Tazieff l’avait prédit !

C’était le 4 septembre 1979. Au cours de l’émission télévisée « Les Dossiers de l’Ecran » animée par Jérôme Pasteur, qui rassemblait le Commandant Cousteau, le glaciologue Claude Loroius et Haroun Tazieff, le volcanologue a tenu des propos qui semblent incroyablement prophétiques aujourd’hui. Garouk a expliqué que si la montée du niveau de la mer est effectivement à craindre, « ce ne seront pas les volcans qui le feront […] Ce qui peut le faire, c’est la pollution industrielle. »  Selon lui, elle dégage des quantités de produits chimiques de toutes natures dont une énorme quantité de gaz carbonique. Ce dernier se propage dans l’atmosphère et risque de faire de cette dernière «une espèce de serre», un constat admis aujourd’hui mais qui, à l’époque, semblait difficilement concevable.

Le Commandant Cousteau n’était pas d’accord avec Tazieff et a qualifié ses propos de « baratin.» Selon lui, si l’homme «fabrique beaucoup de CO2, il y a des «correcteurs automatiques», référence aux forêts et aux océans.

Haroun Tazieff a poursuivi son raisonnement et dressé un portrait bien sombre des années à venir, mais que l’on retrouve dans les messages d’alerte lancés par différentes organisations environnementales aujourd’hui. Il a en particulier évoqué «une fusion des glaces polaires aussi bien au sud qu’au nord, des glaces de montagnes» qui serait possible avec seulement deux ou trois degrés d’augmentation de la température de la planète. Il a conclu son propos en parlant d’une «montée des eaux et donc noyade de toutes les côtes basses, New York et Le Havre, Marseille et Nice et Londres.» Jérôme Pasteur lui a alors fait remarquer qu’il était «en train de paniquer les populations». C’était peut-être le moment de le faire !

Vous pourrez retrouver le débat en cliquant sur ce lien :

https://www.youtube.com/watch?v=d6whs8t0WHU

Il faut se souvenir qu’à la fin des années 1970, la science mettait déjà le monde en garde sur le risque d’une catastrophe planétaire à cause du dioxyde de carbone. En cette même année 1979, le Rapport Charney, commandé par l’administration du Président Jimmy Carter à l’Académie des Sciences américaine ne laissait que peu de doute sur ce qui devait se produire : « Si le dioxyde de carbone continue à s’accumuler dans l’atmosphère, le groupe d’experts ne voit aucune raison de douter que des changements du climat en résulteront, ni aucune raison de penser qu’ils seront négligeables. » Et de conclure : « Attendre pour voir avant d’agir signifie attendre qu’il soit trop tard. »

En 1979, il était peut-être encore temps d’agir, mais aujourd’hui ? La courbe Keeling (conçue à partir de relevés effectués sur le Mauna Loa à Hawaii) sur la seule dernière année (octobre 2017-octobre 2018) confirme que le gaz carbonique continue de s’accumuler dans l’atmosphère : 403,50 ppm en 2017 et 405,97 ppm en octobre 2018 !

Source: Scripps Institution of Oceanography

Températures globales pour les 7 premiers mois de l’année 2018

Alors que le mois de juillet vient de se terminer, voici les moyennes globales des températures pour les 7 premiers mois de l’année ? On remarque facilement que le réchauffement de la planète continue. Les données historiques concernant le 20ème siècle et l’ère pré-industrielle sont celles de la NASA

Janvier 2018 :

+0,276°C au-dessus de la moyenne 1981-2010

+0,756°C au-dessus de la moyenne du 20ème siècle

+1,056°C au-dessus de l’ère préindustrielle

Février 2018 :

+0,358°C au-dessus de la moyenne 1981-2010

+0,846°C au-dessus de la moyenne du 20ème siècle

+1,108°C au-dessus de l’ère préindustrielle

Mars 2018 :

+0,432°C au-dessus de la moyenne 1981-2010

+0,932°C au-dessus de la moyenne du 20ème siècle

+1,163°C au-dessus de l’ère préindustrielle

Avril 2018 :

+0,519°C au-dessus de la moyenne 1981-2010

+0,982°C au-dessus de la moyenne du 20ème siècle

+1,199°C au-dessus de l’ère préindustrielle

Mai 2018 :

+0,413°C au-dessus de la moyenne 1981-2010

+0,862°C au-dessus de la moyenne du 20ème siècle

+1,052°C au-dessus de l’ère préindustrielle

Juin 2018 :

+0,353°C au-dessus de la moyenne 1981-2010

+0,801°C au-dessus de la moyenne du 20ème siècle

+0,990°C au-dessus de l’ère préindustrielle

Juillet 2018 :

+0,412°C au-dessus de la moyenne 1981-2010

+0,837°C au-dessus de la moyenne du 20ème siècle

+0,977°C au-dessus de l’ère préindustrielle

Source : global-climat

Il est intéressant d’ajouter à ces statistiques l’évolution de la courbe de Keeling qui montre les émissions de CO2 au sommet du Mauna Loa à Hawaii. En observant la courbe sur 2 ans, on se rend compte que les points bas et les points hauts ne cessent de prendre de la hauteur. La courbe culmine depuis plusieurs mois à plus de 400 ppm de CO2, ce qui est considérable (Source : NOAA)

 

Source: NOAA

« La Glace et le Ciel » : L’aventure glaciaire de Claude Lorius

Si je demandais aux personnes autour de moi si elles connaissent Claude Lorius, la plupart ouvriraient de grands yeux car ce monsieur ne fait pas partie des people ou des personnalités médiatisées. Pourtant, Claude Lorius est un éminent scientifique qui a apporté autant à la glaciologie que Haroun Tazieff à la volcanologie ou le Commandant Cousteau à l’océanographie.

L’excellente chaîne de télévision Ushuaia TV diffuse en ce moment (dates des programmes en suivant ce lien : https://www.ushuaiatv.fr/programmes/entre-ciel-et-terre-le-cambodge-%C3%A0-ciel-ouvert-59548) un documentaire intitulé La Glace et le Ciel réalisé par Luc Jacquet bien connu pour son film La Marche de l’Empereur.

Dans La Glace et le Ciel, le réalisateur met en scène l’aventure de Claude Lorius qui est parti en 1957 étudier les glaces de l’Antarctique. Il nous raconte « l’histoire d’une vie extraordinaire consacrée à percer au plus profond des glaces de l’Antarctique les secrets bien gardés du climat. »

Claude Lorius, chercheur au laboratoire de glaciologie et de géophysique de l’environnement de Grenoble, dut affronter pendant presque vingt ans mépris, moqueries et railleries quand il abordait le thème du dérèglement climatique et la responsabilité de Homme dans ce phénomène naturel. Il eut à subir les foudres du Commandant Cousteau et de Claude Allègre à la fin des années 80 suite à la publication dans la revue Nature de trois articles qui prouvaient la corrélation entre la concentration de gaz carbonique et l’élévation moyenne des températures du globe.

La Glace et le Ciel raconte en détail la vie du chercheur, du premier hivernage dans la base Charcot en 1957, un an d’isolement sous la glace pour trois scientifiques sur un continent encore inconnu, jusqu’aux carottages de Vostok dans les années 80, qui allaient apporter les preuves tant attendues. En particulier, les analyses des bulles d’air emprisonnées dans les carottes de Vostok ont mis en évidence la relation étroite entre les concentrations en gaz carbonique et en méthane et la température. Les climats interglaciaires sont caractérisés par des teneurs en CO2 de 280 ppmv (partie par million en volume) alors qu’en période glaciaire, l’atmosphère n’en contenait que 180 ppmv. Le méthane, issu des fermentations en zones inondées (marais, rizières), lui oscille entre 650 et 350 ppbv (partie par milliard) entre les périodes chaudes et froides respectivement.

La bande-annonce du film se trouve à cette adresse: https://youtu.be/maLCce3dF2U

Courbes de Vostok : Variations des températures (en rouge), du méthane (en vert) et du CO2 (en bleu) au cours des 400 000 dernières années.

Il est intéressant de mettre en parallèle la courbe de Keeling qui montre les variations de CO2 avant 1958 par le biais des carottes de glace, et après 1958, au vu des relevés effectués au sommet du Mauna Loa (Hawaii). On remarquera que les quantités de CO2 sont en constante augmentation et qu’elles atteignent actuellement plus de 411 ppm (parties par million) !! Le Président Trump a sûrement raison : il faut donner le champ libre à la production et à la combustion des combustibles fossiles. Notre planète le remerciera un jour à sa façon !

Courbe de Keeling actualisée le 23 mai 2018

Les pôles continuent à fondre // The poles keep melting

drapeau-francaisSelon l’Organisation Météorologique Mondiale, l’étendue de glace de mer dans l’Arctique et l’Antarctique en janvier a été la plus faible jamais enregistrée. La glace de mer arctique a reculé à au moins trois reprises cet hiver alors qu’elle aurait dû se développer.
En janvier, la surface moyenne couverte par la glace de mer arctique était de 13,38 millions de kilomètres carrés. Le record précédent a été établi il y a tout juste un an, en janvier 2016, alors qu’il y avait 260 000 km2 de glace en plus. La glace de l’Arctique était inférieure de 8,6% à la moyenne de janvier, alors que la glace de l’Antarctique, où c’est actuellement l’été, était de 22,8% inférieure à la moyenne, selon les chiffres fournis par la NOAA.
Ces dernières années, les climato-sceptiques faisaient généralement référence à l’Antarctique, affirmant haut et fort que la glace de mer de développait de plus en plus autour du continent. Aujourd’hui, cet argument ne tient plus. Après avoir atteint un niveau record au cours de l’année 2014, la glace de mer de l’Antarctique s’est considérablement réduite à la fin de l’année 2016 et au début de 2017.
Bien que ce soit l’été en Antarctique, la glace de mer ne couvrait que 2 287 millions de kilomètres carrés le lundi 13 février, selon des données en temps réel du National Snow and Ice Data Center. C’était pratiquement le record précédent de 2,290 millions de kilomètres carrés le 27 février 1997. Le 14 février, l’étendue de glace avait encore diminué pour atteindre 2.259 millions de kilomètres carrés, ce qui sera un nouveau record une fois que les données seront confirmées.
La glace de mer est presque totalement absente en ce moment sur la côte de l’Antarctique Ouest, cette région où les immenses glaciers sont en train de reculer rapidement et font naître des inquiétudes quant à l’élévation du niveau de la mer.
Il est également important de noter que nous ne sommes qu’à la mi-février ; il se pourrait donc que l’Antarctique perde encore plus de glace de mer avant qu’elle ne recommence à se reformer, selon son cycle saisonnier.
Source: The Washington Post.

Pendant ce temps, les concentrations de dioxyde de carbone dans l’atmosphère ont atteint un niveau record, avec 405,80 ppm sur le Mauna Loa le 15 février 2017.

A noter que la chaîne de radio France Info a mise en ligne sur son site web un e belle galerie d’images montrant les lacs d’eau de fonte à la surface de la calotte glaciaire du Groenland:

http://www.francetvinfo.fr/meteo/climat/en-images-la-fonte-de-la-calotte-glaciaire-du-groenland-comme-vous-ne-l-avez-jamais-vue_2061703.html

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En lisant l’article du Washington Post, on ressent la prudence du journaliste qui l’a rédigé. Il n’y est jamais fait mention du réchauffement climatique provoqué par les activités humaines. L’article se termine par une note optimiste, avec la perspective de voir la glace de mer se reformer avec l’arrivée de l’hiver antarctique. Il est bien évident que le Président Trump n’apprécierait pas un article cautionnant la théorie du réchauffement climatique dans un journal aussi important et populaire que le Washington Post!

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drapeau-anglaisAccording to the U.N. World Meteorological Organization, the extent of sea ice in the Arctic and Antarctic in January was the lowest on record, while concentrations of carbon dioxide in the atmosphere hit a record. There have been at least three periods this winter when Arctic sea ice has retreated, when it should have been expanding.

This January, Arctic sea ice averaged 13.38 million square kilometres. The previous record low was just a year ago, in January 2016, when there was 260,000 square km more ice. Arctic ice was 8.6 percent below the average for January, while ice in the Antarctic sea, where it is summer, was 22.8 percent below the average, according to the U.S. National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA).

In recent years, those who had doubts about human-induced climate change usually referred to Antarctica, saying that the sea ice around the continent was growing. Now, the argument for doubters has got really complicated. After seeing a record high for total extent in the year 2014, Antarctic sea ice had been running very low in late 2016 and early 2017.

It is summer in Antarctica right now, and sea ice on Monday February 13th only covered 2.287 million square kilometres, according to « near-real-time data » from the National Snow and Ice Data Center. If that is correct, that would barely edge out the previous record low of 2.290 million square kilometres on February 27th, 1997. The records go back to 1979.

On February 14th this year, the ice extent shrank further down to 2.259 million square kilometres, underscoring the likelihood of a record, once the data is confirmed.

Sea ice is almost completely absent right now along the coast of West Antarctica in particular, a region where huge and fast-retreating glaciers have raised major concerns about potential sea-level rise.

It is also important to note that it’s still only mid-February, so it could be that Antarctic sea will lose more ice before it begins to refreeze and expand again, according to its seasonal cycle.  .

Source : The Washington Post.

Meantime, the carbon dioxide concentrations in the atmosphere reached a new record with 405.80 pp m on Mauna Loa (Hawaii) on February 15th 2017.

The French radio France Info has released on its website a nice galery of photos showing the meltwater lakes at the surface of Greenland’s ice cap:

http://www.francetvinfo.fr/meteo/climat/en-images-la-fonte-de-la-calotte-glaciaire-du-groenland-comme-vous-ne-l-avez-jamais-vue_2061703.html

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While reading this Washington Post article, one feels the caution of the journalist who wrote it. There is no mention of global warming caused by human activities. The article concludes with a note of optimism, with the prospect of seeing sea ice reappear with the arrival of the Antarctic winter. Obviously, President Trump would not appreciate an article endorsing the theory of global warming in a newspaper as popular as the Washington Post.

keeling-02

Concentrations de CO2 dans l’atmosphère sur le Mauna Loa (Hawaii) le 15 février 2017. La hausse est constante, avec une progression d’environ 5 ppm au cours des deux dernières années.