Volcanisme lunaire // Lunar volcanism

Alors qu’il était en orbite autour de la Lune en 1971, l’équipage d’Apollo 15 a photographié une étrange structure géologique, une dépression en forme de D d’environ trois kilomètres de long et 1,5 kilomètre de large, qui continue à fasciner les scientifiques. Certains pensent que ladite structure, connue sous le nom de Ina, est la preuve d’une éruption volcanique qui aurait eu lieu au cours des 100 millions d’années écoulées, soit un milliard d’années après la dernière grande activité volcanique sur la Lune.
Toutefois, de nouvelles recherches effectuées par des géologues de l’Université Brown à Providence (Rhode Island) indiquent que Ina n’est pas si jeune. L’étude, publiée dans la revue Geology, conclut que cette structure géologique a été façonnée par une éruption il y a environ 3,5 milliards d’années ; autrement dit, elle aurait le même âge que les dépôts volcaniques sombres que l’on peut voir au premier plan sur la photo ci-dessous. En fait, c’est le type particulier de lave émis par Ina qui donne une idée fausse de son âge.
Ina se trouve près du sommet d’un monticule de roche basaltique, raison pour laquelle de nombreux scientifiques ont conclu qu’il s’agissait probablement de la caldeira d’un ancien volcan lunaire. Alors que les flancs du volcan semblent vieux de plusieurs milliards d’années, la caldeira proprement dite semble beaucoup plus jeune. Un signe de cette possible jeunesse est sa couleur beaucoup plus claire comparée celle  des environs. Cette teinte plus claire révèle que Ina n’a pas eu le temps d’accumuler beaucoup de régolite, la couche de roche friable et de poussière qui s’accumule à la surface au fil du temps.
Une autre caractéristique qui montre que Ina pourrait être jeune réside dans les quelque 80 monticules qui dominent la caldeira. Ces monticules semblent avoir beaucoup moins de cratères d’impact que la zone environnante. Au fil du temps, on s’attend à ce qu’une surface accumule des cratères de différentes tailles à un rythme relativement constant. En 2014, une équipe de chercheurs a comptabilisé les cratères sur les monticules d’Ina et conclu qu’ils avaient très probablement été formés par la lave au cours des derniers 50 à 100 millions d’années.
Les chercheurs ont examiné des volcans sur Terre qui pourraient être semblables à Ina. Ina présente l’aspect d’un pit crater sur un volcan bouclier, comme le Kilauea Iki qui est entré en éruption en 1959 à Hawaii. En se solidifiant, la lave de cette éruption a créé une couche de roche fortement poreuse à l’intérieur du cratère, avec des bulles souterraines pouvant atteindre un mètre de diamètre et un espace vide jusqu’à 60 centimètres de profondeur. Cette surface poreuse a été créée par la nature de la lave émise dans la dernière phase de l’éruption. Au fur et à mesure que l’alimentation magmatique commençait à diminuer, la lave apparaissait sous forme d’écume ou de mousse, un mélange de lave et de gaz. Lorsque cette mousse a refroidi et s’est solidifiée, elle a créé une surface très poreuse. Les chercheurs pensent que, de la même façon, une éruption sur Ina a produit de la lave sous forme de mousse. En raison de la faible gravité et de l’atmosphère quasiment absente sur la Lune, la mousse était probablement encore plus fluide que sur Terre, donnant naissance à la grande porosité observée sur Ina. C’est cette porosité élevée de la surface qui fausse les estimations de date pour Ina. Elle dissimule l’accumulation de régolite et fausse le comptage des cratères. Des expériences en laboratoire utilisant un canon à projectiles à grande vitesse ont montré que les impacts sur des cibles poreuses créent des cratères beaucoup plus petits. La porosité extrême d’Ina explique la petite taille de ses cratères et il se pourrait que beaucoup de cratères ne soient plus visibles du tout. Cette constatation modifie considérablement l’estimation de l’âge de Ina au seul vu du nombre de cratères. Les chercheurs estiment que la surface poreuse réduit d’un facteur trois la taille des cratères sur les monticules de Ina. En tenant compte de cette relation d’échelle, l’équipe de chercheurs a obtenu un âge d’environ 3,5 milliards d’années pour les monticules d’Ina. Cela correspond à l’âge de surface du bouclier volcanique qui entoure Ina et place son activité dans la fourchette de temps du volcanisme généralement observé sur la Lune.
Source: Science Daily.

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While orbiting the Moon in 1971, the crew of Apollo 15 photographed a strange geological feature, a D-shaped depression about three kilometres long and 1.5 kilometres wide, that has fascinated planetary scientists ever since. Some have suggested that the feature, known as Ina, is evidence of a volcanic eruption within the past 100 million years, a billion years or so after most volcanic activity on the Moon is thought to have ceased.

However, new research led by geologists of Brown University in Providence (Rhode Island) suggests that Ina is not so young. The analysis, published in the journal Geology, concludes that the feature was actually formed by an eruption around 3.5 billion years ago, around the same age as the dark volcanic deposits we see on the Moon’s nearside. It is the peculiar type of lava that erupted from Ina that helps hide its age.

Ina sits near the summit of a mound of basaltic rock, leading many scientists to conclude that it was likely the caldera of an ancient lunar volcano. While the flanks of the volcano look billions of years old, the Ina caldera itself looks much younger. One sign of youth is its bright appearance relative to its surroundings. The brightness suggests Ina has not had time to accumulate as much regolith, the layer of loose rock and dust that builds up on the surface over time.

Another feature that shows that Ina might be young is the 80 or so mounds which dominate the landscape within the caldera. The mounds appear to have far fewer impact craters on them compared to the surrounding area, another sign of relative youth. Over time, it is expected that a surface should accumulate craters of various sizes at fairly constant rates. In 2014, a team of researchers did a careful crater-count on Ina’s mounds and concluded that they must have been formed by lava that erupted to the surface within the last 50 to 100 million years.

The researchers looked at well-studied volcanoes on Earth that might be similar to Ina. Ina appears to be a pit crater on a shield volcano similar to Kilauea in Hawaii. Kilauea has a pit crater similar to Ina – Kilauea Iki – which erupted in 1959. As lava from that eruption solidified, it created a highly porous rock layer inside the pit, with underground vesicles as large as one metre in diameter and surface void space as deep as 60 centimetres. That porous surface is created by the nature of the lava erupted in the late stages of events like this one. As the subsurface lava supply starts to diminish, it erupts as « magmatic foam » — a bubbly mixture of lava and gas. When that foam cools and solidifies, it forms the highly porous surface. The researchers suggest that an Ina eruption would have also produced magmatic foam. And because of the Moon’s decreased gravity and nearly absent atmosphere, the lunar foam would have been even fluffier than on Earth, so it is expected that the structures within Ina are even more porous than on Earth. It is the high porosity of those surfaces that throws off date estimates for Ina, both by hiding the buildup of regolith and by throwing off crater counts. Laboratory experiments using a high-speed projectile cannon have shown that impacts into porous targets make much smaller craters. Because of Ina’s extreme porosity, its craters are much smaller than they would normally be, and many craters might not be visible at all. That could drastically alter the age estimate derived from crater counts. The researchers estimate that the porous surface would reduce by a factor of three the size of craters on Ina’s mounds. Taking that scaling relationship into account, the team gets a revised age for the Ina mounds of about 3.5 billion year old. That’s similar to the surface age of the volcanic shield that surrounds Ina, and places the Ina activity within the timeframe of common volcanism on the Moon.

Source: Science Daily.

Vue de Ina, la structure géologique lunaire qui intrigue les géologues

(Crédit photo : NASA)

 

Hawaii (Etats Unis): La Grande Ile // Hawaii Big Island

drapeau-francaisLes volcanologues et volcanophiles qui se rendent sur la Grande Ile d’Hawaii sont attirés par le Kilauea qui est en éruption depuis le 3 janvier 1983. C’est ici que l’on peut observer les plus belles fontaines de lave, les plus beaux lacs de lave et les plus belles coulées. Certes, le spectacle est séduisant sur l’Etna ou le Stromboli, mais l’échelle n’est pas la même. Sur la Grande Ile, les champs de lave sont gigantesques car les coulées sont capables de parcourir plusieurs dizaines de kilomètres.

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Aussi beau que soit le spectacle de la lave, il serait dommage de limiter un séjour à Hawaii au seul Kilauea. Le Parc des Volcans recèle d’autres sites dignes d’intérêt. Personnellement, j’aime beaucoup me balader dans le cratère du Kilauea Iki dont les fontaines de lave détiennent le record de hauteur à Hawaii avec des jets de 580 mètres le 16 décembre 1959.

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Il est aussi intéressant de pénétrer dans un tunnel de lave. Le Thurston Lava Tube permet aux touristes de découvrir très facilement ce lieu insolite. Le tunnel le plus spectaculaire est certainement le Kazumura, avec une soixantaine de kilomètres de longueur, le record du monde dans sa catégorie. Il est sur une propriété privée et sa visite requiert une autorisation.

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Avant de quitter le Parc des Volcans, on pourra faire une randonnée jusqu’aux pétroglyphes de Pu’u Loa, la « colline de la longue vie », où plus de 20 000 dessins ont été gravés dans la lave, ce qui confère à ce lieu un caractère sacré pour les Hawaiiens.

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Après avoir quitté le Parc des Volcans, on peut grimper sur les deux plus hauts sommets d’Hawai : Le Mauna Loa et le Mauna Kea. Leur ascension est longue mais ne présente pas de difficultés techniques. Ils culminent à 4200 mètres d’altitude et il faut donc ménager ses efforts si on ne veut pas être vite essoufflé. Avec un peu de chance et de diplomatie, on peut entrer dans un observatoire. En cas d’échec de la tentative, le paysage à lui seul vaut le déplacement.

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Ceux qui aiment la baignade, le snorkelling et les plages ensoleillées opteront pour la côte ouest de la Grande Ile, dominée par le volcan Hualalai qui ne dort que d’un oeil.

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Ne pas oublier que le café de Kona a une réputation mondiale et la visite d’une plantation (avec dégustation, bien sûr) permet d’agrémenter un séjour à Hawaii.

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Photos: C. Grandpey

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drapeau-anglaisAll those who visit Hawaii Big Island, whether they are professional volcanologists or not, are attracted to Kilauea which has been erupting since January 3rd, 1983. It is on this volcano that we observe the greatest lava fountains, the most beautiful lava lakes and the longest lava flowsl. Even though the show is great on Mt Etna or Stromboli, the scale on the Big Island is not the same. Lava fields are enormous because the flows are capable of traveling several tens of kilometers.
As nice as the spectacle of lava can be, it would be a shame to limit a stay in Hawaii to Kilauea alone. The Park offers other attractions. Personally, I love to walk in the crater of Kilauea Iki whose lava fountains reached 580 meters on 16 December 1959.
It is also interesting to enter a lava tube. The Thurston Lava Tube allows tourists to discover this unusual place with no effort. The most dramatic tunnel is definitely Kazumura with sixty kilometers in length, the world record in its class. It is on private property, and the visit requires a permit.
Leaving the Hawaiian Volcanoes National Park, one can climb the two highest peaks of Hawaii: Mauna Loa and Mauna Kea. Their ascent is long but presents no technical difficulties. At 4,200 meters a.s.l., we must spare our efforts if we do not want to be out of breath. With a little luck and diplomacy, one can enter an observatory. In case of failure of the attempt, the scenery alone is worth the trip.
Those who enjoy swimming, snorkelling and sunny beaches will opt for the west coast of the Big Island, dominated by the Hualalai volcano which is dormant and not extinct.
Do not forget that Kona coffee has a worldwide reputation and a visit to a plantation (with tasting, of course) makes a stay in Hawaii even more pleasant.

Kilauea Iki (Hawaii / Etats Unis)

   Au cours du mois de Janvier, le HVO a rappelé les principaux événements observés depuis la création de l’Observatoire en 1912. Il y a quelque temps, un article était consacré à l’éruption du Mauna Loa en 1984. Cette semaine, c’est l’éruption du Kilauea Iki (le petit Kilauea) en 1959 qui est sous les projecteurs
L’éruption a débuté le 14 novembre 1959 vers 20 heures par l’ouverture d’une fracture dans la paroi sud du cratère. En moins de 24 heures, l’éruption s’est concentrée sur une bouche unique avec une fontaine déversa sa lave dans le cratère jusqu’au 21 novembre. Après une pause de quelques jours, l’éruption reprit de plus belle avec 16 épisodes de fontaines de lave séparés par des courtes pauses. L’une de ces fontaines est la plus spectaculaire jamais observée sur le Kilauea, avec une hauteur estimée à 580 mètres ! L’éruption a pris fin le 20 décembre de la même année.
Cette éruption du Kilauea Iki est importante pour le HVO car l’Observatoire venait d’installer de nouveaux instruments de mesure de la sismicité et de la déformation du volcan qui ont donc pu être testés au cours de cet événement. C’est ainsi que les nouveaux sismos ont détecté des secousses à 55 km sous le sommet du Kilauea à partir d’août 1959. C’était la première fois que les scientifiques obtenaient des indications sur la profondeur de la source magmatique du volcan. Quelques semaines plus tard, les nouveaux tiltmètres détectaient un gonflement de l’édifice, signe d’une ascension magmatique.
La lave envahit rapidement le cratère du Kilauea Iki dans les jours qui suivirent le début de l’éruption. Une fois celle-ci terminée, les volcanologues purent continuer à étudier la lave encore fluide qui se dissimulait sous la croûte solidifiée. De nombreux prélèvements furent effectués entre 1960 et 1988. La lave a fini de se solidifier complètement vers le milieu des années 1990. A noter qu’aujourd’hui encore, de petits panaches de vapeur s’échappent du plancher du Kilauea Iki.
En janvier 1960, quelques semaines après que le Kilauea Iki se soit calmé, une éruption d’une durée d’un mois affecta le district de Puna et détruisit la petite ville de Kapoho. Beaucoup de scientifiques considèrent les éruptions du Kilauea Iki et de Kapoho comme un seul et même événement car le volcan continuait à gonfler après la fin de l’éruption du premier nommé. Cette hypothèse est confirmée par les analyses de la lave, identiques sur les deux sites. Cette similitude prouve que le sommet du Kilauea et l’East Rift Zone sont reliés par un conduit continu permettant au magma de parcourir en quelques semaines la soixantaine de kilomètres qui sépare le sommet de la pointe orientale de la Grande Ile.
C’est grâce à toutes ces observations et déductions que les scientifiques du HVO ont pu modéliser l’alimentation en magma du Kilauea, son stockage et son transport sous le volcan. Cette modélisation est encore largement acceptée de nos jours.

 

   During the month of January, the HVO reminded people of the major events that have occurred since the creation of the Observatory in 1912. Some time ago, an article was devoted to the eruption of Mauna Loa in 1984. This week, it is the eruption of Kilauea Iki (Little Kilauea) in 1959 which is under the spotlight
The eruption began  on 14 November 1959  at  about 20:00 with the opening of a fracture in the south wall of the crater. In less than 24 hours, the eruption concentrated on a single vent with a fountain pouring its lava in the crater until 21 November. After a break of a few days, the eruption started again with 16 episodes of lava fountains separated by short breaks. One of these fountains was the most spectacular ever seen on Kilauea, with an estimated height of 580 meters! The eruption ended on 20 December of the same year.
This eruption of Kilauea Iki was important for the HVO as the Observatory had just installed new instruments for measuring seismicity and deformation of the volcano which could be tested during this event. Thus, the new sismos detected earthquakes at 55 km beneath the summit of Kilauea from August 1959. It was the first time scientists obtained information on the depth of the magma source of the volcano. A few weeks later, the new tiltmeters detected swelling of the building, a sign of magma ascent.
The lava rapidly invaded the Kilauea Iki Crater in the days following the onset of the eruption. Once it was over, volcanologists could continue to explore the still fluid lava that was concealed beneath the solidified crust. Many samples were collected between 1960 and 1988. Lava solidified completely in the mid 1990s. Even today, small plumes of steam are escaping from the Kilauea Iki floor.
In January 1960, a few weeks after the Kilauea Iki eruption calmed down, a month-long eruption affected the Puna district and destroyed the town of Kapoho. Many scientists consider the eruptions of Kilauea Iki and Kapoho as a single event as the volcano continued to swell after the eruption of the former. This hypothesis was confirmed by the analyses of the lava which was the same on both sites. This similarity shows that the summit of Kilauea  and the East Rift Zone are connected by a continuous conduit allowing the magma to travel in a few weeks  along the sixty kilometers between the summit and the eastern tip of the Big Island.
Thanks to these observations and deductions, HVO scientists were able to model the Kilauea magma supply, storage and transport under the volcano. This model is still widely accepted today.

 

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Le Kilauea Iki aujourd’hui  (Photo: C. Grandpey)

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L’alimentation magmatique du Kilauea et de l’East Rift Zone   (Avec l’aimable autorisation du HVO)