Les papyrus d’Herculanum livrent leurs secrets (suite) // Scrolls of Herculaneum are telling their secrets (continued)

drapeau francaisUne nouvelle étude sur les célèbres rouleaux de la Villa des Papyrus à Herculanum, carbonisés il y a près de 2000 ans par l’éruption du Vésuve, a révélé la présence d’encre contenant du métal dans deux fragments de papyrus. Cette découverte prouve que l’encre ‘métallique’ a été utilisée beaucoup plus tôt qu’on le croyait jusqu’à présent.
L’étude a été publiée dans la revue PNAS. Les chercheurs ont utilisé la technologie du rayonnement synchrotron à l’European Synchrotron Radiation Facility (ESRF) de Grenoble pour faire apparaître une forte concentration de plomb dans l’ancienne encre. Ils sont pratiquement certains que le plomb a été utilisé intentionnellement et qu’il ne provient pas de la contamination de l’eau par les aqueducs romains ou par un récipient de bronze. Il se peut que le plomb ait été ajouté pour sa faculté à accélérer le processus de séchage de l’encre.
Les chercheurs ont examiné deux fragments multicouches qui avaient été remis à Napoléon Bonaparte comme cadeau en 1802 et qui appartiennent aujourd’hui à la collection de l’Institut de France. Leur datation exacte est inconnue. La plupart des papyrus de la villa d’Herculanum datent du premier siècle avant Jésus-Christ, et le plus ancien remonte même au 3ème siècle avant notre ère.

On pense que les rouleaux carbonisés cachent les 30 dialogues perdus d’Aristote, des œuvres philosophiques d’Epicure, de poèmes érotiques de Philodème (de Gadara), des oeuvres de Virgile, des travaux scientifiques d’Archimède et de la poésie lesbienne de Sappho. Sur les 1785 rouleaux de papyrus découverts au cours des fouilles effectuées au 18ème  siècle, seuls 585 ont été complètement déroulés en utilisant une méthode mécanique du 18ème siècle, tandis que 209 autres ont été partiellement déroulés. Environ 400 n’ont jamais été déroulés et 450 sont si difficiles à lire que leurs textes restent inconnus.

Toutes les tentatives utilisant des procédures non invasives pour lire les papyrus, y compris la technologie multi-spectrale, se sont révélées inefficaces, jusqu’à l’année dernière. En effet, en janvier 2015 (voir ma note du 21 janvier 2015), les chercheurs ont utilisé la tomographie à contraste de phase, une technologie à base de puissants rayons X,  pour déchiffrer des mots dans les rouleaux. Ils ont reconstruit un alphabet grec presque complet à partir de papyrus gravement endommagés.
Source: Discovery News: http://news.discovery.com/

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drapeau anglaisA new research into the famous scrolls from the Villa of the Papyri in Herculaneum, carbonized nearly 2,000 years ago by Mount Vesuvius’ eruption, has revealed metallic ink in two papyrus fragments. The finding proves that metal-bearing ink was used several centuries earlier than previously believed.

The research, published in the journal PNAS, relied on synchrotron X-ray based techniques at the European Synchrotron Radiation Facility in Grenoble, France, to reveal a high concentration of lead in the ancient ink. The researchers are reasonably certain that lead was intentionally used and that it doesn’t come from contamination of water from Roman aqueducts or from a bronze container. It could have been added for its property to speed up the process of ink drying.

The researchers examined two multilayered fragments that were handed to Napoleon Bonaparte as a gift in 1802 and now belong to the collection of the Institut de France. Their exact dating is not known. Most of the papyri in the villa date from the first century B.C., though the oldest one goes back to the 3rd century B.C.

The carbonized scrolls are thought to hold Aristotle’s lost 30 dialogues, philosophical work by Epicurus, erotic poems by Philodemus, Virgilius, scientific work by Archimedes and lesbian poetry by Sappho. Out of the 1,785 scrolls discovered during the 18th century excavation, only 585 had been completely unrolled using a 18th century mechanical method, while 209 have been partly unrolled. About 400 have never been unrolled and 450 are so difficult to read that their text remains unknown.

Any attempt using non invasive procedures to read the scroll, including multi-spectral technology, had proven ineffective -– until last year. In January 2015 (see my note of January 21st 2015), researchers used phase contrast tomography, a powerful X-ray procedure, to decipher words in the scrolls. They reconstructed an almost complete Greek alphabet from inside badly damaged papyri.

Source: Discovery News: http://news.discovery.com/

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/wp-content/uploads/2015/01/villa-of-the-papyri.jpg

Vue de la Villa des Papyrus à Herculanum  (Crédit photo: Wikipedia)

Des papyrus d’Herculanum livrent leurs secrets // Scrolls of Herculaneum are telling their secrets

drapeau francaisLes scientifiques ont réussi à lire certaines parties d’un ancien rouleau de papyrus qui avait été enseveli lors de l’éruption du Vésuve en l’an 79. Le papyrus figure parmi des centaines d’autres découverts dans les restes d’une villa à Herculanum.
Certains des textes qui se trouvaient dans la Villa des Papyrus ont été déchiffrés depuis leur découverte dans les années 1750. Toutefois, beaucoup d’autres restent un mystère pour la science parce qu’ils ont été entièrement recouverts de matériaux volcaniques à haute température et ils sont tellement endommagés que le simple fait de dérouler le papyrus sur lequel ils ont été écrits les détruirait complètement.
Les précédentes tentatives pour déchiffrer les manuscrits n’ont pas permis d’obtenir des textes lisibles parce que l’encre utilisée dans les temps anciens était faite à partir d’un mélange de charbon et de gomme qui ne permet absolument pas de la différencier du papyrus brûlé.
Les scientifiques ont alors décidé d’essayer une technique appelée tomographie par contraste de phase qui avait déjà été utilisée pour examiner des fossiles sans les endommager. La tomographie par contraste de phase profite de subtiles différences dans la façon dont le rayonnement – tels que les rayons X – passe à travers différentes substances, en l’occurrence le papyrus et l’encre.
En travaillant dans un laboratoire de l’European Synchrotron Radiation Facility (ESRF) de Grenoble, les chercheurs ont constaté qu’ils étaient en mesure de déchiffrer plusieurs lettres, ce qui prouve que la méthode pourra probablement être utilisée pour lire ce qui se cache à l’intérieur des rouleaux de parchemins. Dans une autre étape, ils ont comparé l’écriture à celle d’autres textes, ce qui leur a permis de conclure qu’il s’agissait probablement du travail de Philodème, un poète et philosophe épicurien décédé environ un siècle avant l’éruption du Vésuve. Le prochain défi sera d’automatiser le processus laborieux consistant à scanner les morceaux carbonisés de papyrus et à déchiffrer leurs textes, afin que quelque 700 autres rouleaux stockés à Naples puissent être lus.
La nouvelle technique, qui a été détaillée dans un article publié dans la revue Nature Communications, pourrait bien permettre de mettre à jour d’anciennes idées philosophiques cachées à notre vue pendant près de deux millénaires. Pour beaucoup, les parchemins représentent une bibliothèque des textes épicuriens à une époque où cette philosophie a influencé les plus importants auteurs latins comme Virgile, Horace et Cicéron.
Source: Presse mondiale.

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drapeau anglaisScientists have succeeded in reading parts of an ancient scroll that was buried by the eruption of Mount Vesuvius in A.D. 79. The scroll is among hundreds retrieved from the remains of a villa at Herculaneum.

Some of the texts from what is called the Villa of the Papyri have been deciphered since they were discovered in the 1750s. But many more remain a mystery to science because they were completely covered in blazing-hot volcanic material and so badly damaged that unrolling the papyrus they were written on would have destroyed them completely.

Previous attempts to decipher the scrolls failed to yield any readable texts because the ink used in ancient times was made from a mixture of charcoal and gum, which makes it indistinguishable from the burned papyrus.

Scientists then decided to try a method called phase contrast tomography that had previously been used to examine fossils without damaging them. Phase contrast tomography takes advantage of subtle differences in the way radiation — such as X-rays — passes through different substances, in this case papyrus and ink.

Using a laboratory at the European Synchrotron Radiation Facility in Grenoble, the researchers found they were able to decipher several letters, proving that the method could be used to read what’s hidden inside the scrolls. In a further step, they compared the handwriting to that of other texts, allowing them to conclude that it was likely the work of Philodemus, a poet and Epicurean philosopher who died about a century before the volcanic eruption.

The next challenge will be to automate the laborious process of scanning the charred lumps of papyrus and deciphering the texts inside them, so that some 700 further scrolls stored in Naples can be read.

The new technique, which was detailed in an article published in the journal Nature Communications, may well mark a breakthrough for the researchers’ efforts to unlock the ancient philosophical ideas hidden from view for almost two millennia. To many, the scrolls represent a philosophical library of Epicurean texts from a time when this philosophy influenced the most important classical Latin authors, such as Virgil, Horace and Cicero.

Source : World press.

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Vue de la Villa des Papyrus à Herculanum  (Crédit photo: Wikipedia)

Herculanum et Pompéi exposés à Londres // Herculaneum and Pompeii exhibited in London

On peut lire dans le Guardian du dimanche 24 février 2013 un très intéressant article à propos de l’exposition de vestiges d’Herculanum et Pompéi au British Museum de Londres en mars prochain.

http://www.guardian.co.uk/science/2013/feb/24/british-museum-pompeii-herculaneum

Pour le conservateur du célèbre musée, l’exposition ne doit pas donner une impression de mort, mais au contraire de vie, en évoquant celle de populations qui, en l’an 79 de notre ère, ont brutalement été anéanties sous les tonnes de matériaux déversés pendant l’éruption du Vésuve. Beaucoup d’objets exposés proviennent du fantastique Musée de Naples.

Le but de l’événement londonien est aussi de redorer le blason des sites italiens qui ont été fortement critiqués ces temps derniers à cause du manque d’entretien qui a entraîné la dégradation de plusieurs édifices. L’ancien directeur de l’Ecole Britannique d’Archéologie de Rome parle d’une « deuxième mort » en constatant l’effondrement de certains bâtiments à Pompéi. L’Union Européenne a débloqué ce mois-ci une somme de 105 millions d’euros pour permettre des travaux de restauration. Encore faudra-t-il que cet argent ne se perde pas dans la bureaucratie et la corruption napolitaines !

La situation est particulièrement inquiétante à Herculanum où les bâtiments restaurés restent inaccessibles au public, faute de personnel de surveillance. Quand la bureaucratie s’en mêle, les situations peuvent devenir ubuesques. Ainsi, à Herculanum, les librairies ont fermé leurs portes pour une querelle relative à leur gestion et le seul café du site a fermé à son tour pour une simple histoire de distributeur de bouteilles d’eau.

Même si le but de l’exposition est de montrer à quoi ressemblait à vie en l’an 79, la mort ne pourra être absente. Les visiteurs pourront, par exemple, voir un petit berceau en partie carbonisé retrouvé à Herculanum. Quand il a été extrait de la couche de cendre, les archéologues ont trouvé à l’intérieur une petite couverture en laine et de minuscules os.

Lorsque les premières fouilles ont été effectuées à Herculanum, on a pensé que les habitants avaient eu le temps de fuir en sentant le sol trembler et en voyant le ciel virer au noir. Malheureusement, le vent a tourné pendant la nuit du 25 août et le nuage de cendre s’est abattu en faisant déferler, tel un raz-de-marée, un torrent de boue et de roches sur le versant du volcan.

Quand les archéologues ont retrouvé l’emplacement du littoral avant la catastrophe (il se trouve actuellement à 800 mètres à l’intérieur des terres), il était jonché de cadavres. Il en reste probablement des centaines, voire des milliers. Alors que les fouilles ont été relativement aisées à Pompéi, celles d’Herculanum ont à peine été entamées. Le site est enfoui sous une couche de boue durcie qui atteint jusqu’à 25 mètres d’épaisseur.

Parmi les vestiges exposés, les visiteurs pourront découvrir du mobilier, des fragments de la vie quotidienne, des poteries, des bijoux, des jouets, etc. A Herculanum, ces objets se trouvent dans un musée construit dans les années 1970 et qui n’a jamais ouvert ses portes.

En conclusion de l’article, le Guardian fait remarquer que le plus grand danger pour Herculanum et Pompéi reste certainement le Vésuve qui représente toujours une menace pour la région. Contrairement à l’époque romaine, cette partie de la Campanie possède une très forte densité de population et, comme le faisait remarquer récemment un groupe de scientifiques dans la revue Nature, quelque 700 000 personnes sont aujourd’hui sous la menace du volcan.

Le Vésuve est l’un des « Killer Volcanoes » de mon dernier ouvrage (voir colonne de gauche de ce blog).

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Herbes folles parmi  les ruines de Pompéi  (Photo:  C. Grandpey)