Quelques brèves… // Some more news…

Le Canal de la Dominique a été secoué  le 8 janvier 2020 au matin par un séisme d’une magnitude de M 5,1, à une profondeur de 144 km, avec l’épicentre localisé au nord-nord-ouest de Macouba dans le Nord-Atlantique de Martinique. L’événement a été ressenti en Martinique et Guadeloupe, sans faire de dégâts.

 Il ne faut pas oublier que l’arc antillais où se trouvent les deux îles fait partie de la zone de subduction des Caraïbes où la plaque Amérique s’enfonce vers l’ouest sud-ouest sous la plaque Caraïbes à une vitesse d’environ 2 centimètres par an. Des séismes et éruptions se produisent ponctuellement le long de cette ligne de subduction.

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Ce n’est pas exceptionnel, mais c’est toujours spectaculaire. Une forte explosion a secoué le Popocatepetl (Mexique) le 9 janvier 2020 et envoyé des panaches de cendre qui se sont élevés à 9-11 kilomètres au-dessus du niveau de la mer. Malgré ces événements, le niveau d’alerte reste à la couleur Jaune, Phase 2.
Source: CENAPRED.

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Je n’en ai pas parlé dans ma page hebdomadaire faisant état de l’activité éruptive dans le monde, mais le Fuego (Guatemala) reste bien actif. L’INSIVUMEH indique qu’entre 12 et 16 explosions stromboliennes faibles à modérées se produisent chaque heure, avec des colonnes de cendre s’élevant à 4400-4700 mètres d’altitude. Des avalanches de matériaux sont toujours observées dans plusieurs ravines, ainsi qu’une incandescence au-dessus du cratère. Une coulée de lave avance toujours sur 150 mètres dans la ravine Seca.

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Toujours pas d’éruption à la Réunion. La sismicité était en baisse sur le Piton de la Fournaise le 8 janvier, après les 40 secousses enregistrées la veille. Selon l’OVPF, cette diminution est couramment observée suite aux crises sismiques ; il y a pour un temps un relâchement de l’état de contrainte du milieu. L’inflation de l’édifice a tendance à se poursuivre. On attend… !

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On January 8th, 2020 in the morning, the Dominica Channel was shaken by an earthquake with a magnitude of M 5.1, at a depth of 144 km, with the epicenter located north-northwest of Macouba in the North -Atlantic of Martinique. The event was felt in Martinique and Guadeloupe, without causing any damage.
It should not be forgotten that the Antillean arc where the two islands are located is part of the Caribbean subduction zone where the America plate sinks west and southwest under the Caribbean plate at a speed of about 2 centimeters per year. Earthquakes and eruptions occur punctually along this subduction line.

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It is not exceptional, but it is always dramatic. A strong explosion at Mexico’s Popocatepetl on January 9th, 2020 sent ash clouds that rose up to 9-11 kilometres above sea level. Despite these events, the alert level remains at Yellow, Phase Two.

Source: CENAPRED.

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I did not mention it in my weekly page reporting eruptive activity in the world, but Fuego (Guatemala) remains very active. INSIVUMEH reports that between 12 and 16 weak to moderate Strombolian explosions occur every hour, with ash columns rising to 4,400-4,700 meters above sea level. Avalanches of materials are still observed in several drainages, as well as an incandescence above the crater. A lava flow is still advancing 150 meters in the Seca ravine.

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No eruption has been observed yet on Reunion Island. Seismicity decreased on Piton de la Fournaise on January 8th, after the 40 tremors recorded the day before. According to OVPF, this decrease is commonly observed after seismic criseswith the relaxation of the stress undergone by the environment. Inflation of the volcanic edifice is continuing. Everybody is waiting for the eruption… !

Localistaion du séisme du 8 janvier  2020 (Source : France Séisme)

Inauguration du nouvel observatoire à la Martinique!

Les volcanophiles qui se sont rendus à la Martinique connaissent certainement l’observatoire volcanologique et sismologique du Morne des Cadets qui pendant 85 ans a fourni de bons et loyaux services à la communauté scientifique.

Après cette longue période de travail, il est maintenant à la retraite après avoir appartenu, il est vrai, à un régime un peu spécial ! Il sera désormais remplacé par un nouvel observatoire à la forme futuriste situé à 2 kilomètres en contrebas et qui a été inauguré sous la pluie le 13 décembre 2019.
Le nouveau site bénéficie lui aussi d’une vue directe sur la Montagne Pelée. Il sera doté d’outils de surveillance à la pointe du progrès. En concertation avec l’Institut de Physique du Globe de Paris (IPGP) pour la définition des contraintes techniques et scientifiques, la Collectivité Territoriale de la Martinique (CTM) a inscrit sa construction au Contrat de Plan Etat Région.

Le nouvel observatoire est doté d’une meilleure capacité d’accueil des chercheurs régionaux et internationaux. Il disposera, entre autres, de nouveaux laboratoires d’analyses ainsi que de caves d’expérimentation pour l’instrumentation géophysique.

Cet équipement entend démontrer la volonté de la CTM d’intégrer la prévention du risque dans sa politique, en se dotant d’outils ultra performants pour mieux appréhender les phénomènes naturels.

Source : Martinique La Première.

Comme son prédécesseur, le nouvel observatoire bénéficie d’une superbe vue sur la Vieille Dame (Photos: C. Grandpey)

A l’attention de mes amis antillais : Une solution au problème des sargasses ?

Plusieurs séjours à la Martinique m’ont permis de me rendre compte des nuisances, sanitaires en particulier, causées par l’arrivée des bancs de sargasses sur les côtes. J’ai rédigé plusieurs notes à ce sujet, en expliquant que ce phénomène nouveau était en grande partie causé par le réchauffement des océans. Une fois échouées sur le littoral, les sargasses se décomposent en émettant de l’hydrogène sulfuré, un gaz qui peut être extrêmement nocif. Les municipalités victimes de ces échouages sont confrontées au problème du nettoyage des plages et ne savent pas trop comment de se débarrasser des algues

Le site web de la radio France Info nous apprend qu’un architecte français a eu l’idée de transformer les sargasses en matériau de construction. L’idée lui est venue en observant l’été dernier leur arrivée sur des plages normandes, notamment vers Barfleur. Il ne s’agit pas tout à fait des mêmes algues qu’aux Antilles mais elles sont de la même famille et posent le même problème.

Selon l’architecte, on pourrait utiliser les algues avec de l’argile et fabriquer des briques avec le mélange obtenu. Une fois séchées, les membranes de la plante aquatique fixent la terre et elle a un très bon pouvoir isolant, du chaud comme du froid. L’architecte explique qu’elle est même plus efficace que le béton. Ce processus de fabrication est d’ailleurs développé à Puerto Morelos au Mexique. Dans cette station balnéaire de la péninsule du Yucatan, les plages de sable fin ont été envahies d’algues brunâtres. La première maison en brique de sargasses a pu être construite en 15 jours mais les sargasses sont aussi regardées pour leurs propriétés cosmétiques et de compost. La brique en sargasses devait être présentée le 22 octobre dernier au salon Biomim’expo à la Cité des Sciences et de l’Industrie de Paris. Ce salon met en valeur le bio mimétisme : je copie la nature, ou je m’en inspire. C’est ainsi qu’une entreprise française a créé à partir d’un ver marin une hémoglobine purifiée qui permet de conserver plus longtemps des organes avant une greffe.

Source : France Info.

Photos: C. Grandpey

Réchauffement climatique: Les Antilles ont peur

Selon le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC), de nombreuses mégapoles et petites îles devraient être frappées d’ici 2050 au moins une fois par an par un événement extrême qui ne se produisait jusqu’alors que tous les 100 ans. Selon les scientifiques, il n’y a qu’une solution pour éviter la catastrophe à venir : réduire les émissions de gaz à effet de serre, en particulier de CO2.

Certains des impacts dévastateurs du changement climatique sont déjà « irréversibles », a noté le groupe d’experts climat de l’ONU. Les modifications de l’océan ne s’arrêteront pas soudainement en baissant les émissions, mais leur rythme devrait être ralenti. Cela permettrait de gagner du temps pour, par exemple, se préparer à la montée des eaux et aux événements météo extrêmes qui lui sont liés (vagues de submersion, tempêtes): en construisant des digues autour des grandes mégapoles côtières comme New York ou en anticipant le déplacement inéluctable de certaines populations, notamment celles de petits Etats insulaires qui pourraient devenir inhabitables d’ici la fin du siècle.

Le niveau des océans s’accroît aujourd’hui 2,5 fois plus vite qu’au 20ème siècle où il avait pris 15 cm, et cette hausse va encore s’accélérer. Selon le rapport du GIEC, on pourrait réduire de 100 à 1.000 fois les risques d’inondations sur les côtes du monde entier en construisant des protections. Cela suppose d’investir « des dizaines à des centaines de milliards de dollars par an ». Comme je l’indiquais à l’issue de ma visite à la Martinique au mois d’août, l’île a déjà mis en place des enrochements sur certaines côtes pour faire face aux assauts de la mer. Le tout est maintenant de savoir si ces protections continueront à résister à la hausse du niveau de l’océan. Selon le rapport, plus d’un milliard de personnes vivront d’ici le milieu du 21ème siècle dans des zones côtières peu élevées particulièrement vulnérables. Même dans un monde à +2°C, de nombreuses mégapoles et petites îles devraient être frappées d’ici 2050 au moins une fois par an par un événement extrême qui ne se produisait jusqu’alors que tous les cent ans.

Le monde s’est engagé en 2015 dans l’Accord de Paris à limiter le réchauffement à +2°C, voire +1,5°C par rapport à l’ère pré-industrielle, en réduisant les émissions de gaz à effet de serre liées aux activités humaines. Les océans, qui couvrent plus de 70% de la surface du globe, ont absorbé environ un quart de ces émissions et 90% de la chaleur supplémentaire générée par le CO2 produit par l’Homme. Les conséquences sont déjà palpables avec la hausse de la température de la mer, l’acidification et la perte d’oxygène des océans. Le GIEC prévoit que les océans aspireront 2 à 4 fois plus chaleur d’ici 2100, dans un scénario optimiste. A cause de cette chaleur emmagasinée, nous ne pouvons plus revenir en arrière, quoi que nous fassions avec nos émissions ; le changement climatique est irréversible. Cela entraînera aussi des effets en cascade sur les écosystèmes dont dépend l’Homme, des récifs coralliens aux régions de montagne.

Avec ce rapport, c’est la quatrième fois que les scientifiques tirent la sonnette d’alarme sur les impacts du dérèglement climatique et pointent des pistes vers les façons d’y remédier ou au moins les limiter. Jusqu’à présent, les dirigeants mondiaux n’ont pas été à la hauteur des engagements nécessaires. Comme le fait remarquer un membre du WWF, « avec ces faibles promesses des Etats, nous avons probablement plus de chance de faire sauter la banque au casino de Monte-Carlo que de limiter le réchauffement à +1,5°C. » Les engagements internationaux actuels, s’ils étaient respectés, conduiraient à un monde à +3°C.

Source : France Antilles.

Enrochements à la Martinique (Photo: C. Grandpey)