Toujours pas de ski aux Deux-Alpes (Isère)

Le 23 octobre 2017, j’écrivais que pour la première fois depuis 40 ans, le glacier des Deux-Alpes était à nu. Le domaine skiable ne pouvait pas ouvrir pour les vacances de la Toussaint.

La situation ne s’est pas améliorée depuis. En 2022, la saison de ski d’été dans la station a dû se terminer le dimanche 10 juillet, soit plus d’un mois plus tôt qu’en 2020 où elle avait cessé le 15 août. La faute, bien sûr au réchauffement climatique et aux températures extrêmement chaudes du printemps et du début d’été qui ont fait fondre la neige de façon exagérée. Fin juin 2022, le départ de la mythique Mountain Of Hell, une course de VTT, avait dû être déplacé à une altitude plus basse pour éviter d’endommager le glacier encore davantage.

La station des Deux-Alpes n’est pas la seule a subir les conséquences du réchauffement climatique. Il a été impossible de s’adonner aux joies du ski cet été sur le glacier de la Grande Motte à Tignes et celui du Pissaillas à Val d’Isère, avec la même punition pour les Alpes suisses et italiennes. Les équipes professionnelles de ski ont souvent opté pour un entraînement dans l’hémisphère sud.

L’hiver 2021-2022 avait été sec. Il avait neigé en novembre mais la pluie a fait fondre la neige par la suite. Les chutes de neige en mars n’ont pas suffit à compenser le manque des mois précédents. Ce fut une mauvaise saison pour le ski, mais aussi pour les glaciers car leur zone d’accumulation n’a pas pu se refaire. Avec les coups de chaleur de l’été 2022, la fonte a été catastrophique.

La station des Deux-Alpes annonce qu’elle n’ouvrira pas son glacier, situé entre 3.200 et 3.600 mètres d’altitude, pour les vacances de la Toussaint. En début de semaine prochaine les températures seront positives jusqu’à près de 4.000m d’altitude, et la couche de neige actuellement présente sur le glacier va donc encore se réduire. À l’heure actuelle, l’épaisseur du manteau neigeux n’est que de 5 à 10 centimètres.La pratique du ski sur une couche aussi mince exposerait vite le glacier au redoux. C’est donc pour le protéger que les remontées ne fonctionneront pas. Cette décision conduit à l’annulation de deux épreuves de coupe du monde de ski cross et de snowboard cross, initialement prévues début novembre.

La station des Deux-Alpes prévoit de débuter sa saison hivernale le 3 décembre 2022; encore faudra-t-il qu’il y ait suffisamment de neige, ou qu’il fasse suffisamment froid pour actionner les enneigeurs…

Piste de ski sur le glacier des Deux Alpes (Crédit photo: Wikipedia)

Un nouveau téléphérique sur le glacier de la Girose (Hautes-Alpes)?

La semaine dernière, au moment où je me trouvais à La Grave (Hautes-Alpes), petit village au pied de la Meije, sur le route du col du Lautaret, toutes les conversations tournaient autour du projet d’extension du téléphérique. L’idée divise les habitants; pour certains, l’aménagement est nécessaire, mais pour d’autres, ce serait une perte d’identité du village avec la crainte de voir la mise en place d’une jonction avec les stations de l’Alpe d’Huez et des Deux Alpes.

Depuis 40 ans, le téléphérique de La Grave ouvre à tous l’expérience de la montagne à 3 200 mètres d’altitude. L’exploitant de la station veut remplacer le vieux téléski par un troisième tronçon de téléphérique accessible aux piétons et qui offrirait au public une vue imprenable sur le glacier de la Girose. Au village, certains habitants craignent que ce projet en cache un autre qui fait régulièrement surface : le projet « Grand Oisans » qui prévoit une liaison entre les stations de La Grave, l’Alpe d’Huez et les Deux Alpes, en Isère.

A La Grave, le collectif d’habitants, opposé à la construction d’un troisième tronçon du téléphérique, vient de financer une étude qui met en doute la viabilité économique de l’extension. Face à ce super-projet de liaison, les membres du collectif craignent de voir leur station dissoute dans un vaste ensemble touristique qui effacerait son identité.

Les partisans du 3ème tronçon de téléphérique font valoir son côté positif pour l’environnement. Le remplacement du téléski actuel – propulsé par une motrice fonctionnant au fioul – par un téléporté qui sera alimenté en électricité, permettra de diviser par cinq l’énergie finale consommée. Avec cette opération, dans 15 ans, on émettra moins de gaz à effet de serre, construction comprise, que si on continue à exploiter le téléski en l’état. A La Grave, tout le monde reconnaît que l’ancien téléski doit être retiré du site, mais c’est l’avenir de cet aménagement qui alimente le débat.

Comme je l’ai fait remarquer aux habitants de La Grave avec lesquels j’ai abordé le sujet du téléphérique, personne ne parle de la fonte du glacier de la Girose et, plus globalement, de ceux du massif des Ecrins. L’expression « réchauffement climatique  » est tabou en montagne. Au train où vont les choses, il n’est pourtant pas certain que le spectacle proposé par le glacier de la Girose dans 10 ans sera aussi beau qu’aujourd’hui. Le glacier existera-t-il encore? Et puis, comment sera l’enneigement? Au cours de l’hiver 2021-2022, il y a eu une bonne chute de neige en novembre qui a été balayée par la pluie dans les semaines suivantes. Une nouvelle chute de neige a eu lieu en mars, mais très insuffisante pour sauver la saison de ski. Apparemment, personne n’a évoqué – et ne veut évoquer! – l’impact du réchauffement climatique sur le projet…. Ça s’appelle la politique de l’autruche…

Glacier de la Girose et site du projet de téléphérique (Photo: C. Grandpey)

Effondrement glaciaire en Patagonie // Glacial collapse in Patagonia

Au Chili, la hausse des températures et des précipitations a provoqué l’effondrement spectaculaire d’une partie d’un glacier suspendu dans le parc national Queulat en Patagonie, à plus de 1 200 kilomètres au sud de Santiago. Voici une petite vidéo de l’événement :

https://youtu.be/Aan_6PnvT2M

Selon des scientifiques chiliens, les décrochages de masses de glace sont une phénomène normal, mais qui devient de plus en plus fréquent en raison des vagues de chaleur et des épisodes de précipitations intenses. On avait observé une vague de chaleur avec des températures « très anormales » dans cette région de la Patagonie avant l’effondrement. On a aussi enregistré une « rivière atmosphérique » avec de l’air relativement chaud chargé d’humidité. Lorsque cette « rivière rencontre la topographie andine et patagonienne, elle forme de gros nuages et donne naissance à des trombes d’eau

Source : Yahoo Actualités.

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Higher temperatures and rainfall caused part of a hanging glacier to break off at Queulat National Park in Chile’s Patagonia region, more than 1,200 kilometers south of Santiago. Here is a short video of the event :

https://youtu.be/Aan_6PnvT2M

According to Chilean scientists, detachments between masses of ice are normal, but they are getting more and more frequent because of heat waves and intense precipitation events. There was a heat wave with « very abnormal » temperatures in that area of Patagonia before the collapse. Moreover, an « atmospheric river » consisting of relatively warm air laden with moisture was also recorded. When this « river meets with Andean and Patagonian topography, it forms large clouds and discharges.

Source : Yahoo News.

Pyrénées : glaciers en péril, marmottes en souffrance

Un cliché pris le 6 août 2020 et visible sur le site Météo Pyrénées montre que le glacier des Gourgs Blancs – dans le Luchonnais – a totalement disparu de la chaîne pyrénéenne, victime des dernières fortes chaleurs liées au réchauffement climatique. D’autres sont en passe de subir le même sort.

C’est un guide de montagne qui a pris le cliché. Le site est difficilement accessible, donc on ne peut pas dire si la disparition du glacier a eu lieu en 2022 ou en 2021, mais les faits sont là : il n’y a plus de glacier des Gourgs Blancs.

Comme ce glacier, de nombreux sites des Pyrénées sont directement touchés par le réchauffement climatique. J’ai récemment mentionné le glacier des Oulettes qui est en grande souffrance, lui aussi. Dans le Luchonnais, on surveille aussi le glacier du Seil de la Baque, dont il ne reste plus grand chose, alors que c’était l’un des plus grands du massif pyrénéen au 19ème siècle.

D’une manière générale, tous les glaciers sont en train de disparaître. Pas de pluie et des températures en hausse; tout est réuni pour que les glaciers fondent…

En haut le glacier des Gourgs Blancs au début du 20ème siècle. En bas une photo prise le 6 août 2022 (Source: Météo Pyrénées)

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Il n’y a pas que les glaciers qui souffrent de la chaleur dans les Pyrénées. La faune éprouve, elle aussi, des difficultés à s’adapter à la hausse rapide des températures. Les naturalistes ont en particulier remarqué que la population de marmottes commence à se réduire en raison du réchauffement climatique.

Dans la vallée d’Ossau, une équipe de naturalistes procède chaque année à un décompte et a constaté l’effet du changement climatique sur ces rongeurs. Un scientifique explique qu’en 2022, sur quinze terriers étudiés, seuls trois ont eu une reproduction effective, ce qui est assez faible.

Depuis 2016 le taux de reproduction des marmottes est en baisse dans les Pyrénées. D’une manière plus globale, on constate une tendance à la baisse des espèces de haute altitude, avec un impact inévitable sur toute la biodiversité.

Sur cinq espèces suivies dans la vallée d’Ossau, toutes sont déjà impactées par le réchauffement climatique. Selon les biologistes, dans les prochaines années la montagne va changer, des espèces vont apparaître, d’autres vont disparaître, là où certaines s’adapteront.

Photo: C. Grandpey