, il n’est pas impossible qu’il faille, un jour ou l’autre, avoir recours à ces réserves d’eau pour permettre à la population d’avoir de l’eau potable. Le ski passera bien sûr au second plan.

Source : Presse locale.

Le village de Bessans est aussi connu pour ses traditions qui font cohabiter le Diable et le Christ. Il m’est arrivé d’assister à la fête traditionnelle du 15 août et sa procession riche en couleurs. Les femmes ont revêtu les costumes traditionnels faits de robes aux reflets rouges, noirs et or, avec des châles chatoyants et des coiffes de fine dentelle. Elles arborent aussi les croix bessanaises en or massif. Ce sont autant d’atouts qui font du costume de Bessans l’un des plus beaux de Savoie.